‹ L’EndymionChapitre 20 sur 28 · Scène DEVXIEME.

Scène DEVXIEME.

THYMŒTES, PYRIDOR, ADMON, Miniſtres de Thymœtes, ENDYMION.

Vn Eſclaue portant vn vaze d’eau luſtrale, dont Thymœtes iette vne rosée ſur Endymion auec vne profonde reuerence.

THYMŒTES.

ENdymion reçois ce premier appareil,
Puiſque tu paroiſtras comme vn autre ſoleil,
Lors que nous le verrons au bout de ſa carriere
Cacher deſſous la mer ſa celeſte lumiere ;
Ainſi que l’on verra cet autre Aſtre qui luit,
Pour chaſſer en tous lieux les ombres de la nuit ;
Enfin cette Deeſſe, & ſi grande, & ſi belle,
Dont on fait auiourd’huy la feſte ſolemnelle,
Deſire que bien-toſt tu luy ſois immolé,
Sçachant que pour les Dieux ton cœur eſt ſi zelé :
Les Oracles l’ont dit, & la Deeſſe meſme
Teſmoigne d’en avoir vn deſir tout extreme.
Enfin Endymion, tu vois bien que les Dieux
Te vont faire ſans doute habitant dans les Cieux :
L’on voit bien que la terre eſt du tout incapable
De porter ſi long-temps vn homme incomparable :
Les Dieux t’en retirant, pour te favoriſer,
Font voir qu’ils n’ont deſſein qu’à t’immortalizer.

ADMON aux autres.

Ha ! que vois-ie bons Dieux ! quel genereux courage !
Il apprend cet arreſt ſans changer de viſage.

THYMŒTES.

Courage Endymion, prepare ce grand cœur,
Sans accuſer les Dieux d’avoir trop de rigueur :
Offre leur ta belle ame.

ENDYMION.

Offre leur ta belle ame. Il n’eſt pas neceſſaire
De m’inſtruire en cela de ce que ie dois faire :
O ! l’aggreable arreſt, la ſouhaittable mort,
Ne dois-ie pas benir la douceur de mon ſort ?
Enfin c’eſt pour Diane, mort chere & glorieuſe,
Qui ſur toutes les morts ſera victorieuſe :
C’eſt donc pour ma Deeſſe ? eſt il rien de ſi doux
Que de mourir pour elle, & d’en ſentir les coups ?
Aiguiſez vos couſteaux, allez en diligence,
I’attendray ce moment auec impatience :
Loing de l’apprehender, i’en adore l’autheur,
Ie vous le dis encor, grand Sacrificateur,
Puiſque c’eſt pour Diane…

THYMŒTES.

Puiſque c’eſt pour Diane… Ouy, mon fils, ceſt pour elle,
C’eſt elle qui l’ordonne :

ENDYMION.

C’eſt elle qui l’ordonne : Ha ! l’aymable nouvelle :
Et puis qu’il faut mourir, Allons, i’en ſuis contant,
Ie receuray le coup d’un cœur ferme & conſtant.
Mais ſi de m’immoler vous avez repugnance,
Comme ie le connois à voſtre contenance,
Si vous apprehendez d’accomplir ce deſſein,
Vous me verrez plonger le couſteau dans mon ſein.
Quoy vous verſez des pleurs ? & moy ie meurs d’enuie

D’arriuer ſur l’autel pour y finir ma vie.
Ie n’ay plus de deſirs que pour ce doux trépas ;
Et l’on me déplairoit de ne m’y mener pas.
Enfin me voicy prest, mettez ordre au ſeruice,
Allez donc promptement preparer mon ſupplice.

THYMŒTES.

Ton ſupplice, mon fils, n’a rien de rigoureux,
Il ſera trouué doux par vn cœur genereux :

ENDYMION.

Puiſque c’eſt pour les Dieux que l’on me ſacrifie,
Il faut auec raison que ie m’en glorifie,

THYMŒTES.

Ouy les Dieux t’on choiſi par deſſus les humains,
Nous te tenons icy de leurs diuines mains :
Car il eſt vray, mon fils, que ce ſont nos maximes,
De n’immoler iamais que d’illustres victimes.
Tu te dois croire heureux d’eſtre mis de ce rang,
Et baiſer le couteau qui doit t’ouurir le flanc.

ENDYMION.

Thymœtes c’eſt aſſez, i’en reçois de la gloire,
Et du contentement plus qu’on ne le peut croire :
Allez, mes chers amis, courez, qu’attendez vous !
Voyez que ie ſuis preſt, preparez vous donc tous :
Faites vos appareils, puiſque voicy l’hoſtie,
Contente, & meſme preſte, auſſi-toſt qu’aduertie.

THYMŒTES embraſſant Endymion.

O ! cœur trop genereux, plus celeſte qu’humain,
Miracle des mortels ! faudra-t’il que ma main
Plonge dans ce grand cœur la lame meurtriere ?

ENDYMION.

Non, non, ne craignez rien, ma conſtance eſt entiere :
Vous me verrez plus preſt à receuoir le coup,
Que vous à le donner.

THYMŒTES en s’en allant avec ſa troupe.

Que vous à le donner. Ha ! mon fils, c’eſt beaucoup.

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