02
out se conjugue pour me corrompre. J’étais allée m’asseoir, cet après-midi, dans un fourré du parc, toute à la pensée de Clorinde. Dans le charme de cet isolement, allongée sur l’herbe épaisse, je m’abandonnais à la douce rêverie de je ne sais quelles privautés avec ma cousine… Mon émoi allait, par association d’idées, de son visage au fouillis palpitant de mes jupes ramassées autour de mes genoux. La moiteur d’une chair émue acidulait à l’aisselle les effluves d’ambre rose dégagés de mon corsage. Je jetai un regard dans l’angle de mes jambes, où, tout au fond, se devinait le coin charmant qui m’attirait. L’observation de ce détail aviva le souvenir qui lancinait mon esprit depuis la veille ; et, séduite par le spectacle que j’étais à moi-même, je ne résistai pas à me faire un doigt de cour.
Je berçais mollement ma charmante illusion, quand des chuchotements, de petits rires perlés, des cris étouffés, vinrent alerter mon bonheur. Je baissai rapidement mes jupes et j’écoutai… À deux pas de moi, dans un réduit du même fourré, mon frère ayant saisi contre lui Monique, une main sous sa robe, essayait de lui faire une douce violence.
— Vous savez bien que je vous aime ! lui disait-il.
— Je vous en prie, Georges, laissez-moi… Vous êtes fou, ici, sur l’herbe, non, non…
— Que crains-tu ?… Je serai prudent… Tiens, là, seulement, entre tes jambes… comme ça, vois-tu, sur ton petit bouton…
— Oh ! Oh !… non, je vous dis que non… Si vous continuez, je ne vous reverrai de ma vie.
Elle parvient à rabattre ses jupes et à lui échapper ; son rire fusa comme une gamme. Tout penaud, mon frère lui tend, pointée en l’air, cette chose de chair que je n’ai jamais vue encore sous cet imposant aspect.
— Voulez-vous cacher ça, vilain, lui dit Monique, vous êtes sans pudeur.
— Monique, ma petite Monique, regardez comme il vous implore… Au moins, ne lui refusez pas les caresses de votre main…
— Que vous êtes polisson… D’abord je ne sais pas…
— Je vais vous l’apprendre… De vos doigts, faites-lui un petit fourreau… C’est cela, sans serrer…
— Est-ce dur !… Et c’est cette machine que vous vouliez…
— Et puis, laissez glisser de haut en bas… Oui… comme ça…
— Ensuite ?… Ah ! que c’est drôle !…
— Vous continuez… mais sans précipiter… Glissez, vous dis-je. Ne serrez pas… Laissez à vos doigts tout le jeu d’une gaîne…
— C’est amusant, mais je ne suis pas bien à ma main…
La friponne ! qui l’aurait cru, avec l’air candide que je lui connais, sous sa coiffure à la Botticelli ? Ah ! comme elle se délecte à sa polissonnerie !… Qu’est devenue cette timidité rougissante dont elle évitait les badinages où je voulais parfois l’entraîner ?
— Vous savez, ajouta-t-elle, c’est la première fois, et il faut que ce soit vous… Attendez que je me place bien…
Debout tous les deux, Monique se met sur le côté, un peu en retrait de Georges, son buste légèrement penché en avant.
— Voilà qui va mieux, dit-elle en reprenant entre ses doigts cette machine raide… mais que c’est mal, Georges, de me faire faire ces horreurs !…
Sa main monte et descend le long du bâton de chair qui me semble grossir encore…
— C’est délicieux, chérie, soupire mon frère, mais actionnez votre main sur l’extrémité, qu’elle la dégaîne et la rengaîne à tout coup… Parfait, divin, allez, chérie, allez, n’arrêtez pas… Rythmez bien… Oh ! là… que c’est doux… que c’est bon !…
Il la prend subitement par la taille, semble se retenir à elle, près de fléchir sur ses jambes… Sa tête oscille sur son épaule.
— Ah ! ça y est, va, va, chérie, je suis au bonheur… Serre fort ta main à présent… Serre !… Ah !… ah !…
Mais qu’est-ce donc ? Je vois un jet blanchâtre partir en l’air, en trois ou quatre saccades. Instinctivement Monique, sans lâcher prise, esquisse un mouvement arrière pour rentrer sa robe.
— Assez ! Monique, assez !… soupire Georges, d’une bouche contractée.
La main s’arrête.
— Petit sale ! Vous ne m’aviez pas prévenue, fait Monique. Voyez ma main toute gluante…
Il lui tend son mouchoir.
— C’est un peu sale, ajoute-t-elle en se frottant… Je ne vous le ferai plus…
— Chérie, je te l’apprendrai d’autre manière.
— Taisez-vous, vous êtes un petit dégoûtant… Je n’oserai plus vous regarder… Voyez-vous que ce soit parti sur ma robe ?
Georges étouffa sa protestation sous un baiser, et je les vis s’en aller aux bras l’un de l’autre.