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Qui démontre que celui qui se met au jeu n’est pas toujours sûr de gagner.
Sir Launcelot, frémissant de colère et d’indignation contre la vénalité et l’esprit factieux des électeurs qu’il avait harangués avec si peu de succès, se retira, avec l’air du plus profond mépris, vers une des portes de la ville, hors de laquelle sa curiosité fut attirée par la vue d’un grand concours de peuple. Au milieu de la foule se trouvait M. Ferret, monté sur un tabouret, avec une espèce de sac pendu à son cou, et tenant une fiole de la main droite ; il haranguait son auditoire avec l’éloquence la plus persuasive.
Crabshaw, lorsqu’il fut parvenu au faubourg, se crut trop heureux de sa délivrance, et continua sa route sans s’arrêter ; mais son maître s’introduisit au milieu de la foule et entendit l’orateur s’exprimer en ces termes :
« Véritablement, vous pouvez avoir du mépris pour moi et mon remède, parce que je ne me montre pas sur un théâtre de planches pourries, avec un habit de velours et une perruque bien peignée, ayant pour compagnie un farceur vêtu d’un habit bigarré, qui vous ferait rire avec ses grimaces. Mais je méprise ces misérables artifices pour attirer votre attention. Ces pauvres moyens d’amuser le public ne peuvent avoir d’effet que sur les sots, et si vous êtes des sots je ne veux pas de vous pour mes pratiques. Remarquez que je ne m’adresse pas à vous dans le style d’un charlatan ou d’un docteur allemand. Et cependant ce royaume est entièrement rempli de charlatans. Nous avons des charlatans en religion, charlatans en médecine, charlatans en législation, charlatans en politique, charlatans en patriotisme, charlatans en gouvernement ; grands charlatans allemands qui ont médicamenté, purgé, saigné, fait suer la nation jusqu’à l’anéantissement. Mais ce n’est pas tout : non-seulement ils l’ont affaiblie jusqu’à la réduire en consomption, mais ils ont enivré sa cervelle jusqu’à la ⠀ mettre en délire ; elle n’est plus en état de défendre ses propres intérêts, pas même de les connaître. Comme le peuple de Ninive, elle peut à peine distinguer sa main droite, de sa main gauche ; mais, semblable à une buse, elle est éblouie et amusée par un feu follet, une exhalaison formée des matières les plus viles de la nature, qui la guide pour l’égarer dans les fondrières et les déserts de la Westphalie, et fera tant qu’elle se cassera le cou sur quelque rocher stérile, ou sera abandonnée dans quelque trou dont elle ne pourra plus sortir. Quant à moi, si vous avez envie de trahir votre pays, je ne m’y oppose pas. En vous vendant vous et vos concitoyens, vous ne faites autre chose que disposer d’une bande de coquins faite pour être vendue. Si vous vous vendez l’un l’autre, pourquoi ne vous vendrais-je pas cet élixir de longue vie qui pourra, si vous en usez convenablement, prolonger vos jours jusqu’au moment où vous aurez vu votre pays entièrement ruiné. Je n’irai pas mettre le trouble dans vos intelligences, qui ne sont pas des plus robustes, avec un ramassis de termes inintelligibles comme les quatre principes de génération d’Aristote, la matière informe, la privation, les causes efficientes et finales. Aristote était un sot pédant, et plus fourbe encore qu’il n’était fou. Je ne serai pas plus indulgent pour ce niais appelé Dioscoride, avec ses facultés des simples, ses vertus séminales, spécifiques et principales. Que dirai-je de cet ennuyeux commentateur Galien, avec ses quatre élémens, ses qualités élémentaires, ses huit constitutions, ses harmonies et ses discordances ? Je ne m’étendrai pas sur la puissance alcaline de ce bélître de Paracelse, avec laquelle il prétendait réduire en sel les cailloux des rivières ; ni sur le spiritus rector de ce visionnaire Van Helmont, son eau simple, élémentaire, son gaz, ses fermens et ses transmutations. Je ne veux pas me livrer à une dissertation scientifique sur le sel, le sulphure, l’huile, l’acide vague, le mercure, les métaux, et le vitriol volatilisé des autres chimistes modernes. Un tas d’ignorans, d’avantageux, de scélérats, qui étourdissent vos pauvres têtes avec un pareil jargon, sont comme un ministère allemand qui vous jette de la poudre aux yeux, et vous fait prendre le change avec ces mots dont il vous berce, de balance des pouvoirs, religion protestante, et vos alliés sur le continent ; il agit comme ces escamoteurs qui vident vos poches pendant qu’ils amusent vos yeux et occupent votre attention par le travail de leurs doigts et leurs tours de gibecière : car, en fait, la balance des pouvoirs est une pure chimère ; la religion protestante n’est troublée par personne ; et quant à vos alliés sur le continent, vous n’en avez aucun, car personne ne voudrait lever cent hommes pour vous sauver de votre perte, à moins que vous n’achetiez son assistance à un prix extravagant. Mais pour en revenir à cet élixir de longue vie, je pourrais bien l’orner des plus magnifiques épithètes, mais je dédaigne de suivre l’exemple de ces vagabonds ignorans qui remplissent les papiers publics de leurs avertissemens mensongers. Je ne suis ni un contrebandier revenu d’exil, ni un tourneur de jambes de bois de l’hôpital, ni un tailleur de femmes en discrédit, ni un imprimeur qui a fait banqueroute, ni un débiteur insolvable relâché par acte du parlement. Je n’ai pas la prétention d’administrer des remèdes sans avoir aucune teinture des lettres ; et je ne cherche pas à suborner quelques pauvres diables pour se parjurer en attestant, sous la foi du serment, des cures qui n’ont jamais été opérées. Je n’emploie pas une troupe d’aventuriers à faire mon éloge dans toutes les places publiques. J’ai fait mes études régulières pour la profession de chimiste, et je connais tous les procédés de l’alchimie. Je ne crains pas de dire que cet élixir est en effet le chruseon pepuromenon ek puros, c’est-à-dire le visible, glorieux, spirituel composé, dans lequel tous les autres êtres puisent leur existence, comme provenant de leur père, le soleil, et de leur mère, la lune. Du soleil, comme d’un or spirituel et vivant, qui n’est autre chose que le feu, et conséquemment le grand, universel, et général mouvement créateur, d’où toutes les choses mouvantes reçoivent leur action distincte et particulière : de la lune, comme de l’épouse du soleil et la mère commune de toutes les choses sublunaires et tout autant que l’homme est et doit être la fin compréhensible de toute créature, et le microcosme universel, il apprend, par les révélations, qu’il faut acquérir l’or épuré, par le feu, ou plutôt le feu purifié pour devenir riche et puissant comme le soleil ; et au contraire, qu’il devient pauvre quand il abuse du poison nommé arsenic, parce que l’argent qui y est contenu, soumis à l’action du feu, se réduit en caput mortuum. Je ne m’étendrai pas davantage dans cette explication que sans doute vous ne comprenez pas, et je me borne à vous dire maintenant que cet élixir, que je ne vends pas plus de douze sous la fiole, contient un extrait d’alcali, d’archœus, de catholicon, du soleil et de la lune. Et pour tout dire en un mot, c’est le véritable spécifique, naturel, inaltéré invariable, immaculé, le chruseon pepuromenon ek puros. » L’auditoire fut diversement affecté par cette savante harangue. Quelques-uns de ceux qui favorisaient les prétentions du candidat whig prétendaient qu’il méritait d’être puni de la hardiesse avec laquelle il avait parlé si irrévérencieusement du ministère et de ses mesures. Notre aventurier était de cet avis, quoiqu’il ne pût refuser son admiration au courage de l’orateur, en s’avouant à lui-même qu’il avait mêlé quelques tristes vérités à ses railleries mordantes.
M. Ferret ne serait pas resté si long-temps tranquille sur sa tribune, s’il n’avait adroitement choisi sa place immédiatement hors de la juridiction des magistrats de la ville, qui ne pouvaient dès lors prendre connaissance de sa conduite ; mais on en avait instruit le constable d’une autre paroisse, pendant que notre charlatan était dans le feu de son improvisation, dont la péroraison produisit un tel effet sur ses auditeurs, que toute sa pacotille fut enlevée en un instant. Il venait de descendre de son tabouret, lorsque le constable se présenta avec sa baguette, et lui donna ordre de le suivre. M. Ferret, dans cette circonstance, essaya d’intéresser le peuple en sa faveur, en l’engageant à protéger la liberté d’un citoyen contre un tel acte d’oppression ; mais, le trouvant sourd à sa réthorique et à ses figures oratoires, il s’adressa à notre chevalier ; et, lui rappelant qu’il était de son devoir de secourir le faible et l’opprimé, il réclama son intervention de la manière la plus pressante.
Sir Launcelot, sans faire la moindre réplique à cette interpellation, résolut de voir la fin de cette aventure ; et, ayant été rejoint par son écuyer, il suivit de loin le prisonnier, reprenant le chemin qu’il avait parcouru la veille, jusqu’au moment où il arriva à un autre petit bourg où Ferret fut incarcéré dans la prison publique.
Pendant que le chevalier, assis sur son cheval, réfléchissait sur le parti qu’il prendrait, il entendit la voix de Tom Clarke, qui l’appelait, du ton le plus lamentable, à travers une fenêtre garnie de grilles de fer. « Pour l’amour de Dieu ! sir Launcelot ! mon cher monsieur ! soyez assez bon pour prendre la peine de descendre de cheval, et de monter ici. J’ai à vous communiquer quelque chose de très-important pour la nation en général, et pour vous en particulier. Je vous en supplie, cher chevalier ! je vous demande une grâce, au nom de saint Michel et de saint George, en faveur de l’Angleterre. »
Notre aventurier, étrangement surpris de cette supplication, descendit de cheval sans hésiter ; et, ayant été admis dans la prison, il y trouva non-seulement son ancien ami Tom, mais encore son oncle, assis sur un banc, coiffé d’un bonnet de coton, ayant une paire de lunettes sur le nez, et lisant avec la plus grande attention dans un livre qu’il a su depuis être intitulé : La Vie et les aventures de Valentin et d’Orson. Le capitaine, en voyant entrer son illustre patron, le salua en ces termes : « Comment vous portez-vous, mon frère ? » et sans attendre la réponse du chevalier, il ajouta : « Vous voyez comment va ce monde. Tom et moi nous avons pris terre ici depuis vingt-quatre heures. Nous sommes entrés dans ce golfe en essayant de remorquer votre navire, pour l’éloigner d’un port ennemi. Mille canons ! si nous avions ici cette canaille, avec toute notre voilure en ordre, frère, nous aurions aussitôt hissé la voile de perroquet, filé notre câble et jeté bas tout leur bastingage. Mais, quoi qu’il en soit, les paroles ne signifient rien… La patience est une bonne ancre de sûreté, et tiendra, comme on dit… Mais, pour ce qui est d’enverguer ma civadière… Écoutez écoutez, frère ! Dieu me damne ! nous étions engagés avec trois à la fois, un à l’avant, un sur mon stribord, et un autre à l’arrière, frottant, battant en panne sur la hansière. En filant en poupe, nonnant et jetant le grapin ; … crac, la vergue de beaupré casse et tombe. Les lumières s’éteignent, je vois des étoiles en plein midi, et je reste faisant ma bordée. »
M. Clarke jugea bien que son oncle avait besoin d’un interprète ; en conséquence il se mit en devoir d’expliquer tout ce verbiage, en rendant un compte détaillé de la mésaventure éprouvée par lui et le capitaine.
Il raconta au chevalier, que, malgré ses persuasives remontrances, le capitaine Crowe avait persisté dans le dessein de figurer sur la scène du monde, sous le titre de chevalier errant ; dans cette intention, il était parti de l’auberge, le matin du jour qui avait suivi sa veille d’armes dans l’église. Après la rencontre des voleurs, une des deux ladys renfermées dans la voiture, parut éprouver une grande agitation ; car, lorsqu’ils passèrent, elle se débattait avec l’autre, mit la tête hors de la portière, et dit quelque chose qu’il ne put entendre distinctement ; que le capitaine Crowe fut frappé d’admiration par sa beauté incomparable ; et que lorsque lui Tom lui eut fait connaître qui elle était, il résolut de lui rendre la liberté, supposant qu’elle était dans la détresse, et contrainte par la violence : qu’en conséquence il avait dégaîné son sabre, et, galopant vers la voiture, avait donné ordre au cocher de s’arrêter, sous peine de mort ; qu’un des domestiques, le prenant pour un voleur, l’avait ajusté avec un mousqueton, et l’aurait probablement étendu sur le carreau, si lui Tom, accourant à la hâte, ne l’eût assuré que le capitaine n’était pas dans son bon sens ; que, malgré cette déclaration, les trois domestiques l’attaquèrent en même temps avec le manche de leurs fouets, pendant que la voiture continuait sa route ; que le capitaine, quoiqu’il se défendît avec le plus grand courage, reçut un coup sur la tempe, et fut renversé par terre ; enfin, que M. Clarke lui-même, intervenu pour prendre la défense de son parent, avait été cruellement battu : que deux des domestiques ayant fait leur rapport au juge de paix résidant près du champ de bataille, il avait lancé un mandat d’arrêt contre le capitaine et son neveu, et, sans aucun examen préparatoire, les avait envoyés en prison comme des vagabonds, après s’être emparé de leurs chevaux et de leur argent, sous le prétexte qu’il les soupçonnait d’être des voleurs. Mais, ajouta Tom, comme il n’y a aucun juste motif de suspicion, je pense que le juge s’est rendu coupable d’un délit ; qu’il peut être poursuivi pour falsum imprisonamentum, et condamné à des dommages considérables ; car je vous prie de remarquer, monsieur, qu’un juge n’a pas le droit de faire arrêter quelqu’un avant un examen préalable ; qu’en outre nous ne sommes pas arrêtés pour cause de querelle et voies de fait, auditâ querelâ, ni comme des fous troublant l’ordre, qui, sans contredit, d’après la loi, peuvent être arrêtés par un mandat du juge, surveillés, enchaînés même, s’il est nécessaire, ou reconduits à leur dernier domicile légal ; mais nous sommes arrêtés comme des vagabonds soupçonnés d’être des voleurs de grand chemin. Or, la désignation légale de vagabonds ne peut nous être appliquée, et aucune circonstance ne peut nous mériter le soupçon d’être deux voleurs ; car, pour constituer le vol, il faut qu’il y ait eu quelque chose de pris. Or, ici, il n’y a eu rien de pris que des coups, et ils ont été donnés généreusement. De plus, une tentative de vol, lorsque le vol n’a pas été consommé, n’est pas le cas de félonie, mais de simple délit. Très-certainement il y a le vol effectif et le vol légal. Car il faut que le voleur soit en possession de la chose volée ; et nous n’avons fait d’autre tentative que de dérober nos propres personnes… À la vérité, mon oncle aurait voulu délivrer la jeune lady, vi et armis, et ses efforts ont égalé son désir. J’aurais consenti bien volontiers à le seconder dans cette entreprise, autant par l’espoir de rendre service à cette jeune et intéressante beauté, que par égard pour votre honneur ; car je crois lui avoir entendu prononcer votre nom. »
« Quoi ? comment ? qu’est-ce ? quel nom ? Dites, parlez. Ciel et terre ! » s’écria le chevalier, en témoignant la plus vive agitation. Clarke, épouvanté par ses regards, répondit : « Je vous demande mille fois pardon ; je ne puis pas dire d’une manière bien positive qu’elle prononça ce mot ; mais je crains qu’elle ne l’ait prononcé. Les mots, qui peuvent être interprétés suivant la loi en un sens général et particulier, ne doivent pas être restreints dans leur application et leur construction inusitée : les mots ambigus… » « Parle, ou puisses-tu être damné éternellement ! » s’écria sir Launcelot du ton le plus effrayant, et portant la main sur son épée. « Quelle jeune lady ? quel nom prononça-t-elle ? » Clarke, tombant à genoux, répondit, non sans bégayer : « C’était miss Aurélia Darnel ; et, si ma mémoire me sert bien, elle appela sir Launcelot Greaves. » « Puissance éternelle ! s’écria notre aventurier. Quelle route la voiture, a-t-elle suivie ? »
Quand Tom lui eut dit que la voiture avait quitté la grande route, et s’était dirigée vers la droite en marchant fort vite, sir Launcelot demeura profondément pensif ; sa tête s’abaissa sur sa poitrine, et il garda le silence pendant quelques minutes, avec l’expression de la plus sombre mélancolie ; ensuite, revenant à lui, il prit un air plus calme, plus gai, et fit diverses questions sur les armoiries de la voiture, et la livrée que portaient les domestiques. Ce fut à la suite de ces diverses questions, qu’il découvrit que le domestique qui avait ramené le cheval de Crabshaw était un de ceux de la voiture. Cette circonstance augmenta son anxiété et son chagrin d’avoir négligé de s’informer du nom de ses maîtres, et du lieu où la voiture se rendait, quoique cependant il est probable qu’il en aurait obtenu peu de satisfaction, parce qu’on pouvait croire que le secret avait été recommandé aux domestiques.
Le chevalier, afin de méditer sur cet événement inopiné, s’assit auprès de son ancien ami, et tomba dans une rêverie, qui dura plus d’un quart d’heure, et qui probablement se serait prolongée davantage, s’il n’en eût été tiré par la voix de Crabshaw, qui s’écriait aussi fort qu’il le pouvait : « Regardez ici, mes maîtres ! c’est vous qui avez fait la faute, et c’est vous qui devriez la boire. Ce jour doit être fatal à l’un de vous ;… quant à moi, je n’en sais rien… L’âne qui brait mange peu d’herbe… Un barbier ne rase pas de si près, qu’un autre ne trouve encore quelques poils… Vous aviez envie d’un chapon, et vous n’avez pris qu’un chat… Celui qui prend son logement dans une écurie, doit se contenter de coucher sur la litière… »
Le chevalier, curieux de connaître le motif qui portait Timothy à débiter ces proverbes, regarda à travers la grille, et aperçut l’écuyer exposé au pilori, et entouré d’une foule de peuple. Il l’appela, et lui demanda pour quelle raison il était dans cette désagréable situation ? Crabshaw répondit : « Ce n’est pas un gâteau, mais c’est quelque chose de la même farine… Celui qui n’a jamais grimpé, n’est jamais tombé… Après la pluie vient le beau temps. C’est à cause de votre honneur que j’ai obtenu cette élévation. C’est l’intérêt de mon maître, et non le mien qui me l’a méritée. Seigneur chevalier, si vous voulez tuer le juge, pendre le constable, délivrer votre écuyer, et brûler la ville, votre nom sera fameux dans l’histoire. Mais si vous êtes content, je le suis aussi. Deux heures sont bientôt passées en si bonne compagnie. »
Sir Launcelot, furieux de l’affront fait à son domestique, s’avança vers la porte de la prison, qu’il trouva soigneusement fermée, et lorsqu’il appela le guichetier, on lui apprit qu’il était lui-même prisonnier. Poussé à bout par cette étrange nouvelle, il demanda par quel ordre, et on lui répondit à travers le guichet : « À la requête et poursuite du roi, au nom duquel je vous tiendrai bien ferme, s’il plaît à Dieu. »
Les yeux du chevalier s’enflammèrent ; il promena ses regards autour de lui, et arrachant un banc de chêne, que trois hommes ordinaires auraient eu peine à lever de terre, il aurait brisé la porte en mille pièces, s’il n’eût été retenu par les prières de Clarke, qui le supplia de prendre un peu de patience, l’assurant qu’il lui soumettrait un plan qui l’aiderait à se venger amplement du juge sans s’exposer à troubler la paix du roi. « Je dis le juge, ajouta Tom, parce que ceci est sûrement de son fait. C’est une espèce d’original, un peu violent, ignorant totalement les lois, et déjà coupable d’une foule d’irrégularités dans l’exercice de ses fonctions ; et si cette affaire est bien conduite, peut-être, pour cet acte arbitraire, il lui en coûtera une bonne somme d’argent, et même il pourra perdre sa place avec ignominie. »
Cette idée était effectivement très-raisonnable ; en conséquence, le banc fut remis paisiblement en place, et le capitaine Crowe abandonna le poker dont il s’était armé pour seconder les efforts de sir Launcelot. En ce moment ils s’aperçurent, pour la première fois, que Ferret avait disparu ; et, après information, ils découvrirent que c’était lui en effet qui était la cause de la détention du chevalier, et de la mésaventure de son écuyer.