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Chapitre 7

Une minute se passa. Un bruit sourd et lointain se faisait vers la frontière de France. Nous avons entendu déjà un bruit pareil cette nuit où le maréchal des logis vint, pour la première fois, au creux du chêne. C’était évidemment la marche d’une grande troupe d’hommes. Honorine balbutia !

– Les Errants de nuit !

– Nous n’avons pas affaire aux Errants de nuit, répondit Nerea ; qu’ils passent !

On commença de voir des lueurs aller à travers les arbres. Le bruit augmentait : trépignements, longs murmures, chants d’ivresse. Comme la première fois, la tumultueuse armée des chasseurs d’or tourna court à une cinquantaine de pas du vieux chêne et se dirigea vers la vallée d’Orval. Comme la première fois, il y avait des vieillards, des enfants et des femmes, mais le groupe principal était armé de bêches, de pelles et de fusils.

En tête était l’homme à cheval. A l’arrière-garde cheminait l’âne, monté par un petit homme qui secouait une torche à tour de bras et qui était ivre. Une bonne moitié de ses compagnons pouvait, à cet égard, lui rendre des points.

La cohue s’engouffra dans le chemin de traverse menant à Orval. Des mille cris qui formaient cette grande clameur, répandue sur son passage, une seule parole se dégageait, distincte, à force d’être souvent répétée : « C’est cette nuit ! c’est cette nuit ! » Puis les cris redevinrent rumeur ; le fracas de la marche s’étouffa. Au bout d’une minute encore, on n’entendit plus qu’un vague murmure.

– Qu’y a-t-il donc cette nuit ? demanda Honorine.

– Dieu le sait, répondit Nerea dont la voix était grave ; cette nuit contient l’heure marquée, voilà ce qui est certain. Ces aveugles vont où le démon les pousse. Moi, je vois trouble et rouge : beaucoup d’or et beaucoup de sang !

Honorine se sentait défaillir, non point à cause du passage des Errants ni des dernières paroles prononcées. Elle songeait à son père et à Hector. C’était pour payer la dette de son père qu’elle avait dit un jour à Hector : « Je veux bien être votre fiancée. » Et c’était encore pour son père qu’elle trahissait sa foi et son propre cœur en acceptant la recherche du major Antoine.

Son père ! que de fois elle avait repoussé un soupçon terrible ! Son père lui avait dit : « Je t’apprendrai tout », mais il avait trop tardé : Nerea venait de parler la première. Cette scène muette des corridors de Blamont lui passait devant les yeux : elle voyait son père fléchissant par deux fois sous le fardeau. Deux victimes ! Le père et la mère d’Hector !…

Les herbes s’agitèrent au-delà du talus qui bordait l’avenue. Une sombre masse franchit le fossé.

– Tout doux, vieux ! fit Nerea, qui mit sa main sur le dos ruisselant du grand loup.

Les flancs de l’animal tremblaient. Il respirait court. Sa langue énorme tombait jusque sur le gazon.

– Tu as été à l’eau, Bijou, reprit Nerea, mais tu n’as pas eu le temps de boire. Ils sont là. Allez devant, vieux ! allez !

Puis, se tournant vers Honorine, elle ajouta :

– Suivez-nous !

Le loup se prit à remonter l’avenue en droite ligne et pas à pas. Nerea marchait sur ses traces ; Honorine venait ensuite, faible et pouvant à peine se soutenir. Le loup quitta l’avenue à deux cents pas du chêne creux, et passa dans les taillis par une brèche charretière. Une fois dans le taillis qui s’étendait au sud de l’avenue, le loup ralentit encore son pas. Il s’arrêtait de temps en temps pour flairer au vent.

– Je ne puis plus marcher dit Mlle de Blamont, dont les forces étaient complètement épuisées.

Nerea répondit :

– Traînez-vous ! Il faut que vous voyiez et que vous entendiez !

Honorine ne pouvait obéir. Elle restait affaissée contre un arbre. Nerea siffla. Le loup s’arrêta.

– Ici, vieux ! dit-elle.

Le loup vint en rampant.

– C’est cela ! Baisse-toi, vieux ! reprit l’Italienne, tu vaux mieux que bien des hommes. Vous, demoiselle, faites un effort, asseyez-vous sur son dos. Je suis là pour vous empêcher de tomber.

Honorine perdit l’équilibre dès qu’elle eût lâché l’arbre. Nerea la saisit à bras-le-corps et la plaça sur le dos du loup, qui se reprit aussitôt à marcher. Nerea soutenait Honorine, comme Mathieu Sudre avait soutenu Hector, la nuit de l’attaque, au gué de Saint-Ilde.

La route se fit ainsi, dans un taillis de chênes où serpentait un étroit sentier. Tout à coup, au travers des branches dépouillées, on put apercevoir de vives lueurs. Ce n’étaient pas les torches des Errants de nuit, car on s’était dirigé en sens inverse de la vallée d’Orval ; et pourtant, c’étaient des torches. Au-delà du taillis, s’étendait une clairière de forme ovale qui touchait à une futaie de hêtres.

– Bellement, vieux ! murmura Nerea qui dirigea le loup vers la partie la plus méridionale de la clairière.

Aussitôt que les branches ne firent plus obstacle, trois figures connues se montrèrent, éclairées par les torches. C’étaient Etienne et François Legagneur, les deux neveux, accompagnés de l’ancien garçon de caisse, Sébastien Lethil.

François était seul au pied d’un tertre où se voyaient les débris d’une croix mutilée. Etienne et Bastien enlevaient des mottes de gazon à quelque vingt pas de là. Leurs torches étaient plantées en terre.

– Reposez-vous, dit la fille de Giovan, et tâchez d’entendre.

– Le cœur me manque, balbutia Mlle de Blamont ; il y a comme un voile au-devant de mes yeux.

– Vous est-il impossible de voir ? demanda Nerea.

– Je vois, répondit Honorine comme un enfant qu’on interroge, les deux jeunes Legagneur et un de leurs valets.

– Et reconnaissez-vous le lieu où nous sommes ?

– C’est la clairière de la Croix-Renaud.

– N’avez-vous pas entendu prononcer ce nom depuis peu ?

Honorine se recueillit.

– Si fait, dit-elle enfin avec fatigue ; il me semble, par Antoine Legagneur…

Nerea l’interrompit.

– Cela suffit, reprit-elle ; vous n’avez désormais qu’à écouter, vous allez comprendre.

Etienne et Bastien Lethil causaient à demi-voix ; François allumait sa pipe à sa torche.

– Ah çà ! cria-t-il tout à coup aux deux autres, ce monsieur-là est donc un oiseau d’espèce bien rare pour qu’on prenne tant de gants avec lui ?

– Nous faisons ce que l’oncle Antoine a commandé, répliqua Etienne.

– Une bonne balle dans le dos, grommela François, ici ou sur la route, aurait arrangé l’affaire sans tous ces embarras !

Nerea sentit Honorine qui tressaillait à côté d’elle.

– Oh ! fit-elle, ce n’est que le commencement.

L’expression de douceur et de pitié qui était naguère dans sa voix avait disparu. François reprenait :

– Le monsieur aura-t-il ses témoins ?

– On ne sait pas, répondit Bastien Lethil.

– C’est égal, dit Etienne, l’oncle n’est pas fier, lui qui a porté la grosse épaulette, de se battre ainsi avec un sous-officier.

– Se battre ! répétèrent les deux autres en éclatant de rire.

– Nerea ! Nerea ! balbutia Honorine d’une voix brisée, est-ce donc lui qu’ils vont assassiner ici ?

– Ecoutez ! repartit froidement la fille de Giovan.

– L’oncle est rusé, poursuivait Etienne ; il compte bien rentrer en France avant la fin du mois. Si ce qu’il dit est vrai, avec les millions du monastère, il aura de quoi acheter deux ou trois réputations d’honnête homme. Avez-vous bien compris son idée, vous autres ? Il fait ici d’une pierre deux coups. Le maréchal-des-logis passe pour une fine lame. Avec ce duel-là, notre oncle évitera bien des affaires ennuyeuses.

– Parbleu ! répliqua François, tu nous prends donc pour des conscrits ! Nous savons notre oncle par cœur aussi bien que toi.

Lethil adaptait au-dessus d’un petit trou carré, creusé en terre, une des mottes de gazon arrachées.

– Il lui faut son homme blessé par devant, grommela-t-il avec insouciance ; voilà tout. Et Dieu merci ! quand même le maréchal-des-logis aurait le diable au corps, il trébuchera dans une de nos chausse-trapes, soit en marchant, soit en rompant.

– Si on choisit l’épée, son numéro est tiré ! décida François.

– Et si on choisit le pistolet, ajouta Lethil, c’est vous qui chargerez les armes.

Honorine était à la torture.

– Mais il faut courir ! prononça-t-elle d’une voix étouffée ! il faut le prévenir !

– Croyez-vous, repartit Nerea que je vous aie attendue pour l’avertir ? C’est un Soleuvre : sa volonté est de fer.

– Je me jetterai à ses genoux !

– Je m’y suis jetée.

– Je l’implorerai avec larmes.

– J’ai pleuré… car vous ne savez pas tout ; c’est par moi que ces hommes sont ici. Il m’avait ordonné de porter le cartel, j’ai obéi.

– Vous !… s’écria Mlle de Blamont.

– Silence !… si l’on vous entendait, la seule chance de salut qui reste serait perdue !

– Quinze, seize, dix-sept, dix-huit chausse-trapes ! comptait Etienne en ce moment. S’il se tire de là, je lui paye de la bière du pays à plein verre, mes bons amis !

– Quant à s’en tirer, riposta Bastien, c’est comme si on parlait de prendre la lune avec les dents. Nous serons quatre contre un.

Honorine serra si fortement le bras de Nerea que celle-ci se retourna étonnée.

– Conduisez-moi, dit Mlle de Blamont, je veux le voir, lui parler.

La fille de Giovan eut son sourire amer.

– A quoi bon ? dit-elle. Ce que je n’ai pu faire, nulle autre ne le fera.

Elle ne parla plus. Honorine cherchait laborieusement dans le trouble de sa pensée le mot qui pourrait la fléchir. Bastien et les deux neveux s’étaient groupés sur le tertre, au pied de la croix. Ils causaient maintenant à voix basse. Leur besogne était achevée. Tout à coup la fille de Giovan se redressa et dit :

– Venez !

Sa voix s’était élevée malgré elle pour prononcer ce mot : « Venez ! » qui était l’expression de son découragement.

A peine était-il sorti de sa bouche que les trois torches s’éteignaient. Les deux neveux et Bastien se jetèrent en même temps à plat ventre, rampant vers la futaie : ils croyaient à une attaque. Bastien se releva le premier.

– C’était une voix de femme, dit-il.

– Tout de même, répondit François, nous voilà en pleine déroute pour un mot qui sort du couvert. Il faut savoir qui a parlé, nous jouons une grande partie !

Ils s’étaient arrêtés. Nerea effrayée de sa propre imprudence, entraînait Honorine à travers le taillis. On entendait le bruit des feuilles desséchées sous leurs pas.

– Ils se sauvent ! dit François, après avoir écouté.

– Ils ont plus peur que nous, ajouta Etienne.

– Prenez sur la gauche, je vais tourner le taillis du château. S’il nous ont vus, tant pis pour eux !

– Ou tant pis pour nous ! grommela l’aîné des neveux.

Ils suivirent cependant l’avis de Bastien. Etienne et François tournèrent le dos à la futaie et marchèrent sans bruit vers le taillis. Bastien était déjà sous le couvert. Il avait pris au nord-est pour gagner l’avenue. Honorine et Nerea fuyaient ; elles avaient de l’avance, mais Honorine était si faible et si tremblante, qu’elle pouvait à peine se traîner.

Nerea disait :

– Mon orgueil m’a mis un bandeau sur les yeux. Ce que je n’ai pu faire, peut-être que vous le ferez. Courage, donc ! Moi, si j’avais l’espoir de le sauver, j’aurais des ailes !

Ce n’était pas le courage qui manquait à la pauvre Honorine. L’Italienne reprit :

– Appuyez-vous sur moi, je suis forte !

Honorine ne dédaigna point son secours.

– Notre route est longue encore, poursuivit Nerea, mais j’ai un cheval au bout de l’avenue. Si nous pouvons l’atteindre, nous leur échapperons.

– Pensez-vous donc que nous soyons poursuivies ? interrogea Mlle de Blamont.

– J’en suis sûre, répliqua l’Italienne.

Elles firent quelques pas en silence. Le loup marchait près d’elles, se serrant contre Nerea. Celle-ci s’arrêta tout à coup.

– Ecoute, vieux ! prononça-t-elle, si bas qu’Honorine eut peine à comprendre le sens de ses paroles.

Le loup dressa les oreilles et tourna la tête dans la direction du nord-est. Nerea le caressa de la main. Comme elle sentit le poil se hérisser sous ses doigts, elle ajouta tout-bas :

– Pille, Bijou ! pille ! pille !

Vous eussiez dit une flèche qui part. Le grand loup entra d’un bond dans le fourré et disparut ; l’instant d’après, on entendit un juron, puis un coup de pistolet sous le couvert. Nerea serrait Honorine à bras-le-corps.

– Sur votre vie, murmura-t-elle à son oreille, pas un mouvement, pas un souffle !

Elle l’avait entraînée dans un épais buisson. A droite et à gauche du buisson, deux ombres passèrent.

– A qui diable Bastien en a-t-il ? demanda François Legagneur.

– On n’entend plus rien, répondit Etienne ; je donnerais quelque chose pour savoir quel gibier il a tiré.

Ils s’éloignèrent, allongeant le pas avec précaution. Nerea et sa compagne restèrent encore immobiles pendant une bonne minute ; le bois était rentré dans le silence. Les deux neveux n’étaient pas loin, cependant, car les batteries de deux pistolets armés presque en même temps sonnèrent. Nerea tendit l’oreille. On courait dans le taillis.

– C’est le moment, dit-elle ; un effort ! cette occasion là ne se retrouvera plus.

Honorine rassembla tout ce qu’elle avait de force. Soutenue qu’elle était par l’Italienne, elle parvint à franchir la distance qui les séparait de l’avenue ; mais au moment où la nuit moins sombre annonçait la fin du bois, un bruit confus commença à se faire entendre ; c’était comme une bataille. Cela approchait ; on distinguait des pas précipités, des piétinements de luttes, des blasphèmes ; les branches du taillis éclataient en se brisant ; plusieurs coups de feu retentirent. Honorine, plus morte que vive, ralentit son pas. Nerea l’entraîna, lui fit traverser l’avenue, et s’engagea avec elle dans la bruyère qui rejoignait les ruines d’Orval.

Elles marchèrent environ dix minutes encore ; la fatigue gagnait Nerea, qui portait presque sa compagne. A mesure qu’elles avançaient, le silence les entourait de nouveau.

– Je suis à bout ! murmura Mlle de Blamont qui perdait le souffle ; il me semble que je vais mourir.

Nerea lui montra du doigt un clair dans les brousses. Il y avait là un cheval qui broutait, attaché à un jeune bouleau. A cinquante pas de cette petite clairière, on voyait fuir et se terminer l’avenue. Honorine reconnut la grande silhouette du chêne creux.

– Ce cheval est à nous, dit Nerea ; nous l’avions sous la main tantôt, mais il vous fallait voir et entendre ce que vous avez vu, ce que vous avez entendu.

Elle détacha la bride du cheval, et l’amena jusqu’à une souche sur laquelle Honorine monta pour se mettre en selle. Malgré ce secours l’Italienne fut obligée de la prendre dans ses bras comme un enfant. Quand Honorine fut assise sur le cheval, qui était une bonne bête du Luxembourg, solide et capable de porter les quatre fils Aymon, Nerea monta sur la souche à son tour, et mit deux doigts dans sa bouche. Elle se tourna vers l’avenue et fit entendre un coup de sifflet aigu.

– Ho ! Bijou ! ho ! cria-t-elle de toute sa force ; tay ! vieux, tay ! loup, loup, loup !

Puis elle cassa une branche pour s’en servir comme d’une cravache, et sauta derrière Honorine, qui chancelait sur la selle.

– S’ils n’ont pas tué le vieux, dit-elle avec une expression de réelle sollicitude, nous allons l’entendre bientôt.

Elle toucha le cheval, qui partit au galop. Son bras gauche entourait la taille d’Honorine ; de la main droite, elle guidait le cheval. Celui-ci ne semblait point gêné de son double fardeau. Il galopait franchement, et Nerea le fit sauter sans peine par-dessus le talus qui bordait le bois. Une grande ombre bondit en même temps que lui. Le loup trottait à côté des deux jeunes filles.

– Bien, Bijou ! bien ! s’écria Nerea ; tu es un brave ami !… viens çà !

Elle tendait la main pour le caresser. Le loup se retourna, en effet, et allongea son museau. Nerea vit alors qu’il courait sur trois pattes. La quatrième pendait, brisée à l’articulation. La main de Nerea rencontra le museau, qui était gluant et chaud.

– Il y a du sang, dit-elle.

A ce moment le loup, faisant volte-face brusquement, s’élança à la queue du cheval, qui partit à fond de train. Les brousses du talus s’illuminèrent, et trois détonations retentirent.

– Tu les as donc laissés tous les trois vivants, vieux ? gronda l’Italienne.

En quelques minutes le cheval eut gagné la vallée. La sombre silhouette des forges de la Soye se découpa sur le ciel. Le danger était passé. On traversa le ruisseau de la Marche à gué. Le loup suivait désormais à longue distance, bien que Nerea l’appelât et le caressât de la voix.

A quatre ou cinq cents pas des forges, au beau milieu des bruyères, Honorine vit une lueur qui brillait. Il n’y avait point de maison. C’était un mamelon coupé à pic et qui semblait appartenir à une ancienne carrière. Comme on approchait, la lumière disparut. Le cheval s’arrêta de lui-même. Nerea dit tout bas :

– Gertrude !

A peine ce nom était prononcé, que des gonds grincèrent aigrement. Un carré lumineux se montra dans le flanc même du mamelon, taillé en falaise. C’était une porte qui s’ouvrait. Honorine put voir dans le trou une misérable table sur laquelle une chandelle était allumée, et un foyer où fumaient des copeaux de bois vert.

Gertrude était sur la porte. Honorine reconnut en elle, au premier coup d’œil, cette pauvre femme de Montmédy, la mère de petit Pierre, l’enfant qu’Hector avait sauvé sous le pont de la Chiers. On ne voyait qu’elle dans cette sorte de tanière qui était creusée dans le flanc du coteau…

Nerea descendit de cheval et demanda :

– Mathieu est là ?

– Il veille, répondit Gertrude.

– Et lui ?…

– Il dort.

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