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Chapitre 4

Qui donc pouvait attendre cette femme à pareille heure, dans un restaurant, et pourquoi ce domino ?

J’aurais juré, la tête sur le billot, que c’était une femme ou une fille de bonne maison.

A la façon dont elle me rendit mon deuxième salut, il était impossible d’en douter.

Elle passa devant moi majestueuse, marchant avec lenteur, la tête fièrement rejetée en arrière.

Obéissant à une attraction insurmontable, je sortis du salon derrière elle et je la suivis.

Elle longea le couloir sur les pas du garçon, qui, tout à coup, ouvrit la porte d’un cabinet.

Un flot de lumière, une odeur de cigare et plusieurs voix d’hommes arrivèrent jusqu’à moi ; puis l’inconnue franchit le seuil de cette porte, qui se referma, et je n’entendis et ne vis plus rien.

Quelle était cette femme et quels sont ces hommes qui avaient osé la faire attendre ?

C’était un mystère pour moi.

Je mis dix louis dans la main de Joseph, et je le questionnai.

– Monsieur le baron, me répondit-il, je n’ai jamais vu cette dame ; elle n’est jamais venue ici. Tout ce que je puis vous dire, c’est qu’elle est maintenant auprès de quatre messieurs qui ont passé la nuit à lire un gros cahier manuscrit.

– Ah !

– Et quand ils ont eu fini, ils m’ont ordonné de faire entrer cette dame.

– Attendait-elle depuis longtemps ?

– Depuis une heure.

– Et ces messieurs, les connais-tu ?

– Non.

– Morbleu, je la verrai sortir et je la suivrai, allât-elle elle au bout du monde !

J’allai m’établir sur le boulevard, me promenant de long en large, les yeux fixés sur la fenêtre du cabinet où elle se trouvait.

J’avais complètement oublié de commander le souper de Saphir ; j’avais oublié Saphir elle-même.

Une heure s’écoula.

Tout à coup un froufrou de robe de soie se fit entendre dans l’escalier, une femme descendit et passa sans me voir.

C’était elle.

Elle était seule ; les quatre messieurs dont parlait Joseph étaient demeurés dans le cabinet.

Je la vis traverser le boulevard, et, à mon grand étonnement, monter dans un modeste fiacre qui stationnait à l’angle de la rue Grammont.

Je crois vous avoir dit que j’avais laissé la Victoria de Saphir dans la rue Le Peletier.

Saphir dansait sans doute encore. Je me mis à courir, je trouvai la Victoria toujours arrêtée, j’éveillai le cocher, qui dormait, et je lui dis :

– Vite, Tom ! vite ! rue de Grammont.

Tom lança Vif-Argent sur le macadam durci, et, comme j’atteignais la rue de Grammont, je pus voir le fiacre de mon inconnue qui s’en allait modestement.

– Tom, calme ton cheval ; au petit trot, maintenant, c’est assez.

– Bien, monsieur.

Le fiacre longea la rue Sainte-Anne, la petite rue des Frondeurs, traversa la rue de Rivoli et le Carrousel, passa sur le Pont-Royal et se dirigea vers le carrefour de la Croix-Rouge.

Tom suivait toujours à distance.

Vers le milieu de la rue du Vieux-Colombier, le fiacre s’arrêta devant la porte bâtarde d’une maison de chétive apparence.

Le domino descendit, paya le cocher, tira une clef de sa poche, ouvrit la porte et disparut.

– Bon ! me dis-je en ordonnant à Tom de rebrousser chemin, je sais où elle demeure… je la reverrai !…

M. Paul de la Morlière en était là de son récit au moment où le capitaine et lui arrivèrent à Ermenonville.

– Singulière histoire jusqu’ici ! dit le capitaine.

– Oh ! ce n’est rien encore, répondit Paul en mettant pied à terre et jetant la bride de son cheval au garçon d’écurie. Je vous dirai la suite en dînant.

– Mais, tenez, fit le capitaine en étendant la main vers un massif de verdure, regardez !…

– Quoi ?

– Cet Anglais qui lit son journal en face d’une bouteille de Pale Ale. Certes, il est plus original et plus bizarre encore que votre histoire.

– C’est vrai, dit Paul de la Morlière, qui s’approcha plus encore pour examiner l’insulaire attentivement. Vous avez raison, Charles, c’est un être à moitié fantastique.

– Et dont la mine désagréable m’agace les nerfs, acheva le capitaine de chasseurs d’Afrique.

L’Anglais lisait flegmatiquement le dernier numéro du Times et buvait son Pale Ale à petites gorgées.

Le personnage qui lisait le Times, et que M. de Kerdrel venait de désigner à la curiosité de Paul de la Morlière, était un homme qui flottait entre trente et cinquante ans, c’est-à-dire qu’il avait une de ces physionomies qui n’ont pas d’âge et qui appartiennent aussi bien à un jeune homme, qu’à un vieillard.

Son teint était rouge et enluminé ; il portait des lunettes, était vêtu d’une grande redingote marron et coiffé d’un chapeau de panama.

– Un tremblement de terre ne l’arracherait point à sa lecture, dit M. de Kerdrel.

– C’est bizarre, mais il m’agace, répliqua Paul de la Morlière.

– Moi aussi.

– Mais, poursuivit le fils du vicomte – car ce jeune homme qui contait ses amours était bien le fils du vicomte de la Morlière qui fut le véritable meurtrier de Diane de Morfontaine et de M. de Main-Hardye – mais, poursuivit-il, laissons cet Anglais tranquille, et écoutez la fin de mon histoire.

– Voyons ?

Les deux jeunes gens s’assirent dans une salle de verdure, voisine de celle de l’Anglais, et tandis qu’on leur servait à dîner, Paul continua :

– Lorsque j’eus vu le domino se servir d’une clef pour pénétrer dans la maison de la rue du Vieux-Colombier, il ne me fut plus possible de douter que cette maison ne fût celle où elle habitait ordinairement.

Je descendis de voiture et je renvoyai Tom.

– Je rentrerai à pied, lui dis-je.

Il était jour, mais la rue était déserte encore, et les Persiennes de la maison du domino étaient toutes fermées.

Un moment je fus tenté d’aller frapper à la porte ; mais ce respect qui s’était subitement emparé de moi dans le petit salon de la Maison-d’Or, lorsque le domino m’avait regardé, m’arrêta.

Je me bornai à me promener de long en large dans la rue, les yeux fixés sur les croisées bien closes, espérant toujours que l’une d’elles s’ouvrirait. Je passai plus d’une heure dans la rue du Vieux-Colombier.

Enfin, la porte de la petite maison s’ouvrit.

Mon cœur battit bien fort : je crus que c’était elle.

C’était un jeune homme de quinze à seize ans, vêtu d’une blouse blanche et coiffé d’un casque en papier de journaux.

Je reconnus sur-le-champ l’ouvrier typographe en apprentissage, ce que, dans les imprimeries, on appelle l’attrape-science. Celui-là avait la mine effrontée, intelligente du gamin de Paris ; on pouvait tout lui dire, il comprenait tout.

Je m’approchai de lui.

– Est-ce que vous habitez cette maison ? lui demandai-je ?

– Oui, monsieur.

– Depuis longtemps ?

– J’y suis né.

– Pardon, lui dis-je ; mais vous êtes un gentil garçon…, et…

J’eus l’air d’hésiter. L’apprenti se prit à sourire.

– Je devine, dit-il.

– Vous devinez ?

– Sans doute. Un beau monsieur comme vous… n’est point à cinq heures du matin tout seul, arpentant de long en large la rue du Vieux-Colombier. Vous venez pour mademoiselle…

Je tressaillis.

– Oh ! dites-moi son nom ! m’écriai-je.

– Nelly, répondit-il.

– Elle s’appelle Nelly ?

– Ou Danielle, ce qui revient au même.

– Et… vous la connaissez ?

– Je ne lui ai jamais parlé, mais tout le monde la connaît comme moi dans la maison. Il n’y a pas de concierge. Vous voulez bien parler d’une dame blonde, n’est-ce pas ?

– Précisément.

– Eh bien ! monsieur, en quoi puis-je vous être utile ?

– Mais, en me donnant quelques renseignements.

– Cette dame ou cette demoiselle, car on ne sait pas au juste si elle est fille ou veuve, habite ici depuis un an environ…

– Ah !

– Au premier, un appartement de cinq cents francs.

– Diable ! pensai-je, j’ai commencé par la croire duchesse.

– Souvent elle est en retard pour son terme.

– Et… avec qui demeure-t-elle ?

– Avec une personne malade et qu’on ne voit jamais.

– Sa mère, peut-être.

– Non, c’est un homme. Je l’ai aperçu un matin à sa fenêtre. Il peut bien avoir quarante ans ; il a de grosses moustaches et il est décoré. On dit qu’il a été officier.

– Et elle habite avec lui ?

– Oui, monsieur.

– Et lui, on ne le voit pas ?…

– Jamais. Il ne sort que la nuit. Il part après que tout le monde est couché dans la maison, et rentre toujours avant le jour.

– Singulier personnage !

– Quant à mademoiselle Danielle, continua le jeune imprimeur, elle ne parle jamais à personne et elle est très fière. Cependant tout le monde l’aime, car elle est bien jolie !

– Ah !

Cette exclamation stupéfia l’apprenti.

– Comment ! dit-il, vous ne saviez pas qu’elle est jolie ?

– Je l’ai deviné.

– Alors vous ne l’avez pas vue ?

– Non.

– Vous moquez-vous de moi ? fit-il, me regardant avec défiance.

Je fus obligé de lui expliquer que j’avais vu Danielle masquée.

– C’est impossible ! me dit-il.

– Pourquoi ?

– Parce que mademoiselle Danielle ne sort pas après minuit et ne rentre pas au point du jour ; elle est très sage.

– Alors, dis-je, ce n’est pas la femme dont je veux parler.

– Il n’y a pourtant que celle-là dans la maison. Les autres sont des femmes d’ouvriers, laides et vieilles pour la plupart.

– Il n’y a pourtant que les locataires de la maison qui ont une clef ?

– Oui, monsieur.

– La femme dont je parle en avait une.

L’apprenti était ébahi.

– Je n’y comprends absolument rien, me dit-il. Mademoiselle Danielle en domino, masquée, et dans un cabinet de la Maison-d’Or ! ça me paraît impossible !

– C’est vrai, cependant.

– Ma foi ! s’écria le bambin, j’en aurai le cœur net. Ca m’intrigue ! Si vous voulez m’attendre quelques minutes, monsieur, vous saurez à quoi vous en tenir.

Il rentra et j’attendis un quart d’heure avant de le voir reparaître.

– C’est pourtant vrai, me dit-il en revenant, elle est sortie cette nuit.

– Elle vous l’a dit ?

– Non, mais en me hissant jusqu’à la tabatière de ma mansarde, je puis voir dans la chambre de mademoiselle Danielle qui donne sur la cour. La fenêtre en est ouverte.

– Et… vous avez vu ?…

– J’ai vu que mademoiselle Danielle ne s’était point couchée encore.

– Où donc est-elle ?

– Probablement dans la chambre voisine, qui est celle de l’homme décoré aux grosses moustaches. Mais j’ai aperçu le domino et le masque sur son lit. Et, fit le gamin en retroussant dédaigneusement sa lèvre supérieure, je crois que je me suis trompé.

– En quoi ?

– Je vous ai dit que mademoiselle Danielle était sage… Enfin, suffit… Bonjour, monsieur.

L’apprenti voulut s’éloigner. Je le retins :

– Mais, lui dis-je, ne pensez-vous pas qu’on pourrait la voir ?

– Elle ne reçoit personne.

– Lui écrire ?

– Oh ! c’est facile. Je me chargerai bien de votre lettre, moi.

J’emmenai l’apprenti dans un café qui venait de s’ouvrir, je demandai du papier et de l’encre, et j’écrivis à mon domino inconnu une lettre brûlante et parfaitement ridicule.

– Comment la lui ferez-vous tenir ? demandai-je à mon ami de hasard.

– Fort simplement, je la glisserai sous la porte.

Je voulus mettre deux louis dans la main de l’enfant, mais il les repoussa, en disant :

– C’est un service de camarade. Je ne suis pas commissionnaire de mon état. Merci, monsieur.

Il prit ma lettre, rentra dans la maison, et en ressortit quelques minutes plus tard.

– C’est fait, me dit-il. Venez demain, je saurai probablement quel effet votre lettre aura produit.

Et il s’en alla à son atelier.

Le lendemain, à la même heure, je fus exact au rendez-vous. Mais l’apprenti arriva la mine consternée.

– Eh bien ! me dit-il, vous n’avez pas de chance !

– Comment cela ?

– Mademoiselle Danielle est partie.

– Partie !

– Oui, monsieur.

– Mais quand ? Comment ?

– Une voiture de déménagement est venue hier vers midi, et tout a été enlevé dans l’appartement de mademoiselle Danielle. Quand son dernier paquet a été dans la voiture, mademoiselle Danielle est montée à côté du cocher, et elle est partie sans donner d’adresse. Cependant elle a prié sa voisine de prendre ses lettres et de les lui garder. Elle les enverra chercher de temps en temps.

Ce que le jeune imprimeur venait de m’apprendre me bouleversait. Et comme l’amour naît des obstacles qu’il trouve sur sa route, ce qui, la veille n’était encore que de la curiosité devint de la passion, et je me jurai de revoir mon inconnue.

Depuis six semaines, j’ai écrit tous les jours à Danielle, et jamais elle ne m’a répondu.

Depuis six semaines, mon cher ami, acheva M. Paul de la Morlière, je suis amoureux fou d’une femme dont je ne sais pas le vrai nom, dont je n’ai jamais vu le visage et qui demeure je ne sais où.

Enfin, ce matin, un billet sans signature et tracé par une main inconnue m’est arrivé.

Ce billet contenait ces trois lignes :

« Allez au Bois de temps à autre, dînez au pavillon d’Ermenonville quelquefois. On vous y ménage une surprise. »

– Mais, interrompit le capitaine Charles de Kerdrel, je ne vois pas en tout cela de quoi vous désespérer beaucoup.

– Vraiment ?

– On vous donne un rendez-vous…

– Mais je ne sais si ces lignes ont été tracées par elle.

– C’est probable, puisque vous ne vous occupez que d’elle depuis plus d’un mois. A moins qu’il ne soit question de Saphir.

– Oh ! fit Paul avec dédain, Saphir ne m’empêche point de dormir.

Comme le jeune homme parlait ainsi de sa maîtresse, une calèche vint s’arrêter devant le perron du pavillon.

Deux jeunes hommes en descendirent.

C’était le baron de Neubourg et lord Blakstone.

Tous deux vinrent se placer à égale distance de l’Anglais qui lisait obstinément le Times et du capitaine Charles de Kerdrel et de son ami.

Tous deux demandèrent à dîner et se mirent à causer à mi-voix.

Cependant un nom prononcé par le baron de Neubourg frappa l’oreille de Paul de la Morlière.

Ce nom était celui de Danielle.

Le jeune homme tressaillit et tourna brusquement la tête.

M. de Neubourg disait :

– Mon cher lord, convenez que Danielle est charmante.

– Charmante, en effet, répondit lord Blakstone avec un léger accent britannique.

– Je vois que vous êtes du goût de nos amis le marquis et le vicomte.

Ces derniers mots furent un trait de lumière pour M. de la Morlière. Il se souvint des quatre messieurs qui soupaient à la Maison-d’Or dans ce cabinet où il avait vu entrer le domino.

– Il paraît, continua le baron, que cette pauvre Danielle est persécutée depuis quelque temps…

– Par qui ?

– Par un amoureux violent et sentimental tout à la fois.

Paul de la Morlière était trop jeune pour avoir appris déjà à se contenir et à demeurer impassible.

Le rouge lui monta au visage, et il se prit à regarder le baron avec une certaine fixité.

Celui-ci ne parut pas s’en apercevoir, et continua :

– Chaque jour, cette pauvre Danielle reçoit une lettre.

– Pauvre femme !

– Et son amoureux lui dit les choses les plus extravagantes et les plus ridicules.

Paul de la Morlière se leva à ces mots.

– Que faites-vous ? lui dit le capitaine.

Mais Paul ne répondit point et s’approcha du baron. Celui-ci, étonné, se leva à son tour. Paul était parvenu à se calmer et il salua le baron avec courtoisie :

– Me pardonnez-vous, monsieur, une question indiscrète ? dit-il.

M. de Neubourg le regarda et vit qu’il avait les lèvres blanches, ce qui lui sembla un symptôme de scène terrible.

– C’est selon, monsieur.

– Quand je parle d’une question indiscrète, je me trompe, monsieur, poursuivit Paul de la Morlière.

– Ah !

– Car c’est deux que je désirerais vous faire.

– Parlez, monsieur.

– J’oserai vous demander votre nom, monsieur ?

– Je me nomme le baron Gontran de Neubourg.

Paul s’inclina et reprit :

– Je suis satisfait sur le premier point, passons au second.

– Volontiers.

– Vous souviendriez-vous, monsieur, de l’emploi de votre nuit à la dernière mi-carême ?

– Parfaitement.

– Alors, monsieur…

– Attendez, je vais vous édifier. D’abord nous sommes allés, trois de mes amis et moi, au bal de l’Opéra.

– Bien.

– Puis nous sommes allés souper…

– Au café Anglais ?

– Non, à la Maison-d’Or.

– Dans un cabinet voisin du salon vert, n’est-ce pas ?

– Justement.

– Et vous avez soupé tous les quatre ?

– Oui, monsieur.

– Sans recevoir aucune visite ?

– Pardon, une dame en domino est venue nous rejoindre.

– Et cette dame, dit Paul, était blonde, n’est-il pas vrai ?

– Comme Junon, flava Juno.

– Et elle se nommait…

– Ah ! monsieur, dit le baron toujours calme et poli, vous devenez d’une curiosité difficile à satisfaire.

– Cette femme se nommait Danielle ! exclama Paul, dont la voix s’altéra.

– Puisque vous le saviez, dit le baron, il était inutile de me le demander.

– Monsieur, continua Paul, je suis cet amoureux ridicule qui écrit chaque jour à Danielle, et je serais bien heureux de savoir quel est le fat…

– Chut ! monsieur, dit le baron, je vous comprends, et il est inutile d’entrer dans de plus longs détails.

– Monsieur, dit Paul, nous avons ici chacun un ami… Il se tourna vers le capitaine.

Celui-ci fit un petit signe de la main qui signifiait :

– Va toujours, je suis là.

– En effet, monsieur.

– Puisque vous êtes le baron Gontran de Neubourg, je vous dirai, moi, que je me nomme Paul de la Morlière.

– Le fils du vicomte ?

– Précisément.

Et Paul continua :

– Je n’aime pas les querelles qui traînent. Nous avons un tir à deux pas ; on nous y prêtera des pistolets.

– Vous parlez d’or, monsieur.

– Et… après dîner…

Le baron eut un sourire charmant.

– Je le vois, monsieur, dit-il, vous êtes un homme de bonne compagnie, vous voulez bien me laisser achever mon dîner.

– Comment donc !

M. de Neubourg appela le garçon et lui dit quelques mots à l’oreille.

Le garçon s’en alla vers le tir, lequel est peu distant d’Ermenonville.

Alors Paul salua une fois encore son adversaire futur et revint s’asseoir auprès du capitaine.

– Quelle sotte querelle vous venez de vous faire, mon pauvre Paul ! lui dit celui-ci.

– J’ai été insulté.

– Mais non, pas le moins du monde. Cela ne s’adressait pas directement à vous.

– Cela s’adressait à l’amoureux de Danielle, par conséquent à moi.

– Mais non directement.

L’Anglais, qui jusque-là avait lu le Times avec opiniâtreté, leva alors les yeux et regarda Paul, qu’il salua. Celui-ci, étonné, rendit le salut.

– Vous, battre tout à l’heure ? dit l’Anglais.

– Oui, milord.

– Oh ! yes, me battre avec vous.

– Mille remerciements, j’ai un témoin.

– Oh ! moâ curieux de ces spectacles, et tout voir. Moâ amuser beaucoup.

– Monsieur, répondit sèchement Paul de la Morlière, je ne joue pas la comédie devant le public.

– Oh ! moâ utile, dit l’Anglais, moâ chirurgien, moâ panser le blessé…

Paul se prit à rire.

En ce moment, le garçon revint du tir, apportant les pistolets.

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