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Chapitre 8

Maintenant, le rémouleur ne manquait pas de se rendre chaque jour aux environs de l’hôtel du docteur Hébert. Ce ne fut que trois jours plus tard qu’il aperçut les deux jeunes filles sortant de la maison du médecin. Le rémouleur les suivit à distance. jusqu’à ce qu’il les eût vues entrer à l’hôtel de Linières.

Sa stupéfaction fut grande, et il se demanda comment ces deux pauvres orphelines avaient pu trouver asile dans la demeure du lieutenant général de police.

Ah ! s’il eut osé lever la tête pour regarder aux croisées du premier étage, combien son cœur eût éprouvé de joie ! Louise était là, à côté d’Henriette, qui lui racontait tout ce qui se passait au-dehors. Mais, timidement, le pauvre diable avançait sans lever les yeux.

Toutefois, quand il eut parcouru la moitié de la rue, il s’enhardit au point de pousser son cri habituel : « À r’passer les couteaux, ciseaux !… à r’passer !… »

Cette fois, en passant devant l’hôtel, il osa lever les yeux vers les fenêtres. Un cri de surprise et de joie s’étrangla dans sa gorge. Il venait d’apercevoir sa chère aveugle.

Un nom faillit s’échapper de ses lèvres : Louise !…

Mais l’aveugle avait entendu les cris du rémouleur : elle avait reconnu la voix du jeune homme.

Elle avait supposé que le hasard, qui avait, une première fois, conduit les pas de Pierre dans ce quartier, devant l’hôtel de Linières, se renouvellerait.

Elle ne fut pas trompée dans son attente. Le lendemain, et pendant plusieurs jours, Pierre ne manqua pas de passer. La jeune fille en vint à se persuader que son ancien compagnon d’infortune, après avoir découvert la maison où elle avait reçu l’hospitalité, avait choisi l’occasion de lui faire savoir qu’il n’avait pas oublié l’aveugle dont il s’était constitué le protecteur.

Chaque jour, Louise venait se placer, un peu plus tôt, à la croisée, de peur de ne pas s’y trouver au moment où passerait le rémouleur.

Ce petit manège continua, à l’insu d’Henriette. Pour la première fois de sa vie, l’aveugle cachait quelque chose de ses pensées à son amie d’enfance.

Mais, un jour, son air contristé et son attitude abattue dénotèrent l’inquiétude éprouvée par elle : Pierre n’était pas venu, comme d’habitude, sous la croisée.

Louise attendit avec impatience. Puis elle raconta tout à son amie, sans se douter qu’elle ouvrait tout grand son cœur et qu’on allait pouvoir y lire, couramment, le sentiment réel qu’elle éprouvait pour l’être qu’elle idéalisait dans sa pensée.

À cette révélation, Henriette demeura interdite.

Elle jugea que son devoir était, tout d’abord, de consoler son amie :

— Je m’informerai, lui dit-elle, de celui qui t’intéresse à si juste titre, puisque c’est le seul, dans cette famille Frochard, qui t’ait témoigné quelque sympathie.

Mais Louise, malgré cette promesse, ne vit pas s’évanouir la tristesse qui l’avait envahie. Elle avait comme un pressentiment qu’il était arrivé malheur à son ami.

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