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Chapitre 7

Après le départ de Roger, le comte avait voulu qu’Henriette fût amenée, chaque jour, à l’hôtel de Linières.
L’aveugle avait retrouvé, en compagnie de son amie d’enfance, toute la santé que le séjour chez la Frochard avait gravement compromise. Elle se sentait heureuse autant que pouvait l’être une pauvre jeune fille aveugle. Et, cependant, elle se laissait aller à une mélancolie qui, chaque jour, s’accusait davantage.

Après avoir observé la jeune fille pendant quelques jours, la comtesse acquit la conviction qu’il se passait en elle une chose étrange. Elle se décida, après bien des hésitations, à l’interroger :

— Tu n’es donc pas heureuse ici, Louise ? demanda-t-elle.

— Comment ne serais-je pas heureuse auprès de vous, si bonne, si charitable, si… aimante ?

— Alors, mon enfant, pourquoi te vois-je si triste ?

L’aveugle garda le silence. Diane n’insista pas. Attirant sa fille dans ses bras, elle se contenta de lui murmurer à l’oreille :

— Je ne veux pas que tu pleures, ma Louise bien-aimée !…

La jeune fille prit soin, à partir de cette conversation, de cacher le trouble de son âme. Ce trouble, un souvenir le faisait naître. Le souvenir de l’être infortuné qui avait compati à ses souffrances et risqué sa vie pour la défendre.

M. Hébert avait demandé qu’on lui amenât l’aveugle. Et c’est à Henriette qu’échut le soin d’accompagner sa sœur à l’hôtel du docteur. Picard était chargé de suivre les deux jeunes filles et de les attendre pour le retour.

Pendant le trajet, Louise interrogeait continuellement sa compagne sur les rues qu’elles parcouraient.

— Pourquoi me demandes-tu cela ? disait Henriette. Comme tu es devenue curieuse, ma chérie… Bientôt, grâce aux bons soins du docteur Hébert, tu pourras voir par toi-même par quelles rues nous repasserons.

— Et… quelles personnes nous rencontrerons sur notre route…

Ainsi qu’on l’a bien compris, c’est au rémouleur que Louise songeait.

Elle se disait que Pierre ne manquerait pas de venir rôder dans les environs de l’hôtel, et qu’elle l’entendrait pousser son cri : « À r’passer les couteaux, ciseaux !… » Jusque-là, elle avait été trompée dans son espoir. Et cependant Pierre s’était, un jour, trouvé sur son chemin. Son cœur avait battu bien fort à la vue de l’aveugle revenue à la santé, elle autrefois si pâle, si souffrante.

Il s’était dissimulé à l’angle d’une rue pour ne pas être aperçu par Henriette. Et, lorsque les deux jeunes filles eurent disparu, il attendit encore longtemps avant de se remettre en marche.

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