III. — L’Initiation scientifique.
Dans un domaine qui m’est plus spécialement familier que les autres, j’ai publié un petit livre qui s’inspire des considérations indiquées ci-dessus et résume près d’un demi-siècle de réflexions et d’observations. En vertu d’un préjugé très général, les sciences mathématiques, ayant un caractère abstrait, il pouvait paraître qu’ici la tâche était particulièrement difficile. J’ai montré qu’au contraire elle était tout à fait simple si l’on voulait y mettre un peu de conscience et de bonne volonté. Les correspondances reçues à l’occasion de cette publication de l’Initiation Mathématique et la rapidité avec laquelle ont été enlevés les exemplaires mis en vente, m’ont montré quel écho j’avais rencontré, surtout dans le monde de l’enseignement primaire ; car si j’étais sûr de la justesse de ma thèse, je ne l’étais pas autant de moi-même ; et je me demandais si, du premier coup, j’arriverais à me faire comprendre.
Or, ce qui semblait malaisé dans le domaine mathématique, ne peut plus le paraître quand il s’agit des autres sciences.
En physique, en chimie, par exemple, en suivant la trace marquée par Gaston Tissandier dans son bel ouvrage : La Physique sans Appareils, La Chimie sans Laboratoire, il est facile d’instituer toute une série d’expériences, réalisables à l’aide d’objets usuels, et d’une action éducative efficace ; en astronomie, avec quelques promenades, le jour et le soir, quelques figures explicatives, quelques appareils improvisés donnant des images schématiques, on amuserait au plus haut point les enfants, on développerait en eux l’esprit d’observation et on meublerait sans efforts leur mémoire de bien des notions précieuses ; les merveilleux livres de Flammarion nous montrent que donner une « Initiation Astronomique » ne serait qu’un jeu pour lui.
Dans les sciences naturelles, Géologie et Minéralogie, Biologie végétale (Botanique) et animale (Zoologie) on arrive peut-être plus facilement encore à intéresser les petits enfants.
Àla campagne, notamment, des promenades fréquentes, des classes au grand air fourniraient des occasions incessantes d’accumuler une foule d’observations, de former des collections scolaires, de véritables petits musées d’histoire naturelle.
Enfin, l’initiation géographique devrait également prendre place ici, se rattachant à la géologie d’un côté, à l’astronomie de l’autre ; elle ferait usage des cartes, des plans des villes, des images représentant les paysages, les monuments, les costumes divers, les types d’habitants des différentes parties du monde.
C’est certainement l’une des branches de l’enseignement des tout petits qui peut les intéresser le plus vivement si l’on s’y prend bien et si surtout l’on évite avec soin la récitation fastidieuse de noms appris par cœur, simples mots logés dans la mémoire et qui ne répondent à rien de réel.