‹ Les DésirsChapitre 78 sur 101 · QUI VÉCUT PLUS SENSIBLE…

QUI VÉCUT PLUS SENSIBLE…

Qui vécut plus sensible à la beauté des êtres,
Plus vif à savourer, plus sûr à reconnaître
L’harmonie onduleuse et flexible d’un corps ?
— Amants, si dans vos cœurs l’âpre désir s’endort,
Quand vos regards noyés suivront dans la pénombre
Les fantômes légers, fils de la volupté,
Quand vos bras engourdis se chercheront dans l’ombre
Et que vous rêverez heureux et abrités,
Songez parfois à moi qui serai sous la terre
Et ne connaîtrai plus le moment des baisers ;

Songez, vous dont battra le flanc mal apaisé,
À mon corps dans la nuit qui sera solitaire ;
Puis, ayant soupiré, serrez-vous sans tristesse ;
Emmêlez de nouveau la chaleur de vos doigts
Et songez en vivant votre ardente jeunesse
Que vous n’auriez pas eu meilleur ami que moi.

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