‹ Léon Bloy : Essai de critique équitableChapitre 15 sur 17 · III

III

A l’actif de Bloy il est nécessaire de mentionner les amitiés chaudes que ses livres lui valurent. Il a été encouragé, consolé, secouru par l’admiration d’intelligences de premier ordre et dont l’orthodoxie ne fait pas doute: un savant, M. Pierre Termier; un philosophe, M. Jacques Maritain; un lettré, M. René Martineau, d’autres encore.

Il n’était donc pas, comme certains l’ont prétendu, un sanglier hirsute toujours écumant et fonçant sur quiconque se risquait dans sa bauge. Au contraire, rien de plus touchant et de plus délicat que l’affection rendue par lui à ces amis éprouvés. Ses livres autobiographiques en témoignent. Et l’on peut croire que, guéri de la méfiance morbide qu’il manifestait à l’égard de ses relations à l’époque où il écrivait les _Lettres à sa fiancée_, il acceptait fort bien d’être jugé par les âmes équitables qui lui apportèrent leur appui aux dernières années de son existence. Certes, celles-ci ne pouvaient approuver ses témérités dans le domaine théologique, mais elles appréciaient en lui l’écrivain magnifique et surtout le chrétien fervent, si sincèrement épris de Notre-Seigneur.

Un de ses fidèles m’écrivait il y a peu: «Il était orgueilleux, c’est absolument vrai, et il avait un penchant fâcheux à décider, _comme un concile_, sur des sujets qu’il connaissait mal. Mais tout en relevant ses erreurs, je crois qu’il faut proclamer sa valeur d’art qui eut, selon moi, une action énorme sur bien des âmes. Et en disant cela, je ne pense pas seulement à ses rencontres fréquentes avec la vérité, mais à la beauté de sa forme, à la force de son expression. Le premier signe de certaines conversions que ses livres provoquèrent, c’était ce cri de ceux qu’il avait remués: _Dire qu’un si grand artiste est catholique!_ Tout partait de là; j’ai pu le constater à plusieurs reprises...»

Oui, il est incontestable que l’art superbe dont Bloy détenait les secrets fut souvent le moyen dont Dieu se servit pour conquérir des âmes en détresse. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait entendre tout le long des pages qu’on vient de lire.