Chapitre 8 La béquille du seigneur Johann Spurzheim
L’agent de police numéro 133 était tombé à l’endroit même où il se trouvait, lorsque ce mystérieux coup de foudre l’avait frappé, c’est-à-dire entre la table de travail de Johann Spurzheim et ce fauteuil monumental servant à la fois de forteresse contre les vents coulis et les regards indiscrets. Au bout de quelques secondes, on aurait pu voir cette tête disséquée du directeur de la police royale sortir peu à peu de l’ombre, à deux pieds tout au plus du sol. Il se traînait sur ses mains et sur ses genoux. La fatigue le faisait râler. La lumière de la lampe, qui tombait maintenant de haut sur son crâne chauve, y mettait des tons livides et parcheminés qui se marbraient de touches mates couleur de cendre. C’était horrible à voir. Il s’arrêtait souvent pour respirer, et son souffle geignait dans sa gorge. Il mit, en passant, sa main sur le coeur de l’agent.
— C’est chaud, dit-il, mais cela ne bat plus !
L’agent était couché sur le côté. Sa tête se renversait parmi les masses de sa chevelure grise. Il avait les yeux grand ouverts et fixes. Johann le regardait de tout près.
— Oui, oui, grommela-t-il, cet homme-là était bien conservé. Il n’aurait eu qu’à lever le doigt pour me terrasser. Moi, je suis un agonisant, c’est clair, c’est clair.
Et il riait plus fort.
— Mais voilà si longtemps que dure mon agonie ! reprit-il, et voici tant d’hommes robustes que je fais trébucher le long de mon chemin ! J’aime mieux ma maladie que leur santé. J’aime mieux ma mort que leur vie. J’irai comme cela jusqu’à cent ans !
Il fouilla dans la poche de l’agent et en retira le portefeuille qu’il ouvrit. Dans le portefeuille, il prit quelques papiers qu’il parcourut d’un regard rapide.
— Nous verrons tout ceci à tête reposée, pensa-t-il, aujourd’hui, nous n’avons pas le temps. Bon ! voici cet écrit saisi chez Sansovina, je prends mon bien où je le trouve. Et sa carte d’agent, où est-elle ?
Il ouvrit les divers compartiments du portefeuille. La carte d’agent était dans le dernier. Elle ne portait point de nom, mais seulement le numéro 133 avec le timbre de la police.
Johann se leva sur ses genoux, prit la plume où l’encre n’était pas encore séchée, et inscrivit un nom au-dessus du numéro d’ordre. Puis il remit la carte dans le portefeuille avec l’alphabet du silence, et la traduction des lettres signées Brown. Le portefeuille retourna dans la poche de la pauvre houppelande de l’agent.
Johann, toujours agenouillé, poussa ses pieds sous la table à grand-peine. Il fut obligé de s’y reprendre à quatre ou cinq fois pour soulever le rideau détaché par Pier Falcone, et en recouvrir le cadavre.
Le lecteur avait peut-être pensé que Johann Spurzheim avait fait décrocher ce rideau par pure fantaisie. Nous pouvons affirmer que le directeur de la police royale ne faisait rien au hasard.
Lorsque le corps de l’agent numéro 133 eut disparu sous le rideau, Johann reprit haleine. Mais un regard jeté sur la pendule lui rappela sans doute qu’il n’était pas temps de se reposer, car il se reprit à ramper vers sa guérite avec un courage nouveau. C’était un spectre infatigable.
Il parvint à se remettre dans son fauteuil et s’empara aussitôt de cette bizarre mécanique, foudre muette, qui avait si lestement terrassé un homme. En la remettant sur ses genoux, son geste avait quelque chose de caressant.
— On achète bien cher des objets curieux et rares, murmura-t-il en faisant agir un petit levier placé à la partie postérieure de la machine, ceci ne brille pas, mais quelle utilité !
La machine craqua sous la pression du levier, à peu près comme fait un moulin à café au premier tour de roue.
— C’est dur ! dit encore Johann, mais je suis encore nerveux !
Il prit dans sa caisse une balle de plomb du calibre ordinaire, et l’introduisit dans cet appendice étroit et long que nous avons comparé à un bâton. La balle y glissa.
Ce bâton était un canon de carabine. Restait à tourner la vis centrale, mais les forces de Johann Spurzheim étaient réellement épuisées. Il essaya. Sa main lâcha prise tandis que sa poitrine rendait un rauque gémissement.
Juste à cet instant des pas nombreux et bruyants se firent entendre dans le corridor par où l’agent numéro 133 s’était introduit dans son cabinet.
Johann ressaisit la vis et la tourna. Sa main lâcha encore.
— Je ne peux plus ! murmura-t-il, c’est un travail de géant que j’ai accompli cette nuit ! Je ne peux plus, il me faudrait une heure de repos !
Il entendit qu’on s’arrêtait dans le corridor de l’autre côté de la porte, puis une voix demanda :
— Auprès de qui me conduisez-vous ?
— C’est lui ! fit Johann en essayant un effort suprême.
La vis ne put mordre un seul cran.
Et Johann pensa :
— Il faut pourtant que je sois seul avec lui !
On heurta à la porte. Ce devait être une crosse de fusil qui sonnait ainsi contre le bois. Avant de répondre, Johann eut cette consolante idée.
— Celui-ci n’est pas libre comme l’autre, celui-ci a les fers aux mains, il ne peut pas se révolter.
— Entrez ! prononça-t-il tout haut.
La porte s’ouvrit au moment où la pendule marquait onze heures trois quarts.
Il y avait plusieurs hommes, parmi lesquels quatre soldats et un officier. Ils conduisaient un malheureux qui avait de fortes menottes aux mains et un anneau de fer au pied droit.
— Ce n’est pas le ministre d’État ! prononça le prisonnier d’une voix lamentable, je ne veux parler qu’au ministre d’État ou au roi !
— On dirait qu’il me sent, ce cher Felice Tavola ! se dit Johann en retrouvant sa grimace. D’ailleurs, le lieutenant est ambitieux, il se souviendra de mes instructions.
— Le ministère d’État a changé de place depuis longtemps, prononça le lieutenant avec moquerie, allons, monsieur le baron, je prie humblement Votre Excellence de vouloir bien se donner la peine d’entrer.
Ce disant, il lui fit passer le seuil brutalement et de force. Le prisonnier résistait de son mieux.
— Je proteste ! s’écria-t-il, devant tout autre que le ministre d’État, ou le roi, je garderai le silence, dût-on me mettre à la torture !
— Il me sent ! il me sent ! grommelait tout doucement Johann, ce que c’est que la sympathie !
— Sa Seigneurie est-elle là ? demanda en ce moment l’officier.
— Oui, répondit Johann en déguisant sa voix.
— Au nom de Dieu ! apprenez-moi chez qui je suis ! s’écria Felice Tavola, que les soldats poussaient vers la table.
Dès qu’il fut assez avancé dans la chambre pour que Johann Spurzheim pût l’apercevoir tout en restant protégé lui-même par la paroi de sa guérite, une expression de quiétude se répandit sur ses traits.
Le baron d’Altamonte, eût-il été fort comme dix Hercules, n’aurait pu se débarrasser de ces énormes menottes d’acier qui lui serraient les poignets. Rien que pour le choix de ces menottes, le lieutenant intelligent méritait de passer capitaine. Altamonte, de son côté, jeta un regard aigu dans l’ombre du confessionnal, mais ses yeux, éblouis par l’éclat de la lampe, n’y virent que du noir.
— Monseigneur, demanda le lieutenant, veut-il que nous restions près de lui, ou que nous montions la garde à l’extérieur ?
— À l’extérieur, répondit Johann.
Le baron d’Altamonte, à ce mot, baissa la tête et ne prit plus la peine de protester.
— Il a reconnu ma voix, pensa Johann, il fait son acte de contrition, pauvre ami !
Ce lieutenant était vraiment fait pour être capitaine ! Après avoir poussé son prisonnier jusqu’à la lourde et massive table qui servait de bureau à Johann, il passa une forte corde à l’anneau rivé autour de la jambe du baron, et le lia de court au pied de la table.
— Monseigneur, dit-il en se relevant, souvenez-vous que nous sommes ici près, derrière la porte, dans le corridor. Au moindre signe, vous nous verrez arriver.
« Cet homme, reprit-il la main appuyée sur l’épaule du prisonnier, cet homme est le Porporato. Comme ses compagnons ne le venaient pas délivrer, il a demandé à faire des révélations pour avoir la vie sauve. Que Dieu garde Votre Excellence.
Il sortit avec les servants de prison et les soldats qui avaient amené le baron d’Altamonte.
Celui-ci était un assez beau bandit de trente-cinq à quarante ans. On avait bien pu le prendre pour un gentilhomme à la cour de Naples. Parmi les cavalieri ferraï,avant l’arrivée du chevalier d’Athol qui s’était fait leur souverain maître, Felice Tavola possédait une influence égale à celle de David Heimer lui-même. Ils étaient ennemis.
Quand la porte extérieure se fut refermée sur le lieutenant et ses soldats, Felice Tavola dit sans relever la tête :
— Je sais que tu es là, David. Tu m’as fait tomber dans le piège, tue-moi sans me faire languir, c’est tout ce que je te demande.
Johann toussa sec et répondit en ricanant :
— N’as-tu point quelque importante révélation à me faire, mon pauvre Felice Tavola ? Ne voulez-vous point, illustre baron d’Altamonte, apprendre un peu au ministre d’État mon patron, ou au roi mon respecté maître, par mon canal indigne, qu’un coquin a usurpé leur confiance, et que la police napolitaine est aux mains d’un bandit ?
— Tue-moi ! dit le cavalier forgeron.
— Et comment ferais-je, baron mon ami ? répliqua Johann. Je n’ai ni bras ni jambes, moi, tu sais bien cela. Que de fois tu as ri après boire en m’appelant le cadavre ! Hélas ! Tavola, mon pauvre compagnon ! c’est le bourreau qui va prendre ta tête ! à toi, plein de force et de vie ! tandis que, moi, le moribond, le cadavre, je resterai dans cette vallée de larmes, où je te promets de prier bien dévotement pour toi !
— Tue-moi ! prononça pour la troisième fois le prisonnier.
— Ce que c’est que de nous ! fit avec onction le directeur de la police royale, tes mains ont beau être liées, si tu pouvais seulement faire un pas, tu m’écraserais de ton propre poids. Je suis sans défense, tu le sais bien, comme le malade dans son lit, comme l’enfant dans son berceau. Je n’aurais même pas le temps de crier au secours, car tu es dans toute ta force, toi, Felice. Je ne t’ai jamais vu plus beau qu’aujourd’hui !
— Tu n’es pas un homme, David, grinça le prisonnier entre ses dents, tu es un tigre !
— Ce que c’est que de nous, Felice, mon cher frère ! Si tu étais resté cinq minutes de plus dans ton cachot, tu étais libre. Beldemonio, ce fou qui a deux ailes quand il veut, a escaladé les murailles de Castel-Vecchio.
— Se peut-il ! s’écria Tavola, moi qui l’accusais.
— Je veux te donner cette joie, mon cher frère, de lui rendre justice avant de mourir ! Il a fait ce qu’il a pu, la sentinelle de la plate-forme était gagnée. Ce jeune héros de Beldemonio est parvenu jusqu’à la fenêtre de ton cachot au travers de dangers qui seraient très attachants dans un livre. Il a scié les barreaux, il s’est introduit dans ta prison.
Felice eut un râle de colère. Mais je ne saurais comment exprimer cela, ce râle était un peu forcé. On eût dit ce hoquet dramatique que tous les comédiens trouvent au fond de leur poitrine, vers le cinquième acte d’un drame, ce hoquet traditionnel qui fait si doucement frissonner le parterre.
Johann aurait dû faire attention à ce râle. Shakespeare disait : « Bien rugi, lion ! » Il aurait pu dire ici : « Bien râlé ! » Mais Johann triomphait, et rien n’est dangereux comme le triomphe.
— Il n’a rien trouvé dans votre prison, seigneur baron d’Altamonte, poursuivit-il, vous aviez reçu depuis un quart d’heure ma lettre qui vous promettait la vie sauve.
— C’est donc bien toi qui m’as écrit, David Heimer ?
— Et qui donc aurait su toucher comme moi le défaut de votre cuirasse, seigneur baron ?
Les mains de Felice Tavola se crispèrent. C’est pour le coup que Johann riait.
— Mais voilà bien une autre affaire ! continua-t-il, je n’avais pas seulement besoin de ta mort, mon cher frère, il me fallait perdre ce jeune héros de Beldemonio. Or, on me sait envieux et méchant, qui n’a pas ses petits défauts sur cette terre d’imperfection et de misère ? On sait que ce Beldemonio fait plus que me gêner, on sait qu’il m’opprime. Toute dénonciation anonyme doit m’être attribuée, c’est évident. Je me suis arrangé, mon cher frère, pour que la dénonciation eût une signature et que ce fût la vôtre.
— Vous auriez contrefait ma signature ?
— Fi donc ! les faux se découvrent toujours, je compte vivre vieux, malgré tout, mon bon frère et je veux de la tranquillité pour mes dernières années. Non, non, point de faux ! du moins comme vous l’entendez. Lisez ceci, je vous prie.
Il avança la main et mit ainsi en lumière une feuille de papier portant ces signes :
NA3 E2A NA5M RI3I2 EI2 E2I2 L3I2A3LI2
Felice Tavola lut couramment, habitué qu’il était à ces caractères.
« On m’a oublié, je me venge. »
Puis il ajouta :
— Que veut dire ceci ?
— Réfléchissez, mon bon frère. Les prisonniers montrent tous les mêmes faiblesses. Comme ils n’ont personne avec qui s’entretenir, ils bavardent sur les murailles de leur prison, cela les soulage.
— Je n’ai rien écrit sur les murs de ma prison, dit Felice Tavola.
— Et cependant notre Beldemonio y a trouvé quelque chose.
Felice Tavola devint pâle, et, cette fois, c’était de la vraie fureur.
— Ah ! que tu voudrais bien avoir les mains libres, mon cher frère, dit Johann.
— Infâme !… infâme scélérat ! gronda le prisonnier.
— Notre Beldemonio y a trouvé cette inscription, continua Johann gaiement, de sorte que, quand tu vas être mort et qu’on saura ses petits secrets, le plus beau des Grecs se dira : « C’est ce misérable Tavola qui m’a trahi ! » Comment trouves-tu cette naïve combinaison, mon cher frère ?
Johann achevait cette question d’un ton doucereux et cafard, lorsqu’il éprouva le plus grand étonnement qui l’eût jamais frappé en sa vie. C’était à n’y pas croire.
Le visage du prisonnier, tout à l’heure poussé par la rage impuissante, se détendait peu à peu. Un rire irrésistible avait l’air de le prendre.
La folie vient parfois ainsi. Johann se demandait si son cher frèredevenait fou. Il n’avait pas encore peur cependant. S’il se fût seulement souvenu de ce râle qui n’avait pas bien sonné tout à l’heure, il aurait eu crainte.
Felice Tavola le regardait fixement. Malgré la certitude que Johann avait touchant l’impossibilité où le prisonnier, placé en pleine lumière, était de le voir au fond de son ombre, ce regard l’irritait et le gênait. Instinctivement, il reprit à la main cette machine qui avait sifflé au moment où l’agent de police numéro 133 tomba mort. Felice Tavola le regardait toujours, et un rire muet était autour de ses lèvres.
— David Heimer, dit-il enfin sans bouger de place, mais en redressant tout à coup sa haute taille, tu es un curieux coquin ! En vérité, je ne t’en veux pas, pas plus que je n’en veux à la vipère qui tue en mordant, parce que Dieu a mis du venin sous sa gencive. Mais l’article 7 de la règle dit « Tout chevalier forgeron qui découvrira la trahison tuera le traître. » Tu as trahi, je vais te tuer.
Ceci avait l’air d’une extravagante fanfaronnade. Le corridor était plein de gardes, et le prisonnier, retenu par la jambe, avait les deux mains garrottées. Mais il y avait sur son visage une telle expression de sécurité, que Johann rassembla son souffle pour appeler du secours.
— Ne crie pas ! reprit Felice Tavola, qui le devina. Tu l’as dit tout à l’heure, si j’avais les mains libres, ou si seulement je pouvais dégager ma jambe, on n’aurait pas le temps de venir à ton secours. Tu es sans défense comme un malade dans son lit, comme un enfant dans son berceau, ce sont tes propres paroles ; je t’écraserais de mon seul poids.
Tavola fit un brusque mouvement. Les deux menottes d’acier qui entouraient ses poignets tombèrent à la fois. Elles étaient sciées d’avance. Johann étreignit son coeur, qui défaillait. Il ne cria pas. Tavola prit un riche poignard qui était sur le bureau pour servir de serre-papier, et coupa la corde qui retenait sa jambe.
On eût dit que Johann était mort dans sa guérite. Son souffle ne s’entendait plus, et il ne faisait aucun mouvement. Le prisonnier avança vers lui d’un pas. Alors une voix lamentable sortit de l’ombre.
— Aie pitié de moi, Felice, mon bon frère ! suppliait le directeur de la police royale, j’ai eu tort de jouer avec l’inquiétude d’un ami. Mais tu n’étais pas la dupe de mes folles plaisanteries, n’est-ce pas ? Tu savais bien qu’en mettant le pied ici, tu étais sauvé !
— Tais-toi ! ordonna Tavola, tu me fais honte et dégoût.
— Oh ! pourtant, mon frère bien-aimé, s’écria Johann, je ne peux pas te laisser dans cette fatale erreur.
— Tais-toi ! tu n’as qu’un moyen de ne pas faire à l’instant même ce saut de puce qui te sépare de l’enfer, où ta place est gardée, c’est de me conduire, au travers de ta maison, jusqu’à la porte de ton jardin, qui donne sur le vicoletto Ognisanti. Lève-toi et marche !
Johann poussa un gémissement. Cela ressemblait au cri qui échappe à la faiblesse dans un suprême effort.
— Je ne peux ni me lever ni marcher, répondit-il d’une voix essoufflée, mais un peu moins altérée par l’épouvante, tu le sais bien, personne n’ignore mon misérable état. Mais, par le saint nom de Dieu qui nous juge ! ce n’est pas pour te refuser, Felice, mon vieux compagnon. Approche, prends-moi dans tes bras, tu marcheras pour moi, et, moi, je te guiderai.
— Avez-vous appelé, seigneur directeur ? dit derrière la porte la voix du lieutenant qui voulait devenir capitaine.
— Réponds ! ordonna Tavola.
— Non, mon garçon, non, répliqua en effet Johann Spurzheim, demeurez en repos.
Le prisonnier était maintenant devant la guérite.
— Qu’est-ce que cela ? demanda-t-il en découvrant l’objet que Johann tenait à la main.
— As-tu peur de l’impotent ? fit Johann en riant, ne t’inquiète point, Felice, mon ami, c’est ma béquille. Tiens, on met cela sous son bras, de cette façon, comme si on épaulait un fusil, car c’est pour aider la plus misérable créature qui soit au monde à ramper dans l’intérieur de son appartement. Vois-tu, Felice, le bout qui est tout près de ta poitrine touche le carreau. Je l’ai fait faire en métal pour que cela morde et ne glisse point.
— Dépêchons ! interrompit Tavola, qui ouvrit les deux bras pour le saisir, comme cela était convenu.
Et l’on entendit pour la seconde fois ce sifflement sourd et tronqué. Le malheureux prisonnier chancela, porta ses deux mains à son coeur et tomba, la tête appuyée sur le cadavre de l’agent…
— Qu’as-tu donc, Felice, mon ami ? fit Johann craignant qu’il ne fût point mort.
Il se laissa glisser jusqu’à lui. Et, quand les courtes convulsions du prisonnier eurent cessé, il dit :
— Oui, oui, j’ai fait faire cela en métal pour que cela morde.
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