09
l fallut quelque habileté à Clorinde pour assurer la liberté de notre après-midi. Quand elle se fut dégagée de ses devoirs à l’égard de ses invités, elle nous fit monter, Claude et moi, dans sa chambre. Pouvions-nous nous douter que Mme de Servannes qui, simulant une migraine, s’était mise au lit dès le déjeuner, s’y était déjà cachée sous la même tenture traîtresse d’où j’avais pris ma première leçon de volupté ?
Clorinde avait fait servir des liqueurs dont nous nous grisâmes un peu d’abord pour nous mettre au ton qui convenait à la circonstance. Sur le canapé où nous avions pris place, Claude butinait d’une bouche à l’autre, et nous mêlions les spirales bleuâtres de nos cigarettes parfumées. Ses doigts ne restaient pas inoccupés, et passant de l’une à l’autre, ils savaient émouvoir de délicieux frissons dans les endroits tapis au plus haut de nos jupes.
Lorsqu’il nous eut ainsi montées au point du désir, il nous fit enlever notre robe et lui-même retira son veston et sa culotte. Et quelle ne fut pas ma surprise de le voir nous apparaître dans le coquet appareil d’une petite maîtresse, chemise de soie mauve, et petit pantalon de soie de même nuance. Je goûtais toute la corruption dont Claude me représentait l’image dans la fusion en lui de deux natures dont alternativement l’une pouvait prendre le masque de l’autre.
— Mais c’est à s’y tromper ! se récria aussi Clorinde, et par ma foi, je ne puis croire qu’il n’y ait là rien d’autre que ce que tu nous as montré hier au jardin… Voyons que je tâte…
— À ta guise ! dit Servannes.
— Tu te rappelles d’ailleurs, reprit Clorinde, ce qui a été convenu, et que je dois jouer sur toi le rôle de l’homme… Je veux donc en user avec ton petit cul comme tu en useras tout à l’heure avec mon petit conin.
— Ne devrions-nous pas commencer par là ?
— Soit, mais j’ai la curiosité de m’assurer de l’endroit où j’exercerai les droits du mâle. Montre donc ce petit trou où tu te le fais mettre.
— Auras-tu, du moins, de quoi l’occuper ?
— Que faut-il de plus qu’un solide godemiché ?
— Tu l’as emprunté à Mme de Servannes ?
— Es-tu sot d’ignorer que toute femme en tient au moins deux à sa disposition, un sous son traversin, l’autre sous le coussin de sa bergère au boudoir… Alors, voyons un peu les alentours de ce joli cul et si tu ne nous caches rien…
Portant sa main à la fente du petit pantalon, Clorinde en explora l’entre-jambes.
— Oh ! oh ! tu me chatouilles, fit Claude… Va cependant, poursuis ton investigation… Je me laisse faire…
— Je sens bien, dit-elle, ta queue et tes guignes… mais non, il n’y a rien par-dessous…
— Aïe ! ton doigt est bien curieux, Clorinde, le voici qui pousse, il me semble, un peu loin…
— Je meurs d’envie de savoir… Avance-toi sur le bord pour que ce soit plus commode… J’y suis… Voici mon doigt dans la raie. Je la descends…
Claude, renversé sur le dossier du canapé, jeta une faible exclamation où je devinai un bonheur dont je cueillis sur sa bouche charnue la langueur expressive.
— Il faut bien que j’en explore le fond, reprit ma cousine, dont l’excitation empourprait le visage… Quelle fermeture résistante… On le croirait vierge… C’est pourtant bien le trou du derrière, j’en sens les stries plissées… Que je pousse un tantinet pour bien m’en assurer… Est-ce étroit… J’y suis de tout mon doigt… Te serais-tu refait un pucelage ?…
— Assez ! assez ! soupirait Servannes, déjà pâmé. Passons à l’autre jeu !
Dégageant alors sa main de sous les fesses, Clorinde sortit la verge qui se cachait encore sous la chemise.
— Cocoche, va, il me semble que tu bandes bien aussi par là… Voyons que je joue un peu avec ce vit de demoiselle.
Le saisissant par son extrémité, elle tira sur le capuce de chair qui le coiffait et se fendit sous la poussée d’une pointe rigide et d’un incarnat luisant. Elle le parcourut d’abord de ses baisers, puis du bout de sa langue le picota de haut en bas, par-dessus et par-dessous, le long du relief des veines congestionnées.
— C’est délicieux ! s’exclamait Claude sans quitter des yeux le beau visage se mouvant entre ses jambes… Bon Dieu ! quelle suceuse ! Je crois que tu me rendrais des points, Clorinde !…
— Il me semble que voici la bête bien en forme, dit-elle en lâchant prise. Viens sur ce lit. Nous allons montrer à Alice comment on chevauche… Eh ! bien, Claude, en quelle posture vas-tu me baiser ? À la papa ? c’est bien banal.
— En levrette ? suggéra Claude.
— Réservons-la pour Alice.
— Soit. Alors je vais te le faire au débotté. C’est charmant dans sa brutalité un peu cavalière…
— Cela ne me déplaira pas, dit Clorinde. Voyons cette façon…
— Eh bien ! voici : J’ai fait irruption dans ta chambre alors que tu es à ta toilette. Je te prends comme cela à bras le corps… Tu te défends… Oui, c’est bien, tu griffes et tu mords… Je t’entraîne de force vers le lit à reculons. Je t’y plaque par derrière… Tu te cambres pour résister… Parfait, tu ne m’en excites que plus à te faire violence…
— Non, Monsieur, vous ne m’aurez pas, crie Clorinde subitement entrée dans la peau du rôle.
— Si, Madame, je vous aurai, par devant et par derrière s’il me plaît… Prenez d’abord ces baisers en acompte… Vous résistez ?… Alors, mon genou entrant comme un coin entre vos jambes serrées vous fait perdre l’équilibre et vous voilà sur les reins…
— Vous êtes un lâche, Monsieur…
— Vous m’en rendrez grâce dans un instant… C’est en vain que vous cherchez à vous soulever. J’ai déjà glissé mes jambes entre vos cuisses…
— Vous ne passerez pas ! Je saurai bien vous en empêcher !
— Eh bien, parez donc ce coup-ci : Je prends vos cuisses, et les soulève jusqu’à mes épaules… Votre jupon de dentelle chavire ses volants… Ah ! le charmant coup d’œil, cher ange… et qu’il doit faire bon là-dessous ! Vous êtes à ma discrétion…
— C’est affreux, Monsieur, d’agir de la sorte…
— Nous n’en aurons tous les deux que plus de plaisir… Mais ne perdons pas notre temps, car votre mari ou votre valet pourrait venir… Et puis d’ailleurs je suis moi-même pressé… Mes bras passés sous vos fesses je vous tiens par le buste et vous fais descendre un peu plus sur le bord du lit pour que votre joli cul, par la fente libertine de votre culotte, s’offre exactement à ce vilain monsieur qui veut entrer sans plus de cérémonie…
— C’est indigne d’un galant homme… Qui êtes-vous donc, Monsieur ?…
— Je suis l’occasion qui passe… Y a-t-il plus grand plaisir que la maraude ?…
— Si vous essayez de me le mettre, Monsieur, je suis femme à vous l’arracher !
— Ah ! l’exquise colère ! Je suis bien sûr que quand vous l’aurez, vous n’aurez point hâte de le voir partir… Laissez-vous donc faire…
— Non, Monsieur, je ne permettrai pas… Quelle indécence ! Cachez donc ça !
— Nous y sommes, chérie, je puis dégager une main. Je me saisis de ma quille que vous sentez battre sur le pelage de votre minon… Et puis, voyez comme c’est doux ! de sa tête effilée elle s’insinue, en tâtonnant un peu pour trouver le mystérieux pertuis que, placé comme je suis, je vois s’ouvrir lentement sous la poussée que j’opère avec mes reins…
— Mais, c’est infâme !… Voilà que vous me le mettez !…
— Oh ! si peu !… je reviens légèrement en arrière pour ne point fouler vos lèvres…
— Ah !… ah !… Monsieur, que faites-vous ! Et quelle imprudence, si l’on entrait…
— Là, je le sens, la flèche est en droite direction. Bien arc-bouté sur mes jambes, mes mains emprisonnant votre ceinture, vos cuisses largement évasées sur mes bras, j’attire à moi votre croupe ramassée et d’un mouvement insensible de mes fesses de bas en haut, je vous pénètre peu à peu… Nos chairs sont collées ; nos poils mêlent leur frisure d’or et de cendre…
— Ah ! ah !… Eh quoi ! vous l’avez mis jusqu’au fond !… Qu’allez-vous penser de moi ! Vous êtes témoin que je ne voulais pas et que je me suis défendue !… Ah !… ah !… Et vous poussez encore !…
— Votre résistance est vaincue et c’est de plaisir que maintenant vous geignez et vous trémoussez ! Vos bras en croix sur le lit, vos mains crispées sur la courtepointe, je vous vois vous mordant les lèvres dans la même contraction qui durcit vos fesses, creuse votre cambrure et presse la base de ma queue dans un rigide anneau charnel !… À présent, rythmons la cadence de nos croupes sur une mesure égale qui alternativement nous éloigne l’un de l’autre, puis comme ceci, par un coup de reins, rentre le glaive dans le fourreau qui vient à sa rencontre.
— Oui ! va ! va ! dit Clorinde entre ses dents, va ! chéri !… il y a si longtemps que je la voulais cette queue de caniche frisé… Baisons !…
— Est-ce exquis ?… et que la sensation est diverse selon que ma pointe affleure le bord de tes lèvres, ou que forçant de nouveau l’étroite bague de l’entrée, elle glisse onctueusement dans le fourreau de tes chairs lubrifiées !… Ah ! tes yeux se ferment, ton cul précipite son mouvement, tes flancs commencent à battre la chamade. Mon plaisir s’active à nous regarder, pendant que mon bracquemart te perce, rentre et sort tout gluant de ta rosée, et que mes couilles se balancent au bas de ta jolie raie… Ah ! j’y suis, Clorinde !… Tu cries !… Sens ma verge qui agonise en toi !… Oui, crie plus fort ! va ! c’est la minute de folie !…
— Enfonce ! enfonce ! clamait désespérément ma cousine, besogne plus fort !… Car ton vit est petit, trop petit pour ma faim… Ah !… ah !… il faut que j’y mette aussi mon doigt… Ah ! comme cela c’est meilleur… J’approche, j’approche, Servannes !… Plonge un de tes doigts dans le petit trou… Oh ! oh !… quelles délices !…
— Ah ! tu jouis !… Tiens ! c’est fait !… je jouis éperdument !… Ma queue t’arrose !… Tiens ! encore ce coup de cul !… encore celui-ci pour ton dernier râle !…
— Chéri ! encore, encore !… glapissait Clorinde qui, nouant ses bras sur le cou de Claude et ses cuisses sur ses reins, était comme suspendue à lui.
Àdemi couchée à côté d’elle, je n’avais laissé échapper aucun détail de cette savoureuse leçon à laquelle l’apparence féminine de Claude dans l’exercice de sa virilité ajoutait le ragoût d’un libertinage des meilleurs temps de la corruption. J’avais vécu cette scène comme si j’en eusse tenu le rôle principal et je m’étais si bien mise dans la peau de ses deux personnages que la jouissance me gagna à l’instant de la leur, sous mon doigt, sans que j’eusse souvenir du moment où il s’était faufilé dans mes jupes.
Nous restâmes quelques minutes dans le silence de notre pâmoison, et, affalée sur la cuisse de Clorinde où Servannes avait laissé retomber sa jolie tête, je me mis à couvrir de baisers ses cheveux.
Ma cousine revint la première à la vie. Nous fîmes une toilette qui rafraîchit un peu nos sens, dont deux ou trois verres d’extra-dry, que nous vidâmes sur une légère collation, ranimèrent ensuite les feux. C’était l’heure de mon sacrifice sur l’autel de Vénus. Clorinde voulut en ordonner le rituel à sa guise.
La figure que nous devions exécuter était, ainsi qu’elle l’avait décidé, celle de la levrette, dont j’eus bien vite l’explication, quand elle m’eut fait disposer à quatre pattes au milieu du lit. Afin d’être plus libres de nos mouvements, tout en gardant une tenue que nous commandait la prudence, Clorinde et moi nous avions enlevé notre jupon et nous étions, comme Claude, en culotte et petits souliers, ce qui n’ôtait rien à notre grâce, bien au contraire.
Claude n’étant pas cependant en condition de saillir sa petite levrette qui, inclinée sur les coudes, lui cambrait au mieux son postérieur, se coucha sous moi pour qu’entre mes lèvres je ranimasse le charmant instrument dont il devait me ravir ce que je n’avais plus. Clorinde voulut m’y aider avec le concours de sa langue. Elle languettait le sillon d’ambre et les prunes d’entre-jambes, pendant que je triturais dans ma bouche la pâte de la guimauve. Je la sortais, je la reprenais, égarant mes caresses dans les ravins de l’aine, humant le moite fumet de la toison, pointillant de titillations le renflement du prépuce.
Quand sous la tension progressive de la vergette, je vis paraître la pointe écarlate de son gland allongé, j’en rabattis le mince capuchon et pinçai le sensible collet entre mes lèvres, puis de nouveau j’enfournai dans son entier l’aimable objet érectile. Pendant ce temps, Claude patinait mes fesses, creusait de sa langue la délicate ouverture que je lui présentais, en mordillait le bouton qui s’érigeait sous ses coups, et soudain d’un doigt impétueux faisait irruption dans le trou de mon derrière, dont il se mit à sonder les replis.
— Te voilà en état, mon petit Claude, dit alors ma cousine, qui, me ravissant la mince mentule à présent rigide, lui imprima de sa bouche deux ou trois mouvements de succion.
Claude se releva et s’agenouilla derrière moi. Écartant largement la fente de mon pantalon il me baisa passionnément les deux fesses que je lui tendais dans une cambrure qui en épanouissait toute la ferme rondeur. Ensuite, sa pique en main, il la pointa par-dessous, en plein milieu de la raie, s’ouvrit d’un mouvement de bas en haut les lèvres, sur le bord desquelles elle se lubrifia ; et je perçus dans ma chair enflammée une dure pénétration progressive qui avançait et reculait tour à tour, forçant les parois sensibles d’un fourreau qui se trouva bientôt entièrement occupé.
— La voilà logée ! dit Claude dont, à l’instant, la légère mousse me chatouilla l’épiderme à l’endroit où son ventre épousait la jonction de mes cuisses.
— Et moi, intervint Clorinde, ne dois-je pas avoir ma part de votre plaisir ?
Elle se coucha sur le haut du traversin, ses jambes en équerre sur mon dos, ses cuisses ouvertes dans l’entrebâillement de son pantalon, prit ma tête et l’abaissa sur son pubis, où ma langue eut vite déniché entre les frisures soyeuses le petit pois qui s’offrait à mes caresses.
Alors, ce fut la course folle vers le plaisir. Pendant qu’avec frénésie je suçais le clitoris de ma cousine qui se tortillait, Claude, en quelques propulsions de ses reins, limant avec application mon petit bijou, y fit naître rapidement la plus vive jouissance. Mes fesses, s’agitant éperdument, accélérèrent la montée de la sienne. Dans un hennissement de rut, plongeant tant qu’il pouvait sa courte queue, et de ses mains liées sous mon ventre m’accolant fort à lui, il me lâcha l’abondante et chaude effusion de son extase. Je m’écroulai sur Clorinde qui délirait, entraînant dans ma chute mon cavalier qui, une cuisse prise sous moi, continuait de me tenir empalée.
Nous commencions à peine à nous remettre, quand Mme de Servannes sortant de sa cachette, se montra à nos yeux stupéfaits.
Bien que prévenue de cette surprise je n’en eus pas moins quelque confusion de penser qu’elle avait été le témoin de nos polissonneries. Clorinde, sans émoi pour une indiscrétion qui compromettait Mme de Servannes autant que nous, la traita sur le champ en partenaire de notre libertinage.
— Vous avez répondu à mon souhait ! lui dit-elle. Alors que nous faisions nos folies, je songeais qu’il y manquait le piment d’une présence cachée se délectant à notre insu du spectacle de nos cochonneries. Vous auriez comblé mes vœux en me mettant dans le secret de votre dessein.
— Je n’en ai eu que plus de plaisir, répondit Mme de Servannes, à tenir le rôle du voyeur, et j’en ai joui tout mon soûl.
Claude renchérit de cynisme :
— Je parie bien, Camille, qu’en même temps que nous, tu en as un peu tâté… hein ? avec le godemiché ou le doigt…
— Il ne tient qu’à toi, polisson, de t’en assurer !…
— Trousse-toi donc ?
— Non, c’est moi, si vous le permettez, intervint Clorinde, qui vais interroger les témoins de votre égarement…
Elle mit un genou à terre, lui souleva sa robe et son jupon, en ouvrit la fente par devant, tira la chemise et nous fit constater la rosace humide dont le plaisir avait marqué certain endroit.
— Certes oui, mes amis, je l’ai fait ! avoua gentiment Mme de Servannes.
— Voyons, ajouta ma cousine, que je me grise un peu du relent de ce conin encore tout en émoi…
— Va, ma fille ! répondit Camille en lui poussant sous le nez sa belle motte frisée qu’elle fit largement saillir de l’échancrure de sa culotte. Va, tu serais bien la première à n’en pas trouver la saveur à ton goût ! Hume et bois cette précieuse liqueur qui en a égaré tant d’autres…
Se cramponnant aux hanches de Mme de Servannes, Clorinde vautra avidement sa bouche et ses narines dans la toison de jais. La robe de mousseline de soie coula doucement le long de son buste qu’elle enferma sous sa cloche. Immobile, ses deux mains enserrant par-dessus le léger voile le beau visage qui la gamahuchait, la tête fléchie en arrière, la gorge tendue, les yeux voilés de langueur, nous vîmes Camille monter en quelques secondes à une extase silencieuse. Un tremblement agita ses lèvres, elle tituba et n’eut que le temps de s’affaisser dans un fauteuil où Clorinde, qui ne l’avait point lâchée, la conduisit presque sur le champ à une seconde pâmoison.
Un verre de porto et quelques friandises réparèrent nos forces en vue de nouveaux ébats. Nous y préludâmes, autour de la table où le goûter était servi, par toutes les privautés qui sont de circonstance entre amants s’entraînant au plaisir. Quand avec le vin elles nous eurent un peu tourné la tête, nous nous mîmes tout nus.
Et ce fut alors, sur le lit, une folle mêlée de nos corps, des enlacements de toutes manières par couple ou en une seule grappe, des tête-bêche furibonds de croupes et de visages, une gesticulation effrénée de bras et de jambes qui se nouaient et se dénouaient, le grouillement vagissant d’une masse informe de cuisses, de fesses, de chevelures, de ventres accointés pêle-mêle, qui roulait en tous sens, se cabrait en des contorsions vipérines, se soulevait, retombait et ahanait sous la lubricité des étreintes.
Chevauchant et chevauchés, montures et cavaliers en même temps, désarçonnés de l’un pour sauter sur l’autre, culbutant sens dessus dessous dans les ruées des croupes saillies, nous composâmes les plus érotiques postures. Nos doigts, nos bouches avides de stupre, plongés dans les recoins les plus secrets de la nature, en une ivresse réciproque, s’irritaient à d’inconnues jouissances, à des pénétrations impossibles de clitoris et à une dispute forcenée de la guiguite de Claude qui passait de lèvres en lèvres et nous lutinait à tour de rôle.
Après un quart d’heure de ce déchaînement de luxure, nous nous écroulâmes en une longue prostration, moi le visage entre les cuisses de Camille vautrée en chien de fusil et ayant en bouche la verge de son fils, Clorinde sous mon ventre, tenant Claude entre ses jambes croisées sur sa nuque. Une chaude senteur d’aisselles, mêlée à des effluves de fougère, de rose et d’ambre montait de nos corps ainsi confondus.
Lasse, mais point assouvie, Mme de Servannes réclama alors pour elle une volupté qu’elle voulut connaître par tous les sens à la fois. Elle nous mit à son diapason en nous branlant, Clorinde et moi, de ses deux mains en même temps, pendant que, debout entre nous, Claude la coïtait dans la bouche. Lorsqu’elle nous vit en bonne forme, elle me ceignit la taille de son godemiché à deux fins, elle m’en plongea elle-même la partie réservée à l’officiant, et me fit coucher sur le dos. M’enjambant et s’asseyant alors à croupetons sur moi, elle s’empala doucement sur l’instrument qui se dressait à la base de mon pubis, et quand elle l’eut bien en place après deux ou trois tractions de haut en bas sur ses jambes repliées, prenant appui sur ses coudes elle inclina horizontalement son buste contre ma poitrine, ses seins sur les miens, et se cambrant fortement, tendit sa croupe à Claude.
Celui-ci, relevé sur un petit tabouret de pieds, s’assit dans l’écartement des jambes qui s’ouvraient devant lui, les siennes allongées à plat de chaque côté de mes flancs, le dos soutenu par une pile de coussins. La position n’était point commode pour qu’il pût atteindre l’orifice si peu distant de celui que j’occupais déjà. Il coula son ventre aussi loin qu’il lui fût possible sous le fessier que lui présentait Mme de Servannes, et sa verge, pour une opération où, ainsi placé, il ne pouvait être que passif, parvint à pointer sa tête juste à hauteur de l’étroite porte. Clorinde la prit à cet instant entre ses deux doigts pour la maintenir dans la direction voulue. Camille, accentuant encore la saillie de ses fesses, dont Claude, de ses mains, s’ouvrait largement le sillon, abaissa son derrière sur le gland pourpre et effilé du vit mignon. Sous la pression répétée du cul ravissant, l’extrémité rigide, soutenue par les soins de Clorinde, força les stries du petit trou sombre. Claude donna un coup de ventre, Mme de Servannes un coup de reins et la pointe disparut jusqu’à son collet. Empoignant les hanches de sa mère, Claude attira d’un mouvement sec ses fesses sur lui et la mentule s’engouffra en son entier. Mme de Servannes poussa un faible râle accompagné d’un frémissement de sa croupe.
Clorinde vint alors se placer à mon côté sur le traversin et portant l’ouverture de ses cuisses à hauteur des lèvres de Camille, noua ses deux jambes sur la taille de celle-ci.
La posture ainsi prise, je me mis à faire les mouvements du coït, goûtant le double plaisir de l’action et de la passivité, baisant et baisée à la fois, possédant et possédée, mon ventre sous celui de ma cavalière, dans la bouche un sein de Clorinde qui m’enserrait la nuque d’un de ses bras et me soufflait dans les cheveux l’haleine précipitée du plaisir dont la lancinait la langue de Camille. Sur mes jambes je sentais le poids de celles de Claude qui, derrière les fesses de Mme de Servannes s’abaissant et se relevant alternativement sur les deux pals dont elle était pénétrée, nous renvoyait, dans les gémissements du spasme qui approchait, l’écho de son bonheur.
Afin de prolonger nos délices et de nous préparer une syncope plus aiguë, nous commandâmes à notre jouissance aussi longtemps que nos nerfs purent supporter la tension où nous les avions montés. Quand nous sentions venir la minute indicible, un accord tacite suspendait nos trémoussements et, dans une immobilité où tous nos muscles contractés nous retenaient au bord du vertige, nous savourions la douloureuse rétention du spasme affleurant nos muqueuses comme un flot prêt à jaillir. L’apaisement survenu, le flot refoulé, nous reprenions avec une rage accrue notre course à la jouissance. À la troisième ou quatrième reprise, je ne sais plus, tant j’avais perdu la notion du temps dans cet état où je croyais à chaque seconde gravir le dernier échelon du septième ciel, nous fûmes incapables d’arrêter l’élan qui nous entraîna jusqu’au suprême délire. Ce furent des secousses de reins, des torsions de hanches, des crispations de mains, et des râles où nos corps se sentirent fondus en un même accablement céleste.
— Je me meurs !… oh !… cria Mme de Servannes, qui, lâchant Clorinde et le buste redressé soudain sur sa croupe, se tortillait furieusement sur ses deux montures. Mouvant d’avant en arrière ses cuisses chevauchantes, elle s’enclouait au plus profond pour se relever et retomber de tout son poids sur les deux pals, comme si elle eût voulu en être entièrement perforée.
Moi-même je hennis sous les secousses terribles qu’elle imprimait au godemiché dont la tête saccageait le fond encore meurtri de ma virginité. Lorsque j’entendis Claude vagir à son tour sous la danse folle du cul de Camille, je pressai par deux et trois fois sur les petites prunes emplies d’un orgeat tiède et sirupeux, et dans un cri de délectation ineffable, nous rendîmes l’âme les uns sur les autres. C’est à peine si je perçus le délire de Clorinde qui, abandonnée au plus fort de sa jouissance, venait de se mettre debout et, les jambes écartées pardessus moi, les bras arc-boutés sur la croupe de Mme de Servannes, chevauchant à demi sa tête affalée, se frottait en mouvements trépidants le clitoris dans les boucles hirsutes de la chevelure qu’elle trempa d’une abondante perte. Dans le trémolo d’un cri rauque elle s’affaissa à son tour sur moi, ma figure coincée entre ses fesses ruisselantes.
Nous cuvâmes longtemps notre ivresse dans la pose où le plaisir nous avait anéantis. Puis nous nous dégageâmes de nos étreintes mutuelles et, assis sur le lit, nous achevâmes de nous éveiller par les démonstrations réciproques d’une tendresse douce et apaisée. Rhabillés enfin, nous descendîmes au jardin pour y secouer notre lassitude.
— Avec tout cela, dit Clorinde à l’oreille de Claude, c’est toi qui l’as mis où je voulais te le mettre… Je n’ai pas eu mon compte avec toi. Mais je suis rompue aujourd’hui. N’oublie pas que ce n’est que partie remise…