‹ Les DésirsChapitre 86 sur 101 · AFIN QU’À CHAQUE ENFANT…

AFIN QU’À CHAQUE ENFANT…

À M la Comtesse de Noailles.

J’ai laissé, dans les lieux où j’ai dû respirer,
Je ne sais quelle ardeur attachée à la terre ;
Que ce soit en mes jeux sur mon sol préféré,
La Touraine, aux vapeurs flottant sur des parterres,
Où me fut révélée, à l’âge de seize ans,
La saveur du désir et le goût du printemps ;
Que ce soit en foulant les sentiers et les grèves
Où ma jeunesse ardente a poursuivi son rêve,
Le sol rose d’Alsace ou les bosquets du Ris,
Les lacs étincelants des Alpes ou Paris,

Dans le calme du ciel monte parfois encore
La lueur des foyers que j’y vins allumer ;
Sans savoir de quels feux une âme s’y dévore,
La vierge aux longs cils purs, enhardie, ose aimer ;
Et ce soir, où la nuit d’avril brille si belle,
Où les vergers en fleurs tremblent laiteusement
Sous la fraîche clarté de la lune nouvelle,
Où je sens, enivré, dans un seul battement
À mon sang printanier s’unir toutes les sèves
Et toute ma puissance aux puissances du soir,
Je rêve que partout où j’ai vécu se lève,
Doué d’un plus aigu, d’un plus brûlant pouvoir,
Le désir merveilleux qui grandit et transporte,
Afin qu’à chaque enfant soit donné son émoi,
Et que longtemps après que ma voix sera morte,
Tous, m’ignorant ou non, ne vivent que par moi.

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