‹ Les Aventures de Sir Launcelot GreavesChapitre 18 sur 25 · 18

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Dans lequel les exploits de la chevalerie brillent d’un nouvel éclat.

Notre héros ne s’attendait guère à trouver un rival formidable dans la personne du chevalier qui arriva vers les sept heures du soir à l’enseigne de Saint-Georges, et qui donna une idée de son importance par le fracas qu’il fit en entrant. Ce n’était autre que sir Sycamore, qui, ayant reçu l’avis que miss Aurélia Darnel s’était échappée du lieu de sa retraite, s’était mis à l’instant en campagne, pour chercher cette aimable fugitive, espérant que s’il était assez heureux pour la rencontrer dans sa détresse, il lui ferait accepter ses services. Il avait suivi ses traces de si près, qu’il était descendu à l’auberge d’où Aurélia avait été enlevée, immédiatement après le départ de notre héros ; et c’est là qu’il avait appris toutes les particularités dont nous avons déjà rendu compte.

Il y avait quelque chose de puéril dans les idées romanesques de sir Sycamore ; et, dans ses amours, il avait la réputation de prendre plus de plaisir à la poursuite de l’objet aimé, qu’à la conclusion du roman. Il avait entendu parler de la folie de sir Launcelot, dont lui-même n’était pas exempt, et il donnait à entendre qu’il pourrait surpasser son rival même, dans ses exploits extravagans. Cette idée n’avait pas été perdue pour un de ses compagnons, son conseil et son bouffon, le facétieux Davy Dawdle, qui avait une gaîté naturelle et un grand fonds de méchanceté. Il regardait son patron comme un fou ; et son patron le connaissait pour un fou et un fripon tout à la fois. Néanmoins ces deux caractères se convenaient si bien, qu’ils ne pouvaient vivre séparés l’un de l’autre. Davy était un adroit sycophante, mais, pour flatter son patron, il dédaignait de suivre la route ordinaire ; au contraire, sa conduite était très-hardie, et il traitait Sycamore, par les bontés duquel il subsistait, avec une familiarité tout-à-fait cavalière. Cependant il savait assaisonner sa franchise de certains ingrédiens qui en diminuaient l’amertume ; et par ces moyens il s’était rendu si nécessaire à son patron, que celui-ci ne formait jamais un projet d’amusement sans que Davy, d’une manière ou d’autre, en dût faire partie. Il y avait eu une dispute assez vive entre eux sur le projet de contester à sir Launcelot sa prééminence dans la chevalerie errante. Sycamore avait avancé que s’il lui prenait fantaisie de jouer la folie, il pourrait porter une armure, manier une lance et faire une charge aussi bien que sir Launcelot Greaves. Dawdle, s’emparant de cette idée, lui dit : « Il y a déjà long-temps que j’ai imaginé un plan pour vous ; mais je crains que vous n’ayez pas assez d’adresse pour l’exécuter… Ce n’est pas cependant une affaire bien difficile d’imiter le bachelier Sampson Carrasco, d’aller à la recherche de sir Launcelot Greaves, comme un chevalier errant ; de le défier comme un rival ; et d’établir pour condition que le vaincu obéira aux ordres du vainqueur. » « Cette idée est de moi, » s’écria Sycamore. « Eh quoi ! répliqua l’autre, avez-vous jamais eu une idée à vous ? » C’est ainsi que la dispute commença, et elle fut soutenue avec une grande chaleur, jusqu’à ce que Sycamore, dépourvu d’autres argumens, proposa une gageure de vingt guinées. Dawdle ne répondit à cette proposition que par cette interjection ; « Fi ! » ce qui piqua Sycamore et lui fit répéter sa proposition. « Vous avez raison, dit Dawdle, de vous servir de pareils argumens auxquels vous savez que je ne peux pas répondre. Une gageure de vingt guinées doit dans tous les temps renverser et pulvériser la logique du plus habile ergoteur qui n’a pas un shelling dans sa poche. »

Cette observation rendit Sycamore très-sérieux ; et, après une courte pause, il dit : « Je ne comprends pas, Dawdle, ce que vous faites de tout votre argent ? » « Je suis surpris que vous preniez la peine de vous en inquiéter. Je ne vous demande jamais ce que vous faites du vôtre. » « Vous n’avez aucun motif de le demander ; vous savez très-bien où il va. » « Quoi ! vous prétendez me reprocher vos bienfaits ? C’est fort bien, Sycamore. » « Eh non ! Dawdle, je n’entends nullement vous faire un affront. » « Comment un affront ! que voulez-vous dire ? » « Je vous assure, Davy, que vous ne me connaissez pas, si vous croyez que je manque assez de générosité pour,… parce que… » « J’ai toujours pensé, Sycamore, quelles que soient vos faiblesses ou vos défauts, que vous ne manquiez pas de générosité, quoique bien certainement vous l’employez souvent bien mal à propos. » « Hélas ! c’est une de mes plus grandes faiblesses ; je ne puis refuser même un fripon lorsque je le vois dans le besoin…… Prenez ce billet de banque, Dawdle. » « Moi ! non, en vérité, Sycamore… Que voulez-vous dire ? Quel droit ai-je sur vos billets de banque ? » « Aucun… Mais, Dawdle,… allons… » «  Nullement ;… j’ai l’air d’abuser de votre bon naturel…… Tout le monde sait que vous avez de l’indulgence pour les défauts. » « Allons, cher Davy… il faut que vous le preniez pour m’obliger. » Davy, ainsi pressé, accepta le billet de banque avec beaucoup de répugnance, et voulut bien reconnaître que l’idée appartenait à Sycamore.

Celui-ci ayant fait sortir du grenier ou de l’arsenal de ses ancêtres tout ce qu’il fallait pour compléter une armure, il donna l’ordre de la réparer, dérouiller et repolir ; et son cœur bondissait de joie en réfléchissant à la superbe figure qu’il ferait quand il serait complétement couvert d’acier, et armé de tous points pour le combat.

Quand il fut ajusté presque complètement, Dawdle insista sur la nécessité de boucler le casque, qui pesait quinze livres. Il enferma donc sa tête dans cette pièce de l’armure ; et, frappant dessus avec un bâton, il fit un tel fracas autour de ses oreilles, que ses yeux étaient près de sortir de leurs orbites. Sa voix se perdait dans la visière, et son ami affectait de ne pas comprendre ce qu’il voulait faire entendre par les signes qu’il faisait avec son gantelet, et ses tentatives pour en venir aux mains, afin de lui arracher son bâton. À la fin il le quitta en disant : « Je garantis que ce casque résonne bien ; et, délaçant son casque, il trouva son patron dans une sueur froide. Celui-ci aurait bien pu achever sur-le-champ sa première aventure, si ses forces lui eussent permis d’assaillir Dawdle ; mais par le défaut d’air, et à cause des coups qu’il avait reçus, il était si faible, qu’il s’évanouit presque totalement ; et, avant même qu’il eût repris tout-à-fait l’usage de ses membres, il était apaisé par les excuses de son compagnon qui protesta qu’il n’avait voulu autre chose que s’assurer si le casque était exempt de fêlure, et propre à protéger parfaitement la tête qu’il couvrait.

Ses excuses furent acceptées, l’armure fut empaquetée ; et, le lendemain matin, M. Sycamore partit de sa maison, accompagné de Dawdle, qui se chargea de remplir les fonctions d’écuyer dans le combat qui se préparait. Il se fit suivre aussi de deux domestiques à cheval, dont l’un était porteur de l’armure, et l’autre faisait l’office de trompette. Ils n’eurent pas plutôt appris que notre héros était logé à Saint-Georges, que le trompette sonna une charge qui causa quelque étonnement à sir Launcelot et à sa compagnie, et réveilla l’honnête capitaine Crowe au milieu de son premier somme. Leur premier soin avait été d’écrire un cartel ; et, au départ de l’étranger, il fut remis en grande cérémonie dans les mains de sir Launcelot, qui y lut ces mots :

« D’autant que j’ai été instruit que vous avez la présomption d’élever des prétentions sur le cœur de la sans pareille Aurélia Darnel, je vous donne avis que je ne peux admettre aucune rivalité dans l’affection de ce modèle de beauté, et j’espère que vous abandonnerez vos prétentions, ou que vous prouverez, dans un combat singulier, conformément aux lois et institutions de la chevalerie, que vous êtes digne de disputer sa faveur avec moi, le chevalier du Griffon ;

Polydore. »

Sir Launcelot ne fut pas médiocrement surpris de cette lettre, qu’il mit cependant dans sa poche sans dire un seul mot. Il commença à réfléchir, avec une sorte de mortification, qu’il était traité comme un fou par quelques personnes qui prenaient plaisir à s’amuser des infirmités de leurs semblables. M. Thomas Clarke, qui avait vu avec quel cérémonial la lettre avait été remise et l’émotion que le chevalier avait éprouvée à sa lecture, descendit à la cuisine pour savoir quelque nouvelle, et apprit que l’étranger était M. Sycamore. Il devina dès lors le contenu du billet ; et, dans la crainte qu’il n’en résultât quelque scène sanglante, il résolut d’avertir son oncle, afin qu’il pût l’aider à maintenir la paix. Il entra donc dans la chambre du capitaine, qui avait été éveillé par la trompette, et qui demandait, de mauvaise humeur, ce que signifiait ce damné concert, comme si tous les marins étaient appelés sur le port. Clarke lui ayant fait part de ce qu’il savait de cette affaire ainsi que de ses craintes sur le sang qu’elle pouvait faire verser, le capitaine dit qu’il ne pouvait croire qu’ils voulussent engager un combat, pendant la nuit, à la lumière des chandelles, et que, quant à lui, il retournerait faire le quart de bâbord long-temps avant que le signal fût donné pour former la ligne. D’après cette assurance, le légiste gagna son lit, où il ne manqua pas de rêver à miss Dolly Cowslip, pendant que sir Launcelot passait toute la nuit sans dormir, occupé de ses réflexions sur l’étrange défi qu’il avait reçu. Il avait appris que c’était M. Sycamore qui le lui avait envoyé, et il hésita quelque temps s’il ne le punirait pas de son impertinence ; mais après avoir considéré la nature de cette querelle, et les conséquences qu’elle pouvait avoir, il résolut d’éviter le combat, comme n’ayant pour cause qu’un fondement absurde. Même dans ses momens de folie, il n’adopta jamais les principes de la chevalerie errante sur les duels. Il regarda toujours comme une preuve d’extravagance et de méchanceté, qu’un chevalier voulût appeler un homme à un combat à mort, parce qu’il n’aimait point la couleur de sa barbe, ou le teint de sa maîtresse, ou pour décider, par un homicide, qui de lui ou de son rival méritait la préférence, tandis qu’il appartient exclusivement aux belles de décider quel sera l’amant heureux. Ce fut toujours son opinion que la chevalerie n’avait été instituée dans son origine que pour le seul but de protéger l’innocence, secourir le malheur, et infliger au criminel un châtiment mérité ; mais il ne pouvait concevoir comment on pouvait atteindre ce but en violant les principes éternels de la raison et de l’humanité.

Le capitaine Crowe n’avait pas examiné cette affaire sous un aspect aussi philosophique ; il ne doutait pas que les deux chevaliers ne dussent en venir aux mains le lendemain matin, et il s’endormit l’esprit rempli de cette idée. Mais il se leva avant le jour, résolu de jouer un rôle dans le combat ; et, sachant que l’étranger avait un compagnon, il le regarda tout naturellement comme son propre adversaire. Il était si impatient d’établir cette querelle secondaire, qu’au point du jour il entra dans la chambre de Dawdle, qu’il se fit indiquer par le domestique, et il l’éveilla par un cri qu’on aurait entendu à une demi-lieue de distance. Dawdle, éveillé en sursaut par ce bruit effrayant, sauta à bas de son lit, et se trouva sur pied avant d’avoir pu envisager l’objet qui l’avait alarmé si vivement ; mais quand il vit la tête de Crowe ainsi enflée et emmaillotée, si livide, si hideuse, si horrible ; quand il remarqua son large sabre à son côté et une paire de pistolets à sa ceinture, il s’imagina que c’était le spectre de quelque homme assassiné ; ses cheveux se hérissèrent, ses dents craquèrent, ses genoux tremblèrent ; il voulut se mettre en prières, mais sa langue lui refusa son service. Crowe, voyant son trouble, lui dit : « Peut-être, l’ami, vous me prenez pour un boucanier ; mais je ne suis pas ce que vous pensez : mon nom est le capitaine Crowe… Je ne viens pas ici pour prendre ou votre or ou votre argent, vos agrès ou votre arrimage ; mais, ayant appris comme quoi votre ami prétend appeler au combat mon ami, sir Launcelot Greaves, voyez-vous ! je désire, pour lui prouver mon amitié, que pendant qu’ils seront aux mains, vous et moi, en qualité de seconds, nous nous mettions bord à bord pendant quelques instans, pour nous amuser l’un l’autre, voyez-vous ! » Dawdle, après avoir reçu cette invitation, reprit ses esprits, et prenant l’attitude d’Hamlet, au moment de l’apparition du revenant, il s’écria avec un accent tout-à-fait théâtral :

Anges et ministres du ciel, protégez-moi !
Es-tu un esprit du ciel, ou un spectre de l’enfer ?

Comme il paraissait promener des regards égarés, le capitaine crut qu’il voyait effectivement quelque chose de surnaturel, et regarda avec inquiétude autour. de lui ; ensuite, s’adressant au terrifié Dawdle, il dit : « Damné ! pourquoi serais-je damné ? Si vous avez peur des revenans, frère, mettez votre confiance en Dieu, et il sera pour vous l’ancre de salut. » L’autre, pendant ce temps, était complétement revenu dans son état naturel ; et continuait néanmoins à débiter des vers de tragédie, et prononça ces paroles du rôle de Macbeth :

J’ose tout ce que l’homme peut oser.
Approche, toi qui ressembles à l’ours sauvage de Russie,
Au rhinocéros armé, ou au tigre d’Hyrcanie :
Prends toutes les formes ; mais mon cœur ferme
Jamais ne tremblera…

« Quels diables de noms ! s’écria l’impatient marin. Quoi qu’il en soit, si vous voulez prendre votre gréement, et courir avec moi une petite bordée au large, nous pourrons expédier cette affaire en moins d’un tour de cabestan. »

En ce moment, il furent joints par M. Sycamore, qui arriva en robe de chambre et en pantoufles. Tout troublé par le premier abord de Crowe, il se retira en arrière, et ensuite manifesta un étonnement extrême en considérant l’attitude et la figure du novice. Après avoir jeté les yeux alternativement sur lui et sur Dawdle, il dit : « Qu’est-ce que je trouve ici ? qu’est-ce que c’est que cette tête mal cuite, et ces os tout saignans ? » Alors son ami, se glissant dans ses draps, lui expliqua que c’était un ami de sir Launcelot Greaves ; et lui ayant fait connaître le motif de sa visite, M. Sycamore le traita avec la plus grande politesse. Il lui promit qu’il aurait la satisfaction de rompre une lance avec M. Dawdle, et témoigna sa surprise de ce que sir Launcelot n’avait fait aucune réponse à sa lettre. Pendant ce temps, le soleil s’était levé, et il faisait grand jour. Crowe, qui avait pris tant d’intérêt à cette affaire, se rendit sans cérémonie dans la chambre du chevalier, et lui dit, sans préambule, que l’ennemi était debout, et attendait qu’il se présentât pour commencer l’action. « J’ai hélé son camarade, dit-il ; c’est un trembleur et un poltron ; il m’a pris d’abord pour un revenant, ensuite il m’a appelé des noms de tigre, de rhinocéros et d’ours de Perse. Mais, ma foi, si je le prends en travers, je lui ferai voir, avant que nous nous séparions, l’ours et mon bâton tout brisé… Je le lui ferai voir… »

Cette nouvelle ne fut pas reçue avec la joie que le capitaine s’attendait à trouver chez notre aventurier, qui lui dit, d’un ton très positif, qu’il n’avait nulle envie de combattre, et qu’il voulait qu’on le laissât reposer. Crowe se retira, l’oreille basse, en murmurant quelques mots qu’on ne put entendre distinctement.

Vers les huit heures du matin, M. Dawdle lui porta un message en forme, du chevalier du Griffon, qui demandait qu’il assignât la lice, et donnât sûreté du camp. Il répondit à cette requête d’un ton grave et solennel : « Si celui qui vous envoie croit que je l’ai insulté, il peut, sans aucun déguisement, et sans ce ridicule cérémonial, exposer la nature de ses griefs, et je lui donnerai la satisfaction que ma conscience et mon caractère me feront juger convenable. S’il a porté particulièrement son affection sur quelque beauté, et qu’il me regarde comme un rival favorisé, je ne ferai pas le tort à une dame de hasarder aucune démarche qui puisse contrarier son choix, et spécialement un éclat que ma raison condamne comme outrageant pour les lois de mon pays. Si celui qui s’appelle le chevalier du Griffon a réellement le désir de suivre la route de la véritable chevalerie, il ne manquera pas d’occasions de signaler sa valeur pour la cause de la vertu. Il pourra peut-être, malgré cette déclaration, tenter de me faire violence quand il me rencontrera ; mais il me trouvera toujours en mesure de me défendre ; ou, s’il persiste à renouveler ses importunités, je saurai bien, sans aucune cérémonie, châtier son messager. » Ce refus de combattre fut attribué, par M. Sycamore, à la peur, et il n’en devint que plus insolent et plus orgueilleux, persuadé de la lâcheté de notre chevalier. Sir Launcelot cependant se mit à déjeuner avec ses amis ; et, après s’être revêtu de son armure, il demanda ses chevaux pour partir. Ensuite il paya son compte ; et, marchant d’un pas délibéré vers la porte, en présence de sir Sycamore et de sa suite, il s’élança d’un saut sur la selle de Bronzomarte qui, par ses hennissemens et ses courbettes, témoigna sa joie d’être monté par son noble maître.

Le chevalier du Griffon ne jugea pas à propos d’insulter son rival en personne ; mais son ami Dawdle ne manqua pas de lâcher quelques plaisanteries sur la figure et la tournure cavalière du capitaine Crowe, qui renouvela sa déclaration qu’il serait fort aise d’en venir aux prises avec lui après son voyage. L’habit noir de M. Clarke et son mauvais maintien furent remarqués également et tournés en ridicule. Quant à Timothy Crabshaw, il regarda son confrère l’écuyer, avec tout le mépris d’un soldat vétéran à l’égard d’un recrue ; et Gilbert, en partant, lui adressa ses complimens par une ruade ; mais lorsque notre aventurier et son train furent assez loin de l’auberge, M. Sycamore fit sonner la retraite pour célébrer son triomphe sur son adversaire.

Peut-être se serait-il contenté de ce genre de victoire, si Dawdle n’eût excité son envie et son ambition en chantant les louanges de sir Launcelot. Il remarqua que sa contenance était noble et mâle, que sa figure était très-belle, que sa taille était admirable, qu’il marchait comme Hercule et voltigeait sur la selle comme Mercure ; il donna même à entendre qu’il était fort heureux pour Sycamore que le chevalier du Croissant se fût trouvé dans des dispositions aussi pacifiques. Son patron était fort mal à son aise pendant ces éloges, et prit feu à la dernière observation. Il affectait de faire peu de cas de la beauté physique, quoique lui-même fût cité avec avantage dans le monde pour ce mérite particulier. Il prétendit qu’il était plus grand de deux pouces au moins que Greaves ; que, quant aux formes et à la tournure, il ne voulait pas faire de comparaison ; mais que, dans l’art de monter à cheval, il se flattait d’être mieux assis que sir Launcelot, et qu’il parierait cinq cents guinées contre cinquante, qu’il le renverserait dès le premier choc. Ce n’est pas le cas de faire une gageure, répliqua M. Dawdle ; la question peut être décidée dans une demi-heure ; sir Launcelot n’est pas homme à prendre le galop pour vous éviter. » Sycamore, après quelque hésitation, déclara qu’il le suivrait et le provoquerait au combat, à condition que Dawdle, de son côté, entrerait en lice avec Crowe. Cette condition fut acceptée, car, bien que Davy eût peu le désir de risquer cette épreuve, il ne put trouver subitement une excuse pour s’y refuser. Il avait d’ailleurs remarqué que le capitaine était un fort mauvais cavalier ; et il résolut de suppléer par un peu d’adresse à la médiocrité de son courage. Les domestiques eurent immédiatement l’ordre de dépaqueter l’armure ; et, en peu d’instans, M. Sycamore parut sous un aspect formidable ; mais la scène qui va suivre a trop d’importance pour être reléguée à la fin d’un chapitre ; en conséquence, nous la réservons pour une place beaucoup plus apparente dans ces mémoires.

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