I. La Nounou · 13
Pendant qu’au château de la Vigeraie, l’Amour soumettait tour à tour à son doux empire vierges naïves, soubrettes délurées, grandes dames et seigneurs, la Cerisaie, peut-être en sa qualité de ferme seigneuriale, subissait de son côté l’influence tyrannique du petit dieu fripon. Depuis son mariage avec Dumoulin, le jardinier-chef, la jolie Valentine avait été remplacée comme femme de chambre auprès de la douairière de Civray par la Catalane Mercédès, et la belle comtesse Olympe avait à son service la jeune Herminie. Olympe, sous son apparente froideur, cachait le cœur le plus aimant du monde ; aussi lui fut-il impossible de rester insensible aux assiduités, galantes et respectueuses à la fois, du comte d’Ermenonville. Repoussé dès ses premières tentatives auprès d’Éveline, le comte, qui était doué du tempérament le plus amoureux du monde, s’empressa d’adresser ses hommages à la belle veuve de la Cerisaie. Habile dans l’art de la galanterie, il cacha, sous une apparence de respectueuse adoration les desseins les plus pervers, puisqu’il n’avait pas d’autre but que de devenir l’amant en titre de l’impeccable comtesse. Le siège qu’il dirigea contre cette austère vertu fut habilement et supérieurement mené ; ainsi que l’exigent les convenances, des escarmouches courtoises furent le signal des hostilités ; des attaques légères d’abord, ensuite plus sérieuses, permirent aux deux adversaires de mesurer leurs forces respectives. Olympe ne put s’empêcher de constater une infériorité réelle de son côté : Il est vrai, mesdames, que l’assaillant a toujours une supériorité sur l’assailli. La belle comtesse ayant constaté les avantages marqués de son adversaire, envisagea froidement les conséquences d’une défaite possible, et le résultat de ses réflexions l’amena simplement à une ferme résolution : elle se mit à désirer de tous ses vœux l’assaut définitif, rêvant de ces capitaines héroïques qui, après une résistance désespérée, laissent l’ennemi s’introduire dans la place, pour l’y terrasser définitivement et le réduire à leur merci. De son côté, le beau Léonce se préparait à tenter le dernier effort, et ne se cachait pas le bonheur qu’il éprouverait à planter sa hampe victorieuse dans le corps même de son ennemie vaincue. Avec de telles dispositions de part et d’autre, l’assaut était imminent.
Par un beau soir d’été, la chaste Olympe revenait d’une excursion dans la forêt, en compagnie du brillant Léonce. La bride lâchée sur le cou de leurs montures, ils cheminaient côte à côte, heureux de ce long tête à tête aux silences éloquents. Le comte ayant remarqué chez Olympe des signes de lassitude, lui proposa de laisser reposer un instant leurs chevaux. Elle accepta avec empressement, et Léonce attacha les deux belles bêtes à un tronc d’arbre voisin. Offrant alors le bras à sa compagne, il la conduisit vers un tertre gazonné où ils s’assirent l’un auprès de l’autre.
Un calme délicieux régnait dans la forêt, le murmure de la brise dans les feuilles, le gazouillis des petits oiselets, troublait seul le silence de ce délicieux désert. Des senteurs embaumées flottaient dans l’air. Léonce surprit les deux beaux yeux de la Comtesse fixés sur lui et semblant le défier avec orgueil : leurs regards se croisèrent comme deux épées luisantes, comme une cavale sous le coup d’éperon, le comte bondit sur Olympe.
L’attaque fut aussi brusque que la victoire décisive. Ah ! c’est que dame Nature avait supérieurement doté le comte d’Ermenonville dans ses apanages personnels : Et quand Olympe, préparée par le mariage, aux prérogatives les plus volumineuses, sentit pénétrer et s’agiter en elle le monstre redoutable qui faisait de Léonce la terreur de toutes les femmes étroites ; elle fut séduite, domptée et conquise avant même d’avoir put se rendre compte de la façon dont elle avait été renversée et troussée. Bien qu’elle s’attendit, depuis quelques jours à la catastrophe prochaine de ses pudeurs, elle cria, pleura et se désola, tout comme une jeune pucelle violée pour la première fois. Elle savait bien, la comtesse d’Aunac, qu’en faisant cela elle avivait et aiguisait ses propres jouissances autant que celles de son heureux vainqueur. Fier de son triomphe, le comte d’Ermenonville, loin de se laisser désarçonner par le touchant désespoir de sa victime, s’amusa à jouir d’elle sans déconner, cinq coups à la file. À la cinquième extase, Madame d’Aunac, qui avait jusqu’à ce moment dissimulé ses défaites, s’abandonna frémissante à la voluptueuse étreinte, et laissa échapper de ses lèvres crispées le cri charmant qui annonce d’ordinaire la première jouissance d’une vierge : À moi !… sois à moi !… toute !… mon ange !… murmurait l’heureux Léonce. — À toi !… oui !… à toi !… pour la vie !… — Es-tu heureuse ? — Oh ! trop heureuse ! c’est trop, trop de plaisir !… tu me tues ! je le sens ! Et je suis heureuse de mourir !
Les amants ne rentrèrent qu’après avoir épuisé leurs forces dans ces jeux que rien n’égale. Le même soir, le comte espérait coucher avec Olympe, mais la crainte d’être surprise avec son amoureux empêcha la comtesse de se prêter à son désir. Force lui fut d’aller coucher au château. Quant à la belle veuve, pour la première fois, à l’heure de se mettre au lit, elle refusa les services de sa camériste. Elle craignait, que les traces trop visibles de ses exploits amoureux, ne frappassent les yeux de la jeune Herminie, si celle-ci lui aidait à quitter sa chemise comme elle en avait l’habitude. Un amant ! Elle avait donc un amant ! Elle, l’impeccable comtesse d’Aunac ! Un amant ! Après dix-huit années de vertu sans tache et de fidélité absolue au souvenir de son époux ! Elle s’était livrée à un homme. Cet homme avait joui d’elle, de son corps de femme chaste, et l’avait forcée, quelle honte ! à jouir follement de lui, de ses mâles caresses ! Comment cela s’était-il fait ? comment ses sens endormis depuis la mort de son époux s’étaient-ils soudain réveillés, et avaient-ils impérieusement imposé ces étreintes et ces spasmes coupables à la chair immaculée de la belle veuve ? Olympe s’interrogeait, mais ne pouvait trouver une réponse aux mille questions qu’elle se posait. Ce corps adorable que le comte avait pressé de tout son être et couvert de tous ses baisers, Olympe voulut l’examiner en détail, peut-être avec le secret espoir d’y découvrir la trace encore brûlante de quelque voluptueux suçon. Nue des pieds à la tête, elle vint se placer devant la grande glace de son armoire, et dans cette glace étincelante, sa suave beauté l’émerveilla elle-même. Elle se trouva idéalement désirable et, après avoir tâté la fermeté de ses hanches et la rigidité de ses seins, elle souleva les bras très haut pour comparer le duvet d’or de ses aisselles à la fauve toison de ses appas secrets. À cette vue, elle ne put s’empêcher de pousser un soupir de regret en regardant les draps blancs de sa couche virginale. Jamais la comtesse n’avait, comme à ce moment-là, éprouvé l’ardent désir de l’homme. Vous la comprenez bien, n’est-ce pas, chère lectrice, vous dont je ne vois qu’une main feuilleter ces pages, tandis que l’autre, perdue je ne sais où, s’agite fiévreusement sous le retroussis de vos jupons.
La comtesse passa une nuit agitée et ne s’endormit qu’à l’aurore. On s’étonna, ce matin, de ne pas la voir apparaître de bonne heure avec Herminie ou Anna Dumoulin au trousseau de laquelle, travaillaient depuis quelques jours, les deux plus habiles couturières de la région. Souvent la belle-sœur d’Anna venait passer quelques heures avec les couturières Lucy et Fernande Féraud, et justement ce jour-là, la jolie Valentine Dumoulin était présente. Vous auriez éprouvé, cher lecteur, un contentement infini à assister, invisible, à ces causeries intimes entre femmes ou filles qui toutes, possédaient certains secrets du pays, et s’en faisaient part mutuellement avec le plus charmant laisser-aller. En l’absence de la Comtesse, la conversation dépassait plus d’une fois les limites autorisées de la gaillardise : Lucy Féraud ayant malicieusement rappelé à Madame Dumoulin l’accident de ses joyeuses fiançailles, Valentine éclata de rire à ce souvenir, et se fit un malin plaisir d’exciter les sens inexpérimentés des deux jeunes sœurs, en leur racontant, avec la plus grande liberté de paroles, comment son fiancé ayant été pris de coliques subites, elle avait été forcée de lui frictionner le ventre, comment ces frictions n’avaient eu d’effet que lorsqu’elle les avait faites directement avec la main sur la peau nue ; qu’alors il s’était produit un phénomène extraordinaire. Elle avait, à son tour, ressenti des coliques étranges, en même temps que, du bas du ventre de son fiancé sortait une pièce de chair longue et raide. Dumoulin lui assura que c’était là un clysopompe perfectionné quoique naturel, avec lequel il allait lui faire passer ses coliques. Prenant alors la pauvrette à bras-le-corps, il la coucha sur le ventre et, lui ouvrant les fesses, introduisit dans son derrière le gland rubicond du clysopompe qu’il enfonça jusqu’à la garde. Il pompait depuis un moment, et Valentine commençait à éprouver quelque peu de soulagement lorsqu’ils furent surpris dans leur occupation par l’entrée brusque de Justine, la Nounou du château, qui était venue de la part de la marquise Éveline apporter une commission à la douairière de Civray. La Nounou, voyant ce que Dumoulin faisait à sa fiancée, lui adressa les plus vifs reproches. Il lui avoua tout bonnement, et sans changer de place qu’il croyait, en agissant ainsi, respecter le pucelage de sa jolie petite femme. Nounou n’eut pas grand peine à lui démontrer que c’était là un acte égoïste et coupable ; égoïste parce qu’il était seul à prendre un plaisir dont il privait volontairement sa fiancée, coupable parce que le premier devoir des époux c’est la procréation. « Et, ajouta Nounou, vous pouvez et vous devez vous considérer aujourd’hui comme époux ». — Touché par ces reproches mérités, Dumoulin lâcha sa proie et demanda à Nounou de lui pardonner sa faute, en lui gardant le secret. Nounou ne voulut pardonner qu’après que le jeune homme eut bel et bien dépucelé Valentine, et obtenu de celle-ci l’aveu de sa jouissance. Cet aveu naïf de la vierge qui vient pour la première fois de goûter les douceurs de l’amour enflamma Dumoulin, qui mérita le pardon de Nounou, grâce à l’ardeur qu’il témoigna dans le second assaut. Malheureusement les sens surexcités de Valentine produisirent chez elle, au moment du plaisir, une telle contraction des muscles et, par répercussion, chez son fiancé un tel grossissement du gland, qu’après une jouissance infinie les deux amants confus sous les regard curieux de Justine essayèrent, mais en vain, de se séparer. Le renflement de la verge d’une part, et de l’autre la crispation nerveuse du collier virginal, s’opposèrent absolument à la désunion des deux parties sexuelles amoureusement collées l’une à l’autre. Chez les jeunes gens, cette volupté prolongée, d’abord délicieusement lascive, ne tarda pas à devenir excessivement douloureuse si bien que Nounou effrayée, courut pour implorer le secours de la mère de Valentine. Celle-ci, devant le spectacle qui s’offrit à ses yeux, commença par s’emporter en injures contre sa fille et son futur gendre en les traitant de saligauds éhontés ; mais en entendant leurs cris de douleur elle finit par se calmer et leur administra le seul remède usité en pareil cas. Ayant rempli d’eau froide un arrosoir de cuisine à très petit orifice, elle fit couler le frais liquide entre les deux fesses de Dumoulin un peu au-dessus de l’anus. L’eau, suivant la ligne séparative des fesses arrosait les grelots gonflés du jeune homme et, de là, retombait sur le périnée brûlant de la jeune fille. Cette fraîcheur continue ne tarda pas à calmer l’érotisme des deux amants qui, rendus enfin à eux-mêmes, se dégagèrent au comble de la confusion et tirèrent chacun de son côté, laissant en tête à tête Nounou et la vieille qui éclataient de rire.
Ce récit, convenablement épicé par l’héroïne elle-même, jeta les deux couturières dans une hilarité polissonne. Elles voulurent plus de détails, et employèrent des mots crus qui les émoustillaient, Lucy voulait savoir si vraiment ça leur avait fait bien mal, et si Dumoulin lui avait encore fait mal de la même façon ; Fernande demanda si Valentine, la nuit de noces, n’avait pas eu peur de recommencer le joli jeu ; les deux sœurs demandaient si c’était l’indiscrète Nounou qui avait ébruité la chose. La rieuse Valentine ne fit aucune difficulté pour avouer que les plaisirs de la nuit de noces la dédommagèrent amplement des souffrances terribles de la veille, et eurent vite raison de ses appréhensions ; elle ajouta que depuis ce jour, à son regret, Dumoulin n’avait plus montré la même raideur à son égard. Ce n’était pas Justine qui avait commis l’indiscrétion, mais son propre mari, par fanfaronnade polissonne, au cabaret d’où l’histoire s’était répandue dans le pays : jusqu’à sa petite sœur Anna, tout le monde connaissait cette amusante aventure.
Àce moment, l’entrée du vicomte Paul de Civray, qui venait faire raccommoder la filoche de son carnier, mit un terme aux confidences : — Ainsi donc, Madame Dumoulin, j’ai appris que vous allez quitter la Cerisaie pour le château ? dit Paul à Valentine. — Oh ! pour quelques jours seulement, et rien que la semaine prochaine. — Et vous y allez en famille ? — Mon mari et moi ; quant à Anna elle gardera sa vieille grand’mère. Nous attendons que Fernande et Lucy aient fini leur travail pour les accompagner, au hameau d’Arvan, chez leur mère et de là nous nous rendrons à la Vigeraie. Voici votre carnier réparé, monsieur le Vicomte ; vous aviez fait partir trois mailles. — C’est qu’il y a tellement de gibier dans le pays ! — Et puis, vous tirez si bien ! — Oh ! cela dépend du gibier, je suis loin d’être aussi habile à la plume qu’au poil. — Monsieur le Vicomte préfère donc ?… hasarda timidement Lucy. — Le poil, mademoiselle, le poil !… s’écria Paul, aux éclats de rire de Valentine et de Fernande. Vous ne sauriez croire, mademoiselle Lucy, le plaisir que j’éprouve à passer les doigts dans la bourre soyeuse d’un jeune lapin… — C’est un plaisir, dit Fernande, que vous devez souvent éprouver ? — Pas plus tard qu’hier, mademoiselle, j’ai eu ce bonheur : j’ai forcé le lapin et je l’ai pris au gîte, là-bas dans la Fénière : — Et alors vous avez pu le caresser à votre aise ? dit Lucy. — Il était si effronté, si mignon, avec un petit museau rose, que j’ai passé plus d’une heure à lui prodiguer mes caresses. À ces mots, une vive rougeur couvrit le visage de Valentine. — Pourtant reprit Fernande, il a bien fallu vous résigner à le dépouiller de sa bourre soyeuse, pour le mettre à la broche. — Pas du tout, mademoiselle, moi j’aime surtout à embrocher le lapin vivant. — Et avec toute sa bourre ! dit Valentine émoustillée. — Mais la pauvre bête doit gigoter ! dit Lucy. — Oh ! il a beau gigoter, la broche de monsieur Paul est solide, et toutes les contorsions du lapin ne servent qu’à lui enfoncer la broche un peu plus profondément. — Comme il doit souffrir ! — Mais pas du tout, mademoiselle. — J’aimerais voir ça ! — Et moi aussi ! — Mes amies, vous n’avez qu’à accompagner un jour monsieur le Vicomte à la chasse, et je vous donne ma parole d’honneur qu’il ne vous refusera pas ce joli spectacle. — Oui, Valentine à la condition qu’il prenne un lapin ce jour-là ?… — Venez avec moi, mesdemoiselles, et si avant une heure je n’ai pas attrapé deux petits lapins sous vos yeux, je consens à ne plus regarder de ma vie une jolie fille ! — Et il vous en coûterait, monsieur le Vicomte ? — Oui, car je les adore ! — Vous adorez donc Fernande et Lucy, puisqu’elles sont jolies filles ? — Je les adore toutes les deux, et vous pareillement, belle Valentine. — Voici votre carnier réparé, Monsieur Paul, vous pouvez partir pour la chasse ! — Pas avant de vous avoir embrassées toutes trois, puisqu’il est bien entendu que je vous adore ! Et commençant par Valentine, il l’embrassa longuement dans le cou et sur la gorge ; puis passant à Lucy, il lui pelota les tétons en la baisant serrée sur les lèvres… Excitée par l’exemple, Fernande ne fit aucune difficulté pour se laisser embrasser, si tendrement, que si la rieuse Valentine n’était intervenue en se jouant, Fernande allait voir attraper le petit lapin.
Un bruit de pas mit le Vicomte en fuite. C’était Mercédès qui venait chercher le corset de sa maîtresse. — Avez-vous remarqué, dit Valentine, avec quelle ardeur il disait : « le poil ! mademoiselle, le poil ! » — Comment, dit Lucy, vous croiriez qu’il avait l’idée… — Je ne suppose rien, ma mie, mais je sais que Dumoulin, pour s’exciter à l’amour, me fait souvent mettre à nue en criant : « À poil ! Valentine, à poil !… cela, du reste, ne me surprend pas, car j’éprouve la même chose quand il m’arrive de le regarder tout nu ». — Je comprends, dit Lucy, que cela doit beaucoup exciter ». — Vous le comprendrez bien mieux, mes enfants, quand vous serez mariées, et qu’en tête à tête, avec un fringant amoureux, loin de tous les regards indiscrets, vous vous amuserez ensemble à prendre le costume primitif de nos premiers parents dans le Paradis !… Ah ! voici Herminie avec la comtesse d’Aunac. Comme elle est belle notre maîtresse !
Olympe avait l’habitude, chaque jour de faire à ses couturières une amicale visite. Arrachée enfin à la paresse amoureuse de sa couche virginale, elle s’installa sans façon à côté de Valentine, et annonça aux jeunes femmes qu’André Gelin les accompagnerait en voiture à Arvan et de là au château, où il laisserait sa jeune sœur Emma qui entrait au service de la Marquise. Le respect dû à la Comtesse changea immédiatement la conversation des jeunes ouvrières qui se mirent à parler d’Emma, du château et des fêtes qui s’y donnaient. Elles enviaient la sœur d’André qui allait se trouver au milieu de toutes ces joies. Olympe n’osa pas les gronder d’être aussi mondaines.
Peut-être, ma chère lectrice, avez-vous été étonnée de la liberté de langage de Madame Dumoulin à l’égard du jeune Vicomte ? Vous n’en serez plus surprise lorsque vous saurez ce qui s’était passé la veille : Pendant que sa tante Olympe parcourait la forêt avec M. d’Ermenonville, le jeune Paul, qui était vivement épris de la jeune Anna, s’était, par hasard, rencontré dans les prés avec Valentine, la belle-sœur d’Anna, et cheminant ensemble, il n’avait pu s’empêcher d’éprouver une amoureuse tentation pour la jolie Dumoulin. Celle-ci devina facilement les désirs du Vicomte et, loin de s’en formaliser, les attisa de son mieux par des œillades incendiaires, par des jolis haussements de robe destinés à éviter une rosée absente, et par des petits cris de frayeur quand un lézard courait sous l’herbe. Paul buvait les regards, dévorait des yeux le blanc des jupons ou la naissance de la cheville, et s’empressait, à chacune de ses frayeurs, de prendre Valentine par la main. Je puis vous certifier, madame, qu’à ce moment le polisson bandait ferme. Oubliant complètement sa chère Anna, il força sa compagne à faire un détour pour passer par la grande Fénière, où tous les foins étaient rassemblés en tas. Valentine savait que l’endroit était désert et que plus d’une fille y avait perdu son pucelage. Elle suivit néanmoins le Vicomte, sans manifester la moindre appréhension. Ils venaient d’arriver aux premiers foins : le soleil était parsemé de belles digitales pourprées, Valentine voulut cueillir un bouquet. Profitant du moment où elle se baissait, Paul lui fourra vivement la main sous les jupes relevées et saisit à poignée, par derrière, la motte touffue de Madame Dumoulin. Prise par les poils, Valentine essaya de se redresser, mais la douleur la força de rester à demi-inclinée. Paul profita de cette posture pour lui manger le con de baisers. Ses lèvres cherchèrent les lèvres de sa compagne qui ne se détourna point. Un baiser fougueux réunit les deux bouches muettes, et Paul, lâchant la toison de Valentine, renversa brusquement celle-ci sur le dos dans une meule odorante de foin fraîchement coupé. C’est là que la belle jardinière, après avoir honnêtement défendu sa pudeur, fut contrainte de céder à la force de son adversaire : — Vous avez consommé ma honte, Monsieur Paul ! dit-elle après la première extase. — Pas encore, ma belle ! attends que je t’achève, chérie !… Et une nouvelle lutte s’engagea, bientôt suivie de plusieurs autres ; Valentine, complètement affolée, permit à Paul, après avoir consommé son déshonneur par devant, de le compléter par le revers de la médaille, et lui accorda gaiement le seul pucelage dont la chasteté d’une femme puisse disposer après la consommation du mariage. Malgré la difficulté qu’il éprouva à la posséder de cette piquante façon, Paul prit un plaisir des plus vifs à enculer sa conquête. Après avoir copieusement baisé, joui, déconné et enculé à maintes reprises, nos deux galants se séparèrent pour rentrer chacun de son côté, Paul à la ferme et Valentine dans la petite maison qu’elle occupe avec son mari au milieu des jardins. Voilà pourquoi Valentine et le jeune Vicomte étaient si libres de langage. Comme en amour il n’y a que le premier pas qui coûte, la jolie jardinière était désormais à l’entière disposition de Paul de Civray, et le Vicomte eût pu se considérer comme le plus heureux des coquins du monde, si le désir d’Anna Dumoulin ne l’eût mordu au cœur. En baisant amoureusement Valentine, c’est de la nudité d’Anna qu’il rêvait. Il s’amusait à peloter en attendant partie.