I. La Nounou · 05
Huit jours après ce bal mémorable, la petite Joséphine entrait comme pensionnaire au Pensionnat des Dames de l’Assomption. Mère Dorothée, la supérieure qui avait élevé Éveline, n’existait plus, et avait été remplacée par la mère Christine. C’est à celle-ci que fut confiée la gentille petite châtelaine de la Vigeraie, qui ne vit pas, sans un gros serrement de cœur, la porte massive du couvent se refermer sur elle, et si son amie Suzanne n’avait été là pour la consoler, la caresser et sécher ses larmes, la pauvre Joséphine aurait fait des folies. Berthe vint en aide à sa sœur pour calmer ce gros désespoir. Puis sœur Thérèse, la surveillante générale, présenta la nouvelle venue à ses nouvelles compagnes, qui toutes firent à Joséphine l’accueil le plus amical. La grande et toute belle Marcelle de Lauterac déclara qu’elle voulait être la petite maman de la mignonne châtelaine, désir bien naturel et auquel sœur Thérèse donna son adhésion en souriant. La délicate beauté de Joséphine avait tourné la tête à Marcelle. Aussi, à partir de ce jour, entoura-t-elle sa petite amie de soins et de prévenances infinies, lui témoignant, en toute occasion, une tendresse sans bornes. Cette affection plus que maternelle de Mademoiselle de Lauterac surprit Joséphine, qu’on n’avait pas habituée au château, à de pareils épanchements ; mais bientôt elle éprouva une telle douceur à se laisser ainsi pouponner, gâter, dorloter et caresser, que son cœur, débordant de reconnaissance, voua à Marcelle une éternelle amitié.
Ce n’est pas ton amitié, ma chérie, c’est ton amour que je veux ! disait Marcelle à Joséphine, un jour qu’en tête à tête elles se promenaient en se tenant par la taille dans une allée écartée du grand jardin. Je ne sais quelle différence tu trouves entre les mots, répondit Fifine, mais pour moi c’est tout comme : Après papa et maman c’est toi que j’aime le plus au monde. — Que tu me rends heureuse, ma bien-aimée, c’est donc d’amour que tu aimes ta Marcelle ?… — Et d’un amour profond, je te l’assure !… — Pas plus profond, mon amie, que je l’éprouve pour toi. — Jurons donc de nous aimer toujours, veux-tu, Joséphine ? — Je le veux, chère Marcelle. — « Oh ! mon amour, je te jure que je me donne à toi pour la vie corps et âme ! » — « Je fais le même serment, mon amie ». — « Cela ne suffit pas, répète mes paroles ». — Je te jure, Marcelle, que je me donne à toi pour la vie !… — Ajoute : corps et âme ! — Âme, oui ! mais que ferais-tu de mon corps, chère aimée ?… — De ton corps, mon amour ? ce que j’en ferais, de ce bijou de grâce et de beauté ?… Oh ! tu ne m’aimes donc pas, Fifine adorée, puisque tu ne veux pas te donner à moi comme je me suis donnée à toi, corps et âme ! — Mais, chère petite maman, moi, je ne te l’ai pas refusé ; seulement, je croyais que c’était inutile d’en parler dans le serment ? — Moi je le veux ! je le veux ce corps adorable ! j’en veux être la maîtresse, entends-tu ? La maîtresse ! — Eh ! bien, je te le donne, comme je t’ai donné mon âme, pour la vie. — Ineffable bonheur ! Oh ! viens… viens, mon amour, mon ange, mon idole !
Et comme un loup ravisseur entraîne un faible agneau, Marcelle entraîna, frémissante, sa jeune amie dans le fouillis épais d’un bosquet de lilas. Là, cédant aux sollicitations brûlantes de Mademoiselle de Lauterac, Joséphine consentit à livrer aux regards de son amie les charmes les plus secrets de son jeune corps. Maîtresse de ce trésor virginal, l’ardente Marcelle, après en avoir dévoré les contours satinés, porta ses baisers de feu vers le siège de la Pudeur. Fifine sursauta, mais se laissa faire… N’avait-elle pas juré ? Sous le coup des sensations nouvelles qui firent bondir son être enfantin, ses beaux yeux bleus se fermèrent et elle crut mourir, tant l’initiation fut délicieuse. Lorsque ce fut fait et que Marcelle laissa retomber les jupes de sa victime, celle-ci n’hésita pas à lui faire l’aveu naïf du bonheur inouï qu’elle avait éprouvé… — Jamais une amie ne t’avait donc rendue aussi heureuse, chère Fifine ? — Oh ! tu es bien la première, je te le jure, Marcelle, la première qui m’ait appris ce que c’est que le bonheur ! — Bien vrai, mignonne ? Jamais une fille ne t’a fait ce que je viens de te faire ? — Y songes-tu, Marcelle ! Qui donc aurait eu cette audace ? — Je l’ai bien eue, moi ! — Oh ! toi, c’est bien différent, je t’appartiens ; mais quelle étrange chose que ce que tu m’as fait ? — As-tu bien joui, mon ange ? — J’étais dans un ravissement céleste. — N’est-ce pas meilleur que de se branler ?… — Moi je ne sais pas, petite maman… j’ignore comment on se branle.
Àl’aveu de Joséphine qui rougissait devant sa savante amie de ne s’être jamais branlée, Marcelle lui enseigna la chose et, après l’avoir mise en train, la contraignit, séance tenante, à s’achever elle-même. Enhardie par les premières caresses, enflammée par les attouchements de son amie, Joséphine ne fit aucune difficulté pour obéir à sa petite maman qui la regardait faire, et d’un doigt léger comme la plume, elle se procura une douce crise qui la transporta de plaisir.
Au moment du bonheur, Marcelle ravie découvrit à nouveau toute la nudité gracile de la petite et fourrant la tête entre ses jambes effilées, se mit à dévorer de baisers fous sa duvette à peine naissante. De là, ses lèvres désireuses se glissèrent pour la seconde fois sur la fente rose de l’enfantin bijou auquel sa langue lascive arracha brusquement une nouvelle jouissance. — La petite n’aurait pas mieux demandé de continuer ce joli jeu ; mais la prudente Marcelle déclara qu’il fallait rentrer au plus vite pour empêcher qu’on ne remarquât leur absence, et que l’on ne conçût des soupçons à l’égard des deux amies. — Du reste, ajouta Mademoiselle de Lauterac, je veux bien t’amuser, ma toute belle chérie, mais non pas te fatiguer. — Joséphine, ayant exprimé la crainte que ce qu’elles venaient de faire ensemble ne fût coupable :
— « Allons donc, mignonne, y songes-tu ? Toutes les pensionnaires font cela le plus naturellement du monde, Nous y attachons si peu d’importance que nous ne nous gênons pas les unes des autres. Un jour, j’ai bien involontairement surpris ton amie Suzanne en train de s’amuser avec la petite Anna ; elles se sont mises à rire et ont terminé l’affaire en ma présence. — Anna, avec Suzanne ? — Oui, belle Fifine. Anna est la petite amie de Suzanne comme toi tu es la mienne, et pas plus tard que demain, je veux te rendre spectatrice de leurs jeux amoureux ; cela t’instruira, mignonne. — Mais, chère Marcelle, tu me confonds !… et elles y consentiront ? — Avec bonheur ; tu verras, chérie, comme c’est bon de s’amuser en présence les unes des autres. Ce soir, avec Suzanne, nous arrangerons la partie. — Oh ! tu lui diras ce que nous avons fait toutes deux ? — Oui, car je n’ai rien de caché pour elle ; et crois bien qu’elle ne regrettera qu’une chose, savoir de n’avoir pas assisté à nos jeux : Aussi languira-t-elle d’être à demain !
Et la petite Joséphine, déjà corrompue, accepta avec joie la perspective d’être, le lendemain, témoin des plaisirs d’Anna et de Suzanne. À la pensée que peut-être on l’obligerait aussi à prendre part à l’orgie enfantine, elle eut un petit frisson très agréable dans la nuque, et se promit bien d’obéir à ce que la belle Marcelle lui ordonnerait, puisque il était bien vrai qu’elle s’était donnée à Marcelle corps et âme.
Le jour suivant, Suzanne et Marcelle, qui s’étaient données le mot, se rencontrèrent comme par hasard, chacune accompagnée de sa petite amie, dans l’allée retirée qui avait été témoin de l’impudique attaque de Marcelle. Sans se gêner, devant Joséphine, Suzanne raconta à sa belle amie le rêve qu’elle avait eu la nuit précédente : — « Imaginez-vous que j’étais dans une verte clairière, au milieu de jolies petites filles toutes nues qui se livraient par couples, autour de moi, aux ébats les plus amoureux. Aussitôt qu’un couple avait joui, il venait me caresser pour me faire aussi jouir. Comme j’étais nue aussi, toutes ces petites folles se livraient sur mon corps à tous les caprices les plus étranges et les plus irritants… Le seul souvenir de ce rêve me met dans un état dont je rougirais si je n’étais pas avec mes bonnes amies… Marcelle lui ayant demandé si elle bandait ferme : « — Comme une petite cochonne ! » dit Suzanne en rougissant. Marcelle ne voulut pas s’en tenir à l’affirmation de Suzette, et s’en assura par elle-même. Cet examen, très original, s’accomplit très minutieusement sous les yeux brillants des deux petites qui purent, ainsi, admirer à l’aise la noire toison aux longues boucles frisottantes de Mademoiselle Suzanne Devaire… « — Pauvre chérie ! » dit, avec une affectueuse compassion, la jolie Marcelle ; elle est vraiment ; elle est vraiment d’une raideur inquiétante ! Et, sur son ordre, Anna et Joséphine s’assurèrent du bout des doigts que le bouton de Suzette était très rigide au toucher.
Pour se livrer à cet examen, les quatre jeunes filles s’étaient enfoncées dans le bosquet de lilas où nul regard indiscret ne pouvait venir les surprendre et troubler leurs confidences. Suzanne, les jupes relevées jusqu’au ventre, supplia la jeune Anna de calmer son irritation et ses souffrances. La petite Dumoulin se jeta au cou de son amie, lui fit mille baisers, préludes des plus tendres caresses, puis, se baissant tout à coup, elle saisit dans sa bouche de gamine le clitoris enflammé de sa grande amie qu’elle ne lâcha qu’après en avoir exprimé la divine essence. Ce fut vite fait et Suzanne, pleine de volupté, mais débarrassée de l’exubérance de sève qui la tourmentait, baisa longuement, bouche à bouche, la petite Anna, pendant que Marcelle la complimentait du plaisir qu’elle venait de prendre librement. — Eh ! bien, à vous, maintenant, chère Marcelle, de recevoir les amoureuses caresses de votre divine petite amie. Relevez en toute hâte ces blancs jupons, car nous languissons d’admirer votre jolie duvette et votre ravissant conin. Parions que vous bandez, vous aussi, coquine !… là !… que disais-je ?… Le petit museau rose se dresse de désirs… regardez-moi cela, petites !… Allons, charmante Joséphine, empoignez-moi cette moniche, et donnez-lui ce qu’elle attend avec impatience : si vous n’étiez pas là, c’est moi qui me chargerais de la faire jouir. Voyez comme elle vous regarde avec amour !
Et Joséphine, après quelques vifs baisers pris ou volés par Marcelle, se mit en posture, et commença à travailler sa grande amie sans éprouver la moindre honte. Elle éprouvait, au contraire, une joie intime à sentir que les regards des deux spectatrices jeunes et jolies, suivaient avec intérêt son voluptueux travail : Marcelle, sous les aiguillons de ce libertinage partagé, déchargea trop rapidement au gré de ses lascifs désirs. — Tout à l’heure, nous y reviendrons, ma toute belle, lui dit Suzanne en la baisant sur les lèvres et lui dardant une langue des plus amoureuses pendant qu’Anna et Joséphine, cédant à une attraction invincible, s’embrassaient avec une sorte de fureur. Les deux grandes se firent alors les plus intimes confidences sur leurs secrets les plus cachés. À entendre Suzanne, il n’y avait rien au monde d’aussi ravissant que le conin de la petite Anna Dumoulin… — Et celui de Joséphine ! reprenait Marcelle ; si vous voyiez, ma chère, comme il est charmant sous les boucles blondines qui l’ombragent, si peu fendu que mon petit doigt le pénètre avec difficulté… — C’est une coquille de nacre qu’Anna porte, incrustée, entre deux cuisses d’albâtre, disait Suzanne. — Vous prendriez celui de Joséphine pour un bouton de rose à peine ouvert, ou pour s’insinuer, il faut une langue pointue comme une aiguille, lui répliquait Marcelle en riant : je veux, du reste que vous en soyez juge !…
Et la pauvre Joséphine fut obligée de tenir ses jupes relevées et de se découvrir jusqu’à la ceinture devant les trois curieuses qui l’examinèrent longuement, en proie à une admiration lubrique qu’elles ne cherchaient point à déguiser. Anna, à son tour dut retrousser ses jupons et étaler son petit bijou d’enfant. Les deux grandes examinèrent, touchèrent, comparèrent, caressèrent tant et si bien que les deux enfants, exaspérées de désirs, leur déchargèrent copieusement dans les doigts ; — « Oh ! les polissonnes ! », dit Marcelle. — Il faut punir un pareil sans gêne, ajouta Suzanne en riant.
— Et pour les punir comme elles le méritent répliqua Marcelle, nous les condamnons à s’asseoir devant nous, là sur l’herbe, les jupes bien relevées de façon à ne rien nous cacher, les jambes aussi écartées que possible, et à se branler, chacune de son côté, aussi vigoureusement qu’elles pourront le faire. Joséphine aurait peut-être fait quelque difficulté à se livrer à la masturbation devant les deux grandes élèves, mais la petite Anna s’installant sans façon, se mit tout de suite à l’œuvre, et à deux pas d’elle, indiqua à Joséphine la place la plus propice. En un clin d’œil, la petite châtelaine, entraînée par l’exemple et désireuse aussi de prendre sa part de jouissances communes, offrit à Suzanne et à Marcelle le plus joli coup d’œil qu’on puisse rêver. Les regards enflammés, la gorge serrée, les seins palpitants, les deux petites mamans suivaient d’un œil luisant tous les mouvements polissons des petites mains chatouilleuses. Lorsque les dociles victimes de leur lubricité succombèrent à la volupté et tombèrent à la renverse, pâmées, n’ayant pas même la force de rabattre leurs jupes sur l’étalage impudique de leur honte, Marcelle bondit comme une lionne sur la ravissante Joséphine, et haut troussée, colla son ventre nu sur le ventre blanc de sa petite amie qui, dans son voluptueux délire, trouva encore la force de branler sa « maman ». Suzanne, entraînée, se jeta aussi sur la délicieuse Anna et sollicita d’elle le doux service. Les deux couples amoureux se tordaient et se roulaient sur l’herbe dans les postures les plus propres à irriter les sens les moins inflammables. Ce fut une véritable et folle orgie virginale dont les ardentes actrices ne songèrent à se désunir que lorsque la cloche appela les élèves à l’office de Marie.
Il ne faudrait pas supposer, ma chère lectrice, que ces jeunes filles, en se livrant aux ardeurs de leur tempérament, risquaient de pervertir le couvent. Chez les Dames de l’Assomption, il était de règle, comme dans la plupart des couvents, du reste, que chaque nouvelle venue avait une petite maman choisie parmi les grandes, et il était aussi de règle, chez les petites mamans, vous venez de le voir, de réveiller, à la première occasion, la sexualité des petites encore innocentes : C’était là, pour les grandes, une délicieuse initiation qui facilitait singulièrement la satisfaction de leurs désirs amoureux, mais qui poussait totalement au libertinage le plus effréné. Suzanne avec Anna, Marcelle avec Joséphine, ne faisaient donc qu’imiter ce qui se faisait dans tout le couvent, presque avec l’assentiment des sœurs surveillantes qui fermaient les yeux sur ces petits accrocs à la morale, ou bien profitaient du secret surpris pour faire coucher avec elles une grande élève dont elles avaient envie. Pour être sœur surveillante, on n’en est pas moins fendue entre les cuisses, et vous savez, Madame, combien sont impérieuses les exigences de cette petite fente rose aux lèvres appétissantes.
Mais si les amusements des jeunes élèves pourraient passer pour des enfantillages sans conséquence, il n’en était pas de même des longs tête à tête qui réunissaient dans un même lit surveillantes et grandes pensionnaires. Plus savantes, plus expérimentées, les nonnains qui, pour la plupart, avaient subi les approches de l’homme, avaient à combattre les plus rudes assauts de la chair révoltée contre les rigueurs du célibat. Aussi lorsqu’elles réussissaient à s’emparer nue à nue d’une de ces grandes et belles demoiselles qui faisaient l’orgueil du pensionnat, nos béguines endiablées entraient dans des rages amoureuses indescriptibles.
Elles ne lâchaient leur victime que les moelles vidées, les sens exaspérés et l’imagination en feu de toutes les lubricités subies et des aveux insensés qui échappaient aux religieuses au divin moment du bonheur suprême. C’est ainsi que les grandes élèves savaient parfaitement bien que leurs frères ou leurs cousins n’étaient pas tout à fait bâtis comme elles. Les friponnes ! elles savaient que l’homme porte entre les cuisses une corne très dure qu’il introduit dans la fente des filles pour les faire saigner, et leur planter un enfant : Dès que cette corne terrible touche le corps d’une fille vierge, la pauvrette devient enceinte avec des douleurs terribles. Heureusement que l’on peut éviter cet affreux danger en se tenant à l’écart des hommes, disaient en souriant les coquines. Oh ! entre femmes il n’y a rien à redouter : ni souffrances, ni péché, rien qu’une céleste jouissance qui étonne, entraîne et ravit. — Tels étaient les austères principes que recevaient les grandes de la bouche des chaudes nonnains, et qu’elles transmettaient fidèlement à leurs petites amies. De là, une crainte folle des approches de l’homme, crainte qui, pour la plupart des élèves, pouvait tenir lieu de vertu et devait décourager les audacieuses entreprises de plus d’un galant.