‹ Les AffranchisChapitre 17 sur 25 · Scène 7

Scène 7

PHILIPPE. — M DURET.

M Duret.

Puis-je reprendre mon article ? Je le terminerai ce soir, et s’il doit partir demain. (Elle cherche et s’attarde.) Vous n’étiez pas content tout à l’heure. Monsieur Alquier. Je ne suis pas responsable. Les erreurs dont vous parlez sont des fausses notes.

Philippe, toujours assis, les mains dans les poches de son veston militairement boutonné, les coudes en dehors. Il n’a rien d’abattu, il est préoccupé, violent. Pendant toute la scène il gardera cette pose, seulement, de temps à autre, tournant la tête, avec une vivacité de jeune homme et une remarquable insolence.

Du tout. En ce cas vous auriez des coquilles.

Mais vous interprétez, et Dieu sait de quelle façon… Vous ne comprenez donc pas ce que vous lisez ?

M Duret.

Je n’ai qu’un regret, c’est de trop bien le comprendre.

Philippe, distrait, mais tout de même insolent.

Vous n’approuvez pas mes articles, Mademoiselle Duret ?

M Duret.

Je serais infiniment plus heureuse s’ils me révoltaient (silence de Philippe), au moins m’apprennent-ils la conduite à tenir… Je ne parle pas de ce dernier qui n’est qu’une feinte envers vous-même, car vous avez toujours enseigné, dans vos leçons entre autres sur Léonard de Vinci et César Borgia, qu’en présence d’un espoir, d’un désir, l’essentiel est de l’atteindre. Que « s’infliger le soufflet d’une abstention » — je vous cite — n’est rien d’autre que déchoir pour l’âme la plus élevée en organisation, Qu’il faut vouloir tous ses vœux, Que nos passions et nos passions seules, sont les messagères véridiques de la vie, et nous désignent le but sinon le chemin, Que notre élan, notre adresse, notre persévérance à les suivre, sont les seules mesures de la force, de la valeur, de l’âme en nous… Eh bien, ma passion, ma force et mon âme, c’est mon amour pour vous, et je vous le dis, Philippe Alquier, parce que, quels que soient son orgueil et sa sécheresse, un homme n’est jamais indifférent à une femme qui s’offre.

Philippe, tranquillement.

C’est fort bien raisonné, mademoiselle, mais il y a encore la manière de sentir.

M Duret, elle s’appuie à la table d’un bras raidi qui tremble et lui remonte l’épaule. Elle feuillette l’article qu’elle a copié. Un silence, puis elle dit :

Voilà un homme qu’on vitriolerait avec plaisir.

Philippe.

Il vaut beaucoup mieux ne pas le faire et vous en aller demain, après-demain, dans huit jours, avec le plus séduisant de mes élèves, ou le plus vicieux.

M Duret.

L’adresse de M. Paul Vinois, je vous prie ?

Philippe.

9, Quai d’Anjou.

(M Duret sort lentement, très droite.)

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