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Chapitre 24

Rocambole fut de retour à la Charmerie avant que M. de la Morlière fût levé.

Le vicomte avait éprouvé depuis quelques jours de violentes émotions, qui avaient fini par amener chez lui une grande lassitude…

Il dormait encore lorsque Rocambole entra dans la cour de la villa.

Le faux valet remit son cheval à l’écurie, le bouchonna, lui jeta une botte de paille ; puis, voyant que les persiennes du vicomte étaient toujours fermées, il se hasarda à pénétrer dans la maison et à entrer chez Saphir.

Si le vicomte dormait encore, la jeune femme était levée et accoudée à la croisée ouverte qui donnait sur le jardin.

Rocambole entra sur la pointe du pied, mit un doigt sur sa bouche pour lui recommander le silence et lui dit tout bas :

– Nous avons à causer, ma chère.

– Ah !

– Je viens te faire ta leçon pour la journée.

Rocambole s’enferma avec Saphir l’espace d’une demi-heure environ. Puis il sortit, et comme il avait passé une nuit blanche, il alla se coucher.

Saphir était descendue au jardin et prenait l’air frais du matin. A huit heures, M. de la Morlière s’éveilla et se leva.

– John doit être de retour, pensa-t-il.

Il ouvrit la fenêtre, se pencha dans la cour et appela :

– John ! John !

Rocambole ne répondit point.

– Est-ce qu’il ne serait pas revenu ? se demanda le vicomte.

Il s’habilla et descendit à l’écurie pour s’assurer que les deux chevaux s’y trouvaient.

John dormait sur une botte de paille placée dans un coin de l’écurie.

– John ! répéta M. le vicomte.

Rocambole ne sourcilla point.

M. de la Morlière le toucha alors du bout des doigts. John ouvrit un œil et le referma.

– Hé ! butor ! fit le vicomte, t’éveilleras-tu enfin ?

Rocambole rouvrit un œil, puis les deux, se les frotta et finit par se trouver sur ses pieds.

Il salua avec respect et demanda pardon d’avoir le sommeil si dur.

– Eh bien ! fit le vicomte.

– Le fermier avait sa casquette, monsieur.

– Ah !

– Alors j’ai passé mon chemin.

– Sans lui parler ?

– Dame ! monsieur m’avait dit…

– C’est bien, dit brusquement le vicomte. Pansez le cheval noir.

– Monsieur sort ?

– Non, c’est madame.

– Bon, dit Rocambole, est-ce que je vais l’accompagner ?

– C’est inutile.

Le vicomte sortit de l’écurie, traversa la cour et gagna le jardin. Saphir s’y promenait toujours.

M. de la Morlière la rejoignit.

– Bonjour, mon enfant, dit-il.

– Bonjour, monsieur, répondit Saphir.

– Avez-vous bien dormi ?

– Hélas ! non.

– Pourquoi ?

– Mon Dieu ! murmura Saphir, pouvez-vous me le demander ?

– Du courage, mon enfant ! N’est-ce point pour votre cher Paul ?

Saphir secoua la tête.

– J’obéirai, dit-elle d’une voix qui parut à M. de la Morlière entrecoupée de sanglots.

Le vicomte regardait Saphir, et, comme la veille, il était en proie à un trouble inexplicable.

Saphir était belle, elle avait un regard fascinateur, une voix enchanteresse.

– Je suis fou ! répéta le vicomte pour la vingtième fois depuis la veille.

Puis, faisant un effort sur lui-même :

– Savez-vous, dit-il, qu’il est plus de huit heures ?

– Déjà !

– Allons, mon enfant, voici le moment de monter à cheval.

Saphir soupira.

– Je vous attendrai à dix heures pour déjeuner.

– Mais, monsieur, reprit brusquement Saphir, il n’est pas sûr que… je rencontre…

– Si ce n’est aujourd’hui, ce sera demain… peu importe !

Saphir prit le bras du vicomte et sortit avec lui du jardin.

John, c’est-à-dire Rocambole, achevait de panser le cheval noir, sur lequel il venait de poser une selle de femme à trois fourches, lorsque le vicomte et Saphir pénétrèrent dans la cour.

La jeune femme, qui sans doute s’attendait depuis la veille à monter à cheval, avait revêtu une amazone verte à brandebourgs noirs qui lui allait merveilleusement.

Elle était coiffée d’un petit chapeau de paille à larges ailes, garni d’une plume noire, et lorsque le vicomte l’avait rejointe dans le jardin, elle tenait à la main une cravache avec laquelle elle fouettait les arbustes qui bordaient les allées sablées.

Quand le cheval noir fut bridé, Saphir s’apprêtait à se mettre en selle, lorsque la cloche de la grille se fit entendre.

– Ah ! dit Rocambole, c’est le facteur, il me semble.

On apercevait, en effet, à travers la grille, un homme vêtu d’une blouse bleue à collet rouge et coiffé d’une casquette cirée.

Saphir se mit en selle avec l’aide de M. de la Morlière, et celui-ci prit la bride que Rocambole lui tendit, afin d’aller ouvrir.

Le facteur apportait une seule lettre. Cette lettre portait le timbre du bureau du poste voisin et était adressée à :

Madame Saphir,

A la Charmerie.

Elle était franche de port.

– C’est pour madame, dit Rocambole, qui revint, la lettre à la main, et la tendit à la jeune femme.

Saphir la prit, étouffa un léger cri, et brisa le cachet avec une précipitation qui étonna M. de la Morlière.

Saphir lut cette lettre, et le vicomte la vit pâlir et manifester un grand trouble.

– Ah ! mon Dieu ! lui dit-il, qu’avez-vous donc, ma chère enfant ?

– Rien, balbutia-t-elle, absolument rien… c’est une de mes amies qui écrit.

– Comment ! on sait donc à Paris que… vous êtes… avec moi… en Normandie ?

Saphir ne répondit point directement et se borna à balbutier :

– J’ai eu tort de donner mon adresse.

Rocambole avait déjà ouvert la grille.

– Au revoir ! dit Saphir, qui, obéissant à un mouvement fébrile, fouetta son cheval du bout de sa cravache.

Le cheval avait du sang, il bondit en avant et s’élança au galop dans l’avenue.

Saphir était dispensée, pour le moment, de plus amples explications.

Le vicomte était demeuré stupéfait, en présence de Rocambole.

Le faux valet clignait de l’œil, souriait avec finesse, et semblait ne demander qu’à parler.

– Eh bien ! demanda enfin le vicomte, que penses-tu de cela ?

– Mais je pense… que…

Rocambole s’arrêta.

– D’où vient cette lettre ? De Paris, sans doute ?

– Non.

– Alors… d’où vient-elle ?

– De Criquelot, le bureau de poste voisin.

– Plaît-il ? murmura le vicomte abasourdi.

– Je connais l’écriture.

– Ah !…

– Et madame a joliment peur, comme on dit.

Les demi-confidences de Rocambole achevaient de stupéfier M. de la Morlière.

– Mais, s’écria-t-il, elle connaît donc quelqu’un dans les environs ?

– Pas précisément.

– Explique-toi donc !

– Ah ! mais, dame ! fit Rocambole, vous me demandez là de trahir ma maîtresse, il me semble !

– Parbleu !

– Ce n’est pas dans notre marché, monsieur, c’est en dehors.

– Je payerai en dehors, repartit le vicomte ; mais parle !

– C’est différent, dit Rocambole ; mais maintenant c’est inutile.

– Pourquoi ?

– J’aurai l’honneur de m’expliquer un peu plus tard.

– Comment cela ?

– Attendez le retour de madame. Il faut que je sache ce que contenait cette lettre.

Rocambole parlait en homme bien résolu à ne pas développer sa pensée. Le vicomte inclina la tête et s’en alla.

Il monta dans sa chambre, s’y enferma et se reprit à rêver. Une demi-heure après on frappa à la porte.

– Entrez ! dit-il.

C’était Rocambole.

– Que viens-tu faire ? demanda le vicomte.

Rocambole baissa la voix.

– Tout à l’heure, dit-il, j’ai entendu un coup de fusil derrière la haie de clôture, et, après le coup de fusil, un coup de sifflet. Tout cela m’a paru louche, attendu que, de l’autre côté de la haie, il y a un chaume très bas coupé, dans lequel une alouette ne trouverait pas à se nicher. Je suis allé par là, et j’ai vu un bonhomme qui se promenait un fusil sur l’épaule. Je l’ai reconnu tout de suite.

– Ah ! dit le vicomte.

– C’était l’homme de la botte de foin de ce matin.

– Ambroise ?

– Oui, le fermier ; seulement, il n’est plus coiffé de sa casquette, il a son chapeau de paille.

– C’est une preuve qu’il veut me parler, dit le vicomte.

– C’est ce que j’ai pensé, et je suis venu chercher monsieur.

– Où est-il ?

– Là-bas, derrière la haie.

– Lui as-tu parlé ?

– Non ; mais il m’a vu courir vers la maison, et il a compris sans doute que je venais vous chercher.

– C’est bien, va-t’en.

– Monsieur n’a plus besoin de moi ?

– Nous verrons tout à l’heure.

Et le vicomte entra dans le jardin, qui n’était séparé de la cour que par une claire-voie, et laissa Rocambole, sur les lèvres duquel un silencieux sourire vint à glisser.

M. de la Morlière se dirigea vers l’extrémité du jardin et atteignit un endroit où la haie de clôture avait une brèche assez grande pour laisser passer un homme.

Ambroise, son fusil entre les jambes, était fort tranquillement assis de l’autre côté.

Quand le vicomte franchit la brèche, Ambroise tourna la tête, mais il ne se leva point.

Seulement, il cligna de l’œil avec finesse et dit tout bas :

– J’avais grand-peur que vous fussiez sorti. Bonjour, monsieur le vicomte.

Le vicomte s’assit au revers du fossé et regarda le fermier.

– Oh oh !

– Il y a bien du nouveau à la Maison-Blanche depuis ce matin.

– Qu’y a-t-il donc ? fit le vicomte, qui oublia tout à fait Saphir pour songer aux deux millions de dot de mademoiselle de Morfontaine.

– Il y a qu’il est arrivé, ce matin, une lettre de Paris qui modifiera sans doute les plans de monsieur le vicomte.

– Tu crois ?

– Dame !

– Et cette lettre ?

– Est de la marquise.

– Bon ! et tu as pu te la procurer ?

– Non, mais je l’ai lue.

– Comment cela ?

– Pendant que M. Léon déjeunait à la salle à manger avec mademoiselle de Morfontaine et madame Hulot, je me suis glissé dans sa chambre, et j’ai eu tout juste le temps de lire cette lettre, qu’il avait laissée tout ouverte sur la table, et qui m’a paru renfermer des choses assez importantes pour que je vinsse sur-le-champ.

– Voyons, dit le vicomte impatient, explique-toi.

– La marquise, reprit Ambroise, est au courant de tout.

– Comment, de tout ?

– Oui, elle écrit que le marquis de Morfontaine a laissé traîner une lettre de monsieur le vicomte.

– L’imbécile !

– Et que M. le vicomte et lui se sont entendus, sans doute, pour tout entraver.

– Comment ! exclama M. de la Morlière avec emportement, la marquise sait cela ?

– Elle ajoute qu’il n’est que temps de partir…

– Hein ?

– De partir à l’instant même, avant que M. de Morfontaine, qui, dit-elle, parle d’un voyage mystérieux, ait eu le temps de rejoindre sa fille.

– Oh ! oh ! murmura pour la seconde fois le vicomte.

Ambroise reprit :

– Après avoir lu cette lettre, j’ai voulu savoir quel effet elle avait produit sur les deux jeunes gens, et je me suis glissé dans l’office, qui est attenant à la salle à manger. M. Léon causait avec animation et disait :

« – Ce matin même, je suis allé me promener à cheval jusqu’à Fécamp. Il y a un navire anglais dans le port qui appareillera après-demain matin.

« – C’est cela, a dit madame Hulot. D’ici à après-demain, il faut espérer qu’il ne nous arrivera rien de fâcheux. D’ailleurs, ajouta-t-elle, d’après la lettre de madame la marquise, son mari a reçu un mot du vicomte qui lui dit : « Je ne sais où est ta fille ; arrive à Paris. » Mais c’est tout ce qu’il dit. Or, renseignements pris, la marquise ajoute que M. de la Morlière est absent, et il est probable qu’il ne reviendra point sur-le-champ.

« – Qui sait ? dit alors M. Léon, si ce maudit vicomte n’est point à nos trousses.

« – Oh ! moi, a ajouté mademoiselle Victoire, j’ai peur… Il paraît que depuis deux ou trois jours un monsieur de Paris, qui ne sort jamais, est venu s’établir dans une petite maison… à la Charmerie.

« – Eh bien ?

« – Si c’était le vicomte !

« – Fort heureusement, continua Ambroise, je suis entré dans ce moment et j’ai dit naïvement :

« – Tiens ! monsieur Léon, vous parlez de la Charmerie.

« – Oui.

« – C’est une jolie maison tout de même, et bien située.

« – A qui appartient-elle ?

« – A un original de Rouen ou du Havre, je ne sais pas, qui ne l’habite jamais et qui l’a louée.

« – Et… elle est… louée ?

« – Il paraît que oui.

« – Depuis quand ?

« – Depuis quelques jours.

« – A qui ?

J’ai cligné de l’œil :

« – A un vieux monsieur, ai-je répondu, qui est venu l’habiter avec une jeune et jolie femme.

« Cette explication, comme vous pensez, a complètement rassuré nos deux amoureux, et je me suis sauvé pour venir vous prévenir, acheva maître Ambroise.

Le vicomte était soucieux et paraissait réfléchir.

– Je crois, monsieur le vicomte, que vos petites combinaisons doivent forcément se modifier, reprit maître Ambroise ; d’autant plus que M. Léon a manifesté le désir de retourner à Fécamp aujourd’hui même.

– Aujourd’hui ?

– Tantôt, vers trois ou quatre heures de relevée.

– Mais… pourquoi ?

– Pour retenir son passage, celui de mademoiselle Victoire et de madame Hulot. Vous le voyez, ça presse.

Le vicomte parut prendre une résolution subite.

– Il faut enlever Victoire, dit-il.

– C’est grave !

– Tu crois ?

– Dame ! vous n’êtes pas son père, et vous comprenez…

– Je suis son oncle.

– Cela ne suffit pas.

– C’est vrai, mais…

– Il faudrait que le père vînt. Vous pouvez mettre votre domestique à cheval.

– Bon ! après ?

– Et l’envoyer à Beuzeville avec une dépêche télégraphique. Le marquis peut partir ce soir de Paris et arriver cette nuit.

– C’est cela, dit le vicomte, l’idée est bonne.

– Mais, ajouta Ambroise, il faut que M. le marquis arrive discrètement ici et se concerte avec vous avant de venir à la Maison-Blanche.

– Attends-moi un moment, dit le vicomte, je reviens.

M. de la Morlière repassa dans le jardin et se prit à courir vers la maison.

Il monta rapidement à sa chambre et y prit un Indicateur des Chemins de fer. Dans l’escalier, il rencontra John, ou plutôt Rocambole. Rocambole cligna de l’œil.

– Ai-je bien fait, dit-il, d’avertir monsieur le vicomte ?

– Oui.

– Monsieur a-t-il besoin de moi ?

– Selle un cheval. Tu vas partir.

– Où vais-je ?

– A Beuzeville. Je vais te donner tes instructions.

Et le vicomte, qui courait comme un jeune homme, rejoignit Ambroise, toujours assis au revers du fossé et fumant fort tranquillement sa pipe.

Tout en marchant au pas de course, M. de la Morlière avait ouvert son Indicateur et constaté qu’il y avait un train-poste qui partait de Paris à six heures du soir et arrivait à Beuzeville à onze heures quelques minutes.

– As-tu un bon cheval ? dit-il à Ambroise.

– Mais oui, dit le fermier. J’ai un trotteur de la plaine de Caen qui fait, attelé à mon cabriolet, ses cinq petites lieues à l’heure.

– C’est parfait.

– En avez-vous besoin ?

– Tu iras cette nuit à Beuzeville. Tu t’y trouveras à l’arrivée du train-poste, à onze heures, et tu ramèneras le marquis. Quand nous serons réunis tous trois, nous causerons.

– Diable ! murmura Ambroise, qui parut légèrement embarrassé, il faudra que je trouve un bon prétexte pour m’absenter ce soir. Il ne faut pas donner l’éveil à nos tourtereaux.

Ambroise secoua les cendres de sa pipe, se leva, posa son fusil sur son épaule gauche et s’en alla fort tranquillement par un petit sentier bordé de haies qui serpentait à travers champ.

Le vicomte, lui, revint trouver Rocambole.

Il prit son carnet, en arracha un feuillet et écrivit dessus, au crayon, ces mots :

« A monsieur le marquis de Morfontaine, à Paris.

« Prenez le train-poste de six heures, descendez à la station de Beuzeville ; affaire urgente.

« M… »

– Tiens, dit-il à Rocambole, va me porter cette dépêche télégraphique.

Le valet prit le feuillet et y jeta les yeux sans scrupule :

– Mais, dit-il, elle n’est pas signée.

– Tu te trompes, répondit le vicomte ; le marquis et moi, nous n’employons jamais que cette initiale. Le marquis comprendra, sois tranquille.

Rocambole avait harnaché le cheval.

Il prit le feuillet, le mit dans sa poche, et sauta en selle avec la dextérité d’un groom anglais.

Puis il lança son cheval au galop, et prit un raccourci qui conduisait à Beuzeville en moins d’une heure.

Soit hasard, soit que la chose eût été convenue entre eux, maître Ambroise suivant son petit sentier, Rocambole galopant dans un chemin de traverse, se rencontrèrent à un endroit où les deux voies se croisaient.

Ambroise passa son fusil de l’épaule gauche à l’épaule droite.

Rocambole arrêta net son cheval.

Alors le cavalier et le piéton se regardèrent, et tous deux se mirent à rire.

– Eh bien ? dit Rocambole.

– Il y a mordu.

– Plaît-il ?

– Je veux dire qu’il a cru mon histoire tout au long.

– J’en ai la preuve dans ma poche, je vais à Beuzeville.

– Moi aussi.

– Quand ?

– Ce soir.

– Ah ! dit Rocambole, je devine : tu iras chercher le marquis.

– Précisément. Mais, ajouta le fermier, vous me permettrez une question, monsieur John.

– Voyons ?

– Pourquoi faites-vous venir le marquis et pourquoi avez-vous imaginé cette lettre de madame la marquise de Morfontaine, qui, vous le savez bien, n’a jamais existé ? Car, acheva Ambroise, loin de vouloir partir pour Fécamp, les deux jeunes gens se trouvent si bien à la Maison-Blanche, qu’ils y voudraient passer leur vie.

Rocambole ne répondit point directement à la question du fermier ; seulement il lui dit :

– Pourquoi me sers-tu ?

– Mais, dame ! parce que…

Ambroise hésita.

– Parce que, dit Rocambole, il y a de l’argent au bout, d’abord.

– Dams ! c’est un peu ça.

– Et puis, que j’ai la preuve de tes petits péchés, et que je pourrais t’envoyer tu sais où…

– Ne me faites donc pas de ces vilaines plaisanteries, monsieur John, murmura Ambroise humblement.

– Or donc, acheva Rocambole, contente-toi d’exécuter mes ordres, et ne t’inquiète point de ce qui ne te regarde pas !

Rocambole avait prononcé ces mots avec hauteur, et Ambroise courba la tête et comprit qu’il avait un maître.

– Avez-vous besoin de moi ? demanda-t-il avec l’humilité d’un inférieur.

– Non, je te verrai ce soir.

Ambroise continua à suivre son petit sentier bordé de haies.

Rocambole remit son cheval au galop, et, trois quarts d’heure après, il arriva en vue de Beuzeville.

Mais au lieu d’entrer dans le village, au lieu de se diriger vers la station du chemin de fer où se trouvait la station télégraphique, il se jeta résolument à gauche, dans la direction d’un petit bouquet d’arbres isolé au milieu des champs.

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