‹ Le triomphe du Mouron RougeChapitre 83 sur 87 · 33.3

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À ce moment, l’Hôtel de Ville est au centre de l’intérêt. Robespierre et ses amis s’y tiennent sains et saufs. Les prisons avaient toutes refusé de refermer leurs portes sur l’Élu du Peuple, les geôliers s’étaient voilé la face devant cette proposition sacrilège. La Commune s’est soulevée, a confirmé son commandement à Henriot. Mais Robespierre, par scrupule de légalité, refuse de se placer à sa tête. On enlève les prisonniers qui, réfugiés à l’Hôtel de Ville, rédigent des proclamations, envoient des messages. Les troupes d’Henriot cavalcadent dans les rues aux cris de « Robespierre ! Vive Robespierre ! Mort aux traîtres ! » Les soldats menacent les passants de leurs pistolets, les frappent à coup de plat de sabre. Des rumeurs circulent :

— Robespierre est dictateur ! Il a ordonné l’arrestation des membres de la Convention, le massacre des prisonniers. C’est cela, il faut en finir !

Et les cris accompagnent le bruit des sabots sur les pavés. Les modérés tremblent devant le cyclone qui approche, les opportunistes se taisent, prêts à se rallier au vainqueur quel qu’il soit, les lâches crient « Robespierre ! » avec la horde que conduit Henriot et « Tallien ! » du côté des Tuileries. Car la Convention est assemblée de nouveau et Henriot a fait pointer contre elle ses canons.

Le président harangue les députés :

— Citoyens représentants, le moment est venu de mourir à vos postes !

Et c’est ainsi qu’en attendant la canonnade on a voté la mise hors la loi des rebelles.

Tallien, suivi de quelques amis intimes, va trouver les canonniers d’Henriot :

— Citoyens, dit-il, et sa voix est pleine d’audace, après vous être couverts de gloire au champ d’honneur, allez-vous souiller votre pays ?

Il montre du doigt Henriot ivre, la face pourpre, grognant et crachant, car il se maintient avec peine en selle :

— Regardez-le, citoyens. Cet homme est ivre ! S’il était dans son bon sens, croyez-vous qu’il oserait ordonner le feu contre les représentants du peuple ?

Les canonniers sont effrayés par le décret qui les met hors la loi. Henriot craint qu’ils ne se révoltent et se retire avec eux vers l’Hôtel de Ville. Certains le suivent, d’autres non, et Tallien revient à la Convention couvert de gloire. On nomme Barras commandant de la force armée à la disposition de la Convention et on ordonne la levée de troupes loyales qui mettront au pas le traître Henriot et ses brigands.

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