Chapitre 9
Après avoir vu la Frochard et Jacques disparaître dans l’intérieur du cabaret, Pierre s’était peu à peu approché de l’aveugle. Mais, déjà Louise avait deviné la présence de son ami.
Louise grelottait, et elle murmura :
— J’ai froid !… J’ai bien froid !
Pierre ne put retenir un geste de douloureuse compassion, et, comme la jeune fille répétait pour la troisième fois : « J’ai bien froid ! » il se dépouilla de son habit, recevant sur sa poitrine, à peine couverte d’une chemise en lambeaux, d’épais flocons de neige.
Puis il laissa tomber son habit sur les épaules de Louise. Celle-ci eut un tressaillement…
— Ah !… c’est vous, Pierre ? dit-elle.
Le rémouleur se mit à trembler, mais ce n’était pas de froid. Il frissonnait au son de la voix si douce de celle qu’il aimait. Elle l’appelait Pierre tout court, comme elle eût appelé un ami, un frère.
— Oui, mademoiselle, je suis là ! dit-il.
— Dès que j’ai senti qu’on avait pitié de moi, votre nom est venu sur mes lèvres, prononça-t-elle.
Elle passait la main sur l’objet qui avait apporté un peu de soulagement au froid qui l’avait saisie, lorsque, tout à coup elle s’écria :
— Mais c’est votre habit, cela… Eh bien ! et vous ?
— Moi !… j’ai… j’ai ma limousine… mon habit de dessous, ma veste en futaine, et puis encore…
Transi, grelottant, les lèvres ne pouvant presque plus s’arrêter de trembler, il s’exclama :
— J’en ai trop de… vêtements… J’étouffe !
Ces mots avaient rassuré Louise…
— Sans vous, Pierre, soupira-t-elle, je serais peut-être déjà morte… Je n’aurais pas eu la force de supporter la vie que je mène…
Cette phrase, qui était un cinglant reproche adressé à la famille Frochard, à sa famille à lui, agita douloureusement le cœur du pauvre garçon.
— Oui, fit-il en baissant la voix, on vous rend bien malheureuse… chez nous !…
Puis, comme s’il eût été entraîné à se faire pardonner d’appartenir à cette famille, il ajouta :
— Mais qu’est-ce que je fais, moi, pour adoucir votre sort ?… Je ne puis rien, hélas !
— Rien ! répondit Louise, et ces bonnes paroles que vous m’adressez… Et ces soins de chaque jour !… Et tout à l’heure encore ! Mais c’est votre pitié qui soutient mon courage !… Et je vous remercie, mon ami…
L’aveugle avait tendu à Pierre une de ses mains, que le brave garçon saisit avec empressement. Mais, pendant qu’il tient cette main glacée dans les siennes, Louise a, de son autre main, tâté le bras de son ami. Et, s’apercevant que Pierre n’a conservé sur son corps transi qu’une misérable chemise, elle s’est écriée :
— Ah ! égoïste que je suis !
Puis, retirant vivement l’habit de dessus ses épaules, elle le tend au jeune homme…
— Non !… non ! dit Pierre.
— Je le veux, mon ami, dit-elle, avec une affectueuse autorité ! Je n’ai plus froid d’ailleurs ! Et puis, qu’est-ce que cela auprès de tout ce que j’ai souffert ?…
Et, la poitrine haletante, elle s’écriait :
— Nous la chercherons ensemble, m’avait dit votre mère !… Et j’ai compris, plus tard, ce que l’on exigeait de moi ! J’ai compris qu’on ne m’avait recueillie que pour me couvrir de haillons !… Pour me dire : « Maintenant, il faut tendre la main et demander l’aumône !… » Ah !… j’ai cru mourir de désespoir et de honte !…
— Dites-moi, pauvre enfant, fit Pierre en baissant la voix, n’avez-vous jamais eu la pensée de vous enfuir ?
— Si fait… j’y ai songé… Mais à qui m’adresserais-je ?… Et si quelqu’un, pris de compassion pour une malheureuse, s’intéressait, par hasard, à moi… qu’arriverait-il ? Ne sais-je pas, hélas ! que, pour ceux qui sont, comme moi, privés de la vue, la pitié consiste à les faire admettre dans un asile. Est-ce du fond de cet établissement que je pourrais appeler ma sœur ?…
— C’est vrai, répondit Pierre atterré et baissant la tête.
Louise se souvint alors de la consultation du docteur.
Elle se rappelait que la Frochard lui avait déclaré qu’il n’y avait plus pour elle d’espoir de guérison. Son cœur se brisait, Et elle murmura :
— L’asile serait, pour la pauvre incurable, le tombeau d’où elle ne sortirait plus… Oh ! c’est affreux !…
Les cloches se mirent en branle lentement…
— Écoutez ! dit Louise… la messe est finie… on va sortir de l’église…
— La mère va revenir ! dit Pierre.
L’aveugle s’agenouilla au bas des marches et, après avoir levé les yeux au ciel, comme pour le prendre à témoin de l’humiliation qu’elle subissait, elle chanta :
Ô passants charitables,
Venez à mon secours ;
Mes jours sont lamentables.
Pour moi, la nuit toujours !...
Soulagez ma misère :
Chacun vous le dira :
À qui donne sur terre,
Au ciel Dieu le rendra !
En ce moment, le flot des fervents sortait de l’église…
Au-dehors, la neige avait redoublé…
La sortie de la messe était toujours la meilleure affaire d’une journée, affirmait Jacques. Aussi, en entendant les cloches sonner la fin de l’office, le « chérubin » avait-il pressé sa mère de vider son gobelet d’eau-de-vie.
Mais la veuve tenait à déguster…
— Attends un peu, fit-elle en se levant de son tabouret pour aller donner un coup d’œil du côté de l’église ; je vais voir si le chardonneret s’égosillecomme y faut.
Et la mégère était revenue en disant :
— Pas besoin de nous presser, mon amour, elle te récolte une bonne petite somme…
Jacques l’interrompit :
— Pierre surveille-t-il la recette ? demanda-t-il…
— Pour sûr, mon amour. On peut s’fier à lui pour ça.
— Pour cela, soit ! Mais faut pas qu’il veuille jouer pour tout de bon au P’tit-Vénus. Qu’il y prenne garde… le chardonneret n’est pas pour lui, la mère !
— Et pour qui donc, mon amour ?
Jacques avala le contenu de son gobelet sans répondre…
En ce moment, trois hommes venaient de s’attabler à une des tables placées plus loin…
La Frochard, en les voyant, avait fait la grimace…
— C’en est !… dit-elle tout bas à Jacques.
Mais celui-ci, sans lever la tête :
— J’en connais bien deux sur les trois…
La Frochard et son fils ne tardèrent pas à apprendre que le troisième buveur était un nommé Picard.
On se rappelle comment, après avoir donné sa démission parce que Roger se rangeait d’une façon indécente,ce domestique, comme on en voit rarement, avait consenti à rentrer au service du chevalier dès qu’il avait appris que le jeune gentilhomme avait une maîtresse.
Or, on le sait, M. de Linières avait chargé Picard de découvrir où Roger de Vaudrey cachait sa nouvelle maîtresse, cette demoiselle pour laquelle il refusait une femme choisie par le roi lui-même.
— Nous le saurons, monseigneur, s’était écrié Picard… Vous pouvez vous fier à moi !
Mais la vérité était que la valet, si certain de son fait, avait aujourd’hui recours à la police de M. de Linières pour découvrir où se trouvait le nid d’amoureux.
Aussi, sachant que, tous les jours à midi, Marest avait l’habitude de donner rendez-vous à ses hommes dans ce cabaret de la place Saint-Sulpice, Picard était venu l’y retrouver et lui exposait son affaire.
Marest le laissait aller, le tenant en arrêt sous ses yeux étincelants de policier. Quand il eut fini, Picard demanda :
— Alors, que faut-il faire, monsieur Marest ?
— Il faut, parbleu ! il faut que je vous aide, monsieur Picard…
Le vieux domestique faillit tomber à la renverse dans le mouvement qu’il fit pour témoigner de sa joie.
— Mon Dieu ! je pourrais bien vous faire languir un peu : mais, comme je vous vois dans l’huile bouillante, je vais vous dire la chose… Cela concerne encore votre maître… Il s’agit de savoir quel intérêt peut avoir M. le chevalier Roger de Vaudrey à courir Paris, jour et nuit… pour retrouver une demoiselle… aveugle.
La Frochard reposa vivement sur la table le gobelet qu’elle allait porter à sa bouche. Jacques lui appuya la main sur la bras.
— On cherche le chardonneret, dit-il.
— Pour lors, faudra le changer de cage.
— Patience, on ne le tient pas encore, fit Jacques.
La mégère avait fait signe de continuer à écouter. Mais ils ne devaient pas en apprendre plus long. En effet, l’agent Marest avait dit à Picard :
— Si vous voulez être renseigné sur ce qui vous intéresse, il faut nous suivre.
Picard ne s’étant pas fait prier, les trois hommes avaient immédiatement quitté le cabaret.
Lorsqu’ils furent sur le pas de la porte, la Frochard se leva comme pour s’élancer sur la place. Jacques la retint.
— Pas d’imprudence, la mère ! dit-il : il faut laisser filer ces gaillards-là… Après, l’on fera le nécessaire…
À peine les agents avaient-ils disparu à l’entrée de la rue de Condé, que la comtesse de Linières paraissait à son tour, sortant de l’église. L’ayant aperçue, le valet de pied avait fait approcher la chaise et en tenait la porte ouverte. Mais Diane s’était arrêtée sur les marches et regardait avec compassion la jeune aveugle.
— J’ai bien demandé à Dieu de me faire retrouver ma fille ! dit-elle en levant les yeux au ciel…
En même temps, elle glissait une aumône dans la main que Louise tendait aux passants.
— Dieu m’aura-t-il entendue ! se demandait cette mère au moment où, de sa main tremblante, elle laissait tomber une aumône dans la main de sa fille !…
Elle se disposait à rejoindre sa chaise, lorsque, tout à coup, Diane étouffa une exclamation :
— Ah ! mon Dieu ! s’écria-t-elle… Ce regard fixe !
Et doucement, d’un ton maternel :
— Mon enfant, demanda-t-elle, est-ce que vous ne voyez pas ?…
Au son de cette voix, Louise avait tourné vivement la tête du côté où se trouvait Mme de Linières… Il lui vint une légère rougeur au front.
— Non, madame, je n’y vois pas…
— Ah ! quel malheur !
Cette exclamation de pitié, qui s’échappait des lèvres de la comtesse, pénétra au fond du cœur de Louise.
La pauvre fille se rapprochait, instinctivement, de cette dame qui s’était intéressée à elle.
La confidence s’arrêtait sur ses lèvres…
— Qu’éprouvez-vous donc, mon enfant ? dit la comtesse à mi-voix : vous souffrez…
Cette fois, Louise n’y tint plus…
— Vous me plaignez parce que je suis aveugle !… dit-elle. Eh bien ! ce n’est pas le plus grand des malheurs qui m’ont frappée !
Ah ! si en ce moment la fatalité n’avait pas fait que du seuil du cabaret la Frochard eût vu ce qui se passait sur les marches de l’église… C’en était fait !… La pauvre aveugle eût, dès ce même soir, trouvé un asile autre que le sordide grenier de la Frochard…
Il s’en fallut de quelques secondes.
La Frochard avait, avec rapidité, traversé la place. Elle arriva au bas des marches au moment où la comtesse répondait à la phrase de Louise. Elle entendit ces mots :
— Que dites-vous ?… Parlez, pauvre petite, parlez !… Je suis riche, et je pourrais peut-être…
Louise était transfigurée. Un reflet de joie intérieure illuminait ses traits… Son sein, oppressé par le froid, se soulevait d’émotion.
— Ah ! si j’osais !… murmura-t-elle.
— Hein ? fit la Frochard, en se rapprochant pour écouter ce qu’allait dire l’aveugle.
La comtesse, n’ayant pas fait attention à cette vieille mendiante, continua sur le même ton rempli d’intérêt :
— Vous avez une famille ?… une mère ?
Louise sentit tout son sang bouillonner en elle…
Une inexprimable sensation l’étreignit au cœur à ces mots qu’on faisait résonner à son oreille…
— Une famille !… une mère ! s’écria-t-elle.
Mais aussitôt la voix s’éteignit sur ses lèvres. Ses traits se contractèrent subitement. Elle avait senti et reconnu la main osseuse de son bourreau… Elle entendait la Frochard, qui s’empressait de répondre :
— Oui, ma belle dame, oui, elle a une famille… une mère, une bonne mère, j’ose le dire…
Et, tandis que l’aveugle, glacée d’effroi, gardait le silence, Mme de Linières, se tournant vers la vieille, lui disait avec compassion :
— Ah ! c’est votre fille ?…
L’horrible femme n’en était pas à son coup d’essai en fait d’hypocrisie et de mensonge.
— Oui, madame, c’est ma fille, la plus jeune de mes sept, que j’ai eu bien du mal à élever…
Et, tenaillant sans qu’on s’en aperçût le bras de la pauvre victime, muette de terreur, elle ajouta :
— Pas vrai, mon enfant !… que je suis bien méritante ?…
Comment la Providence n’envoya-t-elle pas à Louise, pour confondre cette infâme créature, la force de crier :
— Vous mentez !…
La tête perdue, la poitrine oppressée par les sanglots, Louise défaillait… Et c’est en chancelant au bras de la mendiante qu’elle entendit la dame inconnue dire :
— Elle est bien pâle et semble toute malade…
La Frochard s’était empressée de répondre :
— Les bonnes âmes charitables en ont compassion, ma bonne dame charitable… On lui donne un peu d’argent et avec ça, une fois rentrée, elle est bien soignée, bien dorlotée… Pas vrai, ma chérie !…
Et tout bas, elle lui dit en grinçant des dents :
— Eh ! parle donc !…
— Oui !… oui !… répondit la malheureuse avec effort…
— Tenez, mon enfant.
Lorsque, au silence qui suivit, Louise eut reconnu que la dame qui s’était intéressée à elle n’était plus là, il lui sembla qu’un nouveau malheur venait de la frapper.
La comtesse de Linières avait descendu les marches, lentement. Elle était montée dans la chaise, et le valet attendait les ordres.
— Où va madame la comtesse ? demanda-t-il après quelques secondes.
Seulement alors, Diane sembla sortir de la profonde rêverie dans laquelle elle s’était absorbée.
Elle venait de se souvenir qu’elle avait promis au chevalier de voir la jeune ouvrière qui avait si profondément troublé le cœur de Roger. Et elle dit au valet :
— Faites-moi conduire à l’adresse que je vous ai donnée.
Il s’agissait, maintenant, d’arriver à l’entrée du faubourg Saint-Honoré. Nous laisserons la femme du lieutenant de police, en route pour le quartier où se trouvait la chambre d’Henriette, et nous reviendrons sur cette place Saint-Sulpice, où nous avons laissé Louise.
La place commençait à se faire déserte. Les flocons mêlés de grêle fine cinglaient le visage des passants.
— Faut déguerpir, avait dit la Frochard, n’y a plus rien à récolter par ici…
Saisissant alors la main de l’aveugle :
— Quoi qu’elle t’a donné ? demanda-t-elle…
Et, avant que Louise eût pu lui remettre l’argent, la mendiante lui avait broyé les doigts en s’écriant :
— Un louis d’or, mazette !
En voyant venir à elle ses deux fils, la mendiante avait rapidement fait disparaître la pièce dans l’immense poche qui pendait à sa ceinture. C’était, pensait-elle, une réserve qu’elle allait mettre de côté pour le « chérubin »…
Son œil de vautour avait lancé un regard à Jacques pour désigner à celui-ci la direction qu’elle allait prendre, et entraînant Louise :
— En route, p’tiote ! commanda-t-elle. On s’reposera cette nuit… Mais à c’te heure, faut roucouler encore.
Louise fit un signe qui dénotait qu’elle n’en pouvait plus. Mais le bourreau sans entrailles n’entendait pas qu’on lui gâtât sa recette…
— Entonnez-moi ça bien vite, et de la voix ! dit-elle.
Louise poussa un soupir. Et, faisant gémir sa pauvre poitrine sans souffle, elle essaya d’obéir. Peu à peu, la voix de la malheureuse se perdit dans le lointain…
Pierre, de l’endroit où il était, avait assisté, sans y rien comprendre, à la scène qui avait eu lieu, sur les marches de l’église, entre l’aveugle et cette grande dame dont le valet attendait les ordres. Il avait vu sa mère se faufiler entre la dame et Louise. Alors, il avait songé à rejoindre l’aveugle, lorsqu’une main, se posant sur son épaule, l’obligea à s’arrêter tout court…
Il se trouva face à face avec Jacques.
— Reste là, toi ! dit celui-ci, il faut que je te parle !
Le « chérubin » ne riait plus.
Lui non plus n’avait rien perdu de la pantomime qui avait eu pour théâtre le portique de l’église Saint-Sulpice. Lui non plus ne pouvait, maintenant, se défendre d’une douce sensation lorsqu’il voyait Louise.
Malheur à qui chercherait à lui disputer le « chardonneret ». Il était là, vigilant.
La Frochard pouvait bien compter maintenant que son gagne-pain ne lui échapperait pas.
La colère éclatait dans ses yeux. De ses deux mains accrochées aux épaules du rémouleur, il secouait le pauvre garçon avec une violence extrême.
Pierre, tremblant, marmottait :
— Qu’est-ce que tu as ?… Pourquoi me secoues-tu ainsi, Jacques ?… Pourquoi ?… Que t’ai-je fait ?
— Ce que tu m’as fait ?… Ah ! tu veux le savoir ?… Eh bien ! je vais te l’apprendre. D’abord, je ne veux pas que tu suives Louise…
Pierre releva la tête. Effaré, il regarda son frère avec une poignante expression de souffrance. Et il balbutia :
— Comment ?… tu…
Jacques lui mit le poing sous le nez, en s’écriant :
— Je te défends de penser à elle !…
Pierre, s’avançant sans trembler vers son frère, lui dit :
— Moi ! ne plus penser à Louise !… pourquoi ?…
— Pour que je ne te casse pas les reins, l’avorton !
Ne se contenant plus de fureur, l’ignoble gredin s’était élancé. Il obligea Pierre à tomber sur les genoux.
Aveuglé par la colère, il s’acharna à peser de tout son poids sur l’infortuné rémouleur. Et, d’une voix menaçante, il lui dit :
— Je te défends de l’aimer.
Pierre ne poussa pas un cri. Comme grandi par la lâcheté du misérable qui abusait de sa force, il prononça ces mots, d’une voix qui ne tremblait plus :
— Tue-moi, si tu veux, Jacques !…
Puis, levant les yeux au ciel, il ajouta tout bas :
— Mais tu ne m’empêcheras pas de l’aimer.
Jacques avait alors abandonné le malheureux, certain que la leçon lui profiterait.
Il se mit à la recherche de sa mère, qui avait pris par la rue Saint-Sulpice. On entendait encore, au loin, la voix de Louise, qui s’époumonnait à chanter…
La scène de violence n’avait pas eu de témoins…
Le rémouleur se releva péniblement. Alors il chercha des yeux celle à qui on lui avait défendu de penser…
Les flocons tombant serrés lui dérobaient sa vue.
Il poussa un soupir et alla reprendre sa manivelle et ses outils, qu’il avait placés contre une des grilles latérales de l’église.
Et cet infortuné poussa son cri de travailleur :
— À repasser les couteaux, les ciseaux… à repasser !
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