J’AI DÉSIRÉ LA MORT, CE SOIR…
J’ai désiré la mort, ce soir, l’as-tu senti ?
La nuit était voilée, harmonieuse et douce ;
À peine un air léger glissait-il sur les mousses ;
Sous les phares d’autos et les oiseaux de nuit
Les amants aux yeux lourds suivaient les avenues ;
Je passais lentement et leurs voix se sont tues ;
Les lacs luisaient au loin, et les sentiers du soir
Sous l’étrange clarté des globes électriques
De longs reflets laiteux doublaient leurs rameaux noirs
Et l’air muet, chargé de fièvre et de musique,
Dans mes membres déserts jouait avec mon sang,
Et dans cette heure trouble où l’âme se délivre,
Je sentais que l’amour même le plus puissant
Pour la seconde fois me laisserait moins ivre.
C’est alors que perdu dans ce soir de juillet,
Si loin déjà de l’heure où mon bonheur brillait,
J’ai compris malgré moi par quel sombre mystère,
Quand on marche si seul, désaccordé, si las,
On désire forcer les portes de la terre
Et plonger dans la paix d’où l’on ne revient pas.