II. L’Épine blanche · 03
Pendant qu’Étienne et Robert recevaient, dans le parc, des trois jeunes femmes, l’initiation aux mystères de l’amour, et que les invités dormaient encore paresseusement en attendant l’appel de la cloche qui annonçait le déjeuner de onze heures, Joséphine, seule dans sa chambre, rêvait. Elle rêvait, la délicieuse enfant, aux plaisirs goûtés dans les bras de son amant, le beau Louis, sous les regards lascifs de Nounou, elle rêvait surtout aux confidences qu’au sortir du lit, Justine lui avait faites :
Eh ! quoi, disait la jeune châtelaine, pendant que je me livrais à toute la fougue de mon amour, pendant que toute nue je goûtais pour la première fois ces ineffables délices, les regards de ma mère étaient fixés sur moi ! Grâce à la complicité de Justine, elle a vu tous mes mouvements, toutes mes caresses, entendu tous mes soupirs lascifs et mes aveux libertins !… Quelle honte pour moi ! Il est vrai, si j’en crois Justine, sa confidente et sa complice, que maman éprouvait elle-même des désirs lubriques intolérables à me voir dépuceler, et qu’elle ne s’est pas gênée pour se branler elle-même en me regardant jouir… Sa curiosité n’a donc été satisfaite qu’à moitié, m’a dit Justine. Elle veut maintenant que je me livre volontairement à l’amour, en sa présence… Chère maman ! Oui, j’obéirai à ce caprice. Il me semble même que j’y goûterai une volupté plus vive, plus émoustillante. Mais qui se serait douté de cette mystérieuse ouverture !… Mais… si je ne me trompe, quelqu’un vient là-bas, vers le château. Oui ! c’est André, le jeune frère d’Emma… Il est à présent à la Cerisaie en qualité de groom. Que vient-il faire ici de si bonne heure ? Allons à sa rencontre.
André. — Mademoiselle Joséphine, je vous prie de m’excuser si je vous dérange : J’ai congé pour la journée, et je viens voir ma sœur.
Joséphine. — Tu es un bon petit frère : Emma ne peut tarder à rentrer, attends-là ici, ou plutôt… viens l’attendre dans ma chambre. Comment va-t-on chez les De Civray ?
André. — Depuis que Madame Olympe est au château. Madame la Comtesse douairière sort très peu de son appartement. Mademoiselle Mercédès ne la quitte guère, à cause de ses rhumatismes, mais son neveu, Monsieur Paul, est en parfaite santé.
Joséphine. — Monsieur le Vicomte se plaît-il à la campagne ?
André. — Je le crois, qu’il s’y plaît ! Allez, les distractions ne lui manquent pas.
Joséphine. — Quelque amourette, peut-être ?
André. — Oh ! il faut que toutes les femmes du pays y passent : C’est un scélérat !
Joséphine. — Tudieu ! Monsieur André, serait-on scélérat pour apprécier les jolies filles ?… Je croirais plutôt que Monsieur Paul vous a soufflé quelque amoureuse.
André. — Depuis qu’il est arrivé, la jolie sœur de notre jardinier ne me regarde plus ! J’ai beau faire… n… i… ni, c’est fini ?
Joséphine. — Elle te plaisait donc bien, la petite ?
André. — Oui, Mademoiselle ; et je lui plaisais aussi, aussi je comptais sur elle.
Joséphine. — Tu comptais… sur elle ?… Et qu’en voulais-tu faire ?
André. — Dame ! ce qu’en font en ce moment Monsieur Paul et son cousin Monsieur Louis, qui ne vaut pas mieux que lui !
Joséphine. — Ah !… Louis d’Aunac ? lui, à la ferme ? aujourd’hui ; le gredin !… Et tu dis qu’avec Monsieur Paul ?… Mais parle donc !
André. — Je dis que, depuis huit heures du matin, les deux Vicomtes sont enfermés, tête-à-tête, avec Mademoiselle Anna Dumoulin, dans le Pavillon de Chasse, et qu’ils ne doivent pas trouver le temps long.
Joséphine. — Avec Anna ?… Mais que font-ils, mon cher André ?
André. — M’est avis, Mam’selle, qu’ils doivent donner à la fillette sa première leçon de mère de famille.
Joséphine. — Quoi ! sur de simples apparences, tu supposerais…
André. — Je ne suppose rien. Ce que j’ai vu, je l’affirme. Ces deux Messieurs ont d’abord fait monter Anna sur le cerisier, ce qui était très indécent, n’est-ce pas, Mam’selle ? parce que d’en bas ils la regardaient par dessous les jupes… et comme Anna ne porte pas de pantalons…
Joséphine. — Comment sais-tu, toi, qu’Anna ne porte pas de pantalons ? Il faut bien que tu l’aies regardée sous les jupes, pour le savoir !
André. — Oh ! non, Mademoiselle, jamais je n’ai regardé sous les jupes d’Anna… seulement, quand elle est descendue du cerisier, ces messieurs, tout de suite l’ont houspillée en la troussant très haut, malgré sa résistance, et j’ai bien vu alors qu’elle n’avait pas de pantalons.
Joséphine. — Ces Messieurs se sont très mal conduits en troussant ainsi les jupes d’une jeune fille ; ce sont des polissons !… Mais puis, après ?…
André. — Après ?… Malgré qu’elle se défendît de son mieux, Monsieur Louis l’a couchée de tout son long sur l’herbe épaisse, et fourrant sans façon la tête entre les cuisses d’Anna, il s’est mis à lui baisoter le gras des cuisses… et puis le reste, ce qui a fait rire la coquine qui ne se débattait plus du tout. Monsieur Paul les regardait faire, en leur disant des polissonneries. Et quand le jeu a cessé, et que Monsieur Louis s’est retiré d’auprès de la petite salope pour s’essuyer la bouche, car il avait les moustaches toutes blanches, tous les trois, en riant et en folâtrant, sont allés s’enfermer dans le pavillon de chasse, où peut-être ils sont encore occupés à commettre leurs abominations.
Joséphine. — Tu supposes donc, mon cher André, que ces Messieurs ont enfermé Anna dans le pavillon pour abuser de cette pauvre fille ?
André. — Si vous les aviez entendus comme moi, à travers les volets de la fenêtre grillée !… même qu’Anna était la plus hardie de la bande. Il vous aurait fallu entendre ses provocations aux deux galants, ses cris de jouissance à chaque sottise, et les conseils cochons qu’elle leur donnait !
Joséphine. — Ta vertueuse indignation me fait plaisir, mon cher André, mais peut-être que tu ne serais pas tellement irrité contre Anna si c’eût été avec toi qu’elle commit ces sottises ? Voyons, mon cher André, s’il me plaisait de faire avec toi les cochonneries qu’Anna faisait ce matin avec ces Messieurs, dirais-tu que je ne suis qu’une petite salope ?
André. — Oh ! Mademoiselle ! vous, que je vénère comme la Sainte Vierge ! Vous, si belle, si adorable par dessus toutes les femmes !…
Joséphine. — Eh ! bien, m’appellerais-tu salope s’il me plaisait de te déboutonner les pantalons, comme ceci… et de te masturber… comme ça ?…
André. — Ange du ciel !… Ô Vierge Marie !… Ô Mademoiselle, vous m’ouvrez le Paradis !… Ô ces mains… ces fines et blanches mains !…
Joséphine. — Vois-tu comme tu bandes, cher petit polisson !…
André. — Oh ! Mam’selle, que vous me branlez bien !… j’ai envie… de trousser…
Joséphine. — Oui, oui trousse-moi si cela te fait plaisir… regarde à ton aise mon petit ami… comme tes doigts sont légers !… tu me chatouilles, aïe !… aïe !
André. — Laissez-moi vous le mettre, chère Mademoiselle Joséphine ?…
Joséphine. — Mets l’y donc, si ça te fait tant de plaisir, petit coquin…
André. — Mettez-vous sur moi, à califourchon !… comme ceci !…
Joséphine. — Tu t’amuses à me chatouiller avec ta petite quille ? Que c’est joli ! Mais dépêche-toi, mon ami ; l’on pourrait venir et nous surprendre à faire ça… aïe !… que dirions-nous ?… aïe !… André, ça entre !
André. — Oui ! oui, Mam’selle, ça entre ! Ah ! que c’est bon !
Joséphine. — Ciel ! j’entends des voix… l’on vient… quel dommage.
André. — Nom d’un chien ! je la manque belle !… Aïe ! Voici la Marquise, Justine et ma sœur Emma… eh ! bien, un peu plus nous étions pincés… Mais quels sont ces deux jeunes prêtres ?
La Marquise Éveline. — Bonjour, ma fille. Adieu, André. Vous êtes donc venu embrasser votre petite sœur, mon enfant ?… Que vous êtes rouge, Joséphine ? Mais vous avez tous deux l’air embarrassé ? On dirait, par ma foi, que nous vous dérangeons ?… Qu’est-ce à dire, ma fille ? André se serait-il oublié au point de vous manquer de respect ?
Justine. — Je serais plutôt tentée de croire le contraire…
Joséphine. — Ô Justine, que dis-tu là ?…
Justine. — Et après tout, quel mal y aurait-il, mon enfant, à ce que la jeunesse et la beauté de cet adolescent eussent réveillé vos envies de fille ? Moi, je veux en avoir le cœur net…
Et la curieuse Nounou, poussant André dans un coin, le déculotte pour s’assurer de l’état de son organe viril, dont l’irritation la frappe autant qu’elle la charme. Cette constatation faite, Justine procède vivement à un examen semblable sur les appas secrets de Joséphine, pendant que les spectateurs suivent du regard chacun de ses gestes :
Ah ! Madame la Marquise, reprend Justine en riant, nous sommes arrivées juste à temps pour la vertu de Mademoiselle Joséphine : l’acte n’a pas été accompli jusqu’au bout, mais il y a eu un commencement d’exécution. Vous pouvez constater vous-même l’état de révolte du membre viril d’André, et l’exaspération du clitoris de votre fille…
La Marquise. — À quoi reconnais-tu que l’acte n’a pas été consommé ?
Justine. — S’il y avait eu une conclusion à l’affaire engagée, j’en trouverais des traces chez votre fille. Soyez assurée qu’à l’odeur seule de mon doigt, je reconnaîtrais le parfum caractéristique de l’éjaculation mâle.
La Marquise. — Il est donc vrai, André, que vous avez tenté de violer ma fille ?
Emma. — Grâce, ô grâce pour mon frère ! Il est si jeune ! Pardonnez-lui !
Joséphine. — Eh ! bien puisque à ma honte vous avez tout découvert, je ne laisserai pas accuser un innocent. C’est moi qui, tentée et pressée d’amoureux désirs, ai voulu les éteindre dans les bras de ce joli petit homme.
La Marquise. — Ô ma fille !… quelle honte !… un pareil aveu !
Étienne et Robert. — Quelle adorable, quelle généreuse demoiselle !
André. — Moi, je ne souffrirai pas cela ! Mademoiselle Joséphine n’a rien à se reprocher c’est moi seul qui l’ai séduite par le récit des faits et gestes amoureux de la jeune Anna Dumoulin.
Robert. — D’Anna Dumoulin ! ma sœur !… Quoi, déjà ! à son âge ?…
Justine. — Chez les filles bien nées, mon cher Robert, le foutre n’attend pas le nombre des années, a dit un grand poète. Et il a raison.
Joséphine. — Laissez-moi rire : Il paraît, Monsieur Robert, que votre sœur était perchée sur un cerisier, tandis que ses deux amoureux la regardaient d’en bas, sous ses jupes, sans qu’elle s’en aperçut, la pauvre petite.
Robert. — Oh, si tout s’est borné là, ma sœur est encore…
André. — Non, elle ne l’est plus, parce que, lorsqu’elle est descendue, ces deux Messieurs vous l’ont lestement retroussée, je vous l’assure !
La Marquise. — Et qu’y a-t-il là d’étonnant, mes amis ? Nous savons bien que la nature de la femme est faite pour recevoir l’organe sexuel de l’homme. Anna n’a fait qu’obéir à sa destinée de jolie fille, en s’abandonnant aux amoureuses caresses de ses deux galants. J’aime bien mieux, pour moi, ce gracieux abandon que les faux semblants de vertueuse résistance d’une mijaurée qui crie au viol en écartant les cuisses et jouant du cul pour jouir plus libertinement. Dieu merci, aucune de nous ici ne mérite ce reproche. Proclamons bien haut nos goûts amoureux et ne rougissons jamais d’une tendre faiblesse. Viens sur mon sein, Joséphine, que je t’embrasse ; si nous avons interrompu ton tendre tête-à-tête avec André, tu n’auras rien perdu pour attendre, car je t’annoncerai officiellement, ainsi qu’à tous ceux ici présents, que nous allons créer une association d’amoureuses et d’amoureux. Nous avons déjà beaucoup d’adhésions, et le jour est proche où nous inaugurerons la joyeuse Société des Pines Blanches, où plutôt de l’Aubépine, synonyme discret d’Épine blanche, et dont vous serez avec nous les fondateurs.
Àces mots de la belle Marquise, une explosions d’enthousiasme couvrit la voix d’Éveline qui embrassait tendrement sa fille.
— Mon enfant, ma chérie, dit Éveline, toi dont j’ai vu la fleur virginale s’envoler sous les baisers ardents de ce cher Louis, je désire vivement te voir pâmer aux bras de ce joli garçon qui brûle, je le vois, de faire de moi sa belle-mère. Vous allez reprendre ensemble le joli jeu que nous avons interrompu bien involontairement, je te le jure. Ma chère Emma, je vous ordonne de déshabiller à l’instant votre frère : Mettez-le tout nu.
Emma. — Pardonnez-moi, mon cher André, mais je dois obéir à la Marquise. Laisse-toi déshabiller par ta petite sœur… Je fermerai les yeux, si tu veux ?
André. — Pourquoi, mignonne ? Suis-je donc laid à te faire peur ?
Emma. — Oh ! non, tu n’es pas laid !… au contraire !… quel beau corps !… Allons, mon ami ; il faut obéir… Mademoiselle Joséphine t’attend : va.
La Marquise. — Attendez un instant, beau jeune homme, modérez votre fiévreuse impatience… Toi, Joséphine, étends-toi sur le dos, les jambes serrées l’une à l’autre, là, au milieu du tapis. Vous, André, venez vous coucher sur votre belle amoureuse en lui ouvrant de force les cuisses comme il faut le faire pour accoler amoureusement une femme que l’on veut violer… Vous, ma chère Emma, prenez entre vos doigts mignons le membre viril de votre frère et introduisez-le habilement là où vous savez qu’il brûle d’envie de se glisser. N’est-ce pas là, Messieurs, un joli spectacle ? Les voilà collés l’un à l’autre ; c’est Emma qui les a accouplés ! Voyez comme son joli frère s’agite et se démène à fond de train sur ma fille enamourée. Et elle, la friponne, regardez-la faire : c’est avec les plus pénibles efforts qu’elle essaye de nous cacher sa jouissance. Elle a honte ; elle se retient… ah ! voilà André qui jouit ! Voyez ma fille recevoir l’onction. Tout son être frissonne sous la voluptueuse éjaculation qui cloue André sur elle, immobile. Ah ! ah ! elle fait ! elle fait aussi ! La voilà qui n’est plus maîtresse de ces coups de reins ! Est-elle jolie !… Oh ! comme ça réveille les désirs !… J’ai envie de jouir aussi ! je n’y tiens plus !… Qui veut me faire ça, jeunes athlètes ?… Étienne ! à toi… Tiens, chéri, prends-moi !… allons-y tous deux !… bien dans moi ; ne m’épargne pas… Enfonce, tout, jusqu’au bout ! Ah !… ah !… Étienne ! tu as déjà fait, vaurien ? Oh ! ces coups de cul… que fais-tu, cher ami, à celle que tu appelles ta petite maman ? Ah, ah, tu jouis ; je te sens, mon ange, mon amour ! Eh ! quoi, déjà tu sors ?… deux jouissances t’ont rendu ?… oh, le mauvais soldat !… le déserteur !…
Robert. — À mon tour, petite mère… à moi, reine d’amour !…
La Marquise. — Quelle belle pique ! comme elle vibre… oh ! ne la secoue pas ainsi sous mes yeux… Mets-la, mets-la dans son fourreau brûlant.
Robert. — L’y voilà jusqu’à la garde, chère petite maman.
La Marquise. — Oui… jusqu’à la garde !… Essaye de la faire sortir à présent, si tu peux.
Robert. — Je crois qu’elle est prise dans un étau, la pauvrette !
La Marquise. — Sens-tu mes pressions répétées, cher Robert ?… jouis-tu ?…
Robert. — Voluptés divines ! Maman, votre lascive étreinte distille toute mon amoureuse essence ! Mon être se fond ; je meurs !
La Marquise. — Que c’est doux !… Enfant que tu es, s’évanouir ainsi dans le plaisir !… Vois, Justine, comme ses beaux yeux se sont fermés…
Justine. — Quelques instants de repos lui rendront ses forces et son ardeur. Mais que vois-je ?… Emma, la pudique Emma… regardez, Marquise !
La Marquise. — Oh ! la coquine, elle s’amuse à soupeser et à tapoter les grelots d’amour de mon gentil cavalier ! Sa rougeur et son sourire mouillé témoignent du plaisir qu’elle y prend. Il faut que ces Messieurs voient ces jolies jambes : Allons, Emma, à bas les jupes !
Emma. — Moi, Madame, me déshabiller ici ? Faites donc sortir mon frère auparavant ; j’aurais trop de honte devant lui.
La Marquise. — C’est lui-même qui va t’aider et nous faire voir tout ce que tu caches de charmant sous ton linge. Allons, André, quitte un moment cette pauvre Joséphine que tu as épuisée de jouissance, et viens déshabiller ta sœur devant nous. Voyons un peu si tu sauras mettre une fille toute nue.
André. — Allons, petite sœur, laisse-moi faire. Tu m’as déshabillé tout à l’heure, à mon tour de te rendre le même service. Ça, dégrafons d’abord ce corsage… Veux-tu bien me laisser sortir de leur prison ces jolis nichons que je n’avais jamais touchés ! Oh ! que j’ai envie de te les téter ?
La Marquise. — Tète-la donc, mon ami, suce à ta fantaisie !…
André. — Qu’ils sont doux à baiser, et durs, et blancs ! Emma, nous allons voir, maintenant, si tes cuisses sont aussi blanches que tes tétons ?
Emma. — André ! mon ami, mon frère, me découvrir ainsi ! Non !… je ne puis !… oh ! que me dis-tu là ?… non, je ne veux pas ! quoi ! tu voudrais que moi, ta petite sœur… je te…
La Marquise. — Il te l’a dit, mignonne : il veut que tu lui brandouilles la queue. Allons, ma belle, satisfais son caprice ; je te l’ordonne. Empoigne, serre, secoue ! Bravo ! Toi, Justine, tire la chemise de la petite…
Emma. — Non, André !… oh ! non !… tais-toi !… Ça, jamais !… Je ne veux pas !…
Justine. — Oh ! voici le plus beau spectacle !… ah ! la belle Emma ne veut pas ! Coquine, serre donc les cuisses avec énergie ! Ta vaillance seule peut sauver ta vertu du danger qu’elle court… Défends-toi, Emma !… aïe ! ton frère sera le plus fort ! gare à ses coups, ma belle… serre les cuisses !
Joséphine. — Maman, mais c’est un crime ! Un frère qui veut violer sa sœur ! Il faut les empêcher de le commettre !…
La Marquise. — Non, non, laissons-les faire. Il ne lui introduira que si elle est consentante. Qu’elle se défende ! En attendant, jouissons du coup d’œil : Si c’est là un crime, ma fille, tu m’avoueras qu’il est gentil tout plein.
Justine. — Un crime ? Allons donc ! N’est-ce pas avec leurs sœurs que les garçons d’Adam et d’Ève faisaient l’amour sous les yeux émerveillés de leurs parents, et Dieu ne souriait-il pas à leurs ébats charmants ?
André. — Emma ! Chérie de mon cœur ; si tu ne te prêtes pas un peu, je n’y arriverai pas… Tes cuisses sont comme un étau, mon amour !…
Emma. — Ô mon petit frère, pitié, pitié pour ta sœur !
André. — Tu es trop jolie, trop excitante pour que je t’obéisse, Emma. Je ne te laisserai de repos, ma chérie, qu’après avoir distillé mon amour dans ton joli corps par ta fente de fille… Si tu m’aimes, gentille sœur, desserre un peu tes blanches cuisselettes que je caresse. Ne m’empêche pas plus longtemps de faire avec toi ce que Caïn faisait à Ragaz sur son lit de mousse sèche, ce qu’Abel faisait à la jeune Saphira sur la couchette de sa mère, complice et témoin de leurs doux transports ; ce que Loth se plaisait à enseigner à ses deux filles dociles, et que la vue de la nudité paternelle faisait suinter de volupté… laisse-moi te faire ce que l’archange Gabriel faisait à la Sainte Vierge lorsqu’elle le recevait toute nue sur son petit lit… Ah ! ah !… tes cuisses s’écartent, oh, délicieuse petite sœur… tu cèdes ! tu te rends !
Emma. — Tes paroles lascives m’engluent malgré moi. Mes sens irrités l’emportent sur mon devoir… Oh ! tu me forces ! tu me violes !… T’y voilà ! méchant ! méchant adoré ! et notre crime a des témoins !
Justine. — Et des témoins que vous faites bander, polissons que vous êtes !
La Marquise. — Vois donc, ma chère Joséphine, vois comme tous les petits serpents se dressent et s’agitent ! Allons, Messieurs, c’est indécent d’étaler ainsi votre marchandise, et par l’étalage de votre virilité de venir réveiller chez notre innocente les pensées les plus impudiques. N’est-ce pas, petite Joséphine chérie, qu’en voyant un pareil spectacle, une femme ne peut rester chaste ? Ta rougeur est un aveu ; je ne veux pas que tu languisses, ma chérie : Justine, amène le bel Étienne dans les bras de ma fille ! je veux qu’il l’enivre de ses vertes saccades dont j’ai pu apprécier la riche valeur : Toi, Robert, viens à moi, viens calmer dans mes bras amoureux l’exaspération de tes sens indomptables… viens vite ! je brûle.
Justine. — Et moi ? si l’on croit que je suis de bois !… Voir de pareilles choses et rester les bras croisés !… Pardonne-moi, déesse de l’Amour, mais je ne puis y tenir : Il me faut un cavalier, quel qu’il soit, et je vais le chercher, dussé-je bouleverser le château.
Joséphine. — Un instant, Nounou, et je te cède le bel Étienne : Encore deux coups de cul et nous avons fini… là… Tiens, prends-le !… Moi, j’en ai mon compte ! Amusez-vous ensemble pendant que je vais en toute hâte préparer la dépêche qui nous ramènera au château les deux jeunes Vicomtes avec Anna, leur tendre victime.
Éveline. — Fais leur part, à ces fripons, de la création de l’Aubépine, et s’ils connaissent dans le pays quelques jolis fouteurs ou quelques aimables et complaisantes fillettes, qu’ils nous les amènent… Oh ! comme tu t’agites, Robert !… Pousse ! pousse donc !… Ça vient… ah !… Voyez donc comme Emma se tord de plaisir sous les baisers de son frère !… Vous ne sauriez croire, mes amis, combien cette petite m’excite ! Elle est si jolie quand elle fait l’amour !… Voyez comme son frère l’admire !…
Joséphine. — Assez de folies comme cela, gentille Emma, rendez-moi votre frère, je vous en prie J’ai besoin de lui pour emporter cette dépêche à la ferme sans tarder. Pardonnez-moi, mes jolis tourtereaux de vous séparer au moment le plus doux de votre intimité : Vous n’aurez que plus de plaisir à la première rencontre qui ne tardera guère, puisque c’est toi, cher André, que je charge de nous ramener Anna de la Cerisaie.