Scène 3
LES MÊMES. — MARTHE.
Marthe, parfaitement élégante.
Pardon, n’est-ce pas ? Nous venons d’arriver, j’ai mes deux cisterciennes et vous comprenez, Béatrice ?
M Spire, geste écartant les excuses.
Je ne croyais plus revoir Sabine. Je suis très émue.
Marthe.
Elle arrive de Fontevrault. L’année dernière, en allant à Biarritz, j’ai fait un détour pour la voir. Elle ne semblait pas craindre les événements… Vous la trouverez vieillie, toujours aussi active, mais engraissée.
M Spire, en femme mince.
Elle a toujours été un peu forte.
Marthe, indiquant le jardin.
Petites filles, ensemble, nous nous sommes mouillé les pieds dans l’herbe de ces pelouses, et pas une de nous trois ne devait vivre comme les autres.
M Spire.
Non. En revanche, nous résumons assez bien la destinée féminine en ce monde. Sabine l’exception, vous la règle, et moi la ratée.
Marthe.
La ratée… Vous êtes la plus réussie de nous trois, la plus jeune…
M Spire.
Vous croyez beaucoup à la jeunesse ?
Marthe, grande mélancolie.
Il n’y a que ça !
M Spire, souriant.
Voilà au moins une femme sans rancune et reconnaissante au passé. (Se levant.) Allons, je vais chez Sabine. Elle me donnait rendez-vous dans son atelier de jeune fille.
MARTHE.
Toujours au fond du parc sur la route… Permettez à mon mari de vous conduire. M Schlumberger devait venir travailler ici. Le temps de l’installer et je vous rejoins. (Philippe sort.)
M SPIRE, se retournant.
Qui est-ce M Schlumberger ?
MARTHE.
Une postulante de Fontevrault qui n’a jamais voulu quitter ma sœur.