Chapitre 5 L’explosion d’une mine
Le prince Coriolani arrivait à la villa royale en compagnie de dona Angélie Doria. Il arrivait dans le carrosse de la comtesse Doria.
Son entrée était un événement. L’héritier de la couronne, les princes et les princesses lui faisaient fête. Mais, dans ce groupe nombreux, composé du marquis Zanone et de ses amis, les esprits étaient frappés vivement. Certes, ce n’était pas un vaincu que ce brillant seigneur, pour qui la cour était assemblée, et qui amenait à son bras la plus noble héritière du royaume de Naples, en dépit du frère aîné, le comte Lorédan Doria, chef de famille.
Mais il y avait désormais, pour ceux qui avaient ouï les paroles de Pier Falcone, il y avait comme une mystérieuse menace suspendue au-dessus de sa tête. La foule avait prononcé son nom au moment où l’on demandait à grands cris le nom du meurtrier de Monteleone. Et Falcone avait gardé le silence, comme s’il eût jugé superflu de parler après la foule. La foule, en prononçant ce nom, s’était-elle donc chargée de faire réponse ?
Il y eut, du reste, une circonstance singulière. Quand les courtisans, distraits un instant par le mouvement qui se faisait alentour, revinrent à Falcone pour le questionner de nouveau, Falcone avait disparu. Personne, pas même le petit marquis, ne sut dire de quel côté le nouveau médecin ordinaire de Sa Majesté s’était perdu dans les bosquets. Mais on n’était pas à bout d’étonnements ; ou plutôt les étonnements ne faisaient que de commencer.
— Per san Gennaro ! s’écria tout à coup Zanone, est-ce que je rêve ?… Voici le très illustre Carlo Piccolomini qui salue ceux qu’il a fait arrêter hier !
Au beau milieu de l’allée, le ministre d’État venait, en effet, de se découvrir devant Malatesta et Colonna, qui passaient bras dessus, bras dessous.
Ces deux jeunes seigneurs n’avaient point du tout l’air de captifs ayant brisé violemment leurs chaînes. Ils allaient jasant et riant.
— Voici le major des gardes qui fait mieux ! dit Madrina émerveillé ; il cause familièrement avec Sampieri et Marescalchi…
— Qu’il a pris tous deux au collet cette nuit ! acheva un autre.
Que signifiait ce revirement ? Car c’était l’exacte vérité : Wolfgang Baumgarten, major des gardes suisses, s’appuyait à droite et à gauche aux bras de Sampieri et de Marescalchi. Domenico Sampieri avait même la mine d’un vainqueur qui vient de prendre sa revanche et qui plaisante.
Mais, en regard de cela, si vous aviez vu l’accueil que l’on faisait à Fulvio Coriolani dans le cercle des princesses ! François de Bourbon tenait une de ses mains entre les siennes, tandis que le comte de Castro-Giovanni lui donnait bel et bien l’accolade.
Pendant cela, dona Angélie Doria, placée entre la princesse royale et l’archiduchesse princesse de Salerne, était comblée d’attentions et de caresses.
Il n’y avait dans cet auguste groupe qu’une personne dont le visage ne peignît point la joie. Dona Nina Dolci, la zingara, venait d’apercevoir le docteur Pier Falcone qui se glissait vers les appartements du roi. Elle avait essayé de rencontrer le regard de Fulvio, mais sans y réussir.
Tout à coup, les croisées de l’appartement royal s’ouvrirent à grand fracas. Le jardin retentit de ces complaisantes clameurs qui, depuis que le monde est monde, n’ont jamais manqué à aucun souverain.
— Viva il re Ferdinanado !
— Evviva il salvatore di patria !
— Evviva il Borbone ! Evviva ! evviva !
Le roi était au balcon, accompagné du comte Loredano Doria et du premier médecin ordinaire, le docteur Wilhelm Bach.
— Voyez, dit la princesse de Salerne à Angélie, Sa Majesté aura raisonné votre frère !
Et Castro-Giovanni, se penchant à l’oreille de Fulvio :
— Sa Majesté vient de prêcher Lorédan ! nous l’emportons sur toute la ligne !
Un huissier royal vint ouvrir à deux battants la maîtresse porte du pavillon. Le roi lui-même fit de la main un signe gracieux aux princesses pour les inviter à monter le perron.
— Sa Majesté vous a souri, dit-on à Fulvio.
Il ne faut point croire que la semence jetée naguère par Falcone n’eut pas fructifié. Ce qu’il venait de dire dans le groupe des courtisans arrêtés sous le balcon royal courait déjà de proche en proche… Le marquis Zanone, Casabianca et Madrina étaient d’excellentes gazettes. Mais, aux premiers mots répétés de cette emphatique et mystérieuse harangue, tous ceux qui tenaient de près ou de loin au parti des princesses eurent un sourire de mépris.
Personne n’ignorait cela ; chacun savait bien qu’une solennelle péripétie allait avoir lieu aujourd’hui à la villa Floridiana. Cette solennité devait amener la réhabilitation du grand nom de Monteleone, et sans doute le châtiment de quelque coupable ; mais comment rendre le mépris de tous ces gens bien informés pour ceux qui allaient colportant de vagues et folles rumeurs, où le prince Coriolani semblait placé d’un côté et le souvenir de Monteleone de l’autre ? De telle sorte que ces aveugles semblaient croire que la lutte existait entre le prince Coriolani et la mémoire de Monteleone.
Les nouvellistes et les curieux impertinents confondent tout, brouillent tout. En sortant de leur bouche, la vérité a un accoutrement de carnaval.
— Le coup de théâtre n’en sera que plus frappant ! se disaient les princesses ; laissons-les faire fausse route !
Elles se promettaient la joie du triomphe plus grande.
Angélie et Nina se trouvèrent un instant l’une auprès de l’autre.
— Il m’aime ! dit la jeune comtesse à l’oreille de son amie ; j’en suis sûre… je suis bien heureuse !
Nina la regarda. C’était vraiment une triomphante beauté que celle d’Angélie en ce moment.
— Et toi, murmura la zingara, dont la voix avait, malgré elle, des accents de tristesse, es-tu bien sûre de l’aimer ?
— Folle ! répondit Angélie.
Nina fixait sur elle ses yeux profonds.
— Si tous ceux qui sont là pour son triomphe se réunissaient pour l’accabler, continua-t-elle, l’aimeriez-vous encore, comtesse ?
Les belles paupières d’Angélie battirent, puis se baissèrent. Mais elle répondit pour la seconde fois et d’un ton de reproche :
— Tu es folle !
Elle passa, entraînée par la princesse de Salerne, qui lui donnait la main. La tête de Nina se courba sur sa poitrine. Elle restait la dernière des dames qui accompagnaient la princesse.
— J’ai peur ! dit-elle tout au fond de son âme.
En ce moment, l’huissier cria du haut du perron.
— On entre chez le roi !
C’est la formule pour annoncer que toute la noblesse est admise à passer le seuil des appartements où se tient Sa Majesté.
La famille royale ne s’attendait point à cela. On vit les princes et les princesses s’arrêter, étonnés, sous le vestibule.
Mais, dans les jardins, la foule reconnaissante poussa de longs evviva ! La curiosité, excitée, allait enfin être satisfaite. C’était bien le moins qu’on souhaitât longue vie au sauveur de la patrie !
Gentilshommes et dames s’engouffrèrent sous le vestibule. L’étiquette reçut à cette place plus d’un rude échec.
Nina, coupée par ce flot tumultueux, restait toujours à la même place. Son regard cherchait au loin dans les avenues. Elle attendait quelqu’un. Elle vit une escouade de chevau-légers à pied qui parcourait les jardins, posant çà et là des sentinelles.
Le jour allait baissant déjà. Cinq heures avaient sonné à l’horloge de la villa.
— On n’entre plus chez le roi ! dit l’huissier en abaissant sa verge derrière les derniers introduits.
Et ce cri, passant de sentinelles en sentinelles arriva jusqu’aux grilles du jardin :
— On n’entre plus chez le roi !
Une exclamation s’étouffa dans la gorge de la zingara. Elle venait d’apercevoir tout au bout de l’allée principale ceux qu’elle attendait sans doute : le vieux banquier Massimo Dolci, son oncle prétendu, et l’intendant de police Armellino.
Comme elle allait s’avancer vers eux, elle vit les deux factionnaires de la grille croiser leurs carabines au-devant des nouveaux venus. Le banquier de la cour ! le second dignitaire de la police napolitaine !
Nina s’arrêta. Elle devint très pâle. Elle s’élança dans un bosquet épais formé de magnoliers et de camélias arborescents. Presque aussitôt après, un cri étrangement modulé sortit du fourré.
Massimo Dolci et Armellino, qui se retiraient, tressaillirent à ce cri. Armellino dit :
— C’est Fiamma !
Et le vieux Massimo :
— Séparons-nous, Corner !… Je vais aller à la venta… Qu’il y ait des hommes dans la campagne, sous les fenêtres de la villa !
Ce disant, il remonta dans son carrosse, tandis que l’intendant de la police royale tournait la villa et s’enfonçait dans les bocages environnants.
Les yeux ardents de Nina étaient fixés sur les croisées du pavillon royal.
— Johann Spurzheim est là ! murmura-t-elle ; j’en jurerais !… Ce soir, il y aura bataille !
Au bout de quelques instants, elle sortit du bosquet, tenant des fleurs à la main. Elle n’essaya même pas de fléchir la consigne des gardes veillant au seuil du grand vestibule. Ce palais, c’était sa demeure. Elle en connaissait toutes les issues. Elle fit rapidement le tour du pavillon royal et s’introduisit par une porte des appartements de la princesse de Salerne.
Les galeries qu’elle traversa étaient désertes. Mais elle arriva bientôt à une salle où une femme voilée et portant un costume de deuil était seule.
D’un coup d’oeil, elle avait reconnu sa compagne du paquebot, la comtesse.
— On ne passe pas ! dit une rude voix près du seuil.
Et la porte fut violemment refermée.
C’était un nouveau détour qu’il fallait faire. Nina se présenta à une autre porte et l’ouvrit. Dans cette seconde chambre, sept ou huit cavaliers étaient réunis. Ils s’entretenaient avec vivacité. Nina referma la porte d’elle-même cette fois : elle avait reconnu les gentilshommes emprisonnés la veille : Giulio Doria d’Angri, le marquis de Malatesta, Sampieri, Vespuccio Doria, Marescalchi, Colonna, Ziani, Gravina, etc. C’était avec Carlo Piccolomini qu’ils s’entretenaient.
La zingara se dit, de plus en plus convaincue :
— Johann Spurzheim ne doit pas être loin !
Il était peut-être là, ce terrible mourant qui tenait en sa main tous les fils de cette tragédie ; mais on ne le voyait point. Ainsi l’esprit du mal est partout et n’est nulle part.
Nina parcourut toutes les pièces du pavillon royal, et ne découvrit point Johann Spurzheim. Quand elle parvint enfin aux salons et galerie où se tenait l’assemblée de famille, son premier regard chercha encore Johann Spurzheim. Ce fut en vain. Johann Spurzheim, invisible comme le démon lui-même, était l’âme de ce conseil et n’y assistait point.
Nina, ne pouvant pénétrer jusqu’à l’estrade où Ferdinand de Bourbon et sa famille étaient assis, se glissa vers un boudoir dont la porte s’ouvrait non loin des princesses, et tout près de Coriolani.
Ce boudoir donnait sur le Vomero. Sous la fenêtre s’étendaient ces campagnes enchantées qui rejoignent la villa des princes di Belvedere. Il contenait une harpe et divers instruments d’accompagnement. La princesse de Salerne, l’une des virtuoses les plus distinguées qui fussent en l’Italie, y venait souvent. Le roi aimait à l’entendre exécuter ces fantaisies rêveuses que berce le génie de l’Allemagne. Un balcon de pierre régnait devant la fenêtre du boudoir.
Cette assemblée offrait à coup sûr un aspect solennel. La famille royale était au complet. Vous n’eussiez pas pu nommer une maison illustre dans le royaume de Naples qui n’eût là quelque représentant.
Le roi était assis entre ses deux fils. Le fauteuil du ministre d’État restait vide à ses pieds. Lorédan Doria avait place derrière Sa Majesté. Les princesses entouraient Angélie, non loin de l’endroit où le prince Fulvio Coriolani se tenait debout.
Sur le visage de Fulvio, on pouvait admirer ce calme noble et serein qui était sa beauté même.
Ce fut le roi qui parla, comme étant en conseil de famille. Il annonça ce que tout le monde attendait, que la réhabilitation du nom de Monteleone allait être prononcée, et que cette grande maison avait des héritiers. Cela fut court. Le ton du roi était bref et sec.
Fulvio fut peut-être le seul qui ne remarqua point ce détail.
— Comte de Monteleone, dit le roi, approchez !
Fulvio s’avança aussitôt vers le centre de l’estrade. Il se trouva ainsi placé à côté du fauteuil vide qui attendait le nouveau ministre d’État.
Les princesses échangèrent un regard ; la bru favorite du roi serra même la main de la jeune comtesse Angélie. Elles voyaient là un présage.
Loredano, froid, silencieux, immobile comme une statue, n’avait même pas tourné son regard vers Fulvio Coriolani.
— Comte, reprit le roi, vous nous avez promis les preuves de votre naissance ; nous attendons ces preuves.
— Silence ! firent les huissiers royaux, car la foule s’agitait.
— Sire, répondit Fulvio, qui n’avait point encore parlé, j’ai promis à Votre Majesté l’acte de naissance de Mario, comte de Monteleone, fils aîné du saint qui trouva la mort au Pizzo ; le voici… Je dépose, en outre, aux pieds de Votre Majesté les actes de naissance de mon frère et de ma soeur : Giuliano et Celestina de Monteleone.
Le roi tendit la main. On put remarquer qu’il prenait les papiers sans adresser un regard au nouveau comte de Monteleone.
— Que tenez-vous encore ? demanda-t-il.
— Le testament de mon respecté père, répondit Fulvio.
Ferdinand de Bourbon eut un sourire froid et dont l’expression méfiante ne put échapper à personne.
— C’est juste, dit-il, seigneur comte ; vous nous aviez promis le testament de votre père mort, le témoignage de votre mère vivante.
Fulvio s’inclina jusqu’à terre et lui remit le papier qu’il gardait à la main.
— Sire, prononça-t-il tout bas, voici donc la moitié de ma promesse accomplie.
La lèvre de Ferdinand de Bourbon se crispa.
Nina voyait tout cela, placée qu’elle était derrière les princesses, à dix ou douze pas à droite du trône. Elle s’étonnait du calme, ou plutôt de la morne impassibilité qui était sur les traits de son Fulvio.
Dans l’assemblée, on se disait :
— La démission du seigneur Carlo Piccolomini n’est peut-être pas acceptée.
Un commencement d’inquiétude commençait à se faire jour dans le cercle des princesses. Mais François de Bourbon leur dit :
— Rassurez-vous… je connais le roi mon père.
Un fait qui pouvait surprendre l’entourage de la belle comtesse Angélie Dora, c’est le trouble et le malaise qu’elle laissait voir depuis le commencement de cette scène. Elle rougissait et pâlissait tour à tour. Elle semblait être littéralement au supplice.
Une fois, le regard froid de son frère Lorédan tomba sur elle. Ses deux mains couvrirent son visage, tandis qu’elle frissonnait de la tête aux pieds.
— Comte de Monteleone, dit cependant le roi, vous affirmez que le testament par vous déposé en mes mains est bien celui de votre père ?
— Sire, répondit Fulvio, je l’affirme sur l’honneur !
Le roi fit passer le papier à un homme qui était debout depuis quelques minutes entre le trône et le fauteuil de Loredano Doria.
Cet homme se dirigea vers une porte située vis-à-vis de Nina. Nina avait reconnu cet homme. Elle pensa :
— C’est là que doit être Johann Spurzheim !
Fulvio, lui aussi, avait regardé cet homme, mais sans témoigner la moindre émotion.
En voyant le geste du roi, le petit marquis Zanone n’avait pu s’empêcher de dire à ses compagnons :
— Il paraît que le Pier Falcone est décidément en grande faveur ! Pier Falcone cependant avait disparu derrière la porte refermée.
— Reste le témoignage de la mère vivante, prononça lentement le roi.
— Sire, répondit Fulvio gardant toujours la même respectueuse froideur, il m’étonne que la comtesse de Monteleone, ma mère, ne soit pas encore en présence de Votre Majesté.
Le roi repartit entre haut et bas :
— Nous attendrons la comtesse de Monteleone, votre mère.
Il y avait dans la manière dont fut prononcé ce dernier mot une telle intention d’amertume, que la princesse de Salerne se retourna vivement vers François de Bourbon.
Celui-ci répéta :
— Je connais le roi, mon père… Rassurez-vous.
Fulvio s’était borné à s’incliner en signe de remerciement.
Mais, à l’instant où le roi croisait ses bras sur sa poitrine, comme s’il eût voulu réellement attendre, la porte par où Pier Falcone venait de sortir s’ouvrit. Le ministre d’État Carlo Piccolomini parut sur le seuil et introduisit le marquis de Malatesta, suivi de ses compagnons, prisonniers de la veille.
— Qu’est-ce ? demanda le roi.
La surprise était peinte sur tous les visages. Il n’y avait de calme dans cette nombreuse assemblée que le prince Fulvio Coriolani.
— Sire, repartit Carlo Piccolomini, l’affaire d’hier a été jugée un peu légèrement : tel est l’avis de votre conseil. Ces gentilshommes offrent de prouver publiquement la sincérité de leurs affirmations.
— Qu’est-ce à dire ? s’écria le prince royal de sa place ; les accusations portées par ces jeunes fous sont-elles à l’ordre du jour de cette assemblée de famille ?
Un long silence suivit cette interpellation de l’héritier de la couronne. Ce fut le roi qui le rompit.
— Prince, répliqua-t-il, dans cette assemblée, comme partout ailleurs, et en n’importe quel temps, le devoir du roi est de veiller à la sûreté menacée de son trône… Qu’on fasse approcher ces gentilshommes !
Et, pendant que les conjurés d’hier perçaient la foule :
— Seigneurs, reprit le roi, je pense être entouré ici d’amis fidèles…
Une bruyante acclamation l’interrompit. Il remercia du geste et ajouta :
— Seigneurs, une vaste conspiration est organisée dans nos États contre notre personne et contre notre gouvernement… Ne m’interrompez plus ! je crois à votre loyauté dévouée… Cette réunion, convoquée dans l’origine pour glorifier la mémoire de notre cousin et féal ami Mario de Monteleone, a désormais une autre portée… Justice sera rendue à Monteleone… ses héritiers légitimes, s’il en est, recouvreront leurs biens et leur rang… mais il faut que justice soit faite. Avant que personne sorte de ce palais, les traîtres seront dévoilés et punis !
Le silence de la stupeur suivit cette déclaration, faite d’une voix ferme et haute. Les princesses étaient comme si elles eussent entendu éclater la foudre.
Il se fit un vide autour du prince Fulvio Coriolani. Le prince Fulvio Coriolani était de marbre.
À cet instant, et au milieu de ce silence, un gentilhomme que la princesse de Salerne ne connaissait point, eut l’audace de toucher par-derrière son épaule nue.
— Altesse, dit-il tout bas, il s’agit de vie ou de mort… Si ce billet ne parvient pas à son adresse, vous aurez à vous reprocher le trépas d’un homme !
La princesse se retourna. L’inconnu se perdait déjà dans les groupes voisins.
Il y avait un pli sur les genoux de la princesse, un pli adressé au prince Fulvio Coriolani.
Les femmes sont toujours fidèles et vaillantes dans leurs sympathies. La princesse, toute pâle d’émotion, se leva, traversa d’un pas ferme l’espace qui la séparait de Fulvio, et, feignant de lui tendre la main, elle lui glissa le billet.
Le roi fronça ses sourcils sévères. La princesse regagna sa place en rougissant.
Ceci était un des fils de la perfide trame ourdie contre Fulvio Coriolani, et la princesse de Salerne venait, sans le savoir, de se faire la complice des ennemis de son favori.
— Sire ! s’écria Piccolomini, on vient d’abuser, sous les yeux mêmes de Votre Majesté, de la compassion d’une noble princesse… On a remis un billet à l’accusé.
— L’accusé ! répétèrent cent voix contenues.
Angélie Doria était livide comme une morte. Les récentes révélations de Fulvio se dressaient dans sa mémoire comme des fantômes menaçants.
Piccolomini venait à son insu, ou avec préméditation, de prononcer le vrai mot de la situation. Il y avait là un tribunal. Et Fulvio Coriolani était désormais un accusé. Mais un tel prestige rayonnait autour de cet homme, que chacun hésitait à croire. Il y avait dans tous les esprits une arrière-pensée, que ceci pouvait être un jeu, une épreuve, que sais-je ? L’histoire est pleine de ces brouilles entre souverains absolus et favoris. Ceux qui se hâtent risquent de laisser leur doigt meurtri entre l’arbre et l’écorce.
L’accusé, puisqu’on l’avait appelé ainsi, tourna son regard dédaigneux et calme vers Carlo Piccolomini. Le roi, ayant les yeux fixés sur lui à ce moment, les retira soudain comme s’il eût eu frayeur d’être entraîné ou ébranlé. Fulvio tenait le billet ostensiblement ; il ne l’avait point ouvert. Il mit la main sur son coeur et adressa à la princesse de Salerne un salut reconnaissant et respectueux. Il vit du même coup Angélie et Nina Dolci : Angélie, affaissée, mourante, Nina Dolci, le front haut, l’oeil ardent, et si belle, que son visage semblait avoir des rayons.
Le marquis de Malatesta et ses compagnons, au nombre de sept, étaient à la barre. Ils avaient l’air isolent, suivant la coutume, et l’on entendit Sampieri disant au major Baumgarten :
— Aujourd’hui, vous n’êtes pas ici pour nous.
Le roi montra du doigt le billet remis à Fulvio.
Baumgarten s’avança et salua : c’était un soldat.
— Prince, dit-il, c’est pour faire mon devoir.
Fulvio lui remit aussitôt le papier sans même l’avoir déplié.
— On empoisonne dans une lettre, sire ! murmura-t-il ; la faveur de Votre Majesté m’avait fait bien des ennemis !
Une voix qui venait du coin des princesses prononça tout haut :
— Courage ! vous n’êtes pas encore condamné !
Les huissiers réclamèrent le silence.
Le prince royal et le prince de Salerne étaient maintenant derrière le roi.
Celui-ci déplia le billet. Ses deux fils se penchèrent curieusement par-dessus son épaule. Le billet ne contenait qu’une ligne écrite en caractères mystérieux :
L3NAM5 I2OI2M2 DI2A4CA5 : A2A5A5I2P !
Les deux princes de Bourbon regardaient cela tout étonnés. Le roi se tourna vers eux :
— Nous avons été audacieusement trompés ! dit-il.
Puis, choisissant un papier parmi ceux qui étaient devant lui sur la table, il le tendit à ses fils en ajoutant :
— Traduisez !
Ce papier était la clef de l’alphabet du silence, remise par Manuele Giudicelli au seigneur Johann Spurzheim dans leur entretien de la nuit précédente.
Le prince de Salerne lut après quelques secondes de travail mental :
« Vous êtes perdu. Fuyez ! »
François de Bourbon fit cette observation :
— Un pareil avis, remis en un lieu où la fuite est matériellement impossible, ne peut venir de ces chevaliers du silence, si habiles et si prudents !…
— Vient-il de moi, seigneur ? demanda aigrement le vieux roi.
Puis il tourna le dos en grondant :
— Vous êtes tous prévenus… N’ai-je pas été ensorcelé moi-même ?… Mais, Dieu merci, j’ai les yeux ouverts… et justice sera rendue !
Il fit signe ; Malatesta se détacha de ses compagnons.
— Sire, dit-il en mettant un genou en terre sur la marche la plus basse de l’estrade, hier, j’accusais devant Votre Majesté cet homme d’avoir volé son nom. Je disais vrai, mais j’ignorais jusqu’où prétendait son audace… Entre hier et aujourd’hui, bien des choses se sont passées… Le premier coup porté donne du courage aux timides… Au fond de ma prison, la lumière est venue me chercher… Ce que l’instinct de ma haine me faisait soupçonner hier, aujourd’hui je le sais de science certaine : cet homme est le chef suprême des tiers carbonari (règle du silence).
Le murmure qui s’éleva fut de l’étonnement, non point de la réprobation.
— Avez-vous quelque chose à répondre ? demanda le roi en s’adressant à Fulvio.
— Rien encore, sire, répliqua celui-ci.
Sampieri, à son tour, se détacha et vint au pied de l’estrade.
— Nous savons, dit-il, pourquoi cet homme garde une tenue si hautaine en face de ses juges… Les ventes sont prévenues et armées… Cet homme compte sur une révolte générale du peuple de Naples, excité par les traîtres carbonari…
Un sourire vint aux lèvres de Fulvio.
— Si je voulais… murmura-t-il.
Mais il n’acheva point et croisa ses bras sur sa poitrine.
— Poursuivez ! ordonna le roi en s’adressant au Malatesta et à ses compagnons.
Ce fut Sampieri qui répondit :
— Sire, cet homme vous ramena hier la noble et pure jeune fille adoptée par votre tendresse… Nous voici à vos pieds sept gentilshommes. Pour le besoin de notre honneur, nous devons dire pourquoi notre haine commune nous a rassemblés contre un seul aventurier. Malatesta vous a parlé de sa soeur. Dieu nous voit tous, et Dieu le juge… Moi, Domenico Sampieri, j’étais le fiancé de Bianca Barberini.
— Moi, Pietro-Maria Colonna, j’étais le fiancé de dona Francesca Pisani.
— Moi, Andrea Pitti, j’avais l’amour de dona Preziosa Balbi.
— Moi, Vicente Marescalchi, j’avais reçu la foi de Jeanne Palianti, des princes Paléologue.
— Moi, Vespuccio Doria, j’aimais Dona Isabella Doria d’Angri, et j’en étais aimé.
Les deux autres prononcèrent d’autres noms. Et tous les sept, étendant la main vers Fulvio droit et ferme comme un roc :
— Cet homme, qui est le démon sur la terre, a enlevé Bianca Barberini, a enlevé Francesca Pisani, a enlevé la Paléologue, la Doria d’Angri et la Balbi… Cet homme est le brigand Porporato !
À ce coup, un grand cri s’éleva. Les princesses frémirent ; mais que de beaux yeux s’ouvrirent avides !
La princesse de Salerne glissa un regard vers Angélie Doria. Celle-ci était de pierre. Ses yeux, fixes et grands ouverts, n’avaient plus de pensée.
Les deux fils du roi s’étaient assis derrière Sa Majesté.
— Avez-vous quelque chose à répondre ? demanda pour la seconde fois Ferdinand de Bourbon.
— Rien encore, prononça distinctement Fulvio.
— Poursuivez ! commanda le roi.
Le marquis Zanone dit à ceux qui l’entouraient :
— Pour un brigand pris au piège, ce Fulvio Coriolani me paraît bien calme, mes chers seigneurs… Je gage vingt onces d’or que tout ceci finira au mieux !
— Le Malatesta et compagnie, lui fut-il répondu, savent déjà le chemin de la prison !
— Je passe aux preuves, reprenait en ce moment Domenico Sampieri, qui était l’orateur de la troupe ; aux preuves de ce que nous avancions hier : à savoir que cet homme a pénétré hier au Castel-Vecchio, par les terrasses des maisons voisines, et fait disparaître son complice, le baron d’Altamonte, dont il redoutait les révélations… Sur les mains gantées de cet homme, deux preuves existent…
Fulvio Coriolani tressaillit imperceptiblement.
Nina eut le contrecoup bien plus violent de ce choc. Elle porta ses deux mains à sa poitrine haletante…
Le regard du roi fut un ordre. Le prince Fulvio Coriolani se déganta lentement.
— L’anneau des maîtres du silence ! s’écria Sampieri, dès que la main droite fut découverte.
— L’anneau de mon père, répliqua Fulvio sans rien perdre de sa gravité hautaine ; l’anneau du saint Mario Monteleone, qui était maître des chevaliers du charbon et du fer !
— Cela est vrai, dit François de Bourbon à l’oreille de son père, nous le savions.
Ce fut le dernier effort tenté en faveur de Corialani.
Le roi se retourna vers son fils et lui dit :
— Vous ne savez rien, taisez-vous et attendez !
Puis il ajouta :
— L’autre main !
Fulvio ôta son second gant. Sa main gauche, blanche et fine comme une main de jolie femme, avait une cicatrice toute récente, une brûlure. Malatesta et ses compagnons laissèrent échapper un cri de triomphe.
Le roi doutait encore avant cela, car il prit un air plus sévère.
— D’où vous vient cette cicatrice, seigneur ? demanda-t-il.
— Sire, répliqua Fulvio, deux pauvres enfants qui se mouraient… Je n’ai point l’habitude de me vanter des bonnes actions qu’il m’est donné d’accomplir de temps en temps, par hasard.
Cette repartie fut faite d’un ton si libre, si décent, si tranquille, qu’on eut pu croire vraiment que le prince Coriolani était engagé dans ces entretiens frivoles où les habiles du monde font assaut de grâce et de politesse.
Mais Domenico Sampieri s’écria :
— C’est ici qu’est le doigt de Dieu ! L’imposteur a sauvé malgré lui les deux nobles enfants qu’il voulait spolier de leur héritage.
Ceux de nos lecteurs qui ont suivi ce récit avec attention se seront demandé peut-être à quoi bon cette démonstration, cette harangue emphatique de Pier Falcone dans le jardin de la villa Floridiana. Les lignes qui suivent vont répondre à cette question.
Pier Falcone avait joué le rôle du pionnier qui ouvre les voies. Il avait planté le jalon qui donne de la vraisemblance aux assertions les plus hardies. Grâce à lui, Sampieri trouvait là des gens pour le comprendre à demi-mot. Aussitôt qu’il eut fait allusion aux héritiers de Monteleone, le petit marquis Zanone et ses auditeurs dressèrent l’oreille comme des privilégiés qui ont eu les prémices d’une nouvelle importante. Ils avaient parlé, ils étaient intéressés d’avance à soutenir leur dire.
— Sire, reprit Sampieri d’une voix grave et en posant le pied sur la première marche de l’estrade, il sera donné, en effet, à votre haute justice de réhabiliter les héritiers du grand comte Monteleone… Ce comte Giuliano, cette comtesse Celestina, dont les actes de naissance sont entre vos royales mains… Et la réhabilitation sera d’autant plus providentielle que ces deux enfants ont atteint un plus terrible degré de misère et de malheur… Le fils et la fille de Monteleone, sans autre protecteur qu’un pauvre vassal qui manquait lui-même du nécessaire, habitent une mansarde de la maison des Falquieri, rue de Mantoue…
Un peu de sang vint aux joues pâles de Lorédan Doria. Sa soeur, la belle comtesse Angélie, rouvrit à demi les yeux et poussa un long soupir.
— La nuit dernière, continua Domenico Sampieri, se croyant abandonnés de Manuele Giudicelli, leur unique et suprême protecteur, qu’ils n’avaient point vu depuis trois jours, les deux orphelins résolurent de mettre fin à leur vie… Il est un moyen sûr et silencieux que la science imprudente enseigna récemment au désespoir : je veux parler de l’asphyxie par la vapeur du charbon. Julien et Céleste choisirent cette porte pour sortir de ce monde… Elles sont étranges, les voies de la Providence ! s’interrompit ici le Sampieri ; à l’heure même où cet homme, instrument d’une association criminelle, escaladait la maison des Folquieri pour pénétrer jusqu’à la prison de son complice, les deux pauvres enfants, seuls et découragés, allumaient le réchaud fatal… le réchaud qui a laissé une empreinte à votre main, prince Coriolani !… Quelques minutes après, l’éveil était donné, le malfaiteur, poursuivi par la garnison du Castel-Vecchio, fuyait le long des galeries… Il trouve une fenêtre mal fermée, il la pousse, elle cède… et le malfaiteur, en violant cet asile dans l’intérêt de son salut, y fait pénétrer l’air avec la vie… Il s’évade, mais il a ressuscité ses victimes… Il est sauvé, mais il a laissé derrière lui la trace de son passage. La justice humaine est désormais sur sa piste… Qu’il tremble ! son heure est venue !
On put voir naître un sourire dédaigneux sur le visage jusqu’alors impassible du prince Fulvio Coriolani.
Il serait difficile de préciser les sentiments qui agitaient à cette heure l’assemblée. Si quelques sympathies en faveur de l’accusé survivaient dans cette foule, elles se cachaient. L’accusé s’abandonnait lui-même ; l’accusé ne se défendait pas. Le cercle s’était élargi autour de lui, comme il arrive toujours quand la foudre frappe un puissant. Les princesses gardaient maintenant un morne silence ; les deux fils du roi faisaient de même.
Angélie Doria cachait sa tête dans le sein de la princesse de Salerne. Nina Dolci, debout, l’oeil clair, le cou tendu, semblait attendre l’explosion de quelque invisible mine. Elle n’était pas seule sous l’empire de cette mystérieuse attente. L’inertie de ce lion était pleine de menaces. Rassemblait-il ses muscles pour fournir un suprême et prodigieux bond ?
Le roi fit un signe.
La porte par où Malatesta et ses compagnons avaient été introduits s’ouvrit de nouveau.
Pier Falcone, qui était auprès du comte Lorédan Doria, se pencha à son oreille.
— Seigneur, lui dit-il à voix basse, regardez bien ce qui va se passer.
Lorédan se retourna, le toisa et répondit :
— Je ne vous connais pas.
— Qu’importe la source d’un bon avis, seigneur ? repartit Pier Falcone. Regardez du côté de cette porte, et regardez ensuite la comtesse votre soeur !
Sur le seuil de la porte parurent successivement le lieutenant Frazer, de la garde suisse, un adolescent que personne ne connaissait, et une femme en deuil dont le visage disparaissait sous un voile épais.
Sampieri, Malatesta et ses compagnons avaient reculé, laissant une large place vide.
Le lieutenant Frazer s’avança le premier. Il déclara reconnaître le prince Fulvio Coriolani pour l’avoir arrêté la veille au soir, vêtu d’une soutanelle de séminariste, à la porte extérieure de la maison des Folquieri.
Le prince Fulvio ne protesta point. Mais il tressaillit tout à coup. L’huissier venait d’annoncer à haute voix :
— Le comte Giuliano de Monteleone !
Ce fut un mouvement général de curiosité, parmi lequel s’étouffa le cri d’angoisse poussé par Angélie. Deux personnes seulement entendirent ce cri, à part la princesse de Salerne, qui tenait la jeune fille dans ses bras : Nina Dolci et le comte Lorédan Doria. Nina eut un sourire d’amertume courroucée. Le comte Lorédan se leva à demi.
Le regard de Fulvio s’attachait, doux et calme, sur ce jeune homme qui s’avançait la pâleur au front. Arrivé devant lui, Julien s’arrêta et leva les yeux. Ses yeux exprimaient une haine farouche. Il déposa aux pieds du roi la bourse brodée de perles où se lisait le nom du prince Coriolani.
Ferdinand de Bourbon demanda :
— Reconnaissez-vous cette bourse ?
— Je la reconnais, sire, répondit Fulvio.
— Elle vous appartient ?
— Sire, répondit encore Coriolani, une auguste princesse m’en fit don un jour en présence de Votre Majesté.
— Comte, asseyez-vous, ordonna le roi en s’adressant à Julien.
Julien s’inclina ; mais, au lieu d’obéir, il fit le tour de l’estrade et vint toucher du doigt l’épaule de Lorédan Doria.
— Vous qui êtes brave pour enlever les filles, dit-il entre ses dents serrées, qu’avez-vous fait de ma soeur ?
Lorédan le regarda stupéfait.
Pier Falcone n’était plus là.
— Nous nous reverrons, comte Doria ! reprit Julien d’un air sombre.
Et il tourna le dos.
L’huissier prononçait de sa voix retentissante :
— Dona Maria des Amalfi, comtesse douairière de Monteleone !
La femme voilée et vêtue de deuil s’avança jusqu’au pied de l’estrade.
Le roi se souleva à demi.
Maria des Amalfi rejeta son voile en arrière. Elle regarda Fulvio. Elle fit un mouvement comme pour s’élancer vers lui. Il tendit les bras, et chacun put bien voir que des larmes venaient à ses yeux.
En ce moment où toutes les respirations s’arrêtaient, car il était évident qu’un combat violent se livrait dans l’âme de cette femme ; en ce moment où le roi, pâle et profondément ému, retenait son souffle ; où la cour tout entière s’était levée d’un mouvement spontané, attendant quelque mystérieuse péripétie, Falcone reparut, précédant deux hommes qui portaient un brancard recouvert d’un linceul. Il vint se placer entre le roi et Maria des Amalfi. D’un geste brusque, il releva le linceul, découvrant ainsi le cadavre d’un vieillard à barbe blanche.
À ce coup, Fulvio se prit à trembler et devint livide. Un cri d’horreur s’échappa à la fois de toutes les poitrines. Julien, perçant la foule, vint se jeter à corps perdu sur le cadavre en gémissant :
— Mon père ! mon pauvre père Manuele !
— Moi, Pier Falcone, médecin du roi, prononça le Sicilien d’une voix distincte et ferme, je déclare qu’on a trouvé le corps de cet homme empoisonné au palais du prince Fulvio Coriolani !
— C’est donc bien vrai ! balbutia Maria des Amalfi chancelante et navrée ; toutes ces choses terribles sont donc bien vraies !
Son regard brûla tout à coup.
— Je ferai mon devoir ! dit-elle.
Puis elle ajouta en étendant la main pour montrer Fulvio :
— Celui-là est l’assassin de Mario Monteleone !
Ce fut son dernier effort. Elle tomba comme morte, tandis que Julien, quittant le cadavre de Manuele, s’élançait à elle en criant :
— Ma mère ! ma mère !
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