I. La Nounou · 08
Le malheureux état du Marquis avait profondément affligé la vieille douairière de Civray, qui éprouvait pour l’unique descendant des La Vigeraie une affection maternelle, et son chagrin avait été vivement partagé par la comtesse Olympe, dont le fils Louis d’Aunac, avec son cousin Paul de Civray, après avoir subi avec éclat l’examen du baccalauréat, venaient de commencer à Toulouse leurs études de droit. Les vacances approchaient, et tous deux se faisaient une fête de venir passer deux mois de liberté et de repos, Paul auprès de sa grand’mère chérie. Louis avec Olympe, sa mère bien-aimée. Ce dernier avait un autre motif qui lui faisait attendre avec impatience les vacances. La petite châtelaine de la Vigeraie avait produit sur son cœur une impression étrange. Sans s’en douter encore, Louis était amoureux de Joséphine.
Cédant aux exhortations de la Douairière qui avait en vue l’établissement de Joséphine, la Marquise, après avoir un certain temps interrompu les réceptions du château, les avait reprises en les limitant aux relations d’intimité. Nounou vit avec joie revenir tour à tour le marquis Olivier d’Héricourt, le comte Léonce d’Ermenonville, et surtout le jeune vicomte Alfred de Lortara, tous les trois amoureux de la belle Marquise, et dont le dernier, Alfred, n’avait pu s’empêcher au dernier bal du château, de témoigner à Nounou, par ses regards, combien il la trouvait jolie.
Dans l’intimité absolue de ses relations amoureuses avec Éveline, la soubrette avait souvent essayé d’attirer son attention vers tous ces beaux Messieurs qui se consumaient d’amour pour elle. Mais elle eut beau lui dépeindre, sous les couleurs les plus séduisantes, les saveurs exquises de l’adultère, la jeune Marquise s’en tenait obstinément aux scènes de volupté dont le libertinage de son mari et celui de sa chère Nounou faisaient tous les frais. Son éducation première se dressait comme une barrière infranchissable devant les polissonnes tentatives de Nounou. Toutefois, celle-ci ne se laissait pas décourager, et, lorsque le Marquis fut réduit à l’impuissance absolue, lorsque les ardeurs sexuelles de la Marquise n’eurent d’autre aliment que les stériles caresses de Justine, la jolie Corse attisa de plus belle les chastes feux de son adorable maîtresse. Elle aurait donné dix ans de sa vie pour contempler Éveline dans les bras du Vicomte. Dans ce but, elle ne repoussa les tentatives du bel Alfred que juste assez pour l’enflammer de désirs. Elle alla jusqu’à lui accorder un rendez-vous furtif sur les bords ombragés de la Biouze ; le Vicomte lui avait affirmé qu’il avait un secret à lui confier. Elle s’y rendit, parfaitement décidée à surchauffer les désirs du jeune homme sans les satisfaire. En effet, le tête à tête fut des plus intéressants, mais le beau Vicomte n’obtint de Nounou qu’un baiser à demi-dérobé. Par contre, il lui fit confidence que Miss Kate lui avait révélé tous les secrets de sa tendresse et de sa beauté… — Miss Kate ! s’écria Justine. — Oui, Miss Kate elle-même. Vous savez bien, mon enfant, qu’en sortant du château, lorsque le Marquis mit sa fille en pension, Miss Kate qui n’attendit pas d’être remerciée, vous annonça qu’elle avait trouvé une place à Toulouse. — Oui, chez Madame de Lorgemont, où je lui ai écrit plusieurs lettres, et où elle se trouvait très heureuse. — Et ne vous a-t-elle pas avoué qu’elle avait un amant ?… — Je ne sais, Monsieur, si je dois… — Soyez sans crainte, gentille Nounou, Madame de Lorgemont est ma sœur, et l’amant de Miss Kate, c’est… ou plutôt c’était moi. — Vous, Monsieur le Vicomte ! Et c’est l’amant de Miss Kate qui me demandait tout à l’heure d’être le mien ? — Ne nous emballons pas, ma chère, si j’étais encore l’amant de Miss Kate, je me ferais un ravissant régal de vous réunir toutes les deux dans mon lit de garçon ; là, vous m’apprendriez ces jolis jeux dont Miss Kate ne cessait de m’entretenir à toute occasion, et dont le souvenir seul la jetait, dès mon premier baiser, dans des crises folles. — Vous vous moquez de moi, Monsieur, et vous inventez tout ce que vous me dites-là !… — Ah ! oui, j’invente ? Eh ! bien, direz-vous que j’invente si je vous dis que tout près du bijou secret de votre amie, dans le pli charmant que forme le bas de la fesse, à la jonction de la cuisse, se trouve encore profondément marquée, la trace de vos dents mignonnes ?… — Justine rougit, et ne répondit rien. — Direz-vous que j’invente, mignonne, si je vous dis que vous avez un grain de beauté placé de façon que vous ne pouvez l’apercevoir qu’à l’aide d’un miroir, et que ce grain de beauté est surmonté de trois jolis cheveux ?… Ciel ! s’écria la Nounou, la vilaine ! — Mais non, mais non, ma toute belle ; Miss Kate, à qui je n’avais point caché l’impression que vos attraits avaient produit sur moi, savait qu’elle ne pouvait me causer de plus vif plaisir que de m’entretenir de vos charmes, voilà tout… Et vous la traitez de vilaine, elle qui vous adorait !… — Oui, c’est une vilaine de vous avoir raconté de pareilles choses, et quand je la reverrai… — Hélas, depuis un mois, cette pauvre amie est en Angleterre, où l’a rappelée sa sœur mourante ; et il n’est pas probable qu’elle revienne jamais en France. Mais, chère Justine, ce n’est pas pour parler de Miss Kate que j’ai sollicité ce rendez-vous… Permettez-moi, mon ange, d’offrir à vos charmes l’hommage qu’ils méritent… — Eh ! quoi, Monsieur !… pour qui donc me prenez-vous ?… — Pour la plus adorable fille que je connaisse… Je vous aime, Justine, je vous aime d’un ardent et fol amour… — C’est ma maîtresse, et non pas moi que vous aimez, allez donc lui offrir vos hommages. — Je mentirais, ma chère, si je ne t’avouais pas que j’aime la Marquise d’un amour pur… — Et moi, d’un amour impur ?… C’est là un aveu flatteur pour votre servante, Monsieur le Vicomte !… — Oui, ma belle, toi je t’aime d’un amour brûlant, impur, passionné, ce n’est pas en soupirant à tes pieds, c’est en poussant dans tes bras nus, sur ton corps nu, des râles et des sanglots, que je serais heureux d’expirer. À ces mots, le Vicomte enlaça Nounou de deux bras de fer et allait se mettre en mesure de la posséder de force lorsque, un bruit de voix qui se rapprochait l’obligea à lâcher sa proie… Justine s’enfuit effarée au château, tandis que le Vicomte se dérobait dans les grandes oseraies.
La Marquise attendait Nounou avec une impatience fébrile, et l’entraîna aussitôt dans sa chambre sous le prétexte de lui montrer des dentelles nouvellement reçues.
Justine, qui savait parfaitement ce que voulait d’elle sa maîtresse, la renversa brutalement sur le lit, et se mit à la fouetter du plat de la main, à coups redoublés, sur les fesses et à l’intérieur des cuisses… puis, saisissant à poignée la toison d’Éveline, elle se mit à la secouer avec une sorte de fureur qui arrachait à la jolie Marquise de charmants soubresauts…
Pendant ces agréables préliminaires, la soubrette racontait à sa maîtresse le danger que venait de courir sa vertu. Elle dépeignit les amoureux efforts du Vicomte d’une façon si lascive que la Marquise, impatiente, voulut se branler elle-même… Justine délogea la main coupable et se mit à gamahucher Éveline. Son feu calmé par la jouissance, la châtelaine voulut entendre à nouveau le récit du tête à tête, dans tous les détails. Sans vergogne, Nounou avoua tout… ses relations avec Miss Kate… la morsure à la cuisse, le grain de beauté si drôlement placé… et tout le reste. Éveline, qui jamais ne s’était avisée de regarder par là, rit comme une petite folle en découvrant, en effet, les trois petits cheveux si drôlement situés, à égale distance du temple de Vénus et de l’as de trèfle… — Chère Nounou, le Vicomte allait donc te faire ça, si l’on n’était pas venu te déranger ? — Oui, j’allais y passer sûrement : je n’avais plus ni la force ni la volonté de me dérober à cette étreinte enivrante. — Je suis heureuse, ma chère, que tu lui aies échappé. — Je crains bien, Madame la Marquise, que je ne lui échapperai pas deux fois. — Mon intention n’est pas que tu lui échappes… au contraire ! Seulement, je veux être témoin de ton déshonneur… cela te fait-il de la peine ? — Bien au contraire, chère maîtresse, mais aurez-vous le courage de venir nous surprendre ? — Je ne me montrerai pas, chère Justine, mais je verrai et j’entendrai tout… Viens ici, mignonne, vois-tu ce bouton de cristal, dissimulé sous le bord de ce panneau de chêne ? — Je le vois. — Presse-le fortement. — Oh ! quelque chose glisse ? — Regarde ici, maintenant, Justine, que vois-tu ? — Un grillage… une chambre qui m’est inconnue. — En effet, c’est une pièce abandonnée, je ne sais pourquoi, depuis un temps immémorial. Cette pièce que j’ai curieusement visitée est capitonnée dans toutes ses parties, de façon à amortir et étouffer tous les bruits. On y accède par la petite porte qui s’ouvre à l’entrée du corridor. Désormais, mignonne chérie, c’est là que tu coucheras : ton lit sera bien en face, de façon que pour te voir dormir, je n’aurai qu’à m’accouder sur mon oreiller, comme ceci… — Ce sera charmant, Madame la Marquise, moi je vous verrai aussi ! — Ah ! pour cela non, tu ne pourras pas même apercevoir l’ouverture du panneau que commande ce ressort. Toutes les parois des murs de ta future chambre sont recouvertes d’un treillis, trompe-l’œil du plus joli effet, mais qui ne permet pas à la vue de pénétrer derrière, comme tu vas tout à l’heure t’en assurer. — Alors, c’est là que vous voulez… — C’est là que je veux que tu te livres à M. de Lortara, et cela le plus tôt possible, tu entends, Justine ? En attendant, nous allons organiser ta chambre. À ces mots, la maîtresse et la soubrette descendirent du lit, et allèrent, de compagnie, faire le déménagement de Justine !
Au bout d’une heure tout était disposé pour recevoir le bel Alfred. Nounou fut fort surprise de voir qu’en effet rien ne pouvait laisser deviner l’existence de la mystérieuse ouverture. Quand tout fut en place, la Marquise alla s’assurer que rien de ce qui se passerait, entre le Vicomte et Justine, ne pouvait se dérober à sa curiosité. Nounou, enchantée des dispositions de sa belle maîtresse, se promit de ne pas la faire languir. Elle devinait que le Vicomte, après sa première tentative, n’attendrait pas longtemps pour l’attaquer de nouveau. Et, en effet, le soir même, elle se vit pour la seconde fois en butte aux obsessions passionnées d’Alfred. — Après une défense aussi habile qu’acharnée, la pauvre Justine se troubla sous les baisers de feu de son amant, et, comme poussée par une force invincible, consentit à le recevoir chez elle cette même nuit.
Le Vicomte triomphant attendait impatiemment l’heure fixée pour aller trouver dans son lit la délicieuse beauté dont il s’était amouraché. Il était tout troublé à la pensée des plaisirs intenses qu’il allait goûter dans les bras de l’affriolante Justine. — C’était par une belle et chaude nuit de juin. Mollement étendue sur les draps blancs de sa couche, en chemisette transparente, ses doigts mignons vagabondant entre deux cuisses légèrement écartées, la Marquise assista tout d’abord à la toilette intime et au coucher de Justine. Celle-ci mit, pour cette fête d’amour, sa chemisette la plus diaphane et la plus largement échancrée à la gorge. Rien qu’à la voir ainsi, Éveline était toute en feu… Soudain, la porte de la chambre glissa sans bruit sur ses gonds et le Vicomte Alfred entra dans la chambre de Nounou. À la pâle clarté de la veilleuse suspendue au plafond, le nouveau venu put admirer tout à l’aise les charmes à demi-voilés de sa conquête, profondément endormie à en juger par les apparences.
Se précipiter sur le lit, enlacer la jolie fille dans ses bras vigoureux, la couvrir toute de baisers en relevant effrontément sa petite chemise, calmer ses cris d’effroi tout en lui enfonçant en plein conin un doigt expert et polisson, fut la première œuvre du galant Vicomte ; la seconde fut de se dévêtir en toute hâte, pendant que Justine cachait sous ses deux mains la honte et la rougeur de son visage. — Lorsque le Vicomte se retourna pour déposer sa chemise sur le canapé voisin du lit, la verge d’amour apparut dans toute sa gloire aux regards curieux de la Marquise aux aguets. Mais lorsque, brandissant son arme, le Vicomte, sans se douter qu’Éveline admirait la blancheur potelée de son derrière, se présenta de face à la charmante soubrette. — « Mon Dieu ! s’écria celle-ci, qu’est-ce que je vois ?… pour qui donc me prenez-vous, monsieur ? — Pour la plus jolie, la plus délicieuse, la plus désirable, et je l’espère, la plus polissonne des Nounous. Allons, place-toi bien ! ne vois-tu pas que je brûle de t’enfiler ?… — Eh ! quoi, Monsieur le Vicomte, vous auriez le courage d’enfiler une pauvre fille sans défense !… Et ma pudeur, et ma vertu ?… — Tu peux leur dire adieu, mon enfant ! Il n’y a pas en ce moment de puissance humaine qui fût assez forte pour protéger ton innocence contre mes furieux désirs. Regarde ! as-tu jamais vu une pine aussi raide que celle-là ?… — Mon Dieu ! vous voulez-donc m’éventrer ? — Élargis-toi le plus possible, Justine !… j’irai doucement… ne crains rien !… — Oh ! comme vous êtes dur ! — Tu trouves, chérie ? Serre-le moi fort dans ta petite main. — Vous me faites peur ! Jamais cela n’entrera ! — Pourquoi, mignonne, m’inspires-tu des désirs aussi ardents ? — Avec ça que vous ne banderiez pas de même avec tout autre que moi ?… les hommes, vous êtes tous les mêmes ; quand cela vous prend, le premier chiffon venu, pourvu qu’il abrite un cul de femme, devient pour vous un manteau de déesse. — Garde-toi bien de croire cela, Justine ! Il n’y a qu’une femme au monde qui pourrait me faire raidir aussi amoureusement que je raidis sous tes doigts de fée… — Et cette femme, Monsieur le Vicomte ?… — C’est la Marquise, ton adorable maîtresse, la Marquise aux beaux yeux si purs et si langoureux, à la démarche si voluptueusement ondulée… Laisse, Justine, laisse-moi te chatouiller le clitoris avec le gland de ma pine en l’honneur de la Marquise. — J’aime trop ma belle maîtresse pour ne pas m’associer à l’hommage délicat que vous voulez lui rendre. Monsieur le Vicomte… Confiez-moi seulement ce joli gland rose et contentez-vous de fermer les yeux pour rêver à la belle Marquise. Tout en savourant mes impudiques caresses, figurez-vous que la belle Éveline est dans vos bras… je vais vous chatouiller comme si j’étais elle. — Coquine ! tu me transportes !… — Oh ! là là ! quelle ardeur, dans vos tortillements, Monsieur Alfred ! On voit bien que vous brûlez d’amour pour Madame la Marquise… Vous me serrez avec une fureur !… — Ah ! Justine, si je pouvais chatouiller ainsi le con de ta jolie maîtresse ! — Si vous y allez de ce train, cher Monsieur, le jeu sera trop court ! Modérez donc votre feu ! Et n’oubliez pas que ce serait un péché condamné par l’Église, de gaspiller les biens du bon Dieu… — Brûlante et lascive créature, comme tu me secoues les roupettes ! — C’est çà, Vicomte, que vous appelez vos roupettes ?… — Et toi, comment les appelles-tu ?… — Ce sont là vos couilles, vos grosses couilles, vos jolies couilles… — Que n’es-tu la Marquise, friponne ! quels ravissants tétons tu as ! quel cul ferme et potelé !… — Ah ! si vous voyiez celui de la Marquise !… — Que je serais heureux, Justine, de voir les tétons de la Marquise, de voir son joli cul, de voir… son… joli… petit con !… ah !… ah !… je jouis dans… je coule dans… tes doigts !… Éveline !… ah ! Justine !… mon amour !… — Cochon d’amour ! je vous le disais bien, Monsieur Alfred, que nous allions gaspiller les biens du bon Dieu !… — J’ai déchargé, Justine, j’ai déchargé en plein, en pensant au con de ta maîtresse… Mais il me semble que toi aussi… tiens !… tiens !… que s’est-il passé par ici ?… — Croyez-vous donc que je sois de bois, depuis que vous me tripotez ?… — Laisse-moi te voir, Justine, comme il sent bon, ton foutre ! — Avec ça que vous n’aimeriez pas mieux sentir celui de l’adorable Éveline ? — Toutes les deux, ma belle ; ah ! vous posséder toutes les deux, nues et rieuses, là, dans ce lit !… — Vaurien que vous êtes ! songez à ces trésors que vous venez de gaspiller et qui tacheront mes draps… — Oh ! gaspiller !… pas tant que ça, délicieuse Nounou, car j’ai bougrement joui, en te déchargeant dans les doigts… Mais tu ne perdras rien pour avoir attendu. Vois ma pine comme elle reprend sa première vigueur ?… Est-ce que ce beau bâton de chair vive ne te dit rien, coquine ?… — Votre pine, Monsieur Alfred, est une petite cochonne… — Comme toi, alors, friponnette ?… Mais, dis-moi… et ton con ? — Mon con, Monsieur le Vicomte, devient lui aussi sous vos doigts un petit cochon. — Il n’y a donc ici, ma chérie, que des petits cochons… toi d’abord, puis moi, puis ma pine, puis ton con… et quoi encore ? — Peut-être aussi le con de la belle Marquise ? — Oh ! oui, Justine !… le con de ta jolie maîtresse, dame Éveline, que je voudrais bien chatouiller comme je te farfouille, polissonne !… — Aie !… ma motte !… je le lui dirai, à la marquise… — Que lui diras-tu, coquine ?… — Que vous avez envie de lui farfouiller sous les jupes, et lui faire des choses… — Tu pourras ajouter, chère Nounou, que j’ai déchargé en pensée dans son joli con, en attendant que j’ai le bonheur suprême de lui faire…