‹ Les Errants de nuitChapitre 21 sur 30 · Chapitre 6 LA NUIT DU 12 NOVEMBRE 1817

Chapitre 6 LA NUIT DU 12 NOVEMBRE 1817

Honorine chancela. Tout son corps tressaillait. La fièvre faisait claquer ses dents. Elle fut obligée de se retenir à l’arbre pour ne point tomber à la renverse.

– Tu mens ! dit-elle cependant ; mon père est un gentilhomme et un chrétien. Il n’y a point de sang sur sa conscience !

– Alors, répliqua Nerea, qui avait aux lèvres un sourire cruel, pourquoi as-tu dit : « Je dois », après avoir dit : « Je veux » ? Et pourquoi ne chasses-tu pas ce Legagneur, marchand failli et soldat dégradé, toi qui es riche et qui es noble ?

– Parce que, balbutia Honorine, parce que…

Elle n’acheva pas. Elle courba la tête et fondit en larmes.

– Parce que, poursuivit l’Italienne, il a pouvoir sur ton père, je te mets au défi de dire non !

Honorine garda le silence. Son souffle s’arrêtait dans sa poitrine.

– Il a pouvoir sur ton père, continua Nerea impitoyable, parce que les Legagneur étaient au château de Blamont la nuit du 12 novembre 1817.

– La nuit du 12 novembre 1817 ! répéta Honorine.

– Vous étiez bien enfant, alors, mademoiselle, dit Nerea qui changea de ton brusquement. Peut-être que vous ne savez pas… Ecoutez-moi : je vous jure sur l’espoir de mon salut que je ne vous veux point de mal.

– Mais que se passa-t-il, prononça Honorine comme en un rêve, dans la nuit du 12 novembre 1817 ?

– Je sais cela, répondit Nerea : je sais tout. Mais je ne suis pas ici pour parler. Celui qui m’a envoyée nous attend, venez !

Elle voulut prendre la main d’Honorine, qui la repoussa, mais qui dit :

– Parlez ! Au nom de Dieu, parlez !

– Je sais tout, répéta Nerea ; ces ruines me connaissent… Le moine n’a rien voulu me dire, jamais. Ai-je besoin de quelqu’un pour savoir ?

Une pensée traversa l’esprit d’Honorine. Elle se dit, ranimée par un soudain espoir :

– C’est une folle !

Nerea poursuivit comme si elle eut entendu :

– Non, je ne suis pas folle. Je sais que je mourrai toute jeune, je sais qu’on ne portera pas mon deuil. En me berçant, ma mère avait lu mon malheur. Une fois j’ai jeûné pendant sept jours, veillé pendant sept nuits et consulté les trois sorts dans la Bible latine. Quand j’eus les sorts, je les portai au moine qui est mort. Le moine savait traduire le latin. Voici ce que disaient les trois sorts :

« … Ne verra point Chanaan.

« … Son sépulcre est dans le désert.

« … L’ange se détourna d’elle. »

Honorine pensait, en l’écoutant :

– C’est une folle ! c’est une folle !

– Je sais que vous avez échangé une promesse avec lui, continua la fille de Giovan, et le jour où vous l’avez fait, vous songiez à la dette mystérieuse qui pèse sur vous, car si vous ne savez pas, vous craignez et vous soupçonnez… Je sais que sa destinée à lui se jouera cette nuit. Ecoutez !

Elle avait pris son air de pythonisse ; le vent nocturne apportait de vagues bruits. Elle dit :

– La pioche déchire le sol ! ils cherchent ! La baguette aimantée tourne, tourne, mais la terre refuse de dire son secret.

Elle souriait avec amertume. Elle ajouta :

– Moi seule aurais pu dire où est le trésor.

Puis, d’une voix altérée :

– Ecoutez ! écoutez ! Je vous dis d’écouter !

Ses mains étendues imploraient le silence. Sa tête se penchait vers les ruines que la nuit noire cachait au fond de la vallée. Elle reprit :

– L’eau tranquille se ride et clapote sourdement contre les rives de l’étang. Ils ont vu la lueur, la lueur qui éclaire une tombe…

Elle s’assit au pied du chêne, comme si elle eût oublié l’objet de sa venue.

– Ce ne sera pas un duel, dit elle encore mais un assassinat !

Honorine fut frappée surtout de ce dernier mot.

– Qui doit se battre en duel ? demanda-t-elle.

– Je vous dis, répéta Nerea, que s’il vit demain au matin, quand viendront les premiers rayons du soleil, il sera riche, il sera grand, il sera heureux !

– Hector ?…

Au lieu de répondre, Nerea laissa tomber sa tête sur sa poitrine. Ses longs cheveux dénoués baignaient ses mains et bouclaient sur ses genoux.

– Hector ! murmura-t-elle d’un accent doux et triste, je n’ai pas encore osé lui dire le malheur de sa race. Il a besoin de toute sa force pour surmonter les périls de cette dernière nuit. Les démons sont conjurés. Avec quoi combattrait-il, si je lui enlevais tout son courage ?

Elle fit signe à Honorine d’approcher.

– Je vous crains, mais je vous plains, à cause du mal que vous pouvez lui faire ; moi, j’ai une tendresse de sœur. Je prie Dieu, qui connaît mon cœur. Mon péché est de dérober le secret de Dieu ; mais dès que je n’aurai plus à interroger le destin pour celui qui ne sait même pas que je l’aime comme un frère, je parlerai au prêtre et je pourrai saintement mourir… Asseyez-vous là, près de moi, et m’écoutez. Je ne suis pas votre ennemie.

C’était une nuit comme celle-ci, sombre et muette. Votre mère était morte déjà. Blamont portait encore son deuil. Vous étiez toute petite, mais vous saviez déjà que votre père ne passait jamais dans son lit le temps qui est entre le soir et le matin. Vous connaissiez la porte voûtée qui s’ouvre au bas de l’escalier du jardin. Vous n’ignoriez point où reposaient les os de votre mère !… Tout cela est-il vrai ?

Honorine répondit :

– C’est vrai.

– Vous pouvez vous souvenir d’un soir où de nombreux étrangers envahirent tout à coup votre maison solitaire. Il y avait un jeune ménage, un enfant et trois hommes.

– L’enfant s’appelait Hector ! interrompit Honorine comme malgré elle.

– L’enfant s’appelait Hector, répéta Nerea ; le père aussi. Le nom de la famille de tous les deux était Soleuvre. La jeune femme était Constance de Bazeille.

– La sœur de ma mère ?

– Oui, la sœur de votre mère. La prophétie d’Orval avait dit que Mathilde et Constance mourraient jeunes et mourraient malheureuses. Mais laissez-moi poursuivre et ne m’interrompez plus. Les trois hommes étaient Michel, Jean et Antoine Legagneur. Jean faisait en ce temps-là le métier de contrebandier. Antoine, après avoir été dégradé comme sous-officier au service des Pays Bas, s’était établi en France ; Michel était l’homme de confiance et presque l’associé de Soleuvre.

Hector de Soleuvre et sa femme, avec leur enfant, venaient demander l’hospitalité à M. de Blamont. Un retard dans leurs payements avait ameuté contre eux la population ouvrière de Sedan. Les carreaux de l’hôtel de Soleuvre avaient été brisés. Ils fuyaient. Ils étaient riches, pourtant. C’était une main perfide qui avait embrouillé leurs affaires. M. de Blamont aurait pu d’un seul mot faire cesser leur peine. Comprenez-vous ce que je veux dire par là ?

– Non, répondit Honorine.

– Eh bien ! vous allez me comprendre : dans l’endroit où M. de Blamont se rendait et se rend encore chaque nuit, il y a un million huit cent mille francs, en espèces monnayées, qui appartenaient à Hector de Soleuvre le père, et qui appartiennent à Hector de Soleuvre le fils.

La poitrine d’Honorine rendit un gémissement.

– Mon père ! murmura-t-elle, mon père !

– Votre père, continua Nerea, reçut ses hôtes avec cordialité. Hector de Soleuvre, sa femme et leur jeune fils eurent, après souper, la chambre bleue qui est la dernière dans le corridor du bâtiment neuf.

– La chambre fermée, dit Honorine.

– Plût à Dieu qu’elle eût été fermée cette nuit-là ! Les trois Legagneur couchèrent dans trois chambres séparées de l’aile droite du vieux château. A onze heures de nuit, toutes les lumières étaient éteintes dans la maison de Blamont. Vers minuit, un bruit étrange se fit entendre.

– Mais comment savez-vous cela, vous ? s’écria Honorine.

– Je suis de votre âge, c’est vrai, répliqua la fille de Giovan ; je n’ai pu être témoin. Mais il est des choses que vous ne pouvez pas nier. Il y avait un homme, en ce temps-là, qui entrait au château de Blamont, même quand toutes les portes étaient closes.

– Le moine ! balbutia Honorine, mais vous venez d’avouer que le moine vous avait refusé ses secrets.

– C’est encore la vérité. Seulement, le moine avait pour serviteur un pauvre enfant qui est devenu un homme, et qui a donné à la cause des Soleuvre plus que sa vie. Avez-vous oublié Mathieu, l’homme au loup ?

– Celui-là n’a pas pu calomnier mon père ! s’écria Honorine, celui-là m’aime !

– Oh ! fit Nerea, qui eut son sourire amer, vous, on vous aime ! mais moi, l’on m’obéit. J’ai pouvoir sur Mathieu et sur bien d’autres !

Elle avait redressé sa taille avec un soudain orgueil où il y avait du sauvage et de l’enfant.

– Mathieu n’a pas calomnié votre père, reprit-elle ; Mathieu a gardé son secret pendant quinze ans, à cause de vous, qui êtes la fille de Mathilde. Mais je lui ai ordonné de parler, et ce qu’il n’eût pas dit à sa mère, il me l’a confié à moi, à moi seule. Ce qu’il m’a confié, c’est ce qu’il a vu.

Cette nuit du 12 novembre 1817, Mathieu était venu au château de Blamont de la part du moine d’Orval. Le moine avait besoin d’argent, non pour lui : il vivait de rien, mais pour son grand pèlerinage ! Il allait prédire au pape, dans Rome, et au roi de France, dans Paris, les désastres qui menaçaient le monde.

Il était cinq heures après minuit. Tout dormait encore au château. Quand Mathieu s’introduisit par la porte qui donne sur le jardin, il entendit un bruit de pas dans le corridor. Il s’arrêta, pensant que Blamont rentrait de son voyage de chaque nuit. Mais, au lieu de rentrer, Blamont sortait. Il portait un lourd fardeau sur ses épaules courbées. Et il gémissait sous ce faix, disant : « Mon Dieu, ayez pitié de moi ! »

Il n’y avait pour toute lumière dans le corridor qu’une lanterne sourde posée par terre à l’entrée du petit escalier. Cela faisait un rond clair au bout de la galerie, et tout le reste demeurait dans l’ombre. Mathieu restait immobile. En ce temps-là, il n’avait que vingt ans, et c’est encore aujourd’hui un homme timide. Il essayait de distinguer ce fardeau, dont le poids arrachait des plaintes à M. de Blamont. Il ne pouvait y parvenir. La nuit était trop noire. Quand Blamont arriva en face de la lanterne, la lueur n’éclaira que ses jambes et le bas de sa charge. Mathieu vit comme un sac, ou plutôt un paquet enveloppé de toile. C’était grand, cela paraissait pesant. Blamont s’arrêta pour reprendre haleine et s’essuyer le front. Il dit : « Mon Dieu ayez pitié de moi ! »

Quand M. de Blamont eut descendu trois ou quatre marches de l’escalier, cela le mit de niveau avec l’âme de lanterne qui restait en haut, et Mathieu put voir la partie supérieure du fardeau. Il crut rêver. La toile dessinait vaguement une forme humaine. Mathieu n’eut pas beaucoup de temps pour examiner cela, car Blamont continua de descendre et disparut avec sa charge au tournant de l’escalier. On ne le voyait déjà plus, qu’on entendait encore cette exclamation sourde et toujours répétée qui semblait accuser l’angoisse ou la folie : « Mon Dieu, ayez pitié de moi ! »

Mathieu eut l’idée de le suivre, mais il était cloué à sa place par la terreur. M. de Blamont ne fut pas absent plus de deux minutes. Mathieu l’entendit qui remontait l’escalier en courant. Il vit en plein sa figure au moment où M. de Blamont atteignait les premières marches. Il dit qu’il s’est trouvé plus d’une fois en face d’un mort, mais que jamais cadavre ne lui a semblé si pâle que l’était votre père…

Honorine écoutait, immobile comme une statue. La fille de Giovan s’étant arrêtée, Mlle de Blamont ne parla ni ne bougea.

Nerea s’était arrêtée parce que le loup avait hurlé. Elle dit :

– Ici Bijou !

Le loup obéit en rampant. Quand il fut tout près, l’Italienne le caressa de la main et murmura :

– Qu’as-tu, vieux ?

Le loup battit de la queue, puis il mit son museau au vent, puis encore il encensa de la tête comme un cheval.

– Bien ! bien ! fit Nerea, il n’est pas encore l’heure. A bas !

Elle le repoussa du pied. Le loup retourna à sa place.

– M. de Blamont, dit la fille de Giovan Bataille en reprenant son récit, passa devant la lanterne, courbé en deux, bien qu’il n’eût plus son fardeau. Il semblait se traîner avec peine. En traversant le corridor, il frôla presque Mathieu, qui entendit râler sa poitrine. Ce n’était pas dans son appartement que M. de Blamont se rendait. Il ouvrit la porte de la dernière chambre située sur le corridor, la chambre qu’on avait donnée à Hector de Soleuvre, à sa femme et à leur enfant. Mathieu ne savait même pas qu’il y eût des étrangers au château cette nuit-là.

M. de Blamont fut environ deux minutes dans la chambre. Mathieu entendit un enfant qui pleurait, puis la voix de votre père disant :

– Dors, petit ; dors, mon mignon !

Il dit que cette voix le fit frémir, tant elle tremblait horriblement. L’idée d’un meurtre était née en lui. Allait-on frapper ce pauvre petit être ?

Mathieu se glissa jusqu’à la porte de la chambre. Dans la chambre, il y avait une lampe veilleuse. On avait fermé les rideaux autour du berceau de l’enfant. Mathieu vit M. de Blamont, votre père, qui enveloppait dans un drap de lit le corps de Soleuvre…

– Mensonge ! balbutia Honorine, mensonge horrible !

– Laissez, que j’achève.

– Mensonge ! je ne vous crois pas !

– Il vous faudra bien me croire. M. de Blamont mit le corps de Soleuvre sur ses épaules, avec des efforts terribles ; il s’y reprit à plusieurs fois. Chaque fois, il disait : « Mon Dieu, je ne peux pas ! Mon Dieu, je vais mourir ! Mon Dieu, ayez pitié de moi ! » En voyant la forme que prenait sur ses épaules le cadavre enveloppé, Mathieu devina bien que le premier fardeau était aussi un corps mort. L’enfant, derrière ses rideaux, appelait son père et sa mère. Le père était là ; le premier fardeau devait être la mère.

Mathieu n’eut que le temps de se glisser dans une embrasure de porte. M. de Blamont franchit le seuil avec sa charge et se dirigea pour la seconde fois vers le petit escalier. A chaque pas qu’il faisait, Mathieu croyait qu’il allait tomber la face contre terre. Mais non, il allait toujours.

Au moment où il disparaissait de nouveau dans la cage de l’escalier, des bruits de pas et de voix se firent entendre à l’autre bout de la galerie. C’étaient les trois Legagneur qui venaient éveiller leurs compagnons de route, car on devait aller ce jour-là jusqu’à Liège. Ils affectaient beaucoup de gaieté. Ils entrèrent dans la chambre des Soleuvre. Puis Mathieu entendit un triple cri, puis le silence.

M. de Blamont remontait ; il prit sa lanterne au haut de l’escalier. Bien qu’il n’eût plus sa charge, il chancelait comme un homme ivre, et répétait d’une voix étouffée : « Ah ! mon Dieu ! ah ! mon Dieu ! » Comme il arrivait à la porte des Soleuvre pour regagner sans doute sa propre chambre, qui était au-delà, sa lanterne éclaira les trois Legagneur, rangés devant le seuil. Ses genoux fléchirent, et il tomba prosterné.

– Pitié ! pitié ! pitié ! s’écria-t-il par trois fois.

– Tu as assassiné Soleuvre et sa femme, dit Antoine Legagneur, qui a toujours été le maître ; nous avons vu le sang !

– Non, répondit M. de Blamont ; je suis innocent, pitié ! pitié !

La tête de Mlle de Blamont s’affaissa sur sa poitrine.

– Vous pleurez, dit Nerea ; s’il ne s’agissait de lui, je ne vous aurais pas porté ce coup.

– Je ne pleure pas, répliqua Honorine, dont la voix était ferme ; mon père est innocent, comme il l’a dit : j’en suis certaine ; j’en ferais le serment à l’heure de mourir. Il y a là-dessous quelque mystère d’iniquité. Continuez, ma fille. Que firent et que dirent les Legagneur ?

– Ah ! s’écria Nerea, vous soupçonnez les Legagneur ! Moi aussi, je les ai soupçonnés. Ils n’en sont pas à leur premier crime, et celui-là leur a bien profité. Mais Mathieu a vu, et Mathieu ne sait pas mentir.

– Que firent et que dirent les Legagneur ? répéta Honorine.

– Jean, le père de ceux qu’on appelle les neveux, parla de dénoncer le fait à la police de Bouillon. Votre père lui a donné depuis bien de l’argent. Antoine voulait venger sur le coup son malheureux associé. Michel tremblait… Mais ce sont des marchands, et Antoine éclaira la situation d’un mot ; il dit à votre père : – Désormais vous nous appartenez !

M. de Blamont ne protesta point. Les Legagneur exigèrent d’abord qu’on leur remît l’enfant, qui est le maréchal des logis Hector, héritier unique et légitime de Soleuvre et de Bazeille. M. de Blamont donna l’enfant. Michel Legagneur eut de quoi reprendre la maison de Sedan ; Antoine reçut de fortes sommes ; Jean, qui n’était alors qu’un malheureux, devint tout à coup riche.

Et quand la justice vint faire enquête au château de Blamont, au sujet de la disparition de Soleuvre et de sa femme, les trois Legagneur portèrent ce témoignage : « Soleuvre était réduit au désespoir ; il parlait de suicide… Sa femme n’avait pas d’autre volonté que la sienne. Ce que Soleuvre a fait, sa femme a dû le faire. »

Il n’y avait ni traces ni preuves. Mathieu seul aurait pu parler ; il garda le silence. La justice se retira.

Mais, depuis ce temps-là, les Legagneur sont les maîtres de votre père. Quoi qu’ils veuillent, M. de Blamont n’a pas le droit de leur opposer un refus.

– J’ai vu mon père leur résister en face à tous les trois, dit Honorine.

Nerea se prit à sourire.

– Je sais cela, répliqua-t-elle ; l’homme qui n’a pas défendu sa fille a su défendre son trésor.

Au moment où Mlle de Blamont allait répondre, Nerea lui serra le bras fortement et dit :

– Silence !

Le loup venait de se dresser et flairait au vent.

– Bellement, Bijou ! bellement ! murmura la fille de Giovan ; allez au bout !

Le loup partit comme un trait.

– C’est l’heure, dit tout bas Nerea en se tournant vers sa compagne ; je sais d’avance ce que vous allez entendre et voir. Souvenez-vous seulement d’une chose, c’est qu’il veut jouer sa vie pour vous, et que s’il succombe, la cause unique de sa mort ce sera vous.

Honorine voulut parler. La main de Nerea lui ferma la bouche.

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