‹ Les AffranchisChapitre 20 sur 25 · Scène 2

Scène 2

PHILIPPE. — HÉLÈNE.

Philippe. Quand Hélène reparaît entrant lentement avec les livres, il la regarde avec un mélange de caresse et d’anxiété. Il murmure :

Encore huit jours, quinze jours, et puis…

Hélène.

Chut ! Ne calculons pas, ne pensons pas ; nous sommes si calmes et si bien. (Elle allume encore une ou deux bougies.)

Philippe, qui ne la quitte pas des yeux.

Alors vous êtes heureuse dans cette maison, Hélène ?

Hélène, qui plaisante et s’angoisse à demi.

Ne pourriez-vous me donner la place de M Duret ? Je serais un fidèle et loyal serviteur.

Philippe.

Hélas !

Hélène.

Mon parti est pris, j’entrerai sans doute en novembre au Sacré-Cœur.

Philippe.

Je croyais que l’Abbesse vous le déconseillait. Non, il me semble que même dans la vie enseignante, vous ne devez pas retourner au couvent.

Hélène, émue.

Vous êtes bon, tous les deux ; que voulez-vous que je fasse ? un honnête mariage sans doute, celui que votre femme a rêvé pour moi, ce jeune monsieur dans les Trésoreries ?

Philippe, avec fatigue.

Celui-là ou un autre… Que diable, Hélène, mariez-vous comme nous, hommes, le faisons. Le mariage est un acte social. (Il se lève, marche un peu, se penche sur le fauteuil de la jeune fille.) Je devrais avoir le courage de vous le dire. Tout ceci ne vaut rien pour vous… ni pour moi. Ils avaient raison, on n’a pas le droit de tant rechercher sur la terre une créature pareille à soi. Puisque nous avons dû nous éloigner, il ne fallait pas ce subterfuge des colloques et des leçons nocturnes. Nous ne reviendrons pas ici demain soir.

Hélène, émue.

Pourquoi ? Vous n’avez pas le droit de m’abandonner. C’est vous seul qui m’avez rattachée à cette vie quand l’autre m’a manqué. Vous m’avez enseigné qu’il n’y a pas que Dieu seul au monde. Vous avez « tué le sommeil », vous avez tué le mépris en moi. (Détournant la conversation.) Tenez, voici votre dernier livre, reprenons les Poèmes Barbares.

Philippe.

Vous voulez finir le Corbeau ? Il est tard.

Hélène.

Lisons. (Elle s’assied en face de lui dans un fauteuil pareil.)

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