05
lorinde est venue m’annoncer la prochaine arrivée de Mme de Servannes et de son fils. Je n’ai gardé d’eux que le souvenir assez vague d’une rencontre il y a deux ans. Je revois une grande et belle femme d’une distinction et d’une élégance des plus raffinées, au regard à la fois hautain et caressant qui m’intimidait et me fascinait tour à tour. Quant à son fils Claude, on eût dit d’une fille de dix-sept à dix-huit ans costumée en garçon.
— J’ai un béguin pour lui, me confesse Clorinde ; il date de la redoute que donna, l’année dernière, M de Servannes. Le conte en est piquant. Imagine-toi, que ce soir-là je portais ma robe à paniers xviii siècle, de brocart blanc semé de roses. Après un souper par petites tables au cours duquel le petit Servannes s’était singulièrement émancipé avec mes jupes, nous étions venues, Rosemonde et moi, nous accouder à la balustre de la terrasse donnant sur la pièce d’eau que des gondoles pointillaient des feux de leurs lanternes. Les grands arbres nous couvraient d’une obscurité propice aux libertinages. Sans mot dire, Rosemonde, s’agenouillant devant moi qui étais légèrement inclinée sur la rampe de pierre, souleva mes jupes, se faufila entre mes jambes que j’écartai et, peu volumineuse dans son travesti de petit page, disparut entièrement sous l’ampleur de mes cerceaux. Tu penses à quelle polissonnerie la coquine se mit avec ardeur…
— Oh ! tais-toi, Cloclo, fis-je dans une rougeur…
Déjà je m’abandonnais à cet égarement dont l’inattendu doublait le charme, quand un bruit de pas craqua derrière nous sur le gravier. Je tournai la tête et reconnus Servannes.
— Catastrophe !…
— Pas du tout, bien au contraire, tu vas voir… Eh quoi, dis-je à l’importun, vous vous permettez de venir troubler ma rêverie ?
— Clorinde, ce serait si doux pour moi de la partager.
— Ce serait diminuer mon plaisir de moitié.
— Croyez-vous ? Je saurais bien m’employer à vous donner l’impression contraire, reprit le fripon qui déjà passait un bras à ma taille.
Je me dégageai difficilement, car tu devines la gêne de ma position.
— Bas les pattes ! fis-je.
Par bonheur, Rosemonde, saisie d’effroi, s’était faite aussi petite que possible entre mes jambes. Alors, de mes mains facilitant la rotation de mon panier par-dessus son corps tapi sous moi, je pus me retourner entièrement pour faire face à ce gamin, en présentant à Rosemonde le côté pile de ma personne. La situation était sauvée.
— Eh bien, que me voulez-vous, Servannes ? lui demandai-je d’un air radouci.
Il me prit une main et je la lui laissai.
— Je voudrais, me dit-il avec aplomb, jouir, en cette délicieuse solitude, de toutes les privautés qu’autorise une nuit de bal masqué. N’est-ce pas le temps de la folie ?…
— On devrait vous renvoyer à l’école, mon petit.
— Je n’ai plus rien à y apprendre, Clorinde, voyez vous-même…
Et le garnement, en disant cela, se rapproche de moi, me prend un baiser dans l’ouverture de mon corselet et porte ma main à sa braguette. Il me la tient si ferme qu’il m’impose le contact de certain objet dur que je sens sous le velours de sa culotte.
— Alors ?
— Je me débats, mais faiblement, de peur qu’en m’agitant trop je ne découvre Rosemonde… Le polisson en profite. Il pousse sa hardiesse. Il m’a enlacé la taille et me baise passionnément sur la bouche, tout en maintenant ma main où tu sais… Le trouble finit par me gagner, car je t’assure qu’il sait y faire. Il me suce les lèvres, me pointe sa langue. Je le lui rends bien un peu à la longue… Alors, sans perdre son temps à des discours, il cherche à soulever par devant mon panier. Tu comprends si je tremble.
— Si vous faites cela, je crie, lui dis-je.
Il se modère, du moins je le crois, et de nouveau, je lui abandonne ma bouche… Que veux-tu, la sienne est une vraie cerise, et tu te rappelles comme il est joli garçon… Et puis, il y a l’enchantement de cette nuit claire, la complicité des ombres profondes du bosquet, et la sollicitation des airs dont l’orchestre, du fond des salons, envoie jusqu’à moi la plainte amoureuse… Il y a aussi que je suis gagnée par la polissonnerie qui se joue sous ma jupe…
— Je songe en effet à Rosemonde…
— Tranquillisée à présent et peut-être encore plus excitée, la friponne ne s’ennuyait pas. Accroupie contre mes talons, elle avait entrepris mon petit derrière où je sentais sa langue s’insinuer tout le long de la raie. Tu comprends que tout cela réuni me mettait à la merci de ce gredin qui me voyait m’alanguir contre son épaule. Je le croyais tout entier à me becqueter, quand soudain, m’ayant repris la main, il m’y glissa… crois-tu quelle audace, sa petite queue…
— Non…
— Son travesti de gondolier comportant une culotte à pont, il en avait, sans que j’y prisse garde, rabattu le devant, et tiré sa guiguite… sur lequel il me referma de force les doigts. Ma pudeur s’était apprivoisée et je ne retirai pas ma main. Ma curiosité fut vive à toucher, manier, caresser cette queue qui paraissait d’un garçonnet de quinze ans à peine, et effilée à son extrémité comme celle d’un chien… Tu as vu comme ils l’ont pointue… Je serrais un petit peu par endroits, pour juger de l’état. Servannes ne bougeait pas, mais sa lèvre se faisait plus gourmande et je l’entendais proférer de petits soupirs. Il me disait :
— Oui, Clorinde, comme cela, continuez… Branleriez-vous aussi bien que moi ?…
— Tu te le fais donc, débauché ? ou le fais-tu aux autres ?…
— C’est l’occasion qui en décide !… me répondit-il avec cynisme.
Ma main close allait et venait sur le lisse bâtonnet qui se cabrait quand j’en effleurais la tête.
— Est-ce que je bande à votre goût ? questionna-t-il.
— Vous êtes un impertinent ! dis-je… Certes oui, elle me paraît bien à point !… Petit scélérat, qui se fait ainsi masturber dans les coins ! C’est du joli ! Voyez qu’on vienne et me voilà perdue de réputation !…
— La belle affaire qu’on vînt ! plus on est de fous, plus on rit… Mais branlez, branlez, amie !…
Au fait, tout en cherchant à dissimuler sous l’apparence d’une contrainte le plaisir que j’avais de cet amusement, je m’étais mise à le branler comme il faut…
— Prends garde quand tu y seras, lui dis-je plus bas, de ne pas le faire sur ma robe.
Tout d’un coup, voici que l’insolent me pousse contre la balustrade où par le poids de son corps, mon buste se trouve à demi renversé. Je m’arc-boute heureusement assez des jambes pour ne pas écraser Rosemonde derrière moi… Vivement il relève les cerceaux de mon panier, remonte jusqu’au ventre le jupon de dessous, alors que je suis tout occupée à ne pas perdre l’équilibre. Et avant que je n’aie le temps de lui barrer la route, il me pose sa guiguite là-haut entre les cuisses.
— Quel tableau Clorinde, et que j’aurais voulu être à la place de Rosemonde !
— La petite sale n’en redoublait que plus d’ardeur. Tout en me languetant le cul, elle avait à présent introduit un de ses doigts dans mon bijou !
— Oh ! cette scène… Et alors ?…
— Eh ! bien, Servannes qui avait glissé ses jambes entre les miennes, et de ses mains plaquées contre mes fesses me collait à lui, frottait dans un va-et-vient sa petite verge sur mon bouton.
— Cette audace ! protestai-je en guise de défense, tout en savourant ce petit jeu.
— C’est afin de ne point engluer ta main ni étoiler ta robe !
— Prétexte ! repris-je pour l’encourager et en lui ouvrant un peu plus mes cuisses… Oui, beau masque, je vous vois venir… Vous voudriez me le mettre… Et même qu’en poussant un tantinet, ça y serait… Mais je ne me laisserai pas faire… Votre queue ne passera pas…
Ce disant, je fléchis mes jarrets pour mieux être à sa portée.
— Oh ! Clorinde, je n’y tiens plus, finis !…
— Ma chère, je ne puis te dire si c’était maladresse ou préférence : il ne pénétra pas, malgré ce que je pus faire et dire. Car vraiment, il m’avait mise en goût. Bientôt ses doigts me pincèrent violemment la chair. Il me parut se raidir, jeta une longue exclamation. Je sentis sa chose brûlante battre de courtes saccades nerveuses, et au même instant, je me trouvai affreusement mouillée…
— Vous êtes un petit dégoûtant ! criai-je, fort déçue ; vous mériteriez que je vous le fisse lécher… petit sale…
— C’est trop bien placé pour que j’en aie répugnance, me dit-il, et je suis prêt à vous montrer que ma langue ne travaille pas moins bien que ma queue…
— Et tu l’as pris au mot ?
— Le pouvais-je, avec Rosemonde dans les jambes ? Je renvoyai donc Servannes : Allez-vous en, garçon manqué !… lui dis-je plus fâchée, je crois, que dégoûtée. Il se sauva comme un gamin qui a fait un mauvais tour. Je te laisse à penser dans quel état m’avait mise cette entreprise polissonne… Je me retournai du côté de Rosemonde qui, me reprenant où elle en était lorsque Servannes était venu l’interrompre, libéra enfin de sa langue une jouissance si longtemps retenue…
— Il y eut une suite, sans doute ?
— Non. Les circonstances nous séparèrent dès le lendemain. Et depuis, nos rencontres ne lui ont donné que l’occasion de petites privautés qu’il n’a pu pousser jusqu’où je l’aurais laissé aller. Il me plaît surtout par le piquant contraste d’une nature d’affreux libertin, que je crois corrompu jusqu’au bout des ongles, avec cette allure de gamin imberbe, pomponné, de gestes efféminés, joli et rose comme une fille. Il s’en donne tous les dehors, avec ses culottes courtes, toujours si collantes, de jersey ou de velours, ses blousons à col échancré, ses bas bien tirés et ses Charles ix. Ma foi, je trouve cela gracieux… La dernière fois qu’il vint ici, il fut couru comme une chienne.
— Allons donc ?
— M. de Lignon était le plus enragé à la chasse. Excité par la culotte de tussor blanc que Servannes portait ce jour-là, je l’entendis s’exclamer : On y mettrait la main !… Ma chère, on voyait la raie mieux que s’il eût été nu ! Mais sa mère montait la garde autour de lui comme autour d’une fille. Aussi rusé que nous, il sut cependant lui échapper pour suivre dans un coin du parc ton débauché de frère. Je m’amusai à les suivre. Le jour était tombé. Je pus m’approcher d’eux sans qu’ils me vissent. Et j’assistai à une fort jolie scène : Claude à genoux devant ton frère, bel et bien déculotté… Tu devines quelle était leur occupation…
— Je t’avoue n’en avoir qu’une vague idée…
— Enfant, va… Il lui faisait ainsi que sa mère avait fait à mon mari… Du moins, c’est par là qu’il commença. Il lui picota d’abord la queue à coups secs et rapides, puis la lui prit dans la bouche, tout en lui chatouillant les deux petites guignes qui pendent en dessous. Mais quand Georges, dont la tête rejetée en arrière donnait les premiers signes de détresse, se sentit approcher du bonheur, repoussant le visage de Servannes attaché à lui comme à une proie qu’il dévorait goulument, il lui dit : Descends ta culotte, tourne-toi, penche-toi sur ce banc… Et je vis, la seconde d’après, le plus potelé cul de fille qu’il soit, présenter sa raie complaisante au solide priape que ton frère ajustait à son trou. Ses jambes imbriquées dans les siennes et légèrement fléchies pour être à hauteur convenable, le buste ployé en avant sur la croupe de Claude, et les deux mains cramponnées à ses hanches délicates, son ventre, comme sous la poussée d’un ressort, plongea insensiblement sa belle quille entre ces chairs qui me faisaient envie… En quelques coups de reins donnés sans brutalité, avec le sentiment de la délicatesse de ce siège étroit, elle pénétra jusqu’à sa racine. Claude, à ma stupéfaction, n’eut pas un cri. Seule, sa verge subitement raidie, se trémoussait dans l’or de ses poils. Je ne sais pourquoi, en ce cadre sylvestre, sous les premières ombres du soir, je liai l’image de cette douce passivité à celle de quelque biche sous la saillie d’un cerf vigoureux. Les cuisses du beau mignon s’écartèrent un peu plus, sa taille se creusa comme pour lui permettre de mieux épouser l’engin qui le pénétrait. J’aurais voulu être tout près et juger comment son anus se comportait dans sa résistance à ce coin écartelant…
— Tu m’en donnes chaud… dis-je à Clorinde.
— Georges l’eut à peine retiré et replongé de toute sa longueur trois ou quatre fois, que la jouissance le fixa dans une conjonction éperdue, avide d’une pénétration plus profonde encore. Le torse à présent relevé, un peu déjeté en arrière, les bras ceinturant avec fureur la taille du chérubin, il fallait le voir piquer ses derniers coups et tirer Claude si fort contre son ventre qu’il le souleva de terre, la croupe suspendue à sa queue… Tu te l’expliques par la différence de taille de l’un et de l’autre.
— Je comprends alors, repris-je après un silence, la surveillance de sa mère, s’il incline vers ce vice…
— Tu n’y es pas ! Cette surveillance n’a d’autre raison que la passion qu’a Mme de Servannes pour son fils.
— Une passion ? une passion amoureuse ?…
— Mais oui, et elle ne s’en cache pas… Je la crois même plus jalouse des femmes que des hommes.
J’étais abasourdie de pareille révélation. Clorinde continua :
— Mme de Servannes a élevé son fils dans ses jupes, au sens littéral du mot. Elle aime les femmes encore plus que les hommes. Elle a donc façonné son Claude comme elle eût fait d’une fille. Elle lui en a appris toutes les grâces et les manières, l’a tenu en robe jusqu’à plus de dix ans, l’a constamment baigné dans l’atmosphère de sa chambre et de son cabinet de toilette, s’habillant et se déshabillant devant lui… Et ce qui n’était d’abord, en cette éducation étrange, que l’effet de sa préférence pour notre sexe, devint passion à mesure que l’âge épanouissait en son fils les séductions féminines. Elle s’éprit de lui sous la force d’une illusion qui le lui présentait comme une fille égarée dans l’autre sexe. Il ne lui était plus possible de lui mettre des jupes, mais elle lui conserva tout ce qui pouvait flatter sa manie, et dans ses vêtements accuser l’indécision de sa nature. Il lui était agréable qu’on pût se tromper sur celle-ci et elle s’y appliqua par la recherche efféminée qu’elle apportait aux détails de sa mise… Bref, Mme de Servannes s’y méprit si bien elle-même, la nuit d’une redoute où, travesti en danseuse espagnole, Claude avait tourné la tête à plusieurs hommes, qu’elle en oublia le lien du sang.
— Que veux-tu dire ? demandai-je avec une espèce d’effroi… Cela me paraît si monstrueux…
— Ma chère, j’en sais les détails de la bouche de Claude…
— Il a osé te dire…
— Il y prenait même le plus grand plaisir. Et ce n’était ni inconscience, ni naïveté, je t’assure, mais désir d’étaler toute la corruption de son esprit et de jouir des airs qu’il s’en donne. Élevé comme une poupée de salon, livré à ses instincts de jolie bête choyée et bichonnée, ayant sous les yeux le spectacle des passions de sa mère, objet même de ses privautés quand, alors qu’il portait des robes, elle le couchait avec elle, quel respect veux-tu qu’il ait de rien ? Il me contait cette scène, qui était récente, avec la fatuité d’un jeune homme au sujet de sa première maîtresse. Il n’avait pas la moindre idée de l’horreur de cette chose et ne me cachait pas qu’il la trouvait toute naturelle. Il m’en citait pour preuves l’instinct des bêtes et les témoignages de l’antiquité qui ignora l’inceste.
— Il te dit alors comment cela se fit ?
— Avec une impudeur qui savourait la surprise que j’en avais. Toute cette nuit de redoute, sa mère qui s’était costumée en Incroyable n’avait été occupée qu’à sa poursuite et à le disputer à des entreprises libertines dont il s’amusait beaucoup. On lui avait, paraît-il, troussé le cotillon plus d’une fois. Et il avait mis à danser l’habanera de Carmen une telle sensualité, que le vieux Sorbières l’entraînant un moment après dans un coin du bosquet, lui avait tripoté le derrière et proposé carrément des rendez-vous dans sa garçonnière et les profits d’une petite maîtresse.
— Et il avait accepté ?
— Il me dit que sa curiosité aurait cédé à des sollicitations plus jeunes… M. de Sorbières fut dérangé d’ailleurs par l’arrivée de Mme de Servannes. Demeurés seuls, elle et son fils, l’imagination montée par le champagne et les parfums capiteux de la fête, en proie tous deux au violent émoi d’un désir que leur travesti égarait, il se livra à des attouchements hardis. Dans le mystère de ce lieu isolé d’où ils voyaient glisser les ombres de couples enlacés, ils se crurent l’un et l’autre en bonne fortune. Il s’y ajoutait le piment d’une inversion de sexe dont ils s’étaient parfaitement donné la comédie sensuelle durant le bal. Jouant le rôle de cavalier qu’elle tenait de son piquant costume de Muscadin, Mme de Servannes avait, à plusieurs reprises, dansé avec lui, l’avait grisé de sa chair moite et tenu sous la magie de son regard voluptueux et de son haleine de péché. Claude avait encore la sensation du bras qu’elle avait passé autour de sa taille, alors que le sien étreignait, presque à nu, la cambrure d’une croupe faite pour les luxures. Dans le silence de leur cachette, il promena longtemps sa main sur la magnificence des formes du bel Incroyable, courut le long des cuisses, glissa dans les vallons, s’arrêta entre les jambes et caressa farouchement les deux fesses épanouies et dures dont le ravin profond se creusait sous le maillot tendu. Elle, toute au mirage de son vice lesbien, fourrageait les jupes de cette excitante Sévillane de seize ans, dont elle avait fait passionnément la toilette et le maquillage, et par-dessus son pantalon de dentelle, crispait ses doigts sur ce derrière d’éphèbe ou de fille vierge.
— Ah ! petite débauchée ! lui murmurait-elle dans son délire, voyez ce joli cul mignon, s’il gigote et frétille !…
Àl’aube, quand les invités partis, ils se retrouvèrent seuls dans la chambre de Mme de Servannes où il l’avait suivie pour qu’elle le déshabillât, ils succombèrent à l’égarement qui, toute la nuit, les avait tenus sous le charme de sa perversité. Sous sa brune perruque d’Andalouse, où le grand peigne d’écaille fixait la mantille noire, des aguiches en cœur aux tempes, un œillet rouge à l’oreille, les joues plaquées d’un ardent incarnat, les yeux charbonnés de khol, le cou et la gorge exquisement blancs dans l’échancrure du boléro de velours nacarat, comment eût-elle reconnu son fils en cette délicieuse poupée parfumée qu’elle effeuillait lentement de ses voiles ?… Un à un, sous sa main fébrile, les vêtements jonchèrent le tapis comme les pétales d’un bouquet de roses. Puis elle le prit en ses bras et le porta dans son lit…
— Alors ?…
— Elle avait éteint. À la pâle clarté d’une veilleuse, il la vit, dans un bruissement d’étoffes légères, se dévêtir avec une hâte enfiévrée, et toute nue, n’ayant gardé que son collier de perles et ses bas cerclés d’un bracelet d’or, elle vint s’étendre à ses côtés.
— J’en suis toute moite, Clorinde… Et après ?…
— Alors, en lui prodiguant les plus doux noms de fille, elle le couvrit de la bouche aux pieds de baisers fous. Sous le drap de soie, elle s’accroupit entre les jambes de Claude et, après lui avoir, cuisses relevées sur ses épaules, caressé de la langue le trou mignon où elle trompa un moment son illusion de posséder une femme, elle happa la guiguite qui battait contre son front.
— Ce n’est pas croyable !… Et elle… la suça ?
— Certes ! Elle la suça et n’en laissa rien perdre… Quand elle l’eut possédé de cette manière une première fois, Mme de Servannes se coucha sur le dos. Elle prit son fils dans ses bras et lui refit une nouvelle vigueur en se grattant le bouton avec sa vergette un peu émoussée.
— Bientôt, me dit Claude en achevant cette confession, sous la douce frication que trois doigts chargés de bagues imprimaient à ma queue contre une muqueuse exquise, je la sentis pointer pour un second exploit. Le gousset de Mme de Servannes qui avait un violent relent de gardénia m’ensorcelait. Son haleine de champagne était une griserie irrésistible. Dans la nuit, je ne distinguais plus que ses yeux qui brillaient comme deux escarboucles. Prête à toucher à l’extase, et me jugeant à point, elle m’ouvrit la voie de son paradis. À peine y fus-je entré qu’elle hurla comme sous le coup d’une démence ou d’une affreuse douleur… Son spasme dura tout le temps qu’il me fallut pour la rejoindre au point où elle m’attendait avec d’autant moins d’impatience que ma lenteur lui procurait plus de plaisir. Quand enfin ma jouissance se fut unie à la sienne dans le jet dont je l’arrosai, oh ! alors ce fut l’extravagance du délire. Elle me serra à m’étouffer contre sa poitrine, me mordit l’épaule, et me désarçonnant s’abattit sur ma bouche comme une louve affamée… Je pris peur et me sauvai dans ma chambre.
— Il termina, ajouta Clorinde, en me disant qu’il avait goûté un plaisir divin qui ne s’était plus renouvelé depuis, et qu’il voudrait bien partager un jour avec moi… J’ai idée qu’en effet avec ce petit corrompu ce serait un péché savoureux.