‹ Les Carbonari de l’amourChapitre 11 sur 24 · I. La Nounou · 11

I. La Nounou · 11

Les recherches du galant trio furent couronnées d’un plein succès. Sous la pression simultanée de deux gros clous dorés, un panneau de chêne s’ouvrit devant le Marquis qui poussa un cri de joie, C’était l’entrée d’un long escalier aux parois lambrissées. Les deux jolies femmes et leur aimable compagnon se hâtèrent d’allumer des bougies et, bravement, descendirent l’escalier mystérieux. Un caveau complètement fermé les arrêta quelque temps ; mais le Marquis découvrit bientôt le jeu d’une autre porte secrète. Un nouveau corridor, plus large et plus haut que celui qu’ils avaient parcouru, s’ouvrit devant leurs pas. Après quelques minutes de marche, ils se virent encore arrêtés par une muraille formée de blocs de granit. Nouvelles recherches couronnées par la découverte de deux autres clous dorés : Un bloc bascula sous la double pression et ouvrit une large baie par laquelle nos explorateurs pénétrèrent dans une salle aux murs scintillants de paillettes de mica. Là encore le Marquis chercha, mais en vain, des clous dorés. La paroi de granit ne présentait que les fissures naturelles qui caractérisent cette roche. La Marquise ayant glissé sur le sol merveilleusement poli, se cramponna à la muraille. Son doigt s’étant logé dans une fente du roc, elle ne fut pas peu surprise de sentir le bloc céder sous ce léger effort… Elle le renouvela avec précaution et appela joyeusement le Marquis et Nounou qui, depuis un moment, exploraient côte à côte un angle de la salle. Accourus à l’appel d’Éveline, ils considérèrent l’ouverture qui venait de s’opérer et qui donnait accès sur les premières marches d’un large escalier de marbre blanc. Ils escaladèrent rapidement les vingt degrés et se trouvèrent dans un corridor circulaire. Ce corridor était, d’un côté, percé d’arcades surbaissées qui semblaient plonger sur un puits profond. Des balustrades de porphyre à hauteur d’appui permettaient de se pencher sur ce gouffre, que la faible lueur des bougies ne pouvait éclairer. Après avoir fait le tour de cet étrange corridor, ce qui les ramena à leur point de départ, c’est-à-dire au sommet de l’escalier de marbre blanc, le Marquis déclara qu’ils étaient dans le fameux chemin de ronde des chefs du Carbonarisme, et que ce puits insondable sur lequel plongeaient les arcades surbaissées n’était autre chose que la grande salle des réunions de l’Ordre, que le mystérieux parchemin désignait sous le nom de « Rotonde sacrée ». — Il nous faut redescendre l’escalier et chercher l’entrée de l’immense salle. Les voici de nouveau dans la grotte tapissée de mica. Chacun de son côté se mit à sonder les interstices du rocher. Tout à coup Justine poussa un cri de joie, une large porte à deux battants s’ouvrait devant elle, donnant sur un riche vestibule percé de trois grands portiques ogivaux richement ciselés dans le chêne massif. À peine le Marquis eut-il ouvert à demi le portique de droite qu’un spectacle extraordinaire le frappa d’admiration ainsi que ses deux compagnes. Un lustre gigantesque descendait lentement du milieu de la voûte, éclairant peu à peu d’une étrange et mystérieuse lueur, l’immense rotonde.

Oui, cher lecteur, un modeste savant, devançant les progrès de notre siècle, avait réalisé là l’invention de l’éclairage électrique.

Sortant du repos après un sommeil séculaire, les générateurs et les accumulateurs projetaient en gerbes lumineuses les trésors éclatants de la lumière la plus pure. Nos trois explorateurs furent surpris de ne pouvoir distinguer les balustres de porphyre de la galerie supérieure. Mais ayant eu la curiosité de remonter l’escalier de marbre, ils se rendirent compte que c’était à dessein que les balustres étaient dissimulés derrière des rideaux métalliques. C’est, en effet, de ces balcons, que les chefs du Carbonarisme assistaient, invisibles, aux réunions de la Société secrète. Une issue donnant dans une grotte de la forêt, livrait accès aux soldats ; quant aux chefs, ils suivaient la route que nous venons de parcourir avec Olivier, Éveline et Nounou.

Le premier moment de stupéfaction passé, la Marquise fut rappelée par un regard d’Olivier au souvenir de sa promesse. Le désir de la jolie camériste avait mordu les sens du Marquis. Les lueurs électriques donnaient au brun visage de la belle Corse un velouté mat et chaud qui appelait les baisers de feu. Sa robe, gentiment troussée d’un coup de main expert, laissait voir une si jolie bordure de jupe et parfois même un bout de cheville ravissant, surtout quand elle se penchait sur les balcons pour admirer la rotonde. Le bouillant Olivier se sentait dans un état de d’inquiétante surexcitation, dont s’aperçut sans peine la chaste Éveline.

Pour donner au Marquis toute facilité de se satisfaire, elle s’accouda au balcon à côté de Nounou : — Comme on serait admirablement placés ici, si cette belle salle était une scène et que l’on y jouât la comédie ! — Par ma foi, dit Nounou, je serais ravie d’y voir représenter la scène du bain de la « chaste Suzanne ». — Et qui donc jouerait le rôle de la vierge Juive ?… — Vous, Madame ! — Merci, ma belle, moi je me soucie médiocrement des vieillards, tu le sais… — Oh ! Marquise, des vieillards qui seraient représentés par Monsieur le Marquis ici présent et un de ses amis ?… Tais-toi, friponne ! tu me fais rougir !… — « Laissez-la dire, chère Marquise ; vous ne sauriez croire combien me plaît l’idée charmante de Nounou ! Cette conversation me rappelle une délicieuse soirée que je passai dans une loge du Grand Théâtre de Toulouse… ». Et à ces mots le bel Olivier se pencha sur l’épaule des deux amies. — « Racontez-nous cela, cher Monsieur, et bien vite, s’il vous plaît ». — « Figurez-vous que j’étais en compagnie de deux dames dont l’une avait sur moi des droits incontestés… ». — « C’était votre maîtresse ? » — « Vous l’avez dit, Marquise, c’était ma maîtresse depuis deux nuits… » — « Et son amie ?… » — « Son amie était si séduisante qu’elle m’avait aussi inspiré les plus vifs désirs ; mais je n’avais pas encore… » — « Vu l’envers de ses jupes ?… — « Vous l’avez dit, Nounou… » — « Et alors ?… » — « Je profitai de ce que les deux belles étaient captivées par le spectacle… » — « Comment étaient-elles placées ? — Comme vous en ce moment. — « Et vous ? — « Moi, debout, derrière elles. — « Elles devaient vous gêner pour voir ce qui se passait sur la scène ? — « Le spectacle que j’avais sous les yeux était bien plus enchanteur ! » — Des détails, Marquis ! des détails ! — « J’avais là, sous ma main deux croupes ravissantes dont je sentais la ferme rotondité sous la courbe provocante de la robe. L’amie de ma maîtresse faisait des petits mouvements si gentils, que j’éprouvai une folle envie de voir son joli derrière jouer son jeu au naturel… — Oh le polisson ! — Je saisis le moment favorable et je la troussai délicatement jusqu’aux reins. La crainte d’une scène, avec ma maîtresse, l’empêcha de se plaindre. Elle espérait, sans aucun doute, que j’allais rabattre ses jupes dès que je l’aurais assez regardée dans cet état de délicieuse indécence. — Et son espoir fut trompé, grand vaurien ?… — Je ne sais trop, Marquise, seulement la vue d’un gros derrière si blanc, si frais, si potelé, si frétillant, me fit perdre la tête… mes regards ne pouvaient s’en détacher… je me déboutonnai prestement… — « Aïe ! » — Et ma grosse affaire se logea béatement entre les deux cuisses écartées de la mignonne… — « Et votre maîtresse ?… — Comme si elle avait tout deviné, ma maîtresse, à ce moment, plaça les abat-jours de façon à nous mettre dans l’ombre. — « Et l’amie se laissa faire sans crier au viol ? — « Bien loin de là ; elle continua à causer en riant avec ma maîtresse. Quelle présence d’esprit ! moi, j’aurais crié ; et toi, Justine ?… — « Moi, Madame, je… je ne sais… Je crois que j’aurais d’abord profité de l’aubaine, quitte à crier après… — « Coquine !… le fait est que ce devait être là un impromptu du dernier piquant. Que n’aurais-je pas donné pour voir comment vous faisiez cela dans une position si délicate !… — Oh ! Marquise, ce fut très simple… supposez pour un instant que vous soyez ma maîtresse… Justine est votre amie… voilà un bon moment que je lui ai retroussé ses jupes… je lui caresse doucement les fesses… ma main se glisse par ici, ce qui lui fait involontairement écarter les jambes… je me déboutonne, je sors mon braquemard en révolte… et je le plante !… là » — « Qu’est-ce donc, Monsieur le Marquis ?… que faites-vous à Mademoiselle Justine ?… — « Je lui fais exactement ce que je faisais à l’amie de ma maîtresse, euh !… euh !… — « Est-il drôle ? Est-ce vrai, Justine, qu’il y soit ?… — « Il y est, Madame, il y est, gros et chaud !… touchez-le. — « C’est vrai… il y est plongé jusqu’à la garde… Sens-tu ses breloques ?… — « Oui, Madame, elles me chatouillent la motte de la plus cochonne façon. — Quelle impression ressens-tu, mon enfant ?… — Oh ! Madame la Marquise, une impression si agréable que je ne puis l’exprimer… Aïe !… aïe !… arrêtez-vous !… Marquis, arrêtez !… de grâce !… Si vous continuez je vais… je vais… — « Petite coquine ! Elle décharge. Et vous, paresseux ? — « Eh ! eh ! divine Marquise, moi… moi aussi !… Que c’est bon !… chère Éveline, en berçant entre vos doigts les globes de l’amour, vous doublez mon bonheur. Quelle volupté dans ces pressions répétées !… — Quel effet, Marquis cela vous fait-il ? — « Il me semble, Marquise, que je décharge en même temps par la pine et par le cul !… — « Oh ! Monsieur, quel dévergondage dans vos expressions !… Si la comtesse Nathalie vous entendait !… — « Bien sûr qu’elle irait aussitôt trouver dans son lit la jeune baronne Gabrielle, votre cousine, pour lui dénoncer votre conduite. — Il est vrai qu’elles sont d’une intimité !… — Que j’aimerais, Marquise, qu’elles fissent partie de notre association lubrique ! — « Je comprends, Marquis… vous avez envie de les mettre au balcon ?… Peut-être y arriverons-nous un jour ?… — « Et plus tôt que vous ne croyez !… dit en riant Justine qui venait de jouir pour la troisième fois sous les efforts amoureux du Marquis, et dont l’organe lubréfié servait encore de fourreau au membre viril d’Olivier. — Bien sûr que Nounou sait quelque chose sur le compte de Nathalie et de Gabrielle ? dit la curieuse Éveline ». — Oh ! c’est le hasard seul qui m’a fait découvrir le pot aux roses : hier matin, je surpris la baronne occupée à se branler sur le bord de son lit. Je m’empressai de lui offrir mes services discrets qu’elle accepta avec reconnaissance ; et c’est dans la vivacité de la jouissance qu’elle m’avoua que j’étais plus habile que la comtesse Nathalie. Lui ayant alors parlé de ces messieurs, je vis, au plaisir qu’elle prenait à la conversation, que celui qui aurait l’audace de la violenter un peu, serait vite le maître de ses sens. — Avez-vous parlé de moi, friponne ? — « Oui, Monsieur le Marquis, même que la Comtesse est arrivée au bonheur quand je lui ai dit que vous deviez avoir un bel instrument au bas du ventre… — Petite cochonne, qu’en savais-tu ?… — Oh ! Monsieur le Marquis, nous autres, femmes, nous devinons cela… N’avez-vous jamais remarqué que si en présence d’un homme nous baissons modestement les yeux, nous ne les baissons jamais plus bas que l’endroit de sa personne qui nous intéresse le plus ?… — Et que pouvez-vous voir ?… — Il est bien rare, en ces cas là, que le petit oiseau ne dresse pas la tête sous notre regard qui l’appelle, et c’est très joli de suivre, sous l’étoffe, ses mouvements d’impatience. Or, vous ne sauriez croire combien nous sommes flattées de cet hommage sincère rendu à nos charmes. — « Allons, Marquis, je vois à vos saccades véhémentes que la beauté de Nathalie, ne vous laisse pas indifférent, et j’ai bien peur qu’après avoir triomphé de ma vertu et de celle de Justine, vous ne rêviez une nouvelle victoire sur Madame de Rifray ?… Avouez-le, fripon ? — « J’avoue, Marquise, qu’il me serait fort agréable d’examiner à loisir les dessous de Nathalie ; elle doit être diablement amoureuse la petite Comtesse. — Et votre cousine, donc ?… — Ma cousine aussi, je crois. — « Allons, il faudra les essayer toutes les deux !… — Savez-vous, Madame la Marquise, à quoi je pensais ? — À quelque polissonnerie, sans doute, petite dévergondée… Allons, confesse-toi, mignonne ; je suis indulgente aujourd’hui ! — « Je pensais qu’il serait charmant de transformer cette vaste salle en un magnifique temple d’amour. Pour cela, que faut-il ? De riches tentures tapissant les murailles, d’épais tapis couvrant tout le parquet, un calorifère caché pour entretenir ici une température favorable aux jeux de Vénus, des divans et des lits de repos garnis de velours sombre, des fouteuses artistement groupées, des grandes glaces ciselées destinées à multiplier à l’infini les images de la beauté et du bonheur… Et avec cela, une société choisie de baiseuses et de fouteurs émérites, dont vous seriez la Reine… aïe !… aïe !… Marquis… vous… vous me faites trop jouir… assez !… vous me tueriez !… — Belle Marquise, s’écria Olivier, en déconnant après avoir exprimé sa dernière goutte, l’idée de Nounou est ravissante et nous la réaliserons ! En attendant, permettez-moi de vous confirmer le titre que vous a donné Justine, et daignez agréer le « Salut de la Reine ! ». Voici l’hommage de mes sentiments aussi vifs que respectueux… — « Vifs ! je le crois… je le sens !… mais respectueux ?… M’enfiler ainsi en levrette !… oh ! que c’est bon !… — Je vois, chère Marquise, que vous avez agréé le respectueux hommage de votre galant sujet… quel bonheur ! Fondons en cet heureux jour les bases de l’association la plus lubrique qui ait jamais existé !… — « Par ma foi, dit Éveline entraînée, je veux bien !… Quelle riche pine, Marquis… on dirait une barre de fer… Dis-moi, Nounou, comment l’appellerons-nous, notre association libertine ?… — « Nous pourrions lui donner le titre de : « Chevaliers de la Pine ». — « Ce serait trop cru, il me semble… oh ! Marquis, comme vous me chatouillez !… J’aimerais mieux l’appeler : la Société de l’Aubépine… Aïe !… ça vient… Olivier ! mon ami !… — Et pourquoi l’Aubépine, Marquise ? — « Parce que l’Aubépine, c’est l’épine blanche ! — « Oh ! les Pines blanches !… dans un conin rose tendre !… ah ! ah !… chère Marquise !… mon amie !… ça y est !… — Vivent les pines blanches, s’écria Justine enthousiasmée. — « Vive l’Épine blanche ! », murmure à son tour Éveline pâmée.

Et voilà comment la marquise Éveline de la Vigeraie, en compagnie du marquis Olivier d’Haricourt et de Nounou fondèrent l’association de l’Aubépine.

Le Marquis, ayant déclaré que, bien loin d’être jaloux, il éprouverait le plus vif plaisir de voir Éveline faire l’amour avec un homme nu, il fut décidé à l’instigation de Nounou, que le vicomte Alfred de Lortara serait, à la première occasion, provoqué par la Marquise en combat singulier, et que la gente soubrette, en compagnie du bel Olivier, seraient les juges du camp. — « Pour moi, dit la Nounou, je propose de ne pas limiter le nombre des adhérents à l’Aubépine. — « Gourmande ! Et qui donc veux-tu y admettre ? — « Toutes celles et tous ceux que le Marquis, vous ou moi, honorerons de nos faveurs amoureuses. — « C’est une bonne idée, Justine, mais mon avis est que nous pourrions admettre ceux ou celles dont l’un de nous répondrait corps pour corps, sans exiger que nous ayons déjà fait l’amour ensemble. De cette façon, nous pourrions avoir en spectacle des cueillettes de virginité, ce qui est toujours joli et intéressant à contempler. Rien ne serait aussi piquant que d’assister à l’association des néophytes qui posséderaient encore leur pucelage. — « J’approuve l’idée du Marquis, appuya Éveline, qui jouait gentiment du cul. Nos réunions n’en seront que plus agréable… Or ça, mon seigneur et maître, marquis Olivier d’Haricourt, aurez-vous bientôt fini de me faire jouir et de m’inonder, comme vous le faites de votre bouillante liqueur ?… — Êtes-vous donc si pressée. Marquise ! Ou bien le jeu ne vous plaît-il pas ? — Le jeu ne me plaît que trop, mon cher Olivier, mais n’oubliez pas que c’est demain que je vais chercher ma fille au couvent, et j’ai besoin de tout préparer pour ce départ… — Marquise, je prends Nounou à témoin : il ne m’est pas possible de vous lâcher dans l’état où je suis… je brûle, Éveline !… ma pine réclame une consolation, la lui refuserez-vous, méchante ?… — « Allons, Marquise, un peu de pitié pour sa fantaisie… Ce sera le dernier coup, le coup de l’étrier !… — Aïe ! aïe !… Olivier !… vous êtes plus gros que tout à l’heure ! Vous allez me fendre en deux, mon ami !… Oh ! mon Dieu !… Cessez !… mon ami, mon… Ah ! ah !… je sens que je vais mourir de plaisir… Justine, fais-le cesser !… — « Comme il vous pressure, Madame !… On dirait un poulpe vorace suçant le sang de sa victime ». — « Oh ! Marquise, à moi… à moi !… j’arrive ! » s’écria Olivier en s’affalant sur Éveline, dont le voluptueux désordre et l’éjaculation brûlante venait de porter à son paroxysme la jouissance de son galant partenaire. — « Et maintenant que vous avez tiré le coup de l’étrier, dit Nounou en riant, il est temps de rabattre les jupes et de rentrer au château ! »

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