‹ Les Carbonari de l’amourChapitre 22 sur 24 · II. L’Épine blanche · 05

II. L’Épine blanche · 05

Le soleil s’est levé sur la campagne radieuse. Mille senteurs embaumées s’élèvent du sein de la terre baignée de rosée : Les deux cavaliers qui s’approchent du château vont trouver ses hôtes encore plongés dans les bras de Morphée ou de l’Amour. Ils s’avancent fiers comme des conquérants, les beaux vicomtes Paul de Civray et Louis d’Aunac, qui viennent de passer une nuit de délices dans les bras des deux charmantes couturières d’Arvan, Fernande et Lucy. Les demoiselles Féraud arriveront dans la matinée ; elles l’ont promis et juré à leurs amants d’une nuit.

Après avoir mis leurs chevaux à l’écurie, les deux amis se séparèrent ; Paul va essayer de renouer avec Anna un tendre entretien ; Louis veut d’abord rendre à sa mère ses devoirs respectueux.

Octave d’Ormilly venait à peine de quitter son amante de la veille, lorsque Louis entra dans l’appartement de sa mère. La belle Olympe, après avoir vainement appelé sa camériste Herminie, qui avait couché avec le jeune André, s’était enfin livrée aux mains habiles de Justine qui venait de lui passer ses pantalons et de serrer son corset. Louis se jeta aux bras de sa mère qui l’enlaça tendrement, longuement… Était-ce le parfum de volupté que laisse sur l’homme une nuit d’amour ?… était-ce le souvenir des ineffables polissonneries dont l’avait abreuvée son cher et licencieux poète ?… toujours est-il qu’Olympe, trouva dans le baiser de son fils, comme un relent savoureux d’acres désirs.

Justine ! regarde mon fils : N’est-il pas vraiment beau ? — Si j’osais Comtesse, je vous dirais, malgré sa présence, que parmi tous ces jolis papillons qui viennent brûler leurs ailes aux feux de votre beauté, il n’en est pas un digne d’être comparé au vicomte d’Aunac.

Olympe. — Prends garde, coquine ! C’est presque une déclaration d’amour que tu fais à mon cher Louis.

Justine. — Fi ! la jalouse ! Monsieur le Vicomte peut être sûr que je n’ai point l’intention de lui manquer de respect. Je sais trop bien quelle distance sépare une pauvre fille, comme moi…

Olympe. — Oh ! ce n’est pas toi, mignonne, qui risque de lui manquer de respect. C’est plutôt ce grand garçon qui pourrait être tenté de profiter de ton aveu pour essayer sur toi le pouvoir de ses charmes.

Louis. — Et me blâmeriez-vous, chère maman, si je vous avouais que je trouve Justine adorable, et que je brûle de lui faire ma cour ?

Olympe. — Je ne te blâmerais point, mon cher enfant, car je n’ignore pas qu’à ton âge, un penchant invincible pousse les jeunes gens dans les bras des jolies filles. C’est la loi de nature.

Louis. — Et Justine est vraiment jolie fille !… Voyez, maman, ces yeux noirs et vifs, ces lèvres roses et petites, ces joues fines et distinguées, cette taille divine, cet ensemble voluptueux.

Olympe. — Quel enthousiasme ! Seriez-vous tenté, mon fils, de manquer de respect à Justine en ma présence ? Attendez au moins qu’elle ait achevé de m’habiller, et je vous laisserai en tête-à-tête.

Louis. — Oh ! ne vous pressez pas, Justine. Si vous saviez quel plaisir je prends à vous voir habiller maman ! N’est-ce pas, Nounou, quelle est jolie ma petite mère chérie ? Ces pantalons courts et bouffants lui vont à ravir. Oh maman, accordez-moi la faveur d’attacher vos bas de soie ; me voici à vos genoux ; Justine, passe-moi les jarretières.

Olympe. — Grand enfant ! tu te conduis avec ta maman comme un amoureux avec son amoureuse. Attache-les donc, ces jarretières, au lieu de me presser les mollets et les jambes… aïe !… pas si haut !… Arrête !… Où vas-tu, Louis ?… que fais-tu ?… Non, non ! pas ainsi !… Mon Dieu !… Faut-il que tu sois perverti ?… que fais-tu là, Louis ?… mon ami ?…

Justine. — Il regarde, Comtesse, il contemple, il admire. C’est la première fois, depuis sa naissance, qu’il se trouve si près de son pays natal.

Olympe. — Impertinente Nounou ! Lui rappeler que c’est là son pays natal… Il est vrai, Justine, que c’est par là qu’il a vu le jour, ce petit polisson, comme il est vrai, que pendant de longs mois j’ai porté ce grand garçon là dans mon sein. Cela ne semble pas possible.

Justine. — Neuf mois, Comtesse ; neuf mois entiers en tête-à-tête avec vos entrailles, avant de lui ouvrir la petite porte. Comme il devait languir !

Louis. — Tu ne songes pas, Justine, que j’avais pour me distraire, les visites nocturnes de papa… Que de jolies choses dont j’ai été témoin !…

Olympe. — C’est pourtant vrai que tu étais là… J’en suis toute honteuse.

Louis. — Chère petite maman, je serais si curieux d’apprendre de vos lèvres, si le baiser auquel je dois le jour, fut un baiser légitime et banal, ou bien s’il fut remarquable entre vos autres baisers d’amour par quelque circonstance spéciale.

Olympe. — J’ai vu à tes yeux coquins que tu allais me demander une sottise. Eh ! bien, je veux répondre franchement à ta lascive demande. Apprends, mon fils, que l’époque à laquelle tu fus conçu remonte au second mois de mon mariage. Nous fûmes invités, ton père et moi, à la noce d’une de mes amies intimes qui m’avait servi de demoiselle d’honneur, Aurélie de la Sudre. Le hasard voulut que la chambre qui nous fut donnée était contiguë à celle des nouveaux époux. Le bon dîner, le champagne, l’entrain joyeux, et surtout la chanson que nous fit entendre Aurélie, abandonnée seule en son lit à la fureur amoureuse de son époux, surexcitèrent tellement les nerfs de mon mari, qu’il me fit répéter avec lui, mot pour mot, la chanson du jeune couple. Le mari de Mademoiselle de la Sudre ayant entre deux baisers fous poussé ce cri : « Aurélie, je te fais un enfant, fouette-moi ! », je ne pus m’empêcher de fouetter aussi ton père, qui était en train d’imiter sur moi l’acte accompli par notre voisin sur sa jeune femme. Le spasme qui couronna cette fouettée dura près d’une heure : « Je te fais un enfant » ne cessait de répéter ton père haletant… Je le laissais dire, et je fouettais fort et ferme. Neuf mois après, jour pour jour, tu vins au monde.

Louis. — Papa avait mis dans le noir !… Non, je me trompe : dans le rose !

Olympe. — Tu es la preuve vivante qu’il avait fait mouche… Ciel ! mon fils !… oh ! l’impertinent !… Ta main, Louis !… ôte, ôte-là !… aïe ! veux-tu bien l’ôter, polisson !… à mon secours, Justine : vite, vite !

Louis. — Chère maman, combien de fois ne m’avez-vous pas dit que vous m’aimez plus que tout au monde ?… Soyez indulgente, petite mère ; moi, je vous aime tant !… Ce voluptueux sillon que mon doigt caresse et que pare si gentiment cette forêt de boucles frisées, n’est-il pas, comme le disait Nounou, mon pays natal ?… J’y introduis le doigt… rien que le doigt, et souvenez-vous, maman, que j’y suis déjà passé deux fois tout entier : la première fois, à l’état embryonnaire, au sein d’un jet voluptueux de sperme enivrant, lorsque vous savouriez les amoureuses caresses de papa, tout en écoutant les tendres soupirs de Mademoiselle de la Sudre, la seconde fois, à l’état de gros poupard tout nu. Dieu du ciel, comment ai-je donc fait pour passer là ? Mon doigt y entre à peine, serré de tous côtés… vois donc ma chère Justine !…

Justine. — Vous dites qu’il y entre à peine ? Et moi je vois qu’il y a pénétré tout entier… et Madame la Comtesse, si j’en juge à l’expression de bien être répandue sur sa charmante figure n’éprouve, à la suite de cette intromission, aucune douleur, loin de là. Allons donc, beau jeune homme, croyez-vous que votre joli doigt soit fait pour rester immobile dans le bijou d’une jolie femme ?… voyons si nous sommes expert à la douce friction ?…

Louis. — Eh ! quoi, Justine, tu m’invites à… branler maman ?

Justine. — Que non pas ! C’est moi qui vais la branler… Mais à l’aide de votre doigt. Laissez-moi bien le placer… comme ceci… et surtout obéissez à mon impulsion.

Olympe. — Oh ! que je me sens doucement ébranlée !… Justine… méchante, que me fais-tu ? Ah !… quelqu’un vient ! j’entends du bruit… Cessez !…

Justine. — Ça y était !… Quel fâcheux contre-temps ?… oh ! ce n’est que la Marquise.

Éveline. — Je viens peut-être vous déranger, ma chère Olympe ?… Mais non, puisque c’est avec Justine et votre fils que je vous trouve en tête-à-tête ? Cette chère Olympe ! Est-elle gentille en déshabillé ! Mais, ne craignez-vous pas ma toute aimable, qu’un costume si léger n’inspire à votre fils des idées coupables ?… pour moi, je sais bien que… à sa place !…

Justine. — À sa place ? Eh ! que feriez-vous donc, belle Marquise ?

Éveline. — J’éprouverais une vive tentation de voir si une maman est faite, sous son linge comme toutes les autres femmes.

Louis. — Avant d’exécuter votre joli conseil, permettez-moi de m’assurer si vos boucles sont aussi noires et aussi frisées que celles de votre fille…

Éveline. — Eh ! quoi, Vicomte ! vous, l’amant de ma chère Joséphine ? Vous le fils de ma meilleure amie !… que moi je consente…

Justine. — Que vous consentiez ou non, Marquise, vous voilà troussée !

Olympe. — Chère Éveline, vous payez pour moi… mais je l’ai échappé belle !

Éveline. — Ah ! Justine, au secours !… à mon aide, Olympe !… je suis trop faible pour lutter contre votre coquin de fils !… Aïe, me voilà sur le lit…

Olympe. — Craignez-vous qu’il vous fasse mal ? Laissez-le donc faire mignonne, pendant que vous ferez tous deux l’amour, Justine va achever de m’habiller.

Louis. — Chère tante Éveline, si vous remuez toujours, je ne pourrai pas vous violer ?…

Éveline. — Oh ! mon polisson de neveu ! quel enfantillage !… Vous y voilà donc, mon ami ? Que dirait ma Joséphine ?… Quelle vivacité, mon ami ! Et votre adorable maman qui nous regarde : on dirait qu’elle a aussi envie… Allons puisque vous me déshonorez, que j’en aie au moins le bénéfice ! Enfoncez, Louis, enfoncez votre affaire jusqu’à la garde, poil à poil !

Olympe. — Je ne sais quel est le plus lubrique, lui ou elle… vois donc, Justine, comme ils jouent du cul avec un ensemble touchant.

Justine. — Remarquez-vous, Comtesse, comme la Marquise lui pelote les roupettes ?

Olympe. — Oui, du bout des doigts… C’est qu’il a des roupettes séduisantes au possible.

Justine. — Allons aussi les lui chatouiller ?… pour rire ?… Venez, Comtesse !

Olympe. — Si c’est pour rire, je veux bien. Comme elles sont gonflées ! Jamais je n’avais vu faire ça… c’est la première fois.

Justine. — Pourtant, Madame, votre fils est la preuve que vous l’avez fait ?…

Olympe. — Faire ou voir faire, ce n’est pas la même chose.

Justine. — Pour moi, chère Comtesse, j’ai presque autant de plaisir à le voir faire qu’à le faire, surtout quand c’est bien fait.

Olympe. — Crois-tu qu’on puisse le faire mieux que ne le font la Marquise et mon fils ?

Justine. — On pourrait, je crois, trouver chez deux fouteurs plus d’expérience et de savoir faire… mais on n’en trouverait pas de plus chaudement amoureux.

Olympe. — Vois donc comme ils se serrent, comme ils s’enlacent étroitement.

Justine. — Et ces tendres soupirs… — Ça ne vous donne pas envie de faire ?…

Olympe. — Comment veux-tu qu’en présence de mon fils je réponde à semblable question ?

Justine. — Votre fils est trop occupé à son affaire pour prêter l’oreille à notre conversation. Avouez que vous éprouvez par ici de délicieuses démangeaisons.

Olympe. — Je ne veux pas te le cacher, friponne ! Oui, j’éprouve…

Justine. — Ah ! voici l’envoyé du ciel destiné à calmer votre amoureux prurit : Soyez le bienvenu, cher Vicomte ! Vous cherchiez Louis ?… Ne le dérangez pas de son travail : Venez plutôt prêter à Madame d’Aunac le bijou que vous portez dans votre pantalon : nous avons envie de le voir de près.

Le vicomte Paul, un instant stupéfait du voluptueux tableau qui s’offre à ses regards, obéit à l’appel de Justine. Il prend la mère de son ami à bras le corps, la couche de force sur le lit, à côté d’Éveline pâmée, et se déboutonnant en toute hâte, se couche sur la Comtesse un peu confuse, mais heureuse de cette galante entreprise. Bien vite, le jeune homme lui introduit son priape entre les cuisses ouvertes, et les deux amis se livrent côte à côte, avec un égal entrain, aux doux plaisirs de l’amour. Olympe et la Marquise se regardent les yeux noyés de volupté qu’émoustille ce charmant accord, glissent chacune de son côté une indiscrète main vers le retrait de la pudeur féminine, et par un agréable chatouillement doublent les plaisirs qu’elles goûtent de concert. Louis, voyant que Justine les considère avec un vif intérêt, lui fait remarquer quel étroit collier le conin de sa maman forme à la verge de son bon ami. En même temps, Paul déclare qu’il lui est impossible de loger son petit doigt dans le bijou de la Marquise, tellement est gros l’hôte vigoureux qu’elle héberge. Ces réflexions libertines, accompagnées de saccades précipitées enivrent les deux dames qui s’abandonnent sans vergogne à toute la pétulance de leur passion. Justine ajoute encore au piquant de cet impromptu en forçant la main d’Olympe à chatouiller les grosses couilles de son fils, et en massant tour à tour, le derrière potelé des jeunes galants. Paul et Louis, dans la vivacité de leurs ébats avaient laissé peu à peu glisser leurs culottes déboutonnées, et exposé au jour les deux plus blancs fessiers du monde, sans songer que Justine allait se régaler de cette lascive exhibition.

Nos galants finirent, puis recommencèrent de plus belle. Pendant deux heures ils tinrent en haleine les appétits sexuels de leurs dames par les plus voluptueux caprices. Justine, entraînée par l’exemple, s’étendit sur un sopha pour se branler plus commodément. Et lorsque le galant quatuor se décida à quitter le lit moelleux, théâtre de ses doux exploits, Nounou venait d’arriver pour la troisième fois au bonheur.

Mais ces trois jouissances contre nature n’avaient fait qu’irriter ses sens sans les satisfaire. Elle avait conçu l’espoir que l’un des deux Vicomtes aurait la fantaisie de la soulager ; mais la Marquise et la Comtesse étaient si appétissantes que ni Paul ni Louis n’eurent l’idée de chercher un voluptueux aiguillon dans ce raffinement de débauche. Les coquins ne consentirent à lâcher prise que lorsqu’ils n’eurent plus la force de raidir. Ces dames les chassèrent en riant et se livrèrent aux mains officieuses de Justine qui leur donna les soins de propreté les plus minutieux.

Éveline se retira chez elle et Olympe put enfin achever de s’habiller. Quand à Justine elle prit congé de la Comtesse pour aller servir au comte d’Ermenonville le chocolat qu’il devait attendre avec impatience. Chargée du plateau sur lequel fumait l’odorante préparation, une pensée lui vint qui la fit sourire… Elle entra chez le Comte les seins raidis.

Hélas, une nouvelle déception attendait la pauvre Nounou : Un jeune et brun visage encadré de long cheveux noirs dénoués, à demi-caché dans le creux du traversin, recevait à ce moment même les plus ardents baisers de l’heureux mortel sur lequel Justine avait compté pour rendre le calme à ses sens. Ce visage jeune et rieur, n’était autre que celui de la gentille Fiorella. La fille de Justine, en se voyant ainsi surprise par sa mère, partit d’un joyeux éclat de rire, sans même essayer de se dérober aux énergiques caresses dont son fier galant fêtait ses jeunes appas.

« Chère et tendre belle-mère, lui dit le Comte entre deux saccades, je suis à vous : seulement le temps d’achever votre fille, ce sera vite fait ! » — Je n’en doute pas, mon gendre, au train dont vous y allez, dit Justine, en posant son plateau sur le guéridon. Mais permettez-moi de m’assurer, mes enfants, que tout se passe honnêtement entre vous. Et en prononçant ces paroles, Nounou obéissant à ses instincts vicieux, souleva brusquement le drap qui recouvrait la nudité des amants. Le Comte, à qui ce léger voile semblait suffisant pour abriter sa pudeur, poussa un cri en se voyant ainsi livré tout nu et en action amoureuse aux regards lascifs de Justine. Fiorella ne broncha pas, et se contenta de fouetter légèrement son cavalier pour l’inciter à reprendre l’agréable va-et-vient « Maman, dit la fillette si tu nous retardes ainsi, ton tour n’en viendra pas plus vite ». — La coquine avait lu dans les yeux de sa mère les désirs qui la tourmentaient. — Bien loin de vous retarder, mes amis, dit Justine, je vais hâter pour vous la venue du bonheur. Et, d’une main légère comme une plume d’oiseau, elle se mit à chatouiller les breloques rugueuses de son gendre improvisé. À ce contact libertin, le Comte répondit par une série de saccades qui plongèrent Fiorella dans le ravissement. Mais quelle ne fut pas la sensation diabolique du comte d’Ermenonville lorsque un doigt de Justine, préalablement enduit de salive, s’enfonça par petits efforts, dans son fondement éperdu… Sous le jet brûlant qui fut le corollaire de cette impudique caresse, Fiorella se mit à crier en éjaculant de son côté, de la façon la plus obscène, c’est-à-dire à grands coups de reins qui la faisaient ressembler à une grenouille soumise à l’action d’un courant électrique. L’heureux couple, noyé dans la volupté se mangeait de baisers mouillés, et Justine contemplait avec bonheur cette charmante idylle. Fiorella reprit la première son sang-froid, et regardant son amant dans le blanc des yeux : « Cher Comte, essayez donc de séduire maman, comme vous m’avez séduite » — Et si je réussissais, ma mignonne, consentirais-tu à lui faire place à nos côtés ? — Réussissez seulement, et vous serez satisfait de ma complaisance. — Mais ta maman consentira-t-elle à accomplir l’acte d’amour en ta présence ? — Maman, le comte d’Ermenonville serait heureux de faire l’amour avec toi : Veux-tu que je m’éloigne ? — C’est trop d’honneur que me fait Monsieur le Comte, et je me garderai bien de diminuer son plaisir en t’éloignant de lui, ma chère enfant. — Débarrasse-toi donc bien vite de tous ces vêtements inutiles, et viens t’amuser avec nous, chère maman. N’est-ce pas Monsieur le Comte, qu’il faut se mettre toute nue ? — D’autant plus, qu’elle, chère Fiorella, que c’est le plus joli costume pour une femme bien faite ! — Et maman est si jolie ! — Veux-tu te taire, petite flatteuse !… Me voici en chemise !… — Viens, ma chère, dit Léonce : j’ai toujours adoré de quitter la chemise d’une jolie femme ; viens, entre Fiorella et moi… Oh !… la riche toison ! Regarde, Fiorella !… — Vous me faites rougir cher Comte, en me découvrant ainsi… oh ! quelle belle queue !… mais comme vous me regardez !… La moniche de ma fille n’est-elle pas aussi touffue que la mienne ? — Vous allez me permettre, mes chères amies, de transformer ces moniches touffues en moniches foutues… Quelles adorables monichettes ! Seulement, je désire les étudier et les comparer à côté l’une de l’autre… Écartez toutes deux vos charmantes cuisses… élargissez-vous le plus possible…

Laissons le Comte à son examen comparatif entre les deux exquises créatures livrées à son amoureuse passion, laissons-le provoquer les désirs de la mère en se jouant avec les appas de la fille, et raviver les ardeurs de Fiorella en se livrant à mille jeux obscènes sur le corps pâmé de Justine. Le comte d’Ermenonville, dans sa vie accidentée, avait plus d’une fois baisé tour à tour mère et fille, mais jamais il n’avait eu la bonne fortune de posséder à la fois, sur la même couche, brûlantes de la même ardeur, une mère et son enfant aussi dignes l’une que l’autre de ses tendres hommages, aussi bien faites pour procurer les plus douces voluptés que Justine et Fiorella. — Pendant les cours intermèdes de ce dévergondage effréné, les deux femmes servaient à leur lascif amant quelques gorgées de chocolat, compensant ainsi, disaient-elles, les forces perdues par l’émission de liqueur séminale.

La Marquise, en sortant de la chambre de la comtesse d’Aunac, après les scènes amoureuses auxquelles elle avait pris part, avait voulu donner ses ordres aux musiciens pour l’emploi de la journée. S’étant dirigée vers l’appartement qu’ils occupaient, un coup discret frappé à la porte resta sans réponse : Éveline entra. Un groupe érotique se tordait sur le lit en désordre en poussant des cris et des râles étouffés, tandis que le jeune Calvi, spectateur de ce doux combat, provoquait par des caresses friponnes la luxure du couple amoureusement enchevillé. Éveline s’approcha avec curiosité, et reconnut dans l’héroïne de cette lutte ardente, sa charmante amie Gabrielle d’Haricourt aux prises avec le galant Abel. Baronne et guitariste s’en donnaient avec une telle ardeur qu’ils ne s’aperçurent pas de l’approche d’Éveline. — Calvi crut de son devoir d’offrir ses tendres services à la châtelaine, en étalant à ses regards l’exaspération de sa virilité. La Marquise, dont les sens étaient calmés par les vifs plaisirs qu’elle venait de déguster, la friande, aux bras du vicomte Louis, remercia gentiment Calvi en tapotant légèrement du bout des doigts le gentil hochet offert à ses chastes appas. Mais le jeune Corse était si bien préparé par les préliminaires auxquels il venait d’assister, sa chair était dans un tel état d’effervescence tel que le léger attouchement de la Marquise suffit pour amener une éruption subite et violente. Éveline fut toute étourdie de voir le nerf qu’elle avait à peine effleuré, se redresser follement, et, dans trois soubresauts, lancer au plafond trois jets d’un liquide épais et blanc, dont l’odeur pénétrante amena chez elle une involontaire crispation des muscles vaginaux « protectores pudoris ». Gabrielle et son cavalier venaient de succomber dans un spasme énervant. Éveline en profita pour donner un baiser à son amie et ses instructions très détaillées aux deux guitaristes qui promirent de les exécuter de point en point.

Puis, après avoir aidé à réparer le désordre de la Baronne, Éveline, avec son amie, se rendit auprès des mandolinistes. Elles les trouvèrent en joyeuse société : Le marquis d’Haricourt était couché entre elles deux. Éveline se hâta de donner ses ordres à Isilla et Nitza avant qu’Olivier n’eût la fantaisie de rendre les deux visiteuses témoins d’un nouvel assaut à la vertu des Tziganes, ce qui aurait amené du retard dans les préparatifs de la soirée Laissant le trio galant à son lascif tête-à-tête, Éveline et Gabrielle se dirigèrent vers le dortoir des jeunes filles.

Vous savez toutes, Mesdames, ce qu’est un dortoir de jeunes filles. Les souvenirs du pensionnat sont encore présents à votre mémoire, et vous revoyez en pensée les rangées de petits lits de fer courant le long des murailles blanches. Lits chastes et purs, lits invitant au sommeil de l’innocence… Vous souriez, Mesdames ? Oh ! je devine… vous vous rappelez les jeux enfantins du doigt mignon s’égarant la nuit sous les draps ; vous vous rappelez ces frissons ces extases délicieuses, quoique solitaires… N’insistons pas, Mesdames, c’étaient là des distractions sans conséquence, et qui n’ont pas empêché votre premier aimé de vous faire vibrer de la tête aux pieds comme vibre la harpe sonore sous les doigts savants de l’artiste. Péchés mignons que vous et vos amies avez solitairement commis sous les draps blancs de vos petits lits de fer, du dortoir de la pension.

Bien différent est le dortoir de nos jeunes invitées ; bien différents aussi des petites couchettes en fer, les quatre grands lits préparés par la Marquise pour les amies de sa fille : deux dans l’alcôve du fond de la salle, côte à côte, et deux autres sur les flancs, se faisant vis-à-vis. C’est l’appartement que la Marquise avait mis à la disposition des futures victimes destinées à embellir de leur virginal sacrifice, la brillante solennité qui se préparait à la Rotonde. Mes enfants, leur avait-elle dit, il n’y a que quatre lits, mais ils sont assez grands pour recevoir chacun deux ou trois dormeuses : Vous êtes ici chez vous, bonne nuit ! et à demain ! Et sur ces mots elle avait laissé seules les six petites folles qui procédèrent immédiatement à leur toilette de nuit. Alice Noirmont ayant exprimé le désir de coucher avec Suzanne, Marcelle choisit pour compagne de lit la blonde Laure Morin. Berthe Devaire et Marthe Pélissier allaient se coucher ensemble lorsque une folle idée vint à Marcelle. Au lieu de trois lit si nous n’en prenions que deux, pour coucher trois ensemble ? Ce serait nouveau et amusant ! — Oh ! oui ! s’écria Alice, couchons à trois. Qui voulez-vous, Marcelle, de Berthe ou de Marthe ? — Je prends Berthe, dit Mademoiselle de Lauterac, mais rien ne nous empêchera pendant la nuit de faire échange de petites femmes. Aussi dociles que voluptueuses, Berthe et Marthe obéirent, en riant, au libertin caprice de leurs deux grandes amies, et les deux groupes ravissants, après s’être fait à l’oreille d’intimes recommandations, s’élancèrent vers les deux grands lits qui occupaient côte à côte l’alcôve du fond.

Ce qui se passa dans ce sanctuaire virginal ne nous a pas été dévoilé, mais il est permis de croire que ces demoiselles employèrent leur temps à tout autre chose qu’à dormir, puisque le lendemain, quand la Marquise et Gabrielle entrèrent dans l’appartement, elles trouvèrent les jeunes filles profondément endormies, mais étroitement enlacées deux par deux. Dans le même lit, Alice serrait Laure contre son corps d’albâtre, un bras enlaçant la taille, l’autre étreignant la rondeur grasse de la cuisse, et tout près, Berthe, les cheveux épars, pelotonnée dans les bras de Marthe, s’était endormie, les lèvres tenant encore le mamelon raidi de Mademoiselle Pélissier qui sommeillait, la bouche crispée d’un sourire étrange et assouvi. Sur la couche voisine, Marcelle et Suzanne d’Arvan avaient été surprises elles aussi par la lassitude, dans la plus belle posture que puisse rêver une amoureuse. Cette posture, belle lectrice, vous la devinerez sans peine à l’image suivante. Figurez-vous deux blanches naïades les lèvres ardemment collées par chacune à l’amphore gracieuse de son amie. Aucun voile ne cachait ce ravissant assemblage de nudités.

Après s’être enivrées de ce tendre spectacle, Éveline et la Baronne se retirèrent discrètement pour éviter à leurs jeunes amies la confusion et la honte d’une pareille surprise. « Les coquines », dit Gabrielle, en éclatant de rire aussitôt que la porte fut fermée sur les mignonnes tribades. — Je les crois bien préparées pour ce soir, ajouta Éveline : En voilà six radieux pucelages à qui il tarde de prendre leur vol ! — Oh ! ma chère Éveline, je crois que sitôt que la queue leur poussera… — Ils iront à tire d’aile rejoindre les nôtres. Moi, je me souviens avec bonheur, du plaisir que j’éprouvai quand je perdis enfin le mien ; et vous ma chère Gabrielle ?… — Si je m’en souviens, ma toute belle !… comme si c’était hier, et j’en ai encore le doux frisson. — Oh, chérie racontez-moi cela, de grâce ! — Je veux bien, mais point ici dans le corridor : Entrons plutôt chez Nathalie qui est aussi pervertie que nous. — Vous m’en direz tant ma belle ? Et les jeunes femmes serrées l’une à l’autre, ouvrirent indiscrètement la porte de leur amie.

Madame de Rifray, nous le savions déjà, avait passé la nuit avec le comte Urbino de Mirafiore. En voyant entrer les deux amies, celui-ci étreignit plus étroitement la comtesse Nathalie, de crainte qu’elle ne voulut se dérober à ses amoureux transports. La belle n’y songeait point ; elle rendit à son amant la pression lascive, ce fut en pleine action amoureuse qu’elle reçut les baisers rieurs d’Éveline et de Gabrielle : « Vous volez mon bonheur, Mesdames », s’écria le Comte en glissant une main brûlante sous le linge de la baronne d’Haricourt, la plus rapprochée de lui. Comme celle-ci le laissa faire complaisamment, le galant, enhardi, sollicita de la Marquise la faveur de lui sucer les tétons. Éveline défit rapidement son corsage et offrit aux lèvres gloutonnes d’Urbino deux seins potelés et fermes à ravir.

Serrant d’une main les reins souples de sa lascive monture, fouillant de l’autre les appas secrets de Gabrielle, le comte de Mirafiore se mit à téter avidement la gorge enchanteresse d’Éveline. C’est au milieu de cette ravissante occupation que le surprit l’amoureuse extase qu’il prolongea lubriquement jusqu’à la dernière goutte de ses forces viriles. Ravi de son bonheur, délirant de plaisirs : « Oh, Mesdames, s’écria-t-il soudain, comment pourrai-je vous exprimer toute ma reconnaissance pour la félicité suprême que vous venez de me donner ? » De la façon la plus simple, cher Comte : Racontez-nous seulement la cause vraie de votre disgrâce momentanée à la Cour Pontificale. — Vous le voulez, Mesdames ? — Nous l’exigeons, cher Comte. — Ne vous en prenez donc qu’à vous-mêmes si mon récit vous fait rougir mais à charge de revanche : je vous préviens qu’à mon tour j’exigerai votre confession amoureuse. — C’est entendu. Commencez, beau chevalier, nous écoutons :

Urbino de Mirafiore. — De toutes les jeunes praticiennes qu’il me fut donné de remarquer dans Rome, Adelina d’Aspromonte, pensionnaire au couvent de la Sainte-Famille, me parut la plus belle et la plus digne de mes hommages. Adelina sut bientôt qu’elle n’avait pas de plus fervent adorateur que l’officier coquet qui lui offrait l’eau bénite à son entrée dans l’église de Saint-Jean-de-Latran. La jeune Romaine répondit à mon amour, et, grâce à une sainte femme comme il s’en trouve toujours aux portes des églises italiennes, je pus communiquer par lettre avec mon adorée. Le jour heureux entre tous arriva où j’obtins d’Adelina son premier rendez-vous, chez notre dévote confidente.

Dame Cavalcanti, après nous avoir servi dans sa propre chambre une collation savoureuse, nous laissa en tête-à-tête et sortit. Les désirs de la jolie pensionnaire égalaient les miens ; je la pris à bras-le-corps sans qu’elle se défendit autrement que par des petits cris très doux, et sur le lit même de notre complaisante hôtesse je consommai le viol, secondé dans mon triomphe par la tendre victime qui m’aidait de tout son courage et de toute sa bonne volonté.

Sur ces entrefaites dame Cavalcanti rentra dans l’appartement ; mais elle ne témoigna aucune horreur de nous voir ainsi accouplés sur sa couche virginale. La sainte femme, loin de se scandaliser, s’approcha de nous, après avoir toutefois jeté un voile sur la statuette de la Vierge, et nous fit observer que nous aurions dû mieux prendre nos précautions pour ne pas froisser les vêtements de ma bonne amie. Nous ayant offert ses bons offices, je consentis à ce qu’elle déshabillât Mademoiselle d’Aspromonte. En femme experte, la vieille dépouilla dans un clin d’œil Adelina de tous ses vêtements et ne lui laissa que sa chemise sur le corps. Ayant moi-même à peu près tout quitté, dame Cavalcanti prit plaisir d’étaler aux regards curieux d’Adelina la révolte de mon innocence. Mes ardeurs m’obligèrent à abréger le jeu, et la vieille ayant de ses propres mains retroussé la chemise de ma jeune maîtresse, je renversai celle-ci sur le lit moelleux ou je l’enivrai des suprêmes délices. — « Livrez-vous sans crainte à toute l’ardeur de votre amour mes beaux chérubins, les ressorts du lit sont solides, et moi je veille sur vous », nous disait la dévote en venant de temps à autre nous aiguillonner avec des caresses savantes ou par des détails plus émoustillants encore de ses amours avec le curé de la paroisse, qui ne bandait plus, disait-elle ; Adelina, emportée par son tempérament d’Italienne, ne sortait d’une extase que pour entrer dans une autre. Moi, j’étais aux anges.

L’heure vint de nous séparer, et dame Cavalcanti reconduisit ma jeune conquête au couvent de la Sainte-Famille, tout près de Saint-Jean-de-Latran.

Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir, le lendemain de ce jour fortuné, une lettre de la Mère Brigitte supérieure du couvent d’Adelina, lettre qui m’invitait à me rendre au parloir le plus tôt possible. Je me rendis à l’appel de la Mère Abbesse. Belle femme encore, malgré ses quarante ans sonnés, Brigitte m’accueillit avec un sourire plein de malice, et m’invita à la suivre dans son appartement. Là, elle m’avoua sans détour qu’elle était instruite de l’escapade d’Adelina, et me demanda si mon intention était de compromettre irrémédiablement une aussi belle et aussi noble jeune fille. Je lui jurai que je mourrais plutôt que de compromettre ma maîtresse. — Vous l’aimez donc bien, la petite Adelina ? — À la folie, Madame, et jamais je n’aimerai qu’elle ! — Oh ! tous les hommes disent ainsi, mais vous êtes tous aussi volages qu’empressés à mettre à mal les jolies filles ! — Quel jugement sévère pour notre sexe, Madame ! — Sévère ?… allons donc, tenez bel amoureux transi, je vous parie de vous rendre, en quelques minutes, infidèle à votre chère Adelina ! — Essayez, Madame, et vous reconnaîtrez que je ne mérite pas vos reproches ! La vénérable Abbesse donna aussitôt un ordre à une accorte servante qui se trouva là comme par hasard. Un instant après, et pendant que je continuais à protester de mon amour pour Adelina, je vis avec une surprise, mêlée de ravissement entrer une angélique créature. Non, jamais dans mes rêves les plus lascifs, je n’avais imaginé si ravissante et si provocante beauté. À l’aisance avec laquelle la nouvelle venue s’approcha de Mère Brigitte, je devinai une intimité des plus étroites. La supérieure attira à elle la jolie fille et lui parla à l’oreille pendant que la friponne me faisait de l’œil en coulisse, riant et rougissant à la fois de ce que lui disait Mère Abbesse : « Eh ! quoi, ma Mère, vous voulez que moi… moi, si timide !… — Il le faut, ma fille, dit la matrone, en poussant vers moi la petite effrontée. Alors, brusquement, debout devant moi, la petite me fit la plus jolie révérence que j’aie jamais admirée… une révérence qui, dans l’entrebâillement du corsage, me permit de plonger mon avide regard dans d’adorables profondeurs… puis, saisissant le rebord de ses jupes et se relevant d’un seul coup, elle m’étala dans un cadre de dentelles fines, toute son affriolante nudité.

C’est une expérience physiologique, dit dame Brigitte, en se rapprochant de moi et posant comme par mégarde, une main expérimentée, sur ma cuisse gauche. Comme vous le devinez, Mesdames, d’un côté le tableau ravissant que je contemplais avec avidité, de l’autre, ce contact libertin qui m’obligeait à me sentir, mon membre s’agita avec une telle frénésie que la bonne supérieure se hâta de le mettre en liberté. Au même instant, sur un geste de l’Abbesse, la jeune pensionnaire se trouva cavalièrement postée à califourchon sur mon priape en fureur ; et, le prenant délicatement d’une main, tandis que de l’autre elle écartait les lèvres rosées de son mignon bijou, elle se le planta jusqu’à la garde avec une mollesse et une maestria parfaites. — L’affaire terminée, j’allais la recommencer, lorsque dame Brigitte renvoya la jeune fille, malgré le regard suppliant que je lui adressai ; et l’officieuse servante vint, en fille stylée, me donner les soins de propreté, opération que dame Brigitte contemplait avec le plus vif intérêt.

Tout en me manipulant, la futée camériste me glissa un mot révélateur : « Sacré maladroit ! » — Je pris la balle au bond et, enlaçant avec tendresse le corps palpitant de la supérieure, je l’emportai sur un large sopha où elle se laissa docilement coucher et trousser. Après avoir exploité de mon mieux cette vénérable monture, nous eûmes ensemble un long et tendre entretien, dans lequel il fut stipulé que trois fois par semaine je me rendrais au couvent où je jouirais, chaque fois à ma fantaisie d’une jeune vierge. À cette condition charmante, je m’engageais à fêter régulièrement les appas surannés de dame Brigitte. — Ce qui fut dit fut fait : L’amoureuse Abbesse me procura tour à tour les plus jeunes vierges du couvent. C’est dans son propre lit et sous ses yeux indulgents que je dépucelais à tour de rôle les jeunes nonnettes ravies d’un pareil divertissement. Alléchées par les confidences de leurs amies déjà exploitées, ces gentilles pucelles, sous la direction d’Adelina qui avait voulu contribuer pour sa bonne part aux voluptés de la supérieure en ordonnant les détails de nos débauches pieuses, accouraient tour à tour par bandes de deux ou trois dans la vénérable cellule changée en chapelle de Vénus. Chacune des fillettes, en attendant d’entrer en danse, s’amusait à exciter de ses caresses enfantines, le couple amoureusement vautré sur le lit. La Mère Abbesse, secondée d’ailleurs par la dévote Cavalcanti, était infatigable à trousser, devant mes yeux émerveillés, les jupons de ses innocentes novices. De mon côté, j’étais infatigable à soulager ces chers amours à la peau blanche et rose.

Malheureusement des bruits coururent. Une enquête sévère amena la découverte du pot aux roses. Mère Brigitte fut envoyée en punition dans un couvent en Sicile, et moi, j’ai reçu de notre Saint Père, l’ordre de quitter Rome immédiatement pour me rendre à Toulouse, ma ville natale. C’est là que j’attends patiemment la fin de ma disgrâce. Tels sont, mes chères belles, les motifs qui m’ont procuré l’ineffable bonheur d’être ici au milieu de vous. Mais n’oubliez pas, Mesdames, que vous m’avez aussi promis votre amoureuse confession ? À vous, chère Marquise, de commencer ; je brûle de vous entendre :

Éveline. — Pour moi, mes amis, je n’ai rien d’intéressant à vous dire de moi, puisque c’est mon mari qui m’a légitimement dévirginisée, mais s’il vous plaît que je vous raconte l’envolée de pucelage à laquelle j’ai assisté la nuit dernière, je suis à vos ordres.

Urbino. — Nous buvons vos paroles, adorable Marquise.

Éveline. — Vous avez vu hier la sœur converse qui a accompagné au château Suzanne, Marcelle et toutes les amies de ma fille. Cette sainte fille voulait repartir immédiatement pour retourner auprès de la douairière.

Malheureusement pour sa vertu j’avais sur elle d’autres projets, et j’ai retenu la pauvrette malgré elle. Je lui donnai pour chambre celle de Justine, et vous comprendrez pourquoi lorsque vous saurez que, de mon lit, je vois absolument tout ce qui se passe chez ma camériste. J’avais eu soin de faire mettre dans la petite bibliothèque quelques livres de chevet très ennuyeux, et, au milieu de ces livres, l’édition illustrée du « Portier des Chartreux ». Tout étant préparé, je prévins le jeune Robert Dumoulin qu’il passerait la nuit dans ma chambre. Inutile de vous dire que mon jeune cavalier fut chez moi de bonne heure. Je le fis coucher à mon côté, mais je ne lui permis que quelques légères caresses en lui promettant des folies pour plus tard. Pendant que Robert me caressait le derrière, moi, je regardais faire sœur Thérèse assise sur un fauteuil auprès du lit. Après avoir successivement ouvert et refermé plusieurs ouvrages de piété, elle ouvrit enfin le manuel de libertinage que j’avais placé là pour elle : Sa figure s’épanouit, ses joues s’empourprèrent, ses yeux étincelèrent ; elle parcourait fiévreusement les pages cherchant les figures, se penchant pour mieux voir, revenant en arrière, souriant à certains tableaux, pressant fréquemment sa robe dans l’entre-cuisses comme nous faisons pour chasser un importun chatouillement. Tout à coup elle rapproche la table de nuit de son lit, ravive la lampe et pose sur le chevet ce livre silencieux. Elle se déshabille en toute hâte… Moi, je prends Robert par le col et je l’attire sur moi pour lui révéler le secret du perfide judas entr’ouvert. Robert ouvre de grands yeux surpris et contemple sœur Thérèse qui se dépouille de tous ses vêtements. La voilà nue, la chaste épouse de Jésus-Christ. Quel corps admirable ! Quels membres gracieux ! quelles courbes et quelles ondulations voluptueuses ! Robert m’a serré la main avec une force… Je l’ai touché : Il bandait, sœur Thérèse a fait pipi devant nous, sans se douter que nous voyions distinctement la jolie source d’où s’épanchait le filet ambré qui tombait en cascatelles bruissantes. Puis elle s’est glissée dans les draps, tenant d’une main le livre qui l’intéresse tant. Mais la lecture incendiaire a déjà porté ses fruits. À la rougeur de son visage, à ses soupirs pressés et vifs, au mouvement léger imprimé à la couverture par la main cachée sous les draps, j’ai compris que la nonne allait être prête à recevoir le galant que je lui préparais. J’ai alors rapidement donné à Robert les dernières instructions, et je l’ai conduit à la porte de communication : Cette porte était fermée au loquet seulement. J’ai heurté le loquet comme par mégarde. À ce bruit, sœur Thérèse, comme je m’y attendais, a brusquement éteint sa lampe. Alors, j’ai ouvert pour introduire mon jeune compagnon qui, obéissant à mes instructions très détaillées : « Justine ! Justine !… Eh ! quoi, déjà endormie ? » disait-il à demi-voix en se dirigeant vers le lit occupé par la religieuse. Fi la vilaine qui n’a pas eu le courage de veiller jusqu’à mon arrivée ? Tes désirs ne sont donc pas aussi vifs que les miens, pudique Nounou ? Tu ne languissais donc pas de me presser dans tes bras nus, ô ma belle amoureuse ? Et tout en disant ces mots il s’avançait vers le lit. Sœur Thérèse se voyant prise pour Justine ne sait quel parti prendre. Ses sens surexcités par les images lascives l’emportent sur la révolte de sa pudeur…

Déjà la main de Robert a fouillé sous les couvertures : « Justine, mon amour ; Justine, mon idole ! Ô que tu es douce et fine !… que j’aime à te presser, à te caresser ainsi toute nue !… Comme tes jolis tétons sont fermes et élastiques !… Moi, je veux te les sucer, comme dimanche !… Oh ! tu feins de dormir, petite friponne !… Attends, je vais te réveiller de la bonne façon, comme tu m’as dit que tu aimes d’être réveillée, coquine ! Ah, tu ris…

Sœur Thérèse, en effet, émoustillée par les caresses d’un homme, les premières qu’elle eût subies, séduite par ses amoureuses paroles, n’avait pu s’empêcher de rire… Ah ! tu ris !… eh ! bien, chérie ; si tu ne veux pas que j’allume la lampe pour admirer ta chaste nudité, prends-moi… la queue… comme tu fis dimanche… Laisse-moi guider ta menotte chérie, là ! Serre le gland, mon amour. Comme ta petite toison est douce au toucher ! Comme elle frise !… et toujours cette étroitesse de pucelle ? Vraiment, je ne sais pas comment tu peux loger ma queue dans ce joli petit bijou. Et, pourtant, que de fois, déjà, tu l’y logeas, mon ange !… Mettons l’y, chérie, veux-tu ?… Là… tu la sens, comme elle est raide ?… Écarte bien les cuisses…

Àces mots, la chaste religieuse qui se croit bien sûre du secret, ne craint plus ses ardeurs, et se livre, délirante, aux désirs de Robert. Elle pousse un cri aigu, c’est le cri de sa virginité expirante… Le lit craque et gémit sous les bonds amoureux du couple ardent. Des râles et des sanglots de voluptés précipitent les premières crises. Moi, j’allume un flambeau et, bravement, je pénètre auprès des amants…

Il vous eu fallu voir le redoublement d’ardeur de Robert, et la charmante confusion de sœur Thérèse. Ravie de la voir ainsi de près à l’état de nature, je la prends par la taille sous son vainqueur, et, mêlant mes baisers à ceux de Robert, je lui dis à l’oreille des choses si douces et si libertines, que sa confusion peu à peu se dissipe. D’une main audacieuse je parcours les lèvres crispées de son mignon bijou dans lequel s’agite, vigoureux et lascif, le membre de Robert. Je la pince, je la chatouille, elle se tord et jouit. Je redouble. Elle me supplie de l’épargner. Je ne lui obéis que lorsque l’acuité de la jouissance devient pour elle un intolérable supplice.

Alors, pour me calmer les nerfs, je prie Robert de me procurer une douce jouissance. Et le galant compagnon quitte Thérèse l’énamourée, pantelante et brisée de plaisir, pour faire l’amour avec moi.

Pendant l’acte, je provoque Thérèse, qui répond à mes attouchements d’une façon délicate et charmante. La divine nonne, à l’heure présente, est prête. Son éducation n’a duré qu’une nuit, mais il ne lui reste rien à apprendre, je vous le garantis.

Le récit d’Éveline fut applaudi comme il le méritait, et le Comte était vivement tenté de pousser une amoureuse botte à la délicieuse Marquise. Non, non ! dit Éveline ; à ce soir les affaires sérieuses ! Pour le moment, ma chère Gabrielle va tenir sa promesse et nous raconter sans façon comment la queue a poussé à son pucelage : je brûle d’écouter son récit.

Urbino. — Je doute qu’elle augmente la raideur dont souffre ma chasteté.

Gabrielle d’Haricourt. — Quelque délicate que soit l’épreuve que vous imposez à ma pudeur, j’essayerai de ne rien omettre dans le récit de mes premières sensations amoureuses, puisque c’est là ce qu’Éveline veut surtout savoir :

Quand le frère aîné du marquis d’Haricourt m’épousa j’étais bien jeune, et lui déjà usé par les excès. Voilà ce qui vous expliquera qu’après six mois de mariage j’étais aussi chaste, aussi pure, aussi vierge, qu’au sortir du ventre de ma mère. Mon mari n’était époux que de nom, puisqu’il n’avait pas même essayé de donner l’assaut à la citadelle de mon pucelage. — Bien que je fusse encore innocente au dernier degré, il me semblait… je pressentais que l’hymen c’était autre chose.

Une amie n’eut pas de peine à obtenir mes confidences : Ma chère tante Isabelle d’Astros, qui avait pour moi l’affection d’une sœur, me sollicita si affectueusement que je ne lui cachai rien. Elle s’indigna contre l’impardonnable conduite de mon triste époux. Ses doléances, hélas ! et puis ses explications très détaillées me firent enfin comprendre l’outrage fait à mes attraits, outrage d’autant plus sensible qu’Isabelle se plaisait à me faire des plaisirs de l’amour une peinture si vive que j’en étais parfois toute bouleversée.

Sur ces conseils, j’essayai d’une infinité de moyens pour réveiller la jeunesse de mon époux : Mais tout fut inutile.

Isabelle obtint sans peine de me garder chez elle pendant que mon mari allait prendre les eaux d’une petite ville d’Allemagne. Rien ne pouvait m’être plus agréable que la société de ma chère Isabelle et, de ma vie, je n’oublierai la tendresse qu’elle me témoigna à cette occasion. Gâtée, choyée, fêtée, j’étais la plus heureuse petite femme du monde, d’autant plus que beaucoup de jeunes amis de ma tante ne se gênaient guère pour me faire une cour déclarée. Tous ces jeunes gens me plaisaient infiniment, mais l’un d’eux fixa surtout mon attention par la modestie touchante de ses hommages. Isabelle, du reste, témoignait pour lui la plus grande estime. C’était le seul qu’elle admit dans notre intimité de tous les jours. Il entrait sans cérémonie, s’asseyait auprès de nous, causait agréablement de tout ce qui pouvait nous intéresser, écoutait avec ravissement les éloges que m’adressait ma tante, et s’animait avec elle contre le vieux barbon de mari incapable de faire le bonheur d’une pauvre petite femme si jeune, si jolie et déjà abandonnée. Encore ! disait Isabelle, si Gabrielle avait, par quelque motif, donné prise à la critique, la conduite de son mari aurait un prétexte ; mais, voyez-vous, mon cher Édouard, ma nièce, c’est la perfection même, au physique comme au moral. Regardez, mon ami, y a-t-il au monde une créature plus gracieuse, plus séduisante et mieux faite de la tête aux pieds que ma pauvre Gabrielle ? Et dire que cette angélique enfant, digne de la couche d’un roi, mourra vierge entre les bras glacés de ce vieillard !… Pauvre petite ! Et elle se jetait larmoyante dans mes bras… — « Pauvre chère amie ! » murmurait Édouard, en me serrant furtivement la main. Oh ! oui, reprenait Isabelle, oui, vous pouvez dire, « pauvre chère amie », mais que diriez-vous contre son époux si vous pouviez apprécier la beauté de Gabrielle… — Croyez, Madame, que cette beauté je l’admire autant et plus que vous, peut-être… — Mon cher Édouard, vous ne voyez d’elle que tout ce que le monde peut voir, mais un mari a le droit de soulever tous les voiles, et moi, qui ai pu la voir au bain… — De grâce, ma tante, taisez-vous ! m’écriai-je, au comble de la confusion. — Oui, mignonne, je me tais ; mais il n’en est pas moins vrai que je n’ai jamais vu un corps de femme aussi séduisant que le tien. Ah ! que n’as-tu pris, ma chère, un petit mari joli et solide, comme… tiens, comme Édouard, par exemple ?… — Oh ! ma tante !… — Oui, oui, je sais !… tes parents, ton devoir… le diable et son train de mauvaises raisons…

Un jour que nous étions tous les trois dans la grande serre, Édouard à mes pieds sur un pouff très bas, Isabelle et moi sur un large divan, nous causions. Comme de coutume, ma tante invectivait la honteuse impuissance de mon mari, et vantait à Édouard la perfection de mon corps. Par mégarde, j’avais posé la pointe de ma bottine sur le pouff qui servait de siège à Édouard. Par mégarde aussi, le jeune homme s’arrangea de telle façon que sa main disparut sous mes jupes… Comprenant à mon geste que j’allais me dérober à cette attaque effrontée : « Laisse-le faire, je te l’ordonne ! » me dit à l’oreille ma chère tante, tandis que rouge comme une pivoine je sentais la main d’Édouard me presser la cheville, de là monter au mollet, s’y arrêter deux secondes et reprendre sa route ascensionnelle… « N’est-ce pas, ma chérie, qu’Édouard est gentil tout plein ? » me dit Isabelle. Le regard du jeune homme croisa mon regard… Ce fut une prise de possession : Nos yeux lançaient des flammes… et l’impudique main montait toujours. Sont-ils aimables tous deux ! s’écria Isabelle en se levant : « Je vous laisse seuls, mes chérubins, aimez-vous tendrement »… et sur ce mot elle partit.

Édouard, ses yeux dans les miens me serre, me tâte plus avant, me fouille, et, se redressant brusquement dans l’envolée de mes jupons aux larges dentelles, essaye de me coucher sur le divan… Je lutte pour la forme avec le désir ardent de me donner… Il me pousse et je tombe à la renverse… Il me trousse la robe et la chemise et glisse sa main entre mes cuisses crispées. « Cessez ! criais-je, ou bien je vais appeler ». Mais le garnement qui avait sans doute concerté cette traîtrise avec ma tante, présente tout à coup sa pique à mes yeux, et la dirige habilement contre ma virginité. Cette pique redoutable je l’engloutis dans un céleste chatouillement. À peine a-t-elle pénétré dans ma fente de pucelle que je me sens tout arrosée d’un liquide bouillant jusqu’au fond de mon être : Ô déesse de l’amour, quelle voluptueuse décharge, que celle qui, de fille, fit de moi une femme. Au lieu de se retirer affaissé, le bel adolescent recommença à jouer des reins. Deux fois de suite je me sentis couler pendant cet amoureux assaut. Un troisième le suivit. En un mot, chère Éveline, Édouard ne cessait de s’agiter dans mes bras que pour décharger plus copieusement.

Alors un chatouillement intolérable s’empara de moi. Oubliant toute pudeur, j’éprouvai une folle envie de répondre à mon tour aux amoureuses secousses de mon cavalier… À cause du peu d’élévation du divan, mes pieds touchaient à terre : Je les appuie sur le sol avec force, et me soulevant du ventre et des reins, je vais au devant de mon fougueux adversaire.

Édouard me donne un baiser bouche à bouche et, des deux mains, s’empare de tout mon derrière. Au même instant mes yeux se voilent, je perds connaissance et je me sens fondre dans un chatouillement endiablé. Édouard s’aperçoit de mon spasme érotique : Il pousse, il presse, s’agite et me frappe d’un jet de lave brûlante. Nous mourons aux bras l’un de l’autre, sa langue enlacée à la mienne… C’est dans cette posture que nous surprit la chère tante à son retour : Je la soupçonne aujourd’hui d’avoir assisté, cachée, à toute la scène, car elle rentra au bon moment, en chantonnant un refrain des plus égrillards. Heureuse et reconnaissante, au fond, mais pourtant un peu confuse, je me débarrasse de mon amoureux fardeau, et me relevant pour faire retomber mes jupes d’une façon décente, j’embrasse cette chère Isabelle, et me voilà contrainte par elle de lui dire combien je viens d’être heureuse sous les baisers de feu de mon amant. Elle veut des détails. Mais Édouard se fâche tout rouge et lui reproche de lui voler sa jouissance : petit coquin ! lui dit Isabelle, qui donc vous empêche ?… Faites à votre fantaisie, mon ami… Grâce à vous, Édouard, voilà ma chère Gabrielle dépucelée et prête à se livrer à tous les caprices de votre amoureuse ardeur. Moi, je vais tranquillement m’asseoir sur ce moelleux fauteuil : Amusez-vous ensemble. À ces mots, Édouard vient à moi et me supplie d’agréer son amoureux hommage. Il m’allonge de force sur le divan et me disposant à sa guise, il sort du pantalon son membre raidi. Il prend ma main et veut me faire saisir ce gros joujou, mais j’en ai peur. Je vous en supplie, me dit-il, chère Gabrielle, empoignez-moi la queue !… Isabelle me force à lui obéir, et je sens avec bonheur le joujou vivant se démener entre mes doigts : Il grimpe entre mes cuisses en me découvrant toute nue jusqu’au nombril. Il laisse tomber ses pantalons et se couche sur moi : Son ventre presse le mien : son membre rigide heurte d’abord la porte de ma virginité ravie, puis pénètre avec la plus grande facilité. Il se met à s’agiter avec ardeur, moi, je réponds à ses élans amoureux : « Bravo » crie ma tante en riant. Il soulève tour à tour mes cuisses et mes fesses crispées, mes reins s’agitent avec souplesse… Édouard, le premier, sent arriver pour lui les aiguillons de la jouissance, et m’en avertit… Alors, de toutes ses forces, avec une agilité prodigieuse, il active la venue du sperme bouillonnant. De mon côté, je sens au fond de mon être s’ouvrir la fontaine de l’amour… Ah ! ah !… ne puis-je m’empêcher de murmurer, que me faites-vous, mon ami ?… je meurs… vite !… plus vite ! enfoncez ! mon trésor, mon amour !… Ô doux présent de la rosée de Vénus !… Mon corps la distille à mon corps ! Et je coule !… oh ! que ça coule, Édouard !…

Vite ! vite !… dépêchez, s’écrie Isabelle… quelqu’un vient vers nous.

Je me dérobe à mon amant. Le pauvre Édouard n’avait pas encore fini de faire ; au moment où il sort, je sens couler sur ma cuisse quelques gouttes brûlantes et délicieuses…

Ce n’est rien ! je me suis trompée, reprend alors Isabelle qui a voulu nous donner, par cette piquante interruption, une jouissance plus vive à la reprise des tendres hostilités.

Plus rapide que la parole, Édouard saute sur moi, il dirige son dard et veut engager une nouvelle lutte. Déjà, lascive, je me dérobe : Retirez-vous ! lui dis-je ; vous me fendriez ! Laissez-moi tranquille ou bien j’appelle ma tante !… Isabelle qui nous regardait faire, part d’un éclat de rire. Édouard multiplie ses secousses et surexcite mes ardeurs. Bientôt il distille la rosée d’amour dans mes entrailles frémissantes. Je me sens à mon tour imprégnée de ma propre liqueur sexuelle… Mon être amoureux distille l’ivresse à mes sens. À peine Édouard a-t-il fini de décharger que je décharge à mon tour, folle de volupté et d’impudeur, sous les yeux d’Isabelle.

Et voilà, mes amis, comment j’ai perdu ma virginité. Trop heureuse si ce simple récit de l’événement mignon a pu vous intéresser, après l’enivrant récit du comte de Mirafiore et l’aventure capiteuse de sœur Thérèse, victime de la lubricité de notre gente châtelaine. — Les applaudissements et les félicitations les plus vives, accueillirent les derniers mots de Gabrielle d’Haricourt.

Àson tour Nathalie fut sollicitée de narrer à la joyeuse compagnie un de ses plus tendres souvenirs. Nathalie obtint un vif succès en racontant de quelle façon elle avait surpris un jour, dans son enfance, une joyeuse paysanne en train de téter et de traire un gars vigoureux, qui prenait à cet amusement un vif plaisir. Ni le garçon ni sa bonne amie ne l’ayant aperçue, Nathalie avait eu la malice de se cacher derrière une porte, et là, avait suivi, d’un œil curieux, toutes les phases de l’amoureuse opération : À son tour, la prudente paysanne livra ses appas aux baisers et aux suçons de son ami. La gentille Comtesse, ayant commis l’imprudence d’avouer qu’à ce spectacle incendiaire elle avait été forcée de se branler, Éveline et Gabrielle, sur le désir exprimé par Urbino, obligèrent leur amie à faire voir au Comte comment se branle une femme. La petite Comtesse obéit en rougissant. Mais elle était, pendant l’action, si jolie, que de Mirafiore ne put supporter longtemps l’énervement que lui donna ce spectacle érotique, et enfila en toute hâte la brûlante veuve. En même temps il attirait à lui les deux gentilles spectatrices et changeant leurs rôles, demandait à sucer les beaux tétons de Gabrielle, et glissait sans façon la main libertine entre les cuisses de la Marquise qui le laissa faire, s’écartant même pour lui donner plus de prise et de facilité. Ce nouveau divertissement fut pour le chaud galant encore plus voluptueux que celui qui l’avait précédé.

L’heure du déjeuner mit fin à ces ébats, en appelant autour de la grande table tous les hôtes du château, prêts à puiser dans les coupes rutilantes et dans les mets épicés, la force et l’ardeur nécessaires pour faire honneur à la Cérémonie d’inauguration.

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