I. La Nounou · 14
Pendant que Paul de Civray, épris de la beauté d’Anna Dumoulin, attendait avec impatience l’heureux moment de s’emparer de ce jeune et frais pucelage, et qu’il s’amusait, en attendant, à jouir sans crainte et sans le moindre remords, des plaisirs exquis que lui faisait goûter l’amoureuse Valentine, de graves événements se produisirent au château.
Les mandolinistes, annoncées par Clarisse, étaient enfin arrivées, sous la direction de deux charmants guitaristes à la figure fine et plutôt efféminée que virile. Nounou n’eut pas beaucoup de peine à reconnaître ces messieurs pour les deux anciens pensionnaires mâles de Madame Picard. Ils suivaient, en qualité d’accompagnateurs et d’intendants, les quatre jeunes filles. Parmi celles-ci, Nounou remarqua tout d’abord deux jolies tziganes au teint bronzé, aux yeux chargés d’éclairs. Elle reconnut bien vite, à côté des tziganes, Nina, la petite Napolitaine du couvent de Cette, au costume étrange et pittoresque. Se voyant reconnue, Nina se jeta au cou de Justine et l’embrassa joyeusement en lui présentant la plus jeune des mandolinistes. C’était une délicieuse fille de seize à dix-huit ans à peine, aux traits fins et distingués, une brune aux yeux vifs et noirs dont les cheveux d’ébène, tranchant sur le brun mat de la chair, dénotaient une origine italienne de Corse.
— C’est ta fille ! murmura Nina à l’oreille de Nounou, c’est la petite Fiorella dont te gratifia ce coquin d’Ursino ! Madame Clarisse a voulu te la faire admirer. — Ma fille ! s’écria Justine dans un accès de tendresse passionnée, ma fille adorée !… — Et digne de sa mère ! ajouta Nina en riant. Voilà déjà plusieurs années qu’elle fait la joie du couvent ! — Ma fille ! ma fille ! répétait Nounou, extasiée de la beauté de Fiorella.
Nous ne voulons pas entrer ici dans une infinité de détails inutiles au cours de notre récit. Le bal, si impatiemment attendu par nos amis du château a été brillant et enchanteur : guitares et mandolines ont fait merveille. Éveline a apprécié les délices de l’amour goûté aux accords de la musique et en a été ravie. Invitée par Nounou, la Marquise a consenti à se livrer aux deux ardentes tziganes dont les fureurs lui ont arraché des rugissements de volupté. Il a fallu que Nina et Fiorella vinssent, par de douces caresses, calmer les sens de la châtelaine. Fiorella ayant exprimé le libertin désir de gamahucher sa mère, les deux guitaristes aidés de la Marquise ont eu raison de la résistance folle de Nounou, dont l’amoureuse fille a bu le foutre bouillant. Il est cependant indispensable à nos lectrices de savoir que ni les hôtes étrangers, ni Louis d’Aunac, ni la jeune Joséphine ne se doutèrent des actes lubriques dont fut complice l’harmonie enivrante des mandolines et des guitares. À minuit les étrangers prirent congé : Louis se retira chez lui au vif regret de la Marquise qui avait espéré, assister ce jour-là, à la dévirgination de sa fille. L’innocente Joséphine, après avoir embrassé sa mère, regagna vite sa chambre et se mit vite au dodo pour rêver de Louis et des sensations exquises qu’elle avait éprouvées en dansant avec lui. C’est alors qu’invités et musiciens se réunirent dans le grand salon du premier étage, où le champagne était servi à profusion. Bientôt, aux chaudes mélodies de cette musique étrange, les fumées du champagne montèrent les esprits et les sens des danseurs. Mais une pudique réserve présida à cette première partie de l’orgie. Ce fut en cachette que les deux Bohémiennes accompagnèrent Éveline dans sa chambre et, pour la seconde fois, la firent pâmer de volupté Ce fut dans la chambre de Nounou que celle-ci voulut rendre à sa divine progéniture les délices dont l’avait enivrée Fiorella. Éveline seule fut témoin de cette scène ravissante entre la mère et la fille. Après l’affaire, on retournait au salon. Mais les désirs exaspérés ne tardèrent pas à étouffer la protestation de la pudeur. Piqué au jeu par la jolie Napolitaine et excité par sa belle-sœur, qui ressentait joyeusement l’effet du champagne, le marquis Olivier s’empara de Nina pour s’assurer, disait-il, de son sexe en présence de toute l’assemblée. Au même moment, Madame de Rifray essayait de se dérober à la même constatation qu’Éveline voulait opérer sur cette aimable invitée. Tous les assistants ravis prirent part au double examen, qui ne s’accomplit point sans de jolis retroussis de jupes et écartements de pantalons. Il fut reconnu à l’unanimité que chez la mandoliniste comme chez la Comtesse, rien ne manquait de ce qui, chez la femme, assure à l’homme amoureux une jouissance exquise. Le Marquis prit alors Nina à califourchon pour en jouir-là, devant tous. Le vicomte de Lortara profita de ce que tous les regards étaient fixés sur le couple en action pour entraîner la délicieuse Nathalie dans la chambre d’Éveline, où il l’exploita sur le champ, à la grande satisfaction de la Comtesse. Quand ils en eurent tous deux pris à leur entier contentement, ils rentrèrent au salon, où les applaudissements rieurs les accueillirent, en même temps que les félicitations égrillardes. Nathalie était trop heureuse du plaisir goûté, aux bras d’Alfred, pour se formaliser de ces petites taquineries. Aussi, saisissant son cavalier à bras-le-corps : — Messieurs et Madame, dit-elle gentiment, « si vous continuez vos moqueries, nous allons, le Vicomte et moi, retourner d’où nous venons : si vous avez constaté tout à l’heure qu’il ne manquait rien de ce qui caractérise notre sexe, je vous affirme sur l’honneur qu’il ne manque rien non plus au Vicomte, de ce qu’une femme est en droit d’attendre d’un homme ». Des bravos enthousiastes accueillirent cette sortie de Nathalie : Fiorella avec la petite Napolitaine confirmèrent aussitôt l’assertion de la Comtesse en étalant à tous les regards la virilité turgescente qu’elles venaient de sortir du pantalon d’Alfred. Mal en prit à la jeune Corse, car le Vicomte, lâchant Nathalie, renversa Fiorella sur un large canapé en se couchant sur elle après l’avoir dûment troussée. L’orgie battait son plein. Un complot organisé par Éveline et Nounou permit à la bande joyeuse de surprendre chez lui le Comte d’Ermenonville au moment où il se faisait sodomiser par l’un des guitaristes, tandis que l’autre s’amusait de lui par devant. Sa honte et sa confusion disparurent lorsqu’après l’avoir contraint de subir en public la consommation de l’acte obscène, il reçut de Nounou l’agréable mission d’accompagner la Marquise dans sa chambre où elle allait changer de linge. Ce ne fut qu’à une heure très avancée de la nuit que l’on songea sérieusement au repos. Les artistes allaient regagner leurs appartements, sauf la gentille Fiorella que le marquis d’Haricourt entraîna dans sa chambre, ce qui fit rire aux éclats sa belle-sœur Gabrielle qui voulait à tout prix les suivre. Pour la consoler, on la confia à l’un des jeunes guitaristes qui se chargea d’aller la coucher. La comtesse Nathalie qui comptait passer avec Gabrielle le reste de la nuit, n’était pas satisfaite de cette combinaison ; mais la jolie Napolitaine lui ayant proposé à l’oreille d’aller faire dodo ensemble, Madame de Rifray s’en accommoda gaiement. Éveline s’empara sans façon du jeune guitariste restant, ainsi que d’une brune tzigane et les emmena sur le champ dans sa chambre. Alfred prit avec empressement l’autre bohémienne, tandis que Nounou offrait la moitié de son lit au comte d’Ermenonville, avec l’agréable perspective d’aller surprendre la Marquise endormie aux bras de la chaude bohémienne ou du jeune guitariste qu’elle avait admis à l’honneur de sa couche. Le beau Léonce, au mépris de ses belles amours avec la chaste Olympe, accepta l’offre de Justine avec une joie indicible. Telle fut, en résumé, la dernière partie de ce bal mémorable dont Joséphine et son cousin n’avaient vu que le commencement.
Et pourtant, s’ils n’avaient pas, au grand regret d’Éveline, pris part aux scènes de débauche qui avaient suivi le départ des hôtes étrangers au château, ils y avaient, de leur côté, trouvé des joies infinies dont le brûlant souvenir émailla leur sommeil de rêves couleur de rose. Je veux, à l’appui de mes paroles, vous faire connaître la lettre que, le lendemain, le vicomte Louis d’Aunac, adressait à son cousin Paul de Civray.
Comme cette lettre nous fait connaître à fond l’intimité des deux jeunes amis et nous donne sur leur caractère et leurs mœurs de précieux renseignements, je ne me permettrai pas d’en supprimer une ligne. La voici en entier :
La Vigeraie, 24 mai 189…
« Heureux coquin ! Que ne donnerais-je pas pour te suivre sur les rives ombragées qui livrent à tes regards curieux les retroussis de laveuses, et où tu as déclaré ton amour à cette charmante fille qui a excité tes désirs ! Anna : quel joli nom pour une amoureuse, et c’est la jeune sœur de votre jardinier. Elle est sage, me dis-tu ? trop sage à ton gré ?… Je ne m’étonnerais point qu’elle eût déjà cessé de l’être en faveur de tes beaux yeux et qu’elle t’eût permis de cueillir la plus jolie fleur de son parterre. Elle t’a résisté le premier jour, cela se comprend ; tu allais trop brutalement au but. La petite a voulu se faire valoir, et elle a eu raison. Mais je crois bien que depuis votre première rencontre elle s’est apprivoisée, la mignonne, et qu’il s’est passé entre vous deux, à l’abri des regards indiscrets, mille choses charmantes, dont je brûle d’avoir, de ta main, le croustillant récit. C’est si gentil l’envolée d’un jeune et frais pucelage.
Te souviens-tu, cher, du jour où nous offrîmes à Vénus le premier sacrifice ? Cet exploit mémorable a laissé dans mon cœur d’ineffables souvenirs. C’était à Toulouse, chez maman Févart, que se passa la chose, il y a presque un an déjà. Nous entrâmes le chapeau sur l’oreille, l’air fanfaron, mais le cœur ému de cette première équipée. À notre gaucherie, ces dames devinèrent notre inexpérience, et ce fut à qui aurait la primeur de notre noviciat.
Àdemi-nues, dans une atmosphère de parfums troublants, les unes couchées en des poses alanguies, d’autres se bécotant deux à deux, quelques-unes examinant en connaisseuses des photographies obscènes, qu’un vieillard à cheveux blancs faisait lentement passer sous leurs yeux ; une autre se faisant attacher des jarretières de soie par deux petites filles qui ne les attachaient jamais assez haut… histoire de se faire tripoter les cuisses par des menottes d’enfant. La vue de ces jambes découvertes m’embrasa. Toutes ces femmes avaient le regard provoquant, des sourires plein les lèvres et de la chair à pleins corsages. Et c’étaient de gracieuses sollicitations, des sous-entendus émoustillants, puis des chuchotements plus significatifs à l’oreille, et enfin de petits suçons dérobés, et des attouchements expressifs qui, malgré l’interposition de l’étoffe du pantalon, auraient réveillé un mort.
C’en était trop pour deux enfants sans expérience. La noueuse de jarretières repoussa les petites gamines pour me saisir à bras-le-corps, et m’emporta sans résistance de ma part. Une grande et belle brune s’empara de toi, et nous montâmes tous les quatre au milieu des applaudissements et des rires de l’assemblée émoustillée par cet enlèvement.
Ta conquête proposa en riant de nous amuser ensemble dans la même chambre. Ma noueuse de jarretières applaudit à cette idée. Tu y consentis aussi. Malgré ma honte, je me déshabillai comme vous sous les regards libertins de ces deux effrontées, et le même lit nous reçut tous à l’état de nature ; séduites par la jeunesse et la raideur de nos appas virils qu’elles ne se gênaient pas de palper et d’agacer d’une main hardie, les deux nymphes nous firent perdre pour toujours le goût de la chasteté. La sous-maîtresse de l’établissement étant montée pour garnir les cuvettes, nous surprit dans un tel dévergondage de postures, qu’elle en rougit et détourna de nous ses pudiques regards.
Une heure après, la toilette faite, la matrone soldée, les filles embrassées, nous nous échappions l’oreille basse, honteux de ce fangeux exploit, mais enchantés au fond d’être enfin des hommes. — Te rappelles-tu que le lendemain, en nous faisant nos confidences de nos impressions, nous nous excitâmes tellement que le même besoin se fit sentir à tous deux d’aller éteindre nos ardeurs, dans quelque asile hospitalier du genre de celui où nous avions sali notre blanche robe d’innocence.
Ce fut sous les arcades de la Place du Capitole que nous rencontrâmes cette délicieuse grisette qui devait nous donner notre seconde leçon. Sa démarche provocante et modeste nous frappa. Elle lut dans nos yeux un si fiévreux désir qu’elle se mit à rire en nous croisant. Ce fut une commotion électrique. Sans nous concerter, nous rebroussons chemin et suivons, d’un pas délibéré, la jolie luronne. Après quelques jolies façons, l’apprentie modiste consentit en riant à la dînette d’enfants que nous lui proposions. Gâteaux et vin blanc s’entassèrent dans son carton de modiste, si bien que Clara — elle s’appelait Clara — affirma que si nous ajoutions un biscuit de plus, elle tomberait avant d’arriver chez elle. Nous escaladons trois ou quatre étages sur les talons de la fillette. La raideur de l’escalier nous permit d’admirer à notre aise des dessous très appétissants. Nous arrivons enfin dans une chambrette joyeusement fleurie, à l’ameublement modeste mais élégant. Le petit lit à rideaux blancs attira le premier mes regards, ce qui fit d’abord rougir, puis sourire Clara qui dressait notre dînette sur la nappe blanche. Bientôt l’orgie commença. D’abord en paroles, puis en actes, Clara fit preuve d’une complaisance à toute épreuve… Ah ! Mademoiselle Clara ! votre chambrette était bien gaie, vos chardonnerets bien amoureux, vos livres bien polissons ; mais vous étiez, mademoiselle, plus gaie que votre jolie chambrette fleurie, plus libertine que vos chardonnerets amoureux, plus lascive que vos livres les plus dévergondés.
Quelle adorable dînette, et quels ravissants intermèdes ! Et la première visite que tu fis à la couchette sur laquelle tu conduisis Clara, les jupes troussées, les rideaux entr’ouverts ! La vue de vos plaisirs m’irrita si fort que je m’emparai de la grisette toute mouillée de toi. Te souviens-tu de tout ce qu’elle imagina, au dessert, de tout ce qu’elle nous força de faire, malgré la fausse honte qui nous retenait ? comme elle nous excitait, nous raillait, nous poussait et, toujours rieuse, finissait par nous faire obéir à tous ses caprices érotiques. S’étant aperçue que j’éprouvais de la honte quand tu me regardais la caresser, elle t’obligea à me dévêtir complètement pour me livrer à ses titillations libertines. Et de rire tous deux en voyant chez moi l’organe de la volupté relever fièrement le front ou baisser humblement la tête suivant que la pudeur de mon naturel ou la lubricité de la jeune fille l’emportait sur mes sens en feu… Puis ce fut ton tour de te mettre nu, ce que tu fis en plaisantant. Clara était aux anges : ses menottes allaient de l’un à l’autre, comme sur un piano. Elle s’assit sur une chaise longue et, nous faisant placer debout, en face d’elle, elle glissa avec décence sa fine main sous ses jupons relevés : — « Je suis la mère Abbesse de Clairvaux, et vous êtes, vous, les deux Carmes devant la nudité desquels l’Abbesse aimait à s’amuser comme je le fais… ». Ces paroles, ce spectacle nous embrasèrent. Clara t’ordonna de prendre en main mon membre révolté, puis elle me donna le même ordre à ton égard. Elle nous défendit de secouer nos petits frères. Ton affaire était si jolie et si grosse que je ne pus m’empêcher de la presser dans mes doigts. Tu me rendis cette pression lascive. Je la renouvelai et tu y répondis… Clara, déjà pâlie par l’approche du plaisir redoubla d’activité dans le léger mouvement de ses doigts voluptueux. Nous voyant électrisés, elle se leva dans un ravissant désordre de jupes, nous sépara, puis me faisant mettre à genoux devant la chaise-longue, la poitrine appuyée sur les coussins, elle se plaça sur mon dos pour te recevoir. La croupe en s’agitant sous tes efforts me secouait délicieusement les fesses, je sentais tous les coups que tu lui portais et leur raideur. Vos amoureux mouvements finirent par m’exaspérer, et je te suppliai de hâter l’affaire pour, à mon tour, prendre ton poste.
Ah ! cher ami, si l’un de ces jours tu veux jouir de ta jolie jardinière, de ta charmante Anna, dans cette libertine posture, je m’offre avec empressement à te la tenir sur mon dos, tout le temps qu’il te faudra pour lui administrer tous ses sacrements. Mais je suppose que tu n’as pas eu besoin de moi pour la gratifier déjà de l’extrême-onction. Le gazon de la prairie doit en voir de belle quand tu tiens Anna seul à seul derrière les saules ! Quel excellent professeur ! et que j’aurais voulu assister à la première leçon ! La petite a-t-elle des dispositions naturelles ? Sait-elle réagir quand tu la trousses ? A-t-elle serré bien fort, la première fois que tu lui as glissé la main entre les cuisses !… Est-elle fournie ?… Touffue ?… Frisée ?… Blonde ou brune ?… Les nénés, petits ou déjà formés ?… La charnière est-elle agile dans le petit jeu du croupion ?… J’attends avec impatience tous ces détails, car tu m’as donné une envie folle de ta petite jardinière… Fais donc, cher ami, que je m’imagine jouir d’elle en lisant ta lettre remplie de détails affriolants.
Moi aussi, je suis amoureux, cher Paul !… amoureux fou de ma jeune cousine Joséphine de la Vigeraie. Elle vient, tu le sais, de sortir du couvent. Nous ne l’avons connue qu’enfant. Aujourd’hui c’est une délicieuse brune, à la taille fine ; de ces grands yeux noirs qui font partir seuls les boutons de culottes, comme disait La Vallière ; une croupe qui ferait raidir un saint et des froufrous de jupons qui chatouillent en laissant deviner d’adorables dessous ; deviner, ai-je dit, car je n’en suis encore qu’aux présomptions. Ce n’est pas qu’à diverses reprises je n’aie pas essayé de soulever un peu ces agaçants jupons, mais la friponne a l’œil, et, sans la complicité d’un coup de vent que je bénis, j’ignorerais encore que ma cousine ne porte pas de pantalon, et que son jupon de dessous est garni avec une fine dentelle dont le dessin représente des petites fleurs piquées d’étoiles, je lui ai dit qu’elle avait des yeux à damner mon âme et elle a ri. Ne pouvant d’aucune façon réussir à la trousser, je me suis replié sur les terres permises. C’est incalculable ce que je lui ai donné de doux baisers amoureusement reçus. Elle se laissait faire, complaisante… J’ai essayé de glisser ma main, un violent coup d’éventail m’a fait pousser un cri de douleur : — « Aussi, m’a dit Joséphine, tu dois savoir que je ne veux pas ». — Moi, de dépit, j’ai pleuré. Toute émue de mon chagrin elle m’a embrassé, la mignonne. Alors je l’ai serrée dans mes bras. Ah ! mon cher, quelle sensation !… Nous étions seuls… dans la chambre bleue, Justine était éloignée, ma tante aussi… Et je serrais ma cousine à l’étouffer. Soudain ses deux cuisses ont saisi ma jambe, et la friponne, à son tour m’a pressé contre elle. Mon ardeur réveillée a voulu profiter des dispositions de la belle. Mais celle-ci s’est fâchée toute rouge en me repoussant et a glissée entre mes bras. Cela se passait mardi. Je crois que l’aimable Justine cherche à favoriser mon amour. Quelle aimable confidente j’aurais avec Nounou !
Hier soir, il y avait grand bal au château. Ma tante avait fait venir un orchestre de mandolines et de guitares. On a dansé dans le grand salon et sur la terrasse du jardin. Presque tout le temps j’ai tenu la belle Joséphine dans mes bras. Je t’assure que je la serrais ! Sous l’étoffe légère, je sentais la chaleur de la chair ! J’étais tellement excité que j’ai entraîné ma jolie danseuse loin de l’éclat des lumières, qui auraient trahi à tous les yeux mes dispositions trop visiblement malhonnêtes. Joséphine s’est sentie fatiguée ; et nous nous sommes assis côte à côte sur un banc. Les couples passaient légers, devant nous, comme pour nous protéger de leur ombre. Ma belle cousine avait-elle remarqué le trouble et la révolte de mes sens ? A-t-elle été curieuse ou seulement distraite ?… Le fait est que sa petite main, finement gantée, s’est posée comme par inadvertance sur la turgescence effrontée de mon pantalon et y est restée malgré les contractions et petits soubresauts causés par cet attouchement aussi délicieux qu’inattendu. La douce pression exercée à travers l’étoffe sur mon organe révolté, a produit sur moi un tel effet que je me suis senti défaillir dans une douce angoisse de la chair. Inconsciemment j’ai repris la taille de ma cousine et, tout en valsant, je l’ai entraînée dans une allée sombre. Là encore, la tenant étroitement pressée dans mes bras, j’ai senti à nouveau ses genoux me serrer nerveusement la cuisse. Je me suis prêté à cette fantaisie de pucelle et j’ai enfoncé mon genou prisonnier entre les siens, exerçant ainsi sur l’organe sexuel de la jeune vierge la même pression qu’elle exerçait instinctivement et sans s’en douter, sur le mien.
Ainsi accolés, c’est à peine si un léger balancement, accompagnant de loin la musique laissait supposer que nos deux corps suivaient le mouvement de valse. Tout à coup, Joséphine a poussé un long et profond soupirs. Toute crispée, elle m’a pressuré comme un étau ; et moi, dans une délicieuse crise, j’ai senti que je partageais l’ineffable jouissance de ma valseuse. Oui, cher, c’est ainsi que je te le dis : j’ai gâté ma chemise !… et Joséphine aussi, j’en suis certain ! Imbécile que j’étais, c’était le moment de trousser la fillette. Dans mon trouble innocent, je me suis contenté de la voir jouir dans mes bras, pâle de volupté.
L’acte consommé, quand j’ai voulu profiter de l’émotion de ma belle, c’était trop tard. Elle s’est dérobée, peureuse et confuse, et m’a forcé de revenir, en valsant, sur la terrasse. Ses yeux étaient cernés de bistre, et je sentais, à son abandon, qu’elle partageait ma voluptueuse lassitude.
Il était près de minuit. Heureusement que les étrangers se retiraient. J’en ai profité pour m’esquiver et regagner mon domicile et ma couchette, témoin de mes soupirs, de mes désirs, et pourquoi te le cacher ? de mes tendres égarements.
N’est-ce pas, Paul, que ce mélange de pudeur et de volupté chez ma cousine m’a fait bien augurer de l’avenir ? J’espère, cher ami, pouvoir, dans ma prochaine lettre, te donner tous les détails désirables sur la façon dont j’aurai cueilli cette rose de mai. Je te décrirai tout, n’est-ce pas ? La blancheur et la finesse de cette peau virginale, la couleur de ses poils mignons, la longueur des frisettes, le calibre de la fente d’amour, les petits cris de la pucelle, son allure sous l’éperon, toutes les impressions, enfin, que nous aura procurées à elle et à moi le viol que je suis décidé à commettre sur cette délicieuse virginité.
Adieu, cher ami. Écris-moi bientôt, et parle-moi longuement d’Anna et de vos mutuelles jouissances. Ma réponse ne te fera pas languir.
Je t’embrasse sur les deux joues, et ta maîtresse sur les deux cuisses.
Tout à toi,
Louis d’Aunac ».