‹ Les DésirsChapitre 33 sur 101 · RIEN D’AUTRE ; SUR MON LIT JE NE VEUX QUE DES VERS…

RIEN D’AUTRE ; SUR MON LIT JE NE VEUX QUE DES VERS…

À Mlle Suzanne Tromeur.

Rien d’autre : sur mon lit je ne veux que des vers ;
Venez vous y poser, ô brûlantes abeilles ;
Que par onde jailli des feuillets entr’ouverts,
Votre bourdonnement adoucisse mes veilles.
— Voici sur les draps clairs, apportés au hasard,
Racine, Du Bellay, Madame de Noailles ;
Voici Villon, Chénier, Vigny, voici Ronsard ;
On a pu mélanger les siècles et les tailles
Au point qu’en les voyant j’ai souri tout d’abord.
Mais voici que soudain s’élèvent les murmures,

Que tout l’étrange chœur grandit, se transfigure,
Et que je n’entends plus qu’un surprenant accord
Des poètes chantant avec leur voix de France.
Sur vos lèvres les mots, les tendres mots français,
Si transparents, si purs, de si douce apparence,
Dégagent, au milieu de vos divers succès,
Une telle lumière, un si merveilleux charme
Qu’ivre d’amour je ris et je verse des larmes
En songeant que j’aurai peut-être le bonheur,
Si j’ose me fier aux espoirs de mon âge,
Puisque je parle aussi votre divin langage,
D’ajouter une voix aux voix de votre chœur.

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