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Chapitre 9 Voyage sur les toits

Il y avait loin encore, bien loin de cette première terrasse où était notre jeune pêcheur jusqu’aux remparts du Castel-Vecchio. Mais on pouvait dire cependant que le plus fort était fait. La seconde maison en effet, élevée seulement d’un étage au-dessus de la première, présentait des pierres d’attente qui formaient saillie et rendaient l’escalade facile. Cette maison avait un nom. Les cicerones ne manquaient guère de montrer aux touristes son portail donnant sur l’impasse et conservant, en effet, un assez beau caractère. Les cicerones disaient :

— La casa dei Folquieri !

La maison des Foulquier, des Foulques, des Foucher, noms également communs dans la noblesse de l’ouest et du sud-ouest de la France.

La maison des Folquieri avait été enclavée dans les constructions plus modernes, comme le Castel-Vecchio lui-même. Elle tenait à elle seule la plus grande partie de la distance qui séparait la forteresse-prison de la rue de Mantoue. Il fallait la franchir dans sa largeur pour aller de l’un à l’autre, car sa façade courait dans le même sens que l’impasse, perpendiculaire à la rue de Mantoue.

Notre beau coureur de nuit attendit que la patrouille et son chef à la parole si peu militaire se fussent retirés. Dès qu’il n’y eut plus personne sur la piazzetta Grande, il commença d’escalader l’angle septentrional de la maison des Folquieri. C’était comme une échelle de pierre. Notre jeune homme, leste et courageux, bien qu’il n’eût point les talents gymnastiques de son camarade Cucuzone, eut bientôt atteint la balustrade supérieure. Il l’enjamba et se trouva dans la gouttière monumentale qui faisait le tour du vieil hôtel. De là, il était presque au niveau des remparts de la prison, qui formaient au loin une masse noire. Il pouvait voir marcher lentement les lanternes qui précédaient les rondes.

On n’avait garde de dormir au Castel-Vecchio cette nuit. Tous les yeux y restaient ouverts. Notre jeune homme n’avait pour le moment qu’un danger à craindre : c’était d’éveiller l’attention des bonnes gens qui habitaient les combles de la maison des Folquieri, et d’être pourchassé comme un voleur. Il se prit donc à ramper avec précaution le long de la belle et large gouttière, afin de faire le tour du vieil hôtel. Ceci était un jeu pour lui. Un enfant eût accompli ce travail sans peine.

Mais, dans ces voyages excentriques, où l’on prend des chemins qui ne sont point battus, il ne faut jamais se hâter de crier victoire. Dès que notre bel aventurier eut tourné l’angle méridional du pignon qui regardait la rue de Mantoue, les choses changèrent brusquement de face.

Une famille à l’étroit s’était bâti une allonge de logement au-dessus de la gouttière. Notre pêcheur, arrêté court, chercha un passage en dehors de la balustrade. L’édifice en planches construit par la famille trop resserrée pendait littéralement au-dessus du vide. Il eût fallu des ailes pour franchir cet obstacle. Beldemonio laissa échapper une exclamation de dépit et revint sur ses pas pour tourner l’hôtel en dedans. Sans ce hasard, notre histoire eût été tout autre.

Le sort d’un homme, bien plus, le sort de tous ceux qui tiennent à lui, dépend souvent de cette frivole question de savoir s’il passera à droite ou à gauche. Ici, ce hardi rôdeur Beldemonio fut forcé de passer à gauche. S’il était passé à droite, il eût atteint premièrement un quart d’heure plus tôt le but de sa course nocturne. Or, précisément pendant ce quart d’heure un fait capital se présenta. En second lieu, il eût suivi son chemin tout droit sans se laisser distraire, car il n’était point là, en vérité, pour glisser des regards curieux à travers les vitres et les rideaux. Or, il se laissa distraire, bien malgré lui. Il est des choses qu’on ne peut point assez regarder. Et, pour employer une expression usée jusqu’à la corde, mais qui est pittoresque à miracle, car notre vie à tous est comme un tissu où le moindre fil rompu ou dérangé peut varier à l’infini tous les dessins de la trame, la trame de son existence fut transformée. Sa vie fit comme lui, qui passait de droite à gauche : elle changea de direction à son insu.

Voici maintenant ce qui occasionna la distraction et le retard de Beldemonio. Il avait déjà tourné deux angles et suivait la corniche en retour qui couronnait la cour antérieure de l’ancien hôtel, lorsqu’il vit une lucarne éclairée vers le milieu du corps de logis principal. Il lui fallait passer là nécessairement. Il s’arrêta. Une silhouette de jeune fille se dessinait en noir sur les carreaux.

La jeune fille avait la tête appuyée contre le châssis. Elle rêvait, ou bien elle regardait au-dehors. En tout cas, c’eût été folie que de vouloir passer devant elle sans éveiller son attention. Notre jeune homme fut donc obligé de faire halte, attendant qu’il plût à cette gentille sentinelle de déserter sa faction. Gentille, il ne savait, et peu lui importait assurément. On ne voyait de la fillette que les profils délicats de sa taille svelte et légèrement affaissée par la fatigue ou la tristesse.

Tristesse et fatigue habitent parfois ces pauvres étages, les plus rapprochés du ciel, où le travail ingrat ne donne pas toujours le pain de la journée. Fatigue, car on s’est efforcé beaucoup et parfois en vain. Tristesse, car la peine de ce jour sera la peine du lendemain. Ce qui navre dans ces douleurs du pauvre, c’est le voile uniforme, épais, implacable, qui prolonge dans l’avenir sans espoir le deuil morne du passé. Tristesse, fatigue… les poètes parlent des joies de la jeunesse indigente. Elle existe, cette joie, par la miséricorde de Dieu. Mais, pour l’avoir, il faut la foi ou l’insouciance, la vertu que nul n’a chantée, et qui est la fleur même de la jeunesse !

Il est des rosiers que le soleil ne regarde point, et qui n’ont pas de fleurs. Il est des jeunesses pleines d’ombre où ne s’épanouit point la sainte insouciance. Pauvres tiges et pauvres âmes ! quand le soleil vient trop tard, à l’affût, elles se penchent ; quand l’amour les touche, elles meurent…

On peut bien penser que notre aventurier ne se donnait point à ce genre de méditations. La jeune fille le gênait, voilà tout. À peine pourrions-nous dire qu’il remarqua les grâces frêles de sa taille et cette mélancolie dont son attitude parlait si éloquemment. Au bout de cinq minutes, elle se redressa. Son visage se tourna vers le ciel ; ses deux mains s’appuyèrent contre son front, puis elle rentra lentement dans l’intérieur de sa chambre.

Bien que notre jeune pêcheur n’eut point aperçu ses traits, puisque sa figure était restée constamment dans l’ombre, le malheur profond qui était dans le geste et dans la pose de la fillette ne pouvait lui échapper.

— Elle souffre !… murmura-t-il.

Puis, profitant du chemin qui se trouvait ouvert, il poursuivit sa route. Plus il approchait de la fenêtre éclairée, plus il redoublait ses précautions pour ne point faire de bruit. On n’apercevait plus la jeune fille ni son ombre ; mais Beldemonio savait que, derrière cette croisée, il y avait des yeux et des oreilles en éveil.

En passant devant la fenêtre, il rampa comme un serpent sans oser lever la tête. Aucun bruit ne vint de la chambre éclairée. Pourquoi Beldemonio s’arrêta-t-il avant d’avoir franchi ce pas, difficile entre tous ? Pourquoi ? En tournant la tête doucement pour voir si nul ne l’observait, il avait aperçu en face de lui, tout au fond de la chambre, une forme blanche agenouillée. C’était bien la jeune fille de tout à l’heure. Beldemonio reconnaissait sa taille exquise dans sa gracilité enfantine, et jusqu’à cette apparence de faiblesse découragée. Elle tournait le dos à la fenêtre pour faire sans doute sa prière du soir. La lampe, placée sur une petite table, éclairait son profil perdu.

Dans ces lignes pures, mais manquant un peu des joyeuses rondeurs de l’adolescence, rien ne se faisait l’écho de ces pauvres faiblesses annoncées par l’affaissement du torse. Le front était haut et couronné d’une adorable chevelure, qui, sans frein ni lien, couvrait de ses boucles prodigues des épaules voilées chastement. L’arcade sourcilière, sculptée avec fierté, parlait d’intelligence, et laissait deviner le rayon qu’elle abritait. Les tempes, belles et larges, faisaient ressortir par leur blancheur le feston qui dentelle les jeunes chevelures à leur racine. Le découragement, car il en faut bien parler encore, était tout entier dans ce pauvre cou charmant et flexible, qui se penchait de côté, dans cette taille abandonnée, dans ces jolies mains si blanches, jointes avec mollesse. Que dire ? L’ensemble de tout cela était à la fois délicieux et pénible. Il y avait dans ce tableau, si simple en apparence, une plainte éloquente qui déchirait le coeur. Et cependant notre pêcheur sentit sa poitrine se serrer ; son coeur révolté en battit violemment les parois.

Il se leva tout droit, oubliant les précautions qu’il avait à prendre. Il se leva tout droit, comme si cette posture nouvelle eût dû lui permettre de mieux voir. Ce qu’il vit de plus, ce fut un livre de prières sur la table, et, au pied du lit, une petite robe de toile. Dans la ruelle était suspendu un de ces petits crucifix d’ébène que les religieuses portent à leur cou. Il attendait un mouvement qui lui permît de distinguer ces traits qu’il devinait si charmants. La jeune fille n’en fit point. Seulement, sa tête s’inclinait en avant par degrés et finit par toucher ses deux mains. À dater de ce moment, elle ne bougea pas plus qu’une statue.

Savez-vous ce que pensait Beldemonio ? Il pensait :

— Si je la rencontrais demain, je ne pourrais la reconnaître…

Tout à coup un bruit d’abord sourd, puis éclatant, se fit entendre dans le voisinage en passant par-dessus les toits. Il venait dans la direction de la ville, au-delà du Castel-Vecchio, du côté de l’occident. C’était comme si l’on avait cloué à grand fracas quelque vaste charpente. La jeune fille resta immobile. La ferveur de sa prière l’empêchait-elle d’entendre ? Beldemonio, au contraire, tressaillit de la tête aux pieds.

— L’échafaud !… murmura-t-il ; on dresse l’échafaud !

À peine prit-il le temps de jeter un dernier regard dans la chambre, un regard de regret. Il se mit à ramper. Mais il dit :

— Je reviendrai !…

En quelques secondes, il fut au bout de la maison des Folquieri. L’édifice voisin était plus bas. D’un saut léger, il descendit sur les toits, qu’il traversa en courant. Deux bâtiments restaient encore entre lui et le rempart. Il les escalada à la course puis, atteignant le créneau le plus proche d’un vigoureux élan, il se trouva sur les fortifications mêmes du Castel-Vecchio. Il ne put s’empêcher de regarder en arrière au-dessous de lui.

Son visage riant et hardi ne portait plus aucune trace de sa récente émotion. Avait-il oublié déjà cette blanche fille agenouillée ? Non. Mais il était de ceux qui casent leurs impressions et les reprennent une à une à l’heure utile. Cette faculté se nomme le sang-froid.

La partie du rempart qu’il venait de gravir était une sorte de terre-plein. La vue s’y bornait, au nord par une tour gothique au pied de laquelle bivouaquait un poste, au sud, par une demi-lune où se promenait une sentinelle. Un corps de bâtiment carré s’enclavait dans le terre-plein de la demi-lune, qu’il dominait de deux étages.

Au rez-de-chaussée de ce bâtiment, une lanterne pendue au mur éclairait vivement la fenêtre d’un cachot, fermée par de gros barreaux de fer.

— Je tombe bien, se dit Beldemonio, notre homme est là !

Il n’y avait guère à douter, en effet. Cette lanterne placée pour éclairer tout effort que le prisonnier aurait pu tenter contre ses barreaux est la précaution suprême usitée en Italie. On ne la prend que contre les condamnés à mort.

Au moment où Beldemonio s’orientait ainsi, un mouvement se fit au pied de la tour, et les soldats du poste prirent les armes. Une ronde passait. Beldemonio se laissa couler hors des créneaux, et se tint suspendu à la force des bras à la saillie de pierre qui régnait au-dessous. Il entendit passer la ronde. Les soldats causaient et riaient de l’excès de précautions prises pour garder le baron d’Altamonte.

— Nos seigneurs ne croient-ils pas, disaient-ils, que les Compagnons du Silence vont venir nous attaquer à cent pieds de terre ?

La sentinelle de la demi-lune cria le qui-vive, et fit la reconnaissance d’usage. La ronde disparut au détour des remparts.

Il y avait une minute à peine que le pas des soldats cessait de résonner sur les dalles, lorsque la sentinelle se trouva tout à coup en face d’un homme de grande et fière taille qu’elle n’avait point vu s’approcher. Son premier mouvement fut de donner l’alarme. Mais l’inconnu avait saisi sa main, et tracé rapidement une double croix sous la paume. Le soldat jeta autour de lui un regard épouvanté.

— Ici !… balbutia-t-il.

— Partout ! répondit l’inconnu.

Le soldat cherchait à voir son visage, qui était couvert d’un masque. Le costume de l’inconnu était celui d’un pêcheur. Après avoir regardé à la ronde, le soldat prononça d’une voix mal assurée :

— Le fer est fort et le charbon est noir.

– Il y a quelque chose de plus fort que le fer,repartit l’inconnu.

— C’est la foi !

– Il y a quelque chose de plus noir que le charbon.

– C’est la conscience du traître...Que voulez-vous, seigneur ?

— Délivrer le prisonnier.

— Je réponds de lui sur ma vie !

— Ta vie est à nous… Ne te mets pas entre le marteau et l’enclume !… Tu es ici parce que nous l’avons voulu !

— En effet, murmura le soldat, ce n’était pas mon tour de garde… le sergent…

— Le sergent, interrompit l’inconnu, reçoit les ordres du lieutenant, le lieutenant obéit au capitaine, le capitaine au major, le major au colonel, le colonel au général… À qui crois-tu que le général obéisse ?

— Au roi…

— À moi !

Ce disant, l’inconnu mit sous les yeux de la sentinelle sa main étendue. Au doigt médius, il y avait un anneau de fer, orné de trois diamants qui brillaient, formant un triangle de feu.

— Ordonnez, seigneur, dit le soldat : j’ai ma mère, je la recommande à Dieu.

— La mort est contre nous, répliqua l’inconnu ; la vie est avec nous… N’aie crainte !

Il s’approcha de la fenêtre du cachot et appela tout bas :

— Felice !

Personne ne répondit.

— Felice Tavola !

Même silence.

Le soldat, pâle et tremblant, avait repris sa promenade. Au moment où l’inconnu se tournait vers lui pour l’interroger, le mot de veille, comme on dit en Italie, passa de bouche en bouche sur la ligne des remparts.

— Niente nuovo !disait successivement chaque sentinelle ; rien de nouveau…

Le pauvre soldat mit ses deux mains sur sa poitrine haletante et prononça comme les autres :

— Rien de nouveau !

Le factionnaire du donjon cria pour les cordons extérieurs :

— Guardatevi, sentinelle !

– Bartolo Spalazzi ! dit l’inconnu.

— Vous savez mon nom, seigneur ? murmura le soldat.

— Tu as fait ton devoir, murmura l’homme masqué, demain, tu auras les galons de caporal et ta mère dormira dans un bon lit… Réponds et ne me cache rien… Quelque chose s’est-il passé dans ce cachot depuis que tu es en faction ?

— Seigneur, répondit Bartolo, j’ai fait le serment du silence avant d’être soldat… un jour que ma mère mourante n’avait pas de secours… Ce que je vais vous dire est la vérité… Voilà dix minutes environ qu’on est entré dans le cachot du Porporato ; j’ai entendu un bruit de voix, puis les fers ont sonné, puis encore la porte s’est rouverte et refermée : tout s’est tu…

— Un meurtre ?… pensa tout haut l’inconnu. C’est impossible.

Il reprit :

— Ceux qui sont entrés étaient-ils des gens de police ?

— Oui, seigneur.

— Il faut que je sache ! s’écria l’inconnu, qui semblait en proie à une agitation terrible. Combien met-on de temps entre chaque ronde ?

— Trente minutes.

— Et quand viendra-t-on te relever ?

— À onze heures.

L’inconnu consulta sa montre et dit :

— J’ai le temps !

Il s’élança vers le cachot et tira de son sein deux objets de petite dimension qu’il ajusta ensemble à la lueur de la lanterne suspendue au mur. Ces deux objets réunis, une lime circulaire sourde et un petit tour, formaient l’admirable machine inventée par le célèbre bandit anglais Jacques Sheppart, qui était un homme de science et de talent. La lime de Sheppart, montée sur un engrenage mû par un fort ressort de Genève, peut scier un barreau d’un pouce et demi en trois minutes.

Songez à ce pauvre Latude, qui mit trente-cinq ans à percer son trou, et prosternez-vous devant les progrès du siècle.

L’inconnu fit jouer sa lime, qui produisit à peine un léger sifflement. Il saisit à pleines mains le barreau scié par en bas, le tordit et le releva. L’instant d’après, il sautait dans le cachot du Porporato, tenant à la main la lanterne qu’il avait décrochée. Le cachot était vide. Sur le mur blanc qui faisait face à la fenêtre, deux lignes étaient tracées en mystérieux caractères :

NA3 E2A NA5MR3I2 ; EI2 E2I2 L3I2A3LI2 !

L’inconnu resta comme frappé de stupeur. Ses yeux ne pouvaient se détacher de ces caractères.

— Trahi !… murmura-t-il tandis que ses bras tombaient le long de son flanc ; le naufrage en vue du port !

— Seigneur ! seigneur ! dit la voix de la sentinelle à la fenêtre du cachot, on vient de tous côtés à la fois !…

L’inconnu se redressa de toute sa hauteur.

— Je suis encore debout, dit-il ; malheur aux traîtres !

Il sortit du cachot. Le rempart était déjà plein de bruits. On eût dit qu’un mouvement général se faisait du haut en bas du Castel-Vecchio. Des voix criaient de l’autre côté de la demi-lune :

— Ils ont dressé leur échelle dans la rue de Mantoue, vis-à-vis de la piazzeta Grande… Martino a été garrotté, bâillonné ; on lui a mis un bandeau sur les yeux et on lui a donné deux onces d’or pour payer sa discrétion.

— Et Martino a parlé ?

— Son compte est bon, le pauvre diable !

— Combien y en a-t-il eu à monter à l’échelle ?

— Un seul… Les autres sont restés avec la femme déguisée.

— Alors, il doit être sur les toits ?

— Ou dans la forteresse même !

— Alerte ! alerte !

— Qui fait faction là-bas ?

— Bartolo Spalazzi, du régiment de Trani…

Et les pas approchaient, et le poste de la tour prenait les armes.

— Je suis perdu ! murmura Bartolo.

— Crie : « Qui vive ? » ordonna l’inconnu, qui venait d’éteindre la lanterne, plongeant ainsi dans l’obscurité les abords du cachot.

— Qui vive ? répéta Bartolo machinalement.

— Crie plus haut !

— Qui vive ?

— Arme ton mousquet… tu vas te sauver toi-même en sauvant… Écoute, les voilà qui tournent le coude de la demi-lune… Qui vive ? encore.

Le soldat obéit. L’inconnu sauta sur l’appui du rempart.

— Vise et tire ! ordonna-t-il en faisant le plongeon.

Un coup de feu retentit suivi d’un tumulte inexprimable. Plus de cent hommes arrivaient tous à la fois de différents côtés sur le rempart.

— L’as-tu touché, Bartolo Spalazzi ?

— Par ici ! par ici !… une échelle !… toutes les rues sont gardées ! nous le tenons !

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