‹ Les Délices libertinesChapitre 3 sur 14 · 03

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uel mystérieux réseau de séductions le péché se complaît-il à tisser autour de moi ? Qui m’eût dit, Elsa, que je te devrais la plus tendre des initiations ? Jouions-nous donc à la plus timide des deux, et quand, à tes côtés, sur les bancs du Lycée, aux récréations, dans les couloirs obscurs où nous nous rencontrions parfois, dans nos jeux, mon désir confus montait vers toi, aurais-je supposé que ta réserve n’était que la crainte d’un affront que j’eusse pu faire aux avances de tes caresses ?

De même âge que moi, Elsa, brune ardente, est d’une taille élancée, déjà bien dessinée des hanches, mais de seins à peine indiqués et de membres grêles que semble consumer le feu qui couve dans ses grands yeux cerclés de bistre et empourpre comme une cerise ses lèvres charnues. Elle m’avait envoyé un petit mot pour que j’allasse passer cette journée avec elle. Elle m’accueillit par des démonstrations plus vives que d’ordinaire ; son regard se posait sur moi avec un air de langueur étrange ; sa tête se laissait aller sur mon épaule, tandis que son bras s’enroulait à ma taille ; sa main avait des caresses frôleuses, et sa bouche plusieurs fois s’égara sur le coin de la mienne.

Nous étions venues nous asseoir dans un bosquet de tilleuls que certain galant souvenir faisait dénommer le bosquet de l’Escarpolette.

— Ici, me dit Elsa, avec une intention qui alluma une flamme dans ses yeux, ici flotte l’ombre de la charmante Marie de Verrières, dont mon arrière grand-père fut l’amant après M. d’Épinay. C’est dans cette salle d’ombrages, comme on disait alors, qu’il la surprit un jour à genoux… oh ! tu ne devinerais jamais… oui, entre les jambes d’une autre jolie fille, Florise…

— Oh ! qui a pu te dire ? insinuai-je, un peu rouge de confusion.

— C’est historique, ma chère, j’ai entendu papa le raconter. Et cette Florise était la femme qui posa à Fragonard sa fameuse toile des Hasards de l’Escarpolette.

— Et alors ?

— Eh bien, vois-tu le spectacle ?… la tête de Mlle de Verrières enfouie sous les falbalas de l’ample robe à panier de Florise…

— Cela m’échappe un peu…

— Tu m’en contes… Moi je vois la scène comme si j’y avais été, reprit Elsa, avec un sourire plein de malice.

Se penchant sur moi, elle me glissa à l’oreille d’une voix qui tremblait un peu :

— Veux-tu que nous la jouions ?…

Et elle m’appliqua un baiser sur le haut de la nuque. Je devins pourpre ; cette proposition qui trouvait un écho favorable dans le trouble où j’étais depuis la veille, se heurta à un sentiment de pudeur.

— Mais, Elsa, je n’oserai jamais.

Déjà elle m’avait pris la main et m’enserrait d’un bras.

— Viens, insista-t-elle plus bas ; viens, nous allons faire des saletés… Pas ici, bien sûr ! Viens… c’est pour jouer…

Je me débattis mollement et me laissai entraîner.

Par un escalier de service, où nous nous engageâmes sans qu’on nous vît, mon amie me conduisit dans une chambre isolée dont elle avait fait un asile discret et sûr. C’était une pièce qui avait gardé tout le charme fané de sa décoration et de son mobilier Marie-Antoinette.

— Là, me dit-elle, je suis maîtresse absolue de ma solitude et de mes rêves, et, ajouta-t-elle en nouant ses bras autour de mes hanches, j’y commets en toute tranquillité mes petits péchés.

Sur ma bouche où elle appuya avec force la sienne, elle me susurra :

— Veux-tu qu’ensemble nous en fassions un mignon ? Un péché tout petit, petit, mais si joli !…

Le cœur me battait ; ce contact d’une muqueuse humide et brûlante qui, pour la première fois, pressurait mes lèvres en une longue pause, m’agita d’un frisson inconnu.

— Je veux bien, fis-je sans me décoller de ses lèvres… mais quel péché ?…

— Tu n’as donc jamais bêtisé ?

— Qu’est-ce donc ?

— Es-tu donc si naïve, ma petite Alice ? Mais d’abord, assieds-toi là près de moi, sur ce lit… Tirons les rideaux. Dans ce demi-jour nous goûterons mieux l’émoi de nos caresses.

— Si l’on venait ?

— Non, personne ne viendra… Approche… Abandonne-toi au charme du silence qui nous enveloppe…

Elle se tut, et, couchant mon buste entre ses bras, promena en un effleurement léger ses lèvres sur mes lèvres. Je lui répondis par un tressaillement de tout mon être. Puis je sentis une de ses mains descendre le long de mes jambes, pénétrer sous ma robe, remonter avec lenteur entre mes cuisses qui étaient un peu écartées et tâtonner un instant.

Elle s’attarda d’abord à parcourir la souple ondulation du ventre et les vallons de l’aine, se joua dans mon gazon déjà fourni, et alors qu’elle me pressait plus fort contre elle, j’eus le choc d’une sensation infiniment douce. Un doigt s’était posé au bas de ce triangle que dessine la jonction des cuisses. Un léger recul cambra mes reins. Puis, le doigt frétilla d’un mouvement en rond sur la sensibilité de mon petit pois… Mon Dieu, que c’était singulier. Je ne savais pas dire.

— C’est cela bêtiser, me souffla Elsa, avec une gravité passionnée.

Elle me tenait sous son regard plongeant au fond de mes yeux. Un point d’or s’allumait entre les longues franges de ses cils aussi mobiles que ses lèvres où luisait l’éclat de ses dents.

— Oh ! comme cela fait drôle, murmurai-je en me raidissant sous l’effet d’un étrange chatouillement.

Je fermai les yeux et m’abandonnai au trouble d’un silence où le souffle précipité d’Elsa sur ma figure rythmait le bruissement léger que faisait dans la batiste l’agitation de sa main.

L’image polissonne de ce frôlement cadencé, la confusion troublante de cet attouchement, le sentiment d’une chose défendue et mystérieuse, furent la saveur de ce premier péché où la nature ne me révéla que la chatouilleuse sensation d’un engourdissement pas comme les autres. Je pensais l’avoir physiquement consommé dans toute sa plénitude quand la main lassée d’Elsa suspendit au même point de mon attente sa légère et rapide giration sur deux doigts.

— Cela ne vient donc pas, chérie ? me dit-elle.

— Oh ! mais si ! fis-je un peu fâchée de l’avoir déçue.

— Attends, je vais te montrer sur moi… Mais donnons plus de jour pour la scène du bosquet, tu sais Marie de Verrières aux pieds de Florise…

Elle remonta les rideaux sur leurs embrasses, et en pleine lumière, elle s’assit dans un fauteuil.

— Mets-toi à genoux sur ce coussin, commanda-t-elle avec l’impatience du plaisir… Un peu plus près… là ; c’est bien. Tu viens de me faire une déclaration, et tu es tombée à mes pieds. Je ne suis point cruelle, je t’abandonne ma main et tu la baises avec transport… Va… Tu… commences par là…

Je pris ses petits doigts nerveux entre mes lèvres.

— Eh bien, Marie, il me semble… voulez-vous bien finir… Ah ! petite polissonne… Et puis, une de tes mains commence à s’égarer… Oui, c’est cela, tu me caresses la jambe avec toute la légèreté que tu peux y mettre… Marie, Marie, vous vous oubliez, je crois… Savoure l’inflexion du mollet à travers le fil soyeux du bas… Ah ! voyez-vous l’effrontée !… Et parle, dis ce que tu éprouves…

Je brusquai l’espèce de timidité dont je fus d’abord prise à mettre à cette scène tout le sérieux qu’y voulait Elsa. Le trouble où je la voyais me gagna quand, m’étant accroupie sur mes talons, ma figure se trouva juste à hauteur du cercle que sa robe traçait autour de ses genoux. Et je soupirai avec une émotion que je n’avais pas à feindre :

— Ô Florise, qu’il m’est doux le toucher de vos jolies jambes ; que j’aime leur forme fuselée qui s’étrangle à la cheville, et qui monte, monte jusqu’où je voudrais bien voir…

— Oh ! que vous me chatouillez, coquine… Est-ce bien de jeu ?

— Je baisse un peu la tête entre leur étroit écartement et je les vois s’infléchir parmi des blancheurs confuses…

— Oh ! la petite indiscrète… mais je ne vous permets pas…

— Qu’il plaît à mes doigts de s’égarer par là, tenez, comme cela, au delà du genou…

— Allons, polissonne, voulez-vous bien retirer vos mains ?

— Je n’y tiens plus, Florise, il faut que je regarde… Oh, je serai discrète… juste pour voir où finit le bas… dans ce petit nid où se montre tout au fond un coin de chair plus ambré…

— Tu me tournes la tête, petite folle ! Que tu joues bien le rôle… C’est bien cela, comme lorsque je suis devant la glace à me regarder. Va, poursuis ce gracieux manège…

Se calant plus profondément dans son fauteuil, Elsa avait un peu glissé sur l’avant et desserré ses jambes. Je compris l’invite de ce mouvement, et cédant à l’attrait magique de leur cercle d’ombre, j’engageai mon visage sous ses jupes. La douce chaleur qui y régnait me fut une griserie violente.

Je posai mes lèvres sur le velouté de la chair. J’entendis soupirer Elsa ; ses cuisses s’ouvrirent davantage, une de ses mains se plongea dans mes cheveux. Alors, robe et jupon ramassés à la taille, le pantalon m’offrit son ouverture. Mes doigts en élargirent la fente libertine, pendant que de son autre main Elsa remontait sa chemise. Une large toison noire, épaisse et bouclée, saillit sous mes yeux étonnés. J’en parcourus et baisai le somptueux dessin triangulaire qui encadrait abondamment un relief d’un rose foncé.

Je m’emparai des cuisses, et mes lèvres se saisirent de la petite crête rose. Comme sous un choc électrique, la croupe d’Elsa eut un recul qui me fit perdre le contact. Son ventre ondula sous un effet rétractile, puis se distendit mollement pour regagner ma bouche.

— Oh ! c’est cela, dit-elle d’une voix éteinte, va, ma chérie, bêtise mon bijou…

Mon inexpérience l’entreprit alors en la picorant tout le long de la muqueuse d’une finesse extrême, à la fois chaude et humide, parfumée d’un relent marin qui ne me déplaisait pas. Mes lèvres allaient et venaient avec délicatesse, ignorantes d’une pénétration plus exquise. Aux frissons qui parcouraient Elsa, je croyais lui dispenser tout le plaisir qui fût en mon pouvoir.

Mais elle murmura bientôt :

— Chérie, ta langue… fais-moi minette… Oui, tu devines… caresse mon petit con de ta langue… Oh ! là !… Pousse-la bien au fond… Oh !… oh !… Vois comme je te le présente bien… Ah ! va… va… Écarte les poils…

Ma surprise n’eut d’égale que le cri qu’elle poussa quand, obéissant à son désir, ma langue darda le pois dur et enflammé qu’un doigt d’Elsa posé en haut de sa motte si velue avait fait poindre. Je continuai avec une application dont les soubresauts qui agitaient le corps de mon amie me disaient les heureux effets. Le plaisir que j’y prenais moi-même me rendit ingénieuse. Ma langue quittant le petit pois se faufila au-dessous, sur la crête de cette muqueuse si fine, et pointant de son mieux, en força de haut en bas la faille qui se dessinait au milieu, et pénétra lentement dans un réduit dont elle savoura l’humidité alcaline et visqueuse. Les reins d’Elsa se cabrèrent, ses hanches se soulevèrent en une lascive ondulation, ses cuisses ramenées sur mes épaules eurent des frémissements.

— Oh ! que tu fais bien, soupira-t-elle, c’est ineffable… Oui, au fond, bien au fond… Et tu remontes, et tu redescends… Oh ! mange-le de baisers ce petit conin qui meurt d’envie de jouir… C’est inexprimable, vois-tu… Ah ! douceur souveraine, tu reviens à mon clitoris… Ah !… j’approche du bonheur… Tu t’arrêtes… Oh ! non, va, va, va, chérie !… Cela gagne… c’est une béatitude dans tous mes membres… Ah ! tu pointes encore au fond… tu mordilles… tu prends mon bouton dans ta bouche… Oh !… oh !… c’est fait… je jouis… tiens ! Alice, tiens ! bois ma liqueur… oh ! que j’ai plaisir de le faire dans ta bouche… Lèche !… lèche encore… va ! je recommence à jouir… encore ta langue… suce fort… plonge ton doigt dedans… bien loin, et puis mordille toujours… Ah !… ah !… ah !… Non, jamais… je… n’ai… tant…

Elle se tut soudain ; les derniers mots expirèrent dans un râle. Une crispation la tordit sur son siège, ses flancs précipitèrent leur balancement, son pubis moussu s’activa contre ma figure qu’elle plaquait entre ses cuisses raidies refermées sur mon cou.

Immobile dans leur étau de linon, j’appliquai encore quelques baisers sur la chair pâmée ; les ondes des derniers réflexes secouèrent le corps de quelques saccades. Puis dans une détente progressive, les mains d’Elsa crispées dans ma chevelure glissèrent sur le côté, ses jambes délièrent leur étreinte et, abandonnées par moi, retombèrent pesamment sur le tapis. Je dégageai ma tête.

Les yeux clos, la bouche entr’ouverte dans un sourire las, Elsa, la tête alanguie au dossier du fauteuil, se reposait de son bonheur.

Assise à la turque entre ses jambes, mon visage couché sur le milieu de sa cuisse, je me repaissais de la vue odorante de son petit conin ; ma main sous mon pantalon déboutonné, se porta vers le bosquet de Vénus. Deux doigts s’ouvrirent l’étroit sentier qu’il ombrage et foulèrent l’humidité qui perlait de la source voisine. Ils s’y plongèrent avec avidité.

Le léger froissement de cet ébat sensuel fit ouvrir les yeux d’Elsa. Pliant son buste sur moi, elle me murmura, bouche contre bouche :

— Tu te branles, ma chérie ?… bien sûr, pauvre mignonne, tu n’as pas joui, toi… Eh bien ! va, fais-toi le bien… Là, que je te regarde faire… Branle avec lenteur d’abord, sans trop appuyer…

— Oh ! Elsa, c’est bon…

— Puis, accélère en pinçant entre tes deux doigts le petit bouton… Laisse-moi toucher s’il est dur… Je voudrais te finir, mais tu n’es pas à ma main… Va, continue toi-même pendant que je patine tes nichons… Fais monter doucement le plaisir…

— Oh ! Oh ! Elsa… quelle chose exquise…

— Ne retiens pas tes soupirs… Gémis de toute ton âme, que je partage ton plaisir…

— Oh ! ça monte, ça monte…

— Eh bien, va, va plus vite… écrase fort ton bouton comme je fais pour ton sein… Vois comme je le frise rageusement…

— Ah ! là, ça y est, Elsa… Ah ! est-ce donc ça ?…

— Jouis ! jouis ! chérie… crie… crie…

La sensation divine m’enveloppa.

— Oh ! oui, je jouis, Elsa chérie… je jouis… ah ! ah !… Que c’est délicieux !… Ma première… c’est… ma… première… jouissance…

Et sous le choc foudroyant, je me laissai tomber en arrière sur le tapis. À genoux contre moi, Elsa, dont la chevelure défaite me baignait le visage de ses grandes ondes, logeant ses lèvres entre les miennes, me dardait dans la bouche une langue passionnée.

Puis reportant sa tête vers le lieu de ma jouissance, je sentis qu’elle désaltérait, dans la rosée dont j’étais trempée, la soif de sa volupté.

Et puis, que sais-je ?… J’étais, en rentrant chez moi, dans le ravissement du bonheur révélé.

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