‹ Les Carbonari de l’amourChapitre 4 sur 24 · I. La Nounou · 04

I. La Nounou · 04

Les mois, les années s’écoulèrent pour Justine dans un ravissement perpétuel : adorée du Marquis, confiante intime de la Marquise, il ne manquait à son bonheur, pour qu’il fût absolu, que de rendre sa chaste et belle maîtresse amoureuse d’elle comme l’avait été Clarisse, et elle sentait que cela arriverait un jour. Dans l’intimité où la plaçaient ses délicates fonctions, elle avait pu admirer bien des fois les trésors de beauté que recélaient les jupes et le corsage de la Marquise ; soit qu’elle changeât de linge, soit qu’elle se livrât aux plaisirs du bain, Éveline ne se gênait nullement avec son aimable soubrette, qui dévorait chaque fois des yeux ce corps jeune et frais qu’elle aurait voulu couvrir de caresses et de baisers. Éveline, de son côté, n’avait pu s’empêcher d’admirer les splendides richesses du corsage de Justine, et, afin de lui voir tout le corps, exigea un jour que la fille de chambre prît son bain devant elle. Ne voyant dans ce désir qu’une curiosité enfantine, Justine se dévêtit pudiquement sous le regard chargé de convoitise qui dévorait tout son être magnifique. La Marquise, ravie, ne put s’empêcher de promener sa main sur les reins satinés de la jeune fille rougissante, mais aussitôt, confuse de son audace, elle s’enfuit, laissant Justine se baigner seule. N’y avait-il pas dans ces gentils préludes de quoi donner bon espoir aux amoureuses velléités de Justine ?

La prudente fille ne voulait toutefois s’avancer que sûre du succès, et voyant sa belle maîtresse effarouchée à la moindre parole un peu libre, échappée comme en plaisantant, Justine se tenait sur la réserve, attendant du hasard l’occasion propice à ses coupables desseins, et prenant patience tantôt dans les bras du Marquis, tantôt en s’amusant avec la gouvernante anglaise, qu’elle n’avait pas eu de peine à séduire, attendu que Miss Kate, en sa qualité de membre du club des fouetteuses de Norfolk-City, fut la première à proposer à Justine le divertissement du fouet, amusement inconnu à la jeune Nounou, mais qui lui plut extrêmement. Comme Miss Kate était fort jolie, Justine se délecta à la dévêtir à moitié, puis à trousser le reste de ses vêtements intimes qu’elle aimait à tirer par la fente du pantalon, pour avoir le droit de promener à loisir les attouchements de ses mains lascives, partout où les attirait un voluptueux caprice. Aussi, après avoir fouetté Miss Kate qui lui reprochait de la ménager et lui offrait, largement étalé, le plus beau derrière du monde, la jolie soubrette s’élance furibonde entre les ravissants hémisphères, et collant ardemment ses lèvres au bijou ruisselant de la jeune anglaise, se mit à la lécher avec passion. Miss Kate accepta avec ravissement ce voluptueux hommage rendu à ses charmes et endura l’outrage jusqu’à son dénouement naturel. Elle fut si délicieusement émue de se sentir sucer les moelles, qu’elle voulut à son tour faire minette à Justine. Puis, en vraies gamines, elles s’amusèrent à se souffler dans le derrière, à l’ouvrir de force, à y introduire leurs doigts mignons, ce qui les faisait sursauter et rire.

Miss Kate fit à Justine la confidence des jolies choses qui se passaient à son club de Norfolk-City et ses descriptions, prises sur le vif, car elle ne racontait que des scènes auxquelles elle avait assisté, enflammèrent à nouveau les sens de la Nounou. Nos deux tribades se branlèrent de compagnie : la première qui déchargerait devait faire de l’autre à sa fantaisie. Miss Kate arriva première au bonheur : elle fit mettre Justine toute nue, à genoux sur un sopha, la tête très basse et le cul relevé… Comme le bijou de Justine, ombragé par une épaisse toison de boucles frisées, semblait se dérober aux regards, Miss Kate lui fit élargir les cuisses, jusqu’à ce que l’entrebâillement des lèvres roses livrât à sa concupiscence le centre mignon des délices… La voluptueuse anglaise se mit alors à claquer légèrement, avec la main, la double mappemonde offerte à ses ardeurs de pucelle. Puis, s’excitant au jeu, elle claqua avec prudence l’intérieur des cuisses ouvertes… Justine sentait les claques aiguillonnantes s’approcher insensiblement du bijou entr’ouvert… Un voluptueux délire s’empara d’elle : — « Plus fort ! mignonne, plus fort !… »

Àces mots, Miss Kate saisit le martinet qu’elle avait placé auprès d’elle, et une grêle de coups délicieux éparpillés sur les cuisses, sur les fesses, sur le petit chat rose et sur la toison bouclée, plongèrent Justine dans une ivresse si vive qu’elle se mit à pousser des cris entremêlés de râles de jouissance. L’experte gouvernante avait les yeux fixés sur la fente rose dont le boutonnet surexcité sortait presque en entier comme pour mieux s’exposer aux lanières lascives… Au premier jet laiteux qui échappa à la soubrette, Miss Kate rejeta le martinet, et, à son tour, emprisonna dans sa bouche ardente tout le conin de son amie dont elle pompa avec délices jusqu’à la dernière goutte de volupté : Justine, brisée de jouissance, fut obligée de demander grâce à la petite enragée.

Tels furent les préludes des coupables plaisirs qui firent de la gouvernante anglaise et de Nounou deux gougnottes accomplies, et les attachèrent l’une à l’autre par les liens les plus lubriques. Désormais, Justine pouvait attendre avec patience l’heureux moment d’initier son aristocratique maîtresse aux ravissants mystères de Lesbos. Le Marquis d’un côté, Miss Kate de l’autre, semblaient s’être ligués pour éteindre chez l’ardente Nounou les feux de la chair.

Pendant que ces jolies scènes se répétaient à l’infini avec les variantes usitées et que la Marquise, impatientée de voir chaque mois ses règles revenir avec une ponctualité désespérante, exigeait de son époux des efforts plus énergiques, la petite Joséphine se faisait peu à peu grande fille. Le premier bal que l’on donna en son honneur fit sensation dans tout le pays, et l’on parla longtemps des gentilshommes distingués, des dames aux noms éclatants, et de leurs splendides toilettes qui, de Toulouse et de Bordeaux, étaient venus célébrer, à la Vigeraie, les quatorze ans de Mademoiselle Joséphine. Celle-ci dansa toute la nuit avec un entrain endiablé. La vieille Douairière, qui avait quitté, non sans regret, sa ferme seigneuriale de la Cerisaie pour assister au triomphe de sa mignonne petite nièce, fut enthousiasmée de la beauté de la fête et de la distinction charmante avec laquelle Joséphine accueillit les hommages qu’on ne cessa de lui adresser de tous côtés. La belle Olympe regretta vivement l’absence forcée de son fils Louis qui, sous la direction des Pères Jésuites, préparait au Collège de Toulouse ses examens du baccalauréat, en compagnie de son cousin Paul de Civray. Joséphine lui exprima gentiment le regret qu’elle éprouvait de ne pas avoir Louis et Paul, ses aimables cousins, auprès d’elle : Comme cavaliers de son âge, elle n’eut guère que le jeune Robert Dumoulin et son ami Étienne Devaire dont la sœur Berthe, avec son amie Suzanne, avaient été aussi amenées par la comtesse Olympe au bal du château. Étienne et Robert étaient deux charmants orphelins que la Marquise, aussi charitable qu’elle était belle, avait adoptés comme ses pupilles, et qu’elle allait faire entrer, dans quelques jours, au Petit Séminaire de Toulouse, de même qu’elle avait obtenu l’admission de Berthe et de Suzanne avec leur petite amie Anna Dumoulin, sœur de Robert, au couvent de l’Assomption. La petite Anna n’avait pu assister au bal, retenue au lit qu’elle était par un gros rhume. Tous les enfants s’amusèrent follement au bal et se délectèrent aux friandises ainsi qu’aux rafraîchissements délicieux qui garnissaient le buffet. À ce buffet étaient préposées Miss Kate, Nounou et la jolie Valentine Dumoulin, mariée récemment au jardinier de la Cerisaie. Comme vous pouvez aisément le deviner, chère lectrice, le Marquis profita du désordre général pour obtenir de Nounou un ou deux savoureux entretiens particuliers, à la suite desquels Justine revenait au buffet les yeux cernés et les oreilles rouges, ce qui lui attira certaines plaisanteries un peu mordantes de la part de Miss Kate, qui était d’une jalousie excessive. Nounou l’apaisa en s’éclipsant quelques instants avec elle… Miss Kate rentra très chiffonnée, très rouge aussi, ce qui lui valut à son tour les épigrammes caustiques de Valentine qui, ne pouvant soupçonner la nature des relations de Miss Kate avec Justine, supposait qu’elles venaient toutes deux d’avoir un tête à tête avec deux des invités du Marquis. Justine et Miss Kate s’en défendirent en riant, ce qui confirma Valentine dans sa supposition première. La belle Éveline, heureuse de la joie de sa fille, écoutait d’un air distrait les compliments et les demi-aveux de ses nobles invités. Parmi les plus empressés, il était facile de remarquer le marquis Olivier d’Haricourt, le comte Léonce d’Ermenonville et le vicomte Alfred de Lortara : Tous les trois étaient amoureux fous d’Éveline, mais n’avaient pas encore osé déclarer à la jeune maman leurs folles espérances. Justine suivait avec curiosité les allées et venues des trois rivaux auprès de sa belle maîtresse, et se fit un malin plaisir d’en plaisanter le vicomte de Lortara au moment où celui-ci, prenant sur le plateau un verre de punch, complimentait Justine sur les roses de son teint. Le vicomte sourit en dévisageant l’effrontée Nounou, et retourna papillonner autour de son idole. Seulement, il remarqua que Justine ne le perdait pas de vue : — « Tiens, tiens, se dit le bel Alfred, la soubrette serait-elle amoureuse de moi, et jalouse de sa maîtresse ?… c’est qu’elle est ravissante, cette petite !… » Le résultat de ces réflexions fut que le Vicomte revint au buffet à maintes reprises pour faire les yeux doux à Justine.

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