AH ! QUAND JE SERAI MORT…
À Jean Wahl.
Ah ! quand je serai mort, n’écoutez plus de moi
Les mots, les calmes mots dits je ne sais pourquoi,
Par scrupule, par crainte ; oubliez-les, ces phrases
Où je m’efforce en vain de feindre des extases ;
Oubliez tout ce qui de moi, dans mes écrits,
N’a pas l’air d’un appel, d’une fureur, d’un cri ;
Écartez comme faux ce qui semble tranquille ;
J’ai voulu tour à tour la retraite, les villes,
Et dans les lieux bruyants ou les lieux écartés,
Je t’ai cherchée en vain partout, sérénité.
Non, il ne peut de moi demeurer qu’une fièvre,
Et le dernier soupir que pousseront mes lèvres
Sera brûlant, sera l’appel desespéré
Que tout l’être étourdi jette à l’instant sacré
Où du corps prisonnière une âme se détache ;
— L’appel, l’appel constant vers tout ce qui se cache
Et qu’en toute une vie on n’a pas pu saisir ;
Le mot, le mot dernier sera le mot désir…