DONC À L’AFFÛT D’UNE UNIQUE BEAUTÉ…
À Jacques Maritain.
— Donc à l’affût d’une unique beauté,
Toute mon œuvre est un guet dans la brume.
T’ai-je saisie, ô lointaine clarté,
Qui dans mon ciel de nuit en nuit t’allumes ?
Douce clarté, je ne sais rien de toi ;
Mon pouvoir meurt si je veux te décrire ;
Ton existence ou ton ardeur à luire,
Étoile unique, est tout ce que je vois ;
Et je le vois à des heures étranges
Que sur mon gré je ne puis rappeler ;
Lors l’âme vole et les feux se mélangent :
Tout l’univers pour ces instants ailés.
Mais retombé de ces brusques batailles,
Le sol humain me recueille ébloui ;
L’ange qui part est de trop haute taille,
Je suis brisé quand je lutte avec lui.
Pourtant je l’aime et le guette, fidèle,
Je chante seul et j’aspire à l’instant
Où fugitif, en sa flamme éternelle,
Au vol atteint par mes doigts hésitants,
Esprit et corps, l’immuable modèle,
Rien qu’un éclair à mes yeux se révèle,
Avant de fuir dans les gouffres du temps.