08
ur les onze heures, après une promenade dans le parc sous un beau clair de lune, nous nous retirâmes dans nos chambres. Pendant le dîner Mme de Servannes, à côté de qui j’avais été placée, me fit une cour assidue de son escarpin de satin qui, à maintes reprises, vint coqueter avec le mien sous la table. Mon pied manquait d’esprit pour lui répondre, mais non de curiosité pour écouter ses propos galants. Et je ne le dérobai pas à la douce pression qui s’appliquait à le faire parler. À l’heure de nous séparer, en m’embrassant elle me glissa à l’oreille : « À tout à l’heure… »
Je me déshabillai dans le plus vif émoi. La soudaineté du caprice de Mme de Servannes, la façon cavalière dont elle me l’imposait, les étranges choses que j’avais apprises sur elle, me jetaient dans l’anxiété de ce que me réservait notre rendez-vous nocturne. Si loin que je me fusse avancée dans la voie du péché en ces quelques jours, je n’étais pas sans ressentir quelque effroi de ce que la corruption de cette femme pouvait ménager à ce qui me restait d’ignorance.
Mais j’étais moi-même trop prompte à la délectation du vice pour ne pas me prêter complaisamment à l’impromptu de circonstances qui se relevaient des épices de la perversité.
J’apportai à ma toilette tout le soin dont je pouvais témoigner. Je parfumai d’essences diverses les différentes cachettes de mon corps. Sous la brosse mon joli minet ne fut plus qu’une vapeur dorée. Je revêtis une de mes plus coquettes chemises de dentelle, et les pieds dans de petites mules de velours bleu, je m’allongeai sur un canapé. Je n’attendis pas longtemps. Bientôt je perçus un froissement derrière la porte. J’en vis tourner la poignée et par l’entre-bâillement du battant la fine silhouette de Mme de Servannes se glissa dans ma chambre. Elle me prit dans ses bras sans prononcer un mot et me baisa ardemment sur la bouche. D’un effacement de ses épaules elle laissa choir le peignoir sous lequel elle était entièrement nue.
— Regarde, me dit-elle, je suis belle et je suis ardente. Vois mes seins sur quoi j’ai fait mouler mes coupes à champagne et dont le bouton s’épanouit comme une fraise des bois. Savoure de tes lèvres ce petit fruit vermeil… Vois mes hanches lisses, d’un dessin aussi pur que ces amphores que les Grecs réservaient aux vins généreux. Elles tiennent aussi la source de l’ivresse. Promène tes mains sur ce vase divin où tant d’amants ont bu l’oubli de la vie… Vois ces jambes de cavale en rut. Elles ont fait gémir dans leur étau des agonies de plaisir… Vois ce dos insolent avec son sillon ensorceleur qui le creuse jusqu’aux reins dont la cambrure diabolique fait saillir le lieu d’élection de la lubricité… Là, ce sont les enfers de Sodome dont la mystérieuse caverne s’ouvre dans l’obscurité de cette longue brèche savoureusement incurvée entre ces deux reliefs de neige rosée. Le seuil en est clos comme si nul ne l’avait jamais franchi et pourtant que de raisons s’y sont égarées dans des jouissances sans nom… Enfin, vois cette toison plus fine que la soie, que je balancerai sur ton visage… Aspires-en l’aphrodisiaque senteur… Je t’amènerai à des félicités qui graveront en toi à jamais le souvenir de cette nuit… Je vous ai surpris tous les trois sous le berceau de roses. Demain je prendrai part à vos jeux, entends-tu, mignonne ; mais je veux ce soir ravir à Claude la virginité que tu lui réservais. Va, tu ne le regretteras pas, et n’en goûteras que mieux les délices de sa verge que j’ai instruite au plaisir.
Une force invincible m’enchaînait à son désir et m’immobilisait dans l’admiration de ce corps magnifique. Obéissant à la voix chaude et frémissante qui me pliait à ses ordres, j’avais baisé ses seins, promené la caresse de mes doigts et de mes lèvres sur toutes les beautés de sa chair marmoréenne, pétri avidement les saillies et les cambrures de ses lignes sculpturales, glissé ma langue au plus profond de ses vallons et bu, au creux de ses aisselles, la griserie d’une odeur de seringat que je n’ai connue qu’à elle.
— Viens ! me dit-elle alors…
Un bras passé autour de ma taille, elle me conduisit vers le lit, où nous nous allongeâmes côte à côte. Accolée à moi, ses jambes dans les miennes, elle me dévora des baisers les plus fous, tandis que ses doigts légers frôlaient mon dos, mes fesses, ma hanche de tout un vol de frissons qui mit à vif ma sensibilité. Elle prit mes lèvres, les roula entre les siennes dans une succion tantôt douce, tantôt effrénée, les mordillant de ses quenottes de nacre, les titillant de la pointe acérée de sa langue ; puis s’ouvrant par elle un passage, elle me la plongea dans la bouche où elle s’anima d’un frétillement inouï, nos dents entrechoquées sous la pression désespérée du désir de Camille. Se soulevant à demi, couvant mon visage sous le sien, nos bouches en croix, une main dans mes cheveux, l’autre patinant mon sein, sa langue éperdument allongée me pénétra d’un va-et-vient où s’évertuait en vain une fusion impossible de nos âmes.
Alors elle m’enjamba, moi couchée sur le dos, et ainsi agenouillée, son torse horizontal sur l’appui de ses bras, elle abaissa sa gorge sur mes seins en un contact qui n’était qu’un effleurement, et d’un mouvement giratoire du buste balança sur mes deux petites fraises le frottis de ses deux boutons épanouis. Ce me fut la sensation d’un chatouillement délicieux tout autour de l’auréole rosée et qui en fit dresser la pointe sous le frôlement rêche des bouts turgescents. Elle m’en prolongea l’agrément jusqu’au bord d’une première syncope, sous l’haleine parfumée de sa bouche et sous l’incandescence de son regard.
Àcet instant, se déliant de mes mains qui l’enserraient sous ses aisselles moites, et s’accroupissant à mon côté, elle se mit à picorer toute ma chair, de l’épaule jusqu’au talon, ravinant les sillons et les recoins du bout de sa langue, suçotant les doigts de mes petons et mordant à pleines dents sur mes fesses où ses narines frémissantes s’emparèrent de la raie profonde. Puis me remettant sur le dos et se précipitant farouchement entre mes jambes écartées, je vis son visage disparaître au bas de mon ventre et je sentis sa langue écraser d’un coup sec mon clitoris. J’en eus comme un choc électrique par tout mon être. À ce coup violent succédèrent les frissons inouïs du velouté de ses lèvres qui, par des glissements de haut en bas de sa bouche pointée en cul de poule, s’appliquaient à s’ouvrir ma rose. À peine parvenait-elle au calice pour en boire la rosée, que je m’anéantis dans la jouissance.
Alors, s’allongeant tête bêche avec moi et sans attendre que je fusse revenue de mon étourdissement, elle me retourna sur elle, mon ventre contre son ventre, passa le haut de son buste entre mes cuisses, et me prenant par les hanches, abaissa ma croupe en plein milieu de sa figure. Je l’encerclai de mes bras, les mains glissées sous ses fesses, mon visage incliné sur la coupe qu’elle me tendait. Me donnai-je plus, en ce nouveau jeu, à la sensation active ou à la sensation passive ? je ne saurais le dire. Encore dans l’accablement du plaisir, ma sensibilité, sous les titillations savantes dont Camille m’aiguillonnait, fut longue à s’émouvoir. Et cet instant de relâche de la tension charnelle me permit de savourer, sans être distraite par l’attente du délire, ce qu’il y a de volupté dans la seule vue de la volupté, dans la seule indécence des poses et de l’accouplement.
Je nous regardais faire : mon derrière sur le visage de Camille, sa langue scrutant tous les recoins avec une gloutonnerie sans égale, et moi, baisant avec frénésie la partie obscure et cachée de sa belle croupe, le revers intérieur des cuisses friandes et satinées, où, sous le tapis de mousse, rutilait la bouche mystique. Je trempais mes lèvres dans le nectar onctueux qu’elle distillait goutte à goutte sous les picotements de ma langue. Je sentais le ventre de Camille tanguer sous mes seins. Mes doigts passionnés, empoignant à pleins bourrelets ses hémisphères joufflus, meurtrissaient de leurs ongles acérés son cul lubrique dont s’extasiaient mes yeux.
Soudain elle se cabra et, poussant le gémissement de la bête satisfaite, entra dans un spasme violent qui la secoua de la tête aux pieds. Dans le délire frénétique de sa pâmoison, Camille étouffant ses cris sous les morsures dont sa bouche ivre éraflait mes fesses, se souleva des reins, pointa en l’air son pubis, retomba, s’agita en des contorsions de serpent traqué ; puis nouant ses jambes à mon cou, étreignant ma tête dans l’étau resserré de ses cuisses, de ses bras agrippés à mes hanches elle m’étendit entièrement sur elle, en une conjonction qui ne faisait plus de nos corps qu’un seul corps ; elle me chavira, me roula deux ou trois fois et me fixa sous elle, son entre-cuisses épousant mon visage.
Nous n’avions, dans ce transport forcené, ni l’une ni l’autre lâché prise, moi toute à l’ivresse cérébrale qui me montait des images de notre luxure ; Camille, dans l’écrasement d’une jouissance qui renaissait, insatiable, de ma langue et de ma bouche collées à son clitoris.
Pour m’entraîner dans son vertige, ses caresses, désespérées de ma lenteur, recoururent à des violences où l’aiguillon de la douleur débrida l’extase que je m’efforçais de différer. Alors qu’acharnée entre ses cuisses ruisselantes, je savourais la volupté des soubresauts et des gémissements de son agonie, avec le dessein de la pousser vers je ne sais quel infini de jouissance qui toucherait à la mort, Camille, m’arrachant, en une pénétration de deux doigts en fourche, la double virginité de mon corps, me fit crier sous une sensation de déchirure où je crus défaillir. S’emparant au même instant de mon bouton, elle se mit à le rouler entre ses lèvres, à le pétrir à coups précipités de sa langue, à le mordiller, et dans une succion effrénée qui ne tenait pas compte de mes supplications, elle me fit rendre l’âme et me laissa pantelante.
Accroupie, semblable à un fauve sur sa proie, elle saoûlait son rut inextinguible de la liqueur de ma jouissance, pendant qu’écrasant mon visage du poids de ses fesses, elle activait contre lui, dans le balancement lubrique de ses flancs, la montée sans fin d’un plaisir dont elle imposait à mes lèvres la chaude émission.
Nous restâmes ainsi je ne sais combien de temps, moi dans une prostration dont je m’éveillai lentement, elle dans la recherche d’un assouvissement impossible sous les caresses de son clitoris labourant ma figure.
Elle se leva alors et je la vis tirer d’une poche intérieure de son peignoir le plus singulier des instruments. Debout, près du lit, elle se l’ajusta à la taille. C’était l’analogue du charmant objet que le petit chevrier m’avait mis en bouche. Mais sa forme — et c’est par là que j’en fus intriguée — n’en était point tout à fait pareille. Elle consistait en deux verges jointes par leur base et dessinant dans leur ensemble un arc allongé coupé dans le milieu par une assez longue attache de soie, là même où pendait un petit sac, oblong et plissé, recouvert de poils.
Mme de Servannes, ceinte de l’appareil, me rejoignit sur le lit. Je me laissai faire, toute à l’anxiété de ce qui allait se passer. Elle me remonta sur le traversin, disposa sous mon derrière un coussin qui, creusant mes reins, soulevait mon ventre, puis s’agenouilla entre mes jambes. J’eus le mot de l’énigme : prenant l’instrument par son milieu, elle s’en enfila gentiment l’extrémité opposée à celle qui, à présent, dressait fièrement son gland contre sa toison. Elle noua à ses cuisses un autre ruban qui maintenait en place l’appareil et s’allongea sur moi.
— Voilà l’instant du doux sacrifice qui va, me dit-elle, te consacrer à Vénus.
Sans un mot de plus, saisissant de ses doigts la verge imposante qu’elle me destinait et dont la souple cambrure se prêtait à tous les mouvements, de la pointe arrondie, avec les ménagements d’une extrême douceur, elle écarta les bords de ma fleur pourprée. Malgré l’agréable sensation d’un premier contact velouté et d’une pression lente autour de l’étroit orifice, j’eus un recul. L’instrument, relâchant sa pression sur le point sensible, tâtonna quelques secondes entre les lèvres brûlantes qu’il voulait s’ouvrir, puis revenant à la charge sous un coup de reins plus accentué, pénétra de sa tête l’anneau fermé de ma chair. L’impression m’en fut aiguë comme un déchirement, et je ne fus pas maîtresse d’un cri que Camille étouffa sous ses lèvres. De nouveau la verge se retira, et, lubréfiée de l’émission du calice floral, piqua une seconde fois dans l’étranglement qu’elle avait forcé. Mais ce fut pour n’en plus sortir.
En une action alternée d’avant en arrière, qui faisait violence à la tendre résistance qu’elle rencontrait, je la sentis pénétrer peu à peu dans ma blessure, s’ouvrir avec force le fond de ma virginité et plonger de toute sa longueur, jusqu’à ce que la toison de Camille fût collée à la mienne. Pour me posséder en un enlacement qui devait nous fondre davantage l’une dans l’autre, passant ses bras sous mes cuisses, elle me les replia de chaque côté de la poitrine, les genoux contre mes seins, mes jambes sur ses épaules, et en cette pose qui me mettait presque en boule sous elle, elle me fit ce que j’avais vu le petit chevrier faire à sa Matoune. Mes bras posés sur ses hanches mouvantes, et moi-même encerclée dans les siens, je m’élevai lentement de la souffrance de la pénétration aux délices d’être baisée.
— Je suis dans toi, me dit Mme de Servannes, quand l’instrument m’eût transpercée. Le sens-tu, chérie ?…
Et actionnant son ventre plaqué contre le mien, en un branle de ses reins, qui retirait et refoulait successivement la queue flexible, elle me murmurait sur la bouche :
— Vois comme je te pénètre et te laboure, depuis ta fente jolie jusqu’au fond de ton être, pendant que, comme si tu me le faisais toi-même, une autre verge m’empale et me fouille jusqu’aux entrailles… Tu es sous moi, tu es ma chose, je te baise, chérie, entends-tu, je te baise !… Nous nous baisons !… et cela dans le mystère de cette belle nuit qui te fait femme, avec la complicité de ce silence qui partage notre émoi, et de ce lit qui a gémi sous d’autres enlacements et gardera le souvenir de notre félicité… Sous l’éclat indécent du lustre qui éclaire notre accouplement, suis donc dans la glace le spectacle troublant qu’y reflète notre lubricité… Est-ce assez joli et canaille cette posture où je te tiens ! Quel charmant tour de cou me font tes jambes gaînées d’azur ! Noue-les bien sur ma nuque, que j’en sente le doux poids et la chaleur…
— Oui, amie, les voici en collier…
— Vois mon agenouillement accroupi qui emprisonne tes fesses entre mes cuisses de telle manière, que, pendant que je te lime, nos deux petits trous peuvent s’entre-baiser. Touche…
— Oh ! oui, mon doigt va de l’un à l’autre…
— Vois ma croupe dans son roulis et son tangage, mon ventre dans son flux et son reflux, et mon godemiché dans sa navette ! Veux-tu jeux plus mignards ! Que ne peux-tu voir comme moi le glissement de la queue dont je te poignarde entre les lèvres corallines de ton conin de pucelle ! Suis du moins dans le miroir les coups de cul dont je te manœuvre… Ah ! que c’est bon, chérie…
— Oui, c’est bon, et je vous vois regarder les allées et venues de l’engin dont vous déflorez mon bijou… Allez, jouissez-en, puisque je vous l’ai donné… Prolongez cet amusement dont je me grise…
Tout ce que Camille demandait à l’imagination pour pimenter encore son bonheur, je le demandais également à la mienne pour me donner le change de la sensation aiguë de ma virginité à vif sous sa déchirure. Si vive qu’elle fût au premier moment, elle s’effaça dans la délectation de ma curiosité malsaine. La jouissance que me refusa ma chair meurtrie, je la trouvai à nous contempler ainsi nouées l’une à l’autre, toutes les deux crochetées par le même instrument de plaisir ; je la savourai encore dans les mouvements de Camille, dont la croupe se creusait et se relevait selon un rythme que ponctuait sa respiration haletante, et enfin dans cette passivité complaisante qui faisait de ma chose si secrète le réceptacle de son délire.
— Oui, je te baise, me répétait-elle d’un accent où le paroxysme du plaisir mêlait comme de la rage et une fureur de destruction. Je te baise et je jouis dans toi qui ne jouis pas ! À moi toute l’extase !… Tiens ! cria-t-elle dans une troisième ou quatrième pâmoison en l’accompagnant d’un coup de reins qui porta le volumineux simulacre si loin que je me crus défoncée ; tiens ! pucelle aimée, tiens ! garce chérie… tiens !… tiens ! reçois ma jouissance !…
Une agitation folle anima ses flancs et ses fesses où mes mains, dans le délire qui me gagnait aussi sous la force de toutes ces images, plongèrent leurs griffes, ravinant le sillon du derrière dont un doigt brusquement pénétra la profondeur. Sous cette sensation de pal, elle se tordit désespérément, se trémoussa en de furibondes saccades où son ventre limait avec rage l’instrument qui nous liait. Pressant alors le petit sac qui ballottait entre nos cuisses :
— Je jouis ! je jouis encore ! râla-t-elle, tiens !… prends !… bois ! abreuve ta virginité de tout ce foutre !…
Je fus au même instant arrosée d’une ondée tiède et épaisse qui me chatouilla agréablement sans m’amener à l’extase.
Presque évanouie, Camille, s’était, dans un relâchement de tous ses membres, affalée sur moi. Son cœur battait à chocs redoublés. La moiteur de ses aisselles dégageait une odeur tenace mêlée au parfum d’ambre gris dont son corps était frotté.
Quand elle eut repris ses sens, elle dégaina de mon vagin d’où s’échappa tout aussitôt un filet de lait marbré de sang, dans lequel la bouche de Mme de Servannes trempa ses dernières ardeurs.
J’étais si rompue qu’elle eut pitié de moi pour le reste de la nuit.