‹ Le triomphe du Mouron RougeChapitre 79 sur 87 · 32.2

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Et le jour se leva, un jour magnifique de juillet, chaud, souriant, sur cette confusion, ce tourbillon de passions, de peurs, de désespoirs. Des hommes qui avaient gaspillé des vies comme on jette des grains de sable ; des gens qui avaient joué avec la mort comme on joue aux cartes, se désespéraient maintenant parce que leurs vies étaient en jeu et ils découvraient qu’on peut tenir à la vie.

Robespierre monte à la tribune. Son discours long, froid, contient une tirade contre les ennemis de la République, puis il s’échauffe, sa voix devient dure, ses accusations se précisent contre les corrompus, les traîtres, les modérés… surtout contre les modérés. Être modéré, c’est trahir la Révolution. Chaque victime enlevée à la guillotine est un traître qu’on laisse libre d’agir contre le peuple. Et ceux qui dérobent des proies à la guillotine sont des traîtres. Contre eux, quel sera le remède ? La mort.

Des centaines de faces sont blanches de peur et une sueur froide perle à leur front. Il n’y avait que quarante noms sur la liste, mais il pourrait s’en ajouter d’autres. La voix de Robespierre tonne, ses amis la soutiennent de leurs applaudissements et enfin un de ses séides propose d’imprimer ce grand discours et de le distribuer dans toutes les communes de France.

Des acclamations s’élèvent, puis, brusquement, un chut, le silence. L’Assemblée se tait. Il n’y a plus d’échos aux paroles de l’Incorruptible parce que le citoyen Tallien a demandé qu’on remît l’impression du discours. Il ajoute :

— Qu’est devenue la liberté d’opinion dans cette Assemblée ?

Son visage est gris et ses yeux rougis brillent d’un feu inhabituel. Le lâche est devenu brave, le mouton rugit comme un lion. Il y a un flottement dans l’Assemblée, une hésitation, mais on met la motion aux voix et la motion est repoussée. Peu de chose en apparence : imprimera-t-on, n’imprimera-t-on pas ? Peu de chose, mais le destin de la France y est suspendu. On dirait qu’un souffle de rébellion passe sur l’Assemblée. Robespierre remet ses notes dans sa poche, il dédaigne de discuter, il sort entouré de ses amis. Sa retraite, orgueilleuse, silencieuse, menaçante, est conforme au caractère qu’il a assumé. Il sait qu’il peut encore broyer les rebelles sous son talon, appeler le peuple à venger l’insulte que vient de lui faire cette bande de loups.

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