‹ Les Carbonari de l’amourChapitre 6 sur 24 · I. La Nounou · 06

I. La Nounou · 06

Laissons pour le moment, élèves et nonnains se livrer à leurs passe-temps préférés, et revenons à la Vigeraie où nous attendent la marquise Éveline, le marquis Gilbert de la Vigeraie, et notre amie la Nounou. L’amour du Marquis pour la Nounou était si vif, que les rendez-vous furtifs ne lui suffirent bientôt plus, il voulait coucher avec Justine ; malheureusement Justine, par un reste de pudeur, n’avait pas encore voulu consentir à faire l’amour, avec le Marquis, dans le grand lit conjugal, qu’elle considérait comme l’apanage inviolable de la Marquise ; d’autre part, Nounou partageait sa chambre avec la jeune Herminie, que la comtesse Olympe avait prêtée pour quelques semaines à Éveline ; il ne fallait donc pas songer à se voir dans le lit de Justine. Ses désirs, exaspérés, triomphèrent enfin des scrupules de Nounou, et elle céda aux instances affolées du Marquis. Une nuit entière il allait enfin pouvoir presser dans ses bras la capiteuse beauté de la jolie Corse, une nuit entière ils allaient goûter les ineffables délices du coït, et faire craquer sous leurs amoureux ébats les ressorts fatigués du sommier nuptial.

Le Marquis, ayant remarqué depuis quelque temps un léger affaiblissement dans ses facultés viriles, avait profité de son dernier voyage à Toulouse pour se procurer une boîte de dragées fortifiantes, dont il n’avait pas encore fait usage : Justine ayant promis à son maître d’aller le trouver dans son lit quand tout le monde dormirait, le Marquis, pour tuer le temps, resta au salon jusqu’à onze heures, attendant avec une impatience fébrile l’heure fortunée qui allait lui livrer l’objet de ses brûlants désirs. À onze heures sonnants, il croqua allègrement une des fameuses dragées… et courut dans sa chambre attendre dévotement Nounou.

Tout était calme et silencieux, dans le manoir de la Vigeraie. La haute et vieille pendule avait lentement tinté d’heure en heure, rompant de son timbre sonore, le silence religieux de la nuit.

Seule dans son grand lit, un bras replié sous la tête, l’autre étalant sa blancheur sur le bord de la couche, sous la pâle et mourante clarté d’une veilleuse d’opale, suspendue au plafond comme un œuf d’autruche lumineux, la jeune Marquise dormait. Les seins d’Éveline pointaient sous la transparence des batistes qu’ils soulevaient en se gonflant sous l’effort d’une respiration rapide et comme oppressée… ; ses lèvres légèrement entr’ouvertes, comme si le sommeil l’avait surprise à sourire, ressemblaient à un écrin garni de perles mates… Des poussées subites faisaient affluer par intervalles un flot de sang purpurin sur les pommettes délicates de ses joues… Soudain, des petits frissons partis du fond de ses entrailles la secouèrent tout entière… des paroles entrecoupées venaient mourir sur les lèvres… Elle rêvait la belle Marquise… et, dans son rêve étoilé, il lui semblait savourer encore les plaisirs qu’elle avait goûtés la veille dans les bras de son époux…

Après la redoutable secousse infligée à son jeune corps par la crise de maternité, Éveline était restée longtemps dans un état maladif. Elle était mère et son corps était resté celui d’une vierge. Or, un beau jour, à la suite d’exercices violents, puisqu’elle était restée une journée entière à cheval, une crise eut lieu, Éveline perdit beaucoup de sang et se mit au lit, effrayée. Heureusement qu’elle sortit de cette épreuve plus forte, plus vaillante qu’elle ne s’était jamais sentie. Toute sa nature de femme venait de s’épanouir brusquement. À partir de ce jour, ce ne fut plus, chez la belle Éveline, des caprices malsains de petite pensionnaire qui la firent désirer les caresses amoureuses de son mari, c’était la soif immense d’un amour tout puissant aux étreintes affolées qui la jetait délirante dans les bras ds son infidèle Gilbert.

Et c’était Gilbert qui, de ses baisers de feu, secouait ainsi, de la tête aux pieds, la belle dormeuse. Involontairement et d’un mouvement brusque, elle rejette loin d’elle les voiles importuns dont le poids l’oppressait… Sa chemise en désordre ne cachait rien de ce qu’elle aurait dû voiler… C’était une savoureuse nudité que la nudité de la Marquise, et qui aurait inspiré d’étranges pensées à son ange gardien, s’il l’avait contemplée, étalant ainsi ses charmes les plus secrets…

Le rêve amoureux se poursuivait, et devait approcher d’une phase décisive ; la main de la dormeuse se crispa, se tordit, et vint, toute ouverte, se poser convulsée sur la forêt d’ébène qui s’étalait, impudique, juste au-dessus du point de jonction des belles cuisses potelées… Les doigts impatients s’agitaient dans les frisettes fouillait les boucles et finirent par rencontrer une petite langue de chair, dressée entre deux langues vermeilles. Cette languette rigide frémissait sous l’attouchement des doigts légers qui froissaient tour à tour sa pointe raidie… À ce moment, dans une contraction voluptueuse de tout son être, sous l’aiguillon des désirs inassouvis, la Marquise se réveilla en pleine effervescence amoureuse. — Le rêve avait été d’une réalité si lascive, sa sexualité turgescente réclamait si impérieusement l’étreinte qui féconde, que la jeune femme, belle comme la reine des Amours, bondit hors de sa couche, revêtit en toute hâte sa longue robe de chambre bleue, et glissa ses jolis pieds mignons comme des pieds d’enfant, dans ses petites babouches garnies de peluche mauve.

Où court-elle la petite Reine, où vole-t-elle la Marquise, à travers les couloirs silencieux ? Quelle est cette porte que sa main frémissante vient d’ouvrir sans bruit ? Quel est ce grand lit aux rideaux de soie pourpre, vers lequel elle se dirige en toute hâte ?

Ciel ! qu’a-t-elle aperçu ?… Elle pousse un cri aigu et, pâle, inanimée, elle s’affaisse sur l’épais tapis, ce tapis fait pour amortir le bruit des pas et celui des baisers, fait pour étouffer les soupirs d’amour et les râles de volupté des deux nouveaux mariés. C’est dans la chambre nuptiale que vient d’entrer la Marquise palpitante ; c’est en ouvrant les rideaux du lit de son époux qu’elle a poussé ce cri en tombant à la renverse.

Vaincus par la fatigue en pleine lutte amoureuse, le Marquis et sa maîtresse, étroitement enlacés, en état complet d’innocence, dormaient du sommeil des bienheureux quand le cri fatal vint les arracher à leur coupable torpeur. Brusquement tirés de leur voluptueux sommeil, les deux amants s’élancèrent pour prodiguer à la Marquise leurs soins les plus empressés :

— « Éveline ! ma petit Éveline bien-aimée ! murmurait le Marquis confus, en couvrant de baisers le visage pâle de sa femme qu’il avait étendue sur le lit… reviens à toi, mon amour ! mon idole !… » Les caresses et ses baisers finirent par arracher à Éveline un long soupir. Les yeux s’entrouvrirent, les lèvres essayèrent de balbutier des mots incompréhensibles. Justine était allée à l’office chercher des sels anglais.

Les affectueuses démonstrations du Marquis redoublèrent de tendresse. Peu à peu, Éveline revenait à elle… mais chose étrange, au lieu de s’irriter de l’outrage qu’elle venait d’essuyer en trouvant une fille couchée avec son mari, sa pensée s’arrêtait avec complaisance sur les nudités surprises en ce tête à tête lubrique, lorsque, soulevant les rideaux pour s’y glisser elle-même, la couche nuptiale lui avait offert le spectacle de Nounou et de son mari, tout nus, et étalant, sans vergogne, dans un état de suprême indécence, leur belle et lascive impudeur. Ce souvenir trop séduisant, loin de l’irriter, raviva chez l’aimable Éveline toutes les érotiques ardeurs de son tempérament volcanique. Le rêve qu’elle avait eu, les attouchements involontaires qui en avaient été la conséquence, les pressants désirs qui l’avaient chassée hors de sa chambre, puis la découverte de ces deux corps accouplés, et maintenant les caresses langoureuses de son époux repentant, tout cela réveilla en elle l’impérieux besoin de se livrer à l’amour.

S’emparant avec frénésie du corps nu de son mari, elle l’attira sur elle et le pressa longtemps et follement contre sa poitrine. D’instinct, elle avait ouvert sa robe de chambre, découvrant ainsi tout son beau corps énamouré. Les cuisses vibrantes s’ouvrirent pour donner passage aux cuisses du Marquis, et se refermèrent aussitôt, sur ses fesses. Gilbert, enchanté, se mit immédiatement en devoir de racheter sa faute par toute l’énergie et la fougue de son amour. Aussi Justine, lorsqu’elle revint avec les sels, ne fut-elle pas médiocrement étonnée d’apercevoir sur le lit les deux nobles époux se livrant avec ardeur au doux travail de la procréation. Gourmande de volupté comme une chatte, Nounou s’approche du couple en action, sans songer qu’elle est encore à l’état de demi-nudité et suit d’un œil lascif les péripéties de la lutte. La Marquise affolée de désirs, se livrait sans réserve à l’impérieux besoin de distiller sa liqueur sexuelle : Trois fois, sous les yeux ravis de Nounou, elle expira de bonheur pour revenir plus ardente à la charge. La curiosité perverse de cette fille, bien loin de la déranger ou de la modérer dans l’expression de ses ardeurs, était pour Éveline un ferment vicieux dont elle savourait impudiquement, pour la première fois, les voluptueuses effluves. Elle se souvenait, avec un frisson de bonheur, du jour où la soubrette s’était déshabillée sous ses yeux pour se mettre au bain : tous les détails de sa peau aux reflets fauves se représentaient à son esprit… et quand elle songea au trouble indicible qu’elle avait éprouvé en passant sa main curieuse sur les reins de Justine, la Marquise serra si vivement les cuisses que son amant légitime déchargea du coup, et qu’Éveline s’acheva elle-même à petits coups de derrière… La Corse, en chemisette de fine batiste, rendit à cet instant à la Marquise, la caresse qu’elle avait reçue de celle-ci, et promena lascivement sa main mignonne sur les flancs nus de sa maîtresse frémissante qui, telle qu’une cavale qui sent se poser sur elle la main qui va la dompter, tremble de tous ses membres en reconnaissant son maître. À ce moment délicieux, Nounou sentit qu’elle prenait possession des sens de la Marquise, et dans la joie de son triomphe, elle voulut voir sa belle maîtresse se pâmer encore une fois sous les saccades de son époux. Elle n’eut, la coquine, qu’à saisir du bout des doigt les roupettes du Marquis pour l’émoustiller à nouveau de la façon la plus vive. L’effet de la dragée subsistait encore chez Gilbert et se manifestait par une turgescence inusitée de son gland, plongé pour l’heure dans la plus agréable occupation et dans la plus jolie gaine du monde.

Après une nouvelle crise à laquelle les doigts lascifs de Nounou n’avaient pu s’empêcher d’ajouter l’aiguillon d’une mystérieuse et discrète caresse, la belle Éveline, encore chevillée à son mari, attira Justine sur elle et la baisa longuement, bouche à bouche… la langue de Nounou, après quelques tentatives timides, trouva celle de sa maîtresse, et se livra sur elle à un tel dévergondage d’attouchements que la séduisante Marquise scella ce baiser d’une abondante émission de liqueur séminale à laquelle le gland du Marquis répondit par une nouvelle éjaculation.

Éveline eut alors une folle idée dont elle fut la première à rire, mais qu’il fallut réaliser séance tenante : Elle troussa brusquement la chemisette de Nounou et, après avoir longuement contemplé et admiré les charmes les plus secrets de la maîtresse de son mari, après avoir minutieusement comparé aux siens les appas de la jolie Corse, elle déclara qu’elle pardonnerait le crime des deux amants s’ils voulaient se montrer à elle pelotonnés l’un dans l’autre, dans la même posture où elle les avait surpris. À cette seule condition, elle consentait à être indulgente et à oublier la jolie faute qu’ils avaient commise dans le lit conjugal.

L’ardente Nounou qui, par les confidences du Marquis, savait que la jeune femme ne connaissait, des plaisirs d’amour, que l’accouplement naïf de son organe féminin avec le membre viril de son époux, résolut d’initier sur le champ la Marquise à tous les ravissants mystères que depuis tant d’années elle brûlait de lui révéler. Et vraiment il eût été fort difficile, à la timide châtelaine, de trouver un professeur plus expert et plus séduisant que Nounou. La somme des connaissances qu’elle devait à la lubrique Clarisse et à l’effronté paillard qui avait eu son pucelage, était des plus satisfaisantes, et elle se promit bien de les infiltrer une à une dans le sein virginal de la belle marquise, de la façon la plus polissonne, c’est-à-dire la plus douce pour un professeur sérieux.

Pour le moment, il lui fallait retrouver, dans les bras du Marquis, la posture indécente qui avait séduit Éveline… Le Marquis se prêta de bonne grâce, et non sans une certaine jouissance, à ce caprice libertin, et après quelques tentatives charmantes, Éveline put contempler avec délices le ravissant tableau que formaient les amants enlacés. Elle ne put s’empêcher de caresser timidement ces chairs satinées, dont les capiteuses émanations réveillaient en elle des désirs inexplicables. Les mains innocentes encore dans leur impudicité, se mirent tout à coup à fouiller les sinuosités, les cachettes ombreuses et les retraits les plus mystérieux du groupe érotique. — Ayant rencontré dans ces délicates recherches le membre de son époux en complète révolte, elle déclara qu’elle était contente des deux amants et de leur docilité, mais que, pour punir son mari d’éprouver encore des désirs dans les bras de Nounou, désirs coupables, et que trahissait la raideur de son organe, elle voulait, avant de regagner son lit, faire chanter, encore une fois, le rossignol conjugal dans sa cage de satin rose.

Et comme, en plaisantant ainsi, elle s’était par caprice, allongée sur le corps appétissant de la soubrette, celle-ci en profita pour se mettre à branler d’un doigt léger le bouton turgide de sa chaude maîtresse. Des soubresauts entrecoupés de soupirs émus accueillirent ces premiers attouchements. Mais quel ravissement pour les trois acteurs de cette scène charmante lorsque le Marquis, obéissant aux ordres amoureux de sa maîtresse, vint à genoux appliquer ses cuisses velues contre le cul mobile de son épouse qui savourait à cet instant les langues les plus cochonnes de la soubrette. Le Marquis prit son temps, et après avoir un bon moment savouré les heurts et les frottements de sa pine entre les cuisses potelées ou sur le beau fessier de sa femme, il la pénétra brusquement, en levrette, sans que les doigts agiles de Nounou eussent quitté un seul instant le boutonnet agacé : le boute-joie se mit allègrement à l’œuvre, et le nectar cher à Vénus ne tarda pas à jaillir à flots bouillants. L’heureuse Éveline savoura ce galant hommage sans quitter du regard les yeux noirs de la soubrette dont l’éclat luisant lui promettait des voluptés infinies. Lorsqu’elle s’affala, palpitante et toute mouillée, sur la nudité triomphante de la belle Nounou, la Marquise avait fait à jamais le sacrifice de ses virginales pudeurs. Ah ! ce n’était plus la jeune échappée du couvent ! Ce n’était plus la jeune épouse frémissante encore à la pensée des caresses conjugales à subir ; ce n’était plus la jeune mère ressentant pour la première fois les chastes ardeurs de son être fécondé… Éveline n’était plus Éveline : C’était la femme épanouie dans les délices lubriques de la pudicité perdue, dans la complicité vicieuse d’une fille amoureusement perverse ou perversement amoureuse ; c’était la femelle en rut, pantelante de désirs inassouvis, de voluptés étranges et inconnues… La Nounou était aux anges ! À son instigation la Marquise fit coucher son mari sur le dos et l’enjamba allègrement, pendant que Justine le branlait avec fureur pour lui rendre la vigueur nécessaire à l’introduction vaginale : Dès que le priape raidit sous ses habiles secousses, Nounou le mit aux prises avec son gentil partenaire ; la Marquise se prêta gaiement à l’opération, et pour mieux jouer son rôle de cavalier, nouveau pour elle, elle se coucha étroitement sur la poitrine de son époux : De cette façon, elle donnait facilement à son derrière le voluptueux mouvement nécessaire à la consommation de l’acte. Justine profita de la posture abandonnée de sa maîtresse pour lui faire goûter une jouissance inconnue, et après lui avoir un moment postillonné l’entre-deux des fesses, elle lui enfonça profondément dans le cul le doigt le plus indiscret et le plus chatouilleur que je connaisse.

Éveline, pâmée de volupté sous cette attaque inattendue, avait à peine la force de s’agiter sur le pivot vivant que Nounou avait aidé à lui planter dans le bas du ventre.

Le Marquis étonné et subjugué par la lasciveté de sa femme, la laissait faire et se tenait immobile pour mieux savourer ce délectable coït. Quand la crise arriva, et qu’il sentit sa femme l’inonder de ses chaudes faveurs, il entra dans un délire impossible à imaginer. La décharge qu’il lança dans le conin de la Marquise fut si copieuse, si prolongée, que le paillard épuisé tomba sur le flanc, brisé de plaisir, de fatigue et de sommeil. Les jeunes prêtresses essayèrent vainement de rallumer une dernière fois le feu sacré. Mais voyant l’inutilité de leurs efforts et le profond assoupissement de leur trop heureuse victime, elles se mirent à rire en se regardant les yeux dans les yeux… puis sur l’ordre d’Éveline, Nounou la suivit dans sa chambre. Vous devinez, chère lectrice, que le même lit reçut nos deux bacchantes, et abrita jusqu’au lendemain leurs tendres confidences et leurs délirantes folies.

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