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I. La Nounou · 10

Tendrement enlacée dans les bras satinés de Nounou, la Marquise dormait. Mais son sommeil agité par des rêves érotiques, était si léger qu’elle s’éveilla en sursaut, prête à pousser un cri d’effroi. Un faible bruit venait de se faire entendre dans la pièce voisine. Quelle ne fut pas sa satisfaction, en y jetant les yeux, de voir le Vicomte, en toilette de nuit, qui venait, sans aucun doute, se payer une nouvelle tranche de l’appétissante Nounou. Rien ne peut exprimer la surprise qu’il ressentit quand il trouva le lit vide et déjà refroidi. Ses regards firent le tour de l’appartement. Alors seulement la Marquise songea que la porte secrète était restée ouverte. C’était trop tard pour aller la fermer. Déjà le Vicomte dirigeait ses pas vers l’issue mystérieuse. La Marquise ferma vivement le panneau mobile, mais essaya en vain de se débarrasser de l’étreinte de Nounou. Celle-ci qui rêvait de coït l’enlaça avec rage. Le Vicomte pénétrait à ce moment chez la châtelaine qui n’eut que le temps de jeter de côté, sur l’oreiller sa tête blonde, et de feindre un profond sommeil.

Àla vue de ces deux beautés amoureusement enlacées, le Vicomte éprouva une joie intense. La position des deux corps lui révélait la nature des relations qui unissaient la camériste à la belle Marquise. Certain que les deux coquines n’avaient rien de caché entre elles, il examina amoureusement le visage de la jolie Éveline, et à sa rougeur, il devina qu’elle ne dormait pas. Bien plus, il surprit sous les cils noirs de la belle un long regard voilé se glisser de son côté. Prêt pour l’amour, impatient de se satisfaire, il s’approcha du lit et, glissant sous les draps une main audacieuse, il constata que les doigts de la mutine Nounou tenaient prisonnière la toison foisonnante d’Éveline. Saisissant aussitôt la main tremblante de la Marquise, il la dirigea sous sa propre chemise avec tant d’adresse que son priape en fureur se trouva soudain prisonnier de cinq doigts émoustillants et aristocratiques. Laissant son innocence aux prises, avec cette main ingénue, Alfred découvrit insensiblement la nudité frissonnante des deux jolies libertines, et put bientôt se plonger dans la contemplation ardente de leurs charmes les plus cachés. À cette vue, son organe, transporté de désirs, sursauta dans les doigts de la Marquise, en même temps que ses lèvres lascives se collaient avidement sur le téton gauche de la délicieuse châtelaine. À ce contact, Éveline ne put se maîtriser, et, serrant ardemment le membre impudique du Vicomte, elle coula sur lui un regard dont la langueur exprimait les lubriques désirs… Écartant alors avec une sorte de rage toutes les couvertures, repoussant Justine encore endormie, l’heureux Vicomte se logea en un clin d’œil entre les cuisses impatientes de l’objet de son ardent amour. Éveline n’avait pas lâché prise… de ses doigts, la verge en feu pénétra directement dans le sanctuaire de l’amour…

Quand Justine s’éveilla aux cris de volupté que poussait sa folle maîtresse, elle ne fut pas peu surprise de voir à ses côtés les deux athlètes au plus fort de l’action ; la couche craquait sous les élans passionnés des amants heureux. La jolie soubrette tout en simulant le sommeil, ne perdait rien de ce délicieux spectacle. Allongée sur le flanc, elle suivait anxieusement les péripéties de la jolie lutte, et, à la vivacité de ses coups de cul, jugeait du degré des plaisirs goûtés par sa maîtresse.

Lorsque le spasme suprême cloua les amoureux interdits sous le coup d’une aussi complète jouissance : — « Éveline !… Éveline adorée !… » murmura le Vicomte — « Alfred… Alfred… qu’avez-vous fait ? » balbutia la Marquise en pressant dans ses bras le corps de son amant. Et cette pression fut le signal d’un nouvel assaut : — « Ne craignez-vous pas, ravissante Marquise, que votre soubrette ne s’éveille et ne nous surprenne ? — « Votre scrupule est bien tardif, Vicomte. C’est tout à l’heure, quand vous m’avez violée, qu’il fallait songer à la présence de Nounou ». Maintenant que mon déshonneur est consommé, que m’importe ? Je n’ai plus qu’un espoir, c’est qu’elle partage ma honte en servant à son tour de jouet à votre libertinage. — Me permettrez-vous, chère Marquise, de lui gratter le bouton pour la réveiller ? Il le faut bien, Monsieur, pour l’empêcher de parler… Allons, houspillez-moi cette jolie fille. Cette fois, Justine n’y tint plus, et partant d’un éclat de rire sous les attouchements intimes du héros de cette fête, elle se mit, sans façon, à rendre aux deux amants les caresses lascives que lui avait, en pareille occasion, enseigné l’ardente Clarisse. La Marquise éperdue de bonheur, se livrait avec emportement. Pour la première fois, son vagin ressentait les délices brûlantes de ces contractions finissantes dont lui avait parlé Justine, et qui avaient piqué sa curiosité. Chaque crise, au lieu de calmer ses sens, faisait naître en elle de nouveaux et plus lubriques désirs.

L’heure était avancée lorsque les amants, épuisés de volupté, se résignèrent à une séparation rendue nécessaire pour ranimer la chaude vigueur du priape indomptable. Justine qui, après avoir vu consommer à plusieurs reprises le savoureux adultère, s’était levée pour surveiller les apprêts du déjeuner, vint annoncer aux jolis coupables que la table était servie. Ces Messieurs étaient partis pour la pêche et ne tarderaient pas à rentrer : il fallait se hâter. La soubrette apportait les vêtements du Vicomte qui s’habilla en toute hâte, et prenant un fusil de chasse, sortit par une porte dérobée pour aller rejoindre ses amis. Il les rencontra bientôt. On se moqua de son carnier vide ; on lui montra les résultats d’une pêche merveilleuse, puis on regagna le château. La Marquise toute rose de santé et de bonheur, attendait ses hôtes sur le perron, en compagnie de la baronne Gabrielle d’Haricourt, belle-sœur d’Olivier, et des deux comtesses Olympe d’Aunac et Nathalie de Rifray. Tout le monde entra avec empressement dans la salle à manger, Gabrielle avec le Vicomte, Olympe avec le comte d’Ermenonville, Nathalie avec Georges de Brueil, et la Marquise au bras d’Olivier d’Haricourt. Les soins aussi délicats qu’empressés dont le fier Marquis l’entourait avec amour avaient produit sur Éveline une sincère impression. Elle ne put s’empêcher d’admirer pendant le repas, l’esprit fin et la noble prestance d’Olivier. Aussi, lorsque ce dernier, à la faveur d’une serviette tombée, lui glissa furtivement dans la main un billet plié en quatre, Éveline, tout en fixant sur lui ses grands yeux candides, fit-elle prestement disparaître le poulet compromettant.

Le déjeuner terminé, la Marquise rendit à ses hôtes leur pleine liberté d’action comme c’était l’habitude au château. Une fois seule, elle s’empressa de lire le billet du Marquis : — « Adorable châtelaine, je ne veux plus parler de mon amour puisque vous m’avez, cruelle que vous êtes, interdit tout espoir. Je vous appartiens, corps et âme, pour la vie, vous le savez, Madame, mais puisque vous m’avez défendu de vous exprimer encore mon ardente passion, je garde au fond du cœur la blessure adorée dont la mort seule pourra me guérir. Et pourtant, Madame la Marquise, il faut que vous m’accordiez un rendez-vous sans témoins. Le hasard m’a rendu maître d’un secret qui n’appartient qu’à vous et que je désire remettre entre vos mains. Il y a peut-être de la sécurité du château. Je vous attendrai au fond du parc, à l’extrémité de l’Allée des Roses, derrière le massif de marronniers ».

Un petit frisson secoua la Marquise à cette lecture. Son premier mouvement fut de ne pas se rendre à l’appel d’Olivier, mais un secret orgueil d’affronter le danger d’un pareil tête à tête la poussa dans le parc. Elle gagne lentement l’allée des Roses… le cœur lui battait fort… Elle était toute rouge… Olivier la vit venir ; il s’aperçut de son trouble, des effluves voluptueuses s’épandaient autour de lui… Sa passion se réveille impérieuse… Il s’élança au devant d’Éveline qui tomba sans force dans ses bras : Entraînée par son tempérament de feu, grisée par sa première faute avec Alfred, Éveline, folle d’Amour, n’eut pas l’énergie de s’arracher aux baisers embrasés d’Olivier… Elle s’abandonna frissonnante et ne se rendit compte de sa chute que lorsque le Marquis, heureux et confus de ce triomphe inespéré fut contraint par la nature de lâcher sa victime. — Oh ! Marquis, s’écria Éveline, c’est là une action infâme de votre part. — Je vous aime, Marquise ! Je vous adore ! Mon amour pour vous m’entraînerait au crime… Pardonnez-moi, Madame, pardonnez à ma folle et invincible passion !… — Oh ! Monsieur le Marquis, m’attirer dans un pareil guet-apens, moi, la marquise de la Vigeraie ?… — Dieu m’est témoin, Marquise, que mes intentions étaient pures. C’est la fatalité qui a tout fait. Quand je vous ai vue venir à moi si belle, si noble, si chastement idéale, j’ai perdu la raison. — Eh ! quoi, Monsieur !… encore !… — Oui ! oui ! encore !… toujours !… À toi, mon ange, à toi ma vie !… Oh ! Éveline, un baiser ! un baiser de toi !… un baiser, ou je meurs !… À ces mots, l’heureux fripon introduisit complètement son priape dans le mignon bijou de la Marquise. Sous ce nouvel attentat, Éveline emportée par les désirs, obéit à l’appel de l’amour. Ses lèvres brûlantes se collèrent sur les lèvres d’Olivier dont ce baiser, à la fois chaste et passionné, provoqua l’extase. La Marquise était hors d’elle. Ses mouvements, sans doute involontaires mais qui ne pouvaient échapper à son galant vainqueur, firent connaître à celui-ci que l’amour agréait son offrande. Les lèvres d’Éveline ne quittaient plus les siennes… bientôt, dans les bouches entr’ouvertes, les langues se cherchèrent, se heurtant, s’aiguillonnant, s’enlaçant dans la fièvre du bonheur.

Après plusieurs libations offertes de part et d’autre, avec une égale ferveur, à la déesse de Cythère, Olivier eut une folle envie de considérer à loisir les charmes livrés à ses ardeurs, mais qu’il n’avait pu qu’entrevoir dans l’emportement forcené du viol accompli. La Marquise, pantelante, le laissa faire… À deux genoux, prosterné devant sa conquête éperdue, il dévorait des yeux toutes ses beautés dévoilées : il buvait les ondulations noires et frisées de la mystérieuse toison, la blancheur alléchante des cuisses satinées, l’incarnat virginal de la fente d’abricot-pêche qui venait d’agréer son impudique hommage… Il eut un caprice, et voulut déposer un baiser reconnaissant sur chaque cuisse de sa victime. La Marquise, pour lui permettre cette lubrique fantaisie, fut obligée de s’élargir. L’écartement des jambes permit à l’heureux Olivier de mieux contempler la délicate ouverture du bonheur… la languette rose surgit soudain dans l’écartement des grandes lèvres. À cette vue Olivier n’y tint pas. Sa langue hardie se porta sur les secrets appas d’Éveline qui se soumit, sans protester, à ce nouvel outrage, et endura jusqu’à la consommation de son déshonneur, cet hommage lascif.

Revenus à eux, les deux amants se dévorèrent de baisers. On eût dit deux tourterelles amoureuses se disposant à commettre une nouvelle polissonnerie : — Est-ce là, dit enfin la Marquise, le secret mystérieux que vous aviez à me confier ? — Pardonnez-moi, ravissante amie, répondit Olivier en la pressant sur son sein, pardonnez-moi si votre angélique beauté et mon ardent amour m’ont fait oublier le motif grave pour lequel j’ai osé solliciter de vous un rendez-vous dont je remercie le ciel.

Ma bien-aimée, le hasard a voulu que je découvre, dans un vieux in-folio de la bibliothèque un parchemin qui témoigne de l’existence d’une grotte souterraine communiquant avec le château par des galeries secrètes. Connaissiez-vous ces souterrains, Marquise ?… — Vous m’effrayez, cher Marquis ; jamais je n’ai entendu parler de ce secret. — Ce n’est pas étonnant, chère Éveline ; les Carbonari ne livraient rien de leurs mystères, et celui des La Vigeraie qui faisait partie de l’association a emporté son secret dans la tombe. — Non, Marquis, puisque vous avez trouvé ce parchemin. Mais j’ai peur… — « — Peur et de quoi, Marquise ? Nous allons nous mettre à la recherche du mystérieux souterrain, et nous l’explorerons ensemble, voulez vous ? — Oh ! tout de suite, Marquis. — Il s’agit, avant tout, de trouver la pièce que le parchemin qualifie de « chambre princière » — Je me rappelle que la comtesse douairière de Civray a, un jour, appelé de ce nom ma chambre à coucher. — En ce cas, nous voilà sur la voie… Vite, Madame, allons dans votre chambre. — Oh ! Marquis, y songez-vous ?… — Il le faut, Madame… il le faut, mon amour… Et, comme en disant ces mots, le Marquis chatouillait sans façon le petit bouton d’Éveline. — S’il le faut… c’est différent…

Inutile cher lecteur de suivre pas à pas le noble couple dans ses minutieuses recherches, interrompues par de fréquentes stations sur le lit moelleux de la Marquise. Il s’en fallut de bien peu que l’indiscrète Nounou ne les surprit sur le fait, ce qui les fit rire tous trois, et inspira au Marquis l’indécente envie de faire l’amour à Éveline en présence de sa jolie femme de chambre. Justine qui se plaisait nous le savons à jouir de ce spectacle lascif, attisa les désirs d’Olivier et l’amena par degrés charmants à violer la Marquise Éveline, déjà savante dans l’art d’aimer, et qui savait ce que la résistance ajoute à la volupté, feignit de ne pas vouloir se livrer au Marquis devant la Nounou ; mais dans ce combat inégal où se liguaient contre elle une soubrette friponne, un amant vigoureux, et ses propres ardeurs sexuelles, la pauvrette succomba délicieusement… — Oh ! la vilaine ! criait Justine, fi donc ! la polissonne qui, devant moi, fait son mari cocu ! Bravo, Marquis, tapez dru !… Enfoncez jusqu’à la matrice ! Transpercez-là, cette vilaine, avec votre grosse pique… moi, je vais lui fouetter le cul !… plic ! plac !… sur les fesses satinées de la chaste et pure châtelaine. — Sous ces stimulants polissons, Éveline se mit à pousser des cris aigus de jouissance, auxquels s’associèrent les râles lascifs de son amant. — Oh ! qu’ils jouissent ! qu’ils jouissent, criait Justine, en patinant avec ardeur les fesses crispées du Marquis et les pressant par moments avec rage comme si elle eût voulu le faire pénétrer plus profondément dans la sexualité de sa maîtresse. Éveline ravie, s’aperçut qu’Olivier regardait, de côté, la charmante Nounou avec une convoitise marquée. Elle s’amusa à attiser ses désirs en lui promettant tout bas de le faire jouir de sa soubrette au fond du souterrain.

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