Chapitre 9 L’HOMME ET LA FEMME GUERN EN VOYAGE
Cette même nuit, ou plutôt le soir précédent, vers huit heures, au moment où Antoine Legagneur et Bastien Lethil concluaient leur marché de cent arpents en face de l’étrange escalier des sept lacs, étageant leurs nappes d’eau au-dessus de la vallée d’Orval, Jean Guern et sa femme cheminaient côte à côte dans un des chemins de traverse qui mènent de Stenay à la frontière belge.
Jean Guern et sa femme allaient, frappant le sol de leurs longs bâtons et affectant ce pas militaire qui était leur allure habituelle, mais ils étaient bien las, cela se voyait. La haute taille du bonhomme se courbait et Julienne disait parfois :
– La Victoire, nous n’avons plus nos jambes de quinze ans !
Il y avait déjà longtemps de cela. Jean Guern répondait avec sa grave goguenardise :
– Allons toujours, la femme, nous ne verserons pas.
Mais il avait quelque mérite, le vieil homme, à faire ainsi contre fortune bon cœur, et malgré le froid qu’il faisait, la sueur ruisselait sous ses cheveux blancs.
Leur étape durait depuis le matin. Ils avaient le ventre creux. Jean Guern, nous avons dû le dire déjà, possédait toutes les vertus, excepté la prudence économe. L’argent ne fatiguait jamais beaucoup sa poche. Il n’était pas de ceux qui peuvent dire avec orgueil : « Je ne m’embarque pas sans biscuit. » Pourvu que sa gourde ne tarît pas trop souvent, il avait la conscience tranquille.
A trois quarts de lieue de la frontière environ, le chemin déboucha d’un taillis pour entrer dans une lande rase où pas un buisson ne se montrait. A droite et à gauche, deux hauts talus de terre bordaient la route, qui, contre l’habitude, filait droit et se perdait au lointain. Julienne poussa un gros soupir à cette vue.
– Quel ruban, la Victoire ! murmura-t-elle. Jean Guern eut un rire contraint.
– Une nuit serait bientôt passée, là, dans la bruyère, dit-il.
– La Victoire, je m’y reposerai bien tout de même, si vous voulez.
Le bonhomme lui tendit l’appui de son bras et dit en se redressant :
– C’est cette nuit que l’enfant aura besoin de nous ou jamais, et les quatre garçons nous attendent.
Au moment où Julienne allait répondre, ils s’arrêtèrent tous deux d’un commun mouvement. Leurs regards s’étaient portés en même temps du côté droit de la route. Il y avait trois hommes debout sur le talus.
Celui du milieu portait un fusil à la main. On distinguait cela parfaitement, malgré l’obscurité, parce que, ainsi perché, le groupe se détachait sur le ciel.
– Il y en a trois, dit Julienne à voix basse.
– On en voit trois, répondit le vieux soldat.
– Les autres, reprit Julienne, sont peut-être derrière le talus. Dites-leur que nous n’avons rien, la Victoire, si vous voulez, nous passerons.
Ceci fut prononcé d’un ton très-calme. Jean Guern serra amoureusement le manche de son bâton à gros bout.
– La femme, dit-il, voilà du temps que j’ai envie de voir de près des Errants de nuit. On en parle là-bas et personne ne les rencontre. Reste là un petit peu ; je vais causer avec eux.
– Ils sont armés, mon homme.
– Je le vois bien.
– Ils bougeraient, s’ils n’étaient pas là en embuscade.
– Ils bougeront. Attends-moi.
– Vous avez toujours la tête bien près du bonnet, la Victoire. Mais je ne serai pas fâchée, moi aussi, de leur parler, si vous voulez.
Et les voilà, l’homme et la femme, oubliant leurs vieux ans et leur fatigue, qui se dirigent sur les trois Errants de nuit, au pas de charge ! En arrivant au pied du fossé, Jean Guern demanda de sa plus grosse voix :
– Que faites-vous là, vous autres ?
Mais Julienne se tenait déjà les côtes et riait de tout son cœur. Elle ne riait pas souvent, la bonne femme !
– La Victoire ! s’écria-t-elle, ne vous fâchez pas, mon homme ! ceux-là ne feront de mal à personne. C’est une souche entre deux chardons.
Jean Guern mit son bâton sous son bras.
– Voyez le fusil, ma femme, dit-il d’un air de mauvaise humeur : on jurerait qu’il va tomber en joue.
– Pour cela, oui, mon homme, s’empressa de répondre Julienne qui se repentait déjà d’avoir ri ; on le jurerait tout de même !
– Allons ! fit Jean Guern, ça nous aurait reposés un petit peu de taper sur trois méchants coquins. En route !
Mais Julienne était assise sur la souche.
– La Victoire, dit-elle, c’est pour souffler un brin si vous voulez.
Le vieux soldat jeta un regard de paternelle affection sur cette simple et vaillante créature qui l’avait accompagné dans la vie comme une épouse dévouée et comme un hardi camarade.
– Reposez-vous, Julienne, dit-il ; reposez-vous, ma femme.
Il s’assit auprès d’elle et tira de la vaste poche de sa veste sa bouteille clissée. Julienne ne consentit à boire qu’après un long combat de politesse.
– Voilà donc ce que je voulais vous dire, la femme, reprit Jean Guern, quand il eut avalé une honnête lampée ; il y a quelque chose que nous ne savons pas.
– C’est certain. La Victoire.
Le vieux paysan mit son coude sur son genou et son menton dans le creux de sa large main.
– Les papiers de frère Arsène nous ont appris bien des affaires, poursuivit-il ; et ce j’avais ouï dire, ici et là, dans nos courses, me met à même de juger que les papiers du pauvre moine disent la vérité. D’ailleurs, c’était un saint prêtre, quoiqu’il n’ait jamais pu tenir en place, mais il y a une lacune dans tout cela.
– Pour sûr, la Victoire.
– A la fin du cahier où le moine raconte l’assassinat de Soleuvre et de sa femme Constance…
– Ah ! les scélérats ! interrompit ici Julienne en serrant convulsivement son bâton, ils ont tué m’n afant ils ne le porteront pas en paradis !
– Tout à la fin, il est parlé d’un écrit qui donne l’explication du plan d’Orval, et il est parlé aussi de cette feuille toute blanche où il y a un point noir entre les écussons de Bazeille et de Soleuvre. Cet écrit, nous ne l’avons point trouvé. Ce point noir devait marquer quelque chose.
Julienne ne l’écoutait plus. Elle répétait tout bas :
– Les scélérats ! les païens ! m’n afant.
– Le lendemain de la mort du moine, continuait toujours Jean Guern, je suis retourné dans sa maison. J’ai fouillé partout, même dans la paillasse du lit. Rien !
– Tuer une pauvre jeune femme pour de l’argent, grondait Julienne : un homme encore passe !
– Etes-vous bien sûre, ma femme, interrogea tout à coup l’ancien dragon, de ce que vous m’avez rapporté ?
– Quoi donc, la Victoire ? fit Julienne.
– Ne m’avez-vous pas dit tenir de Mathieu que la fille du tireur de cartes Bataille avait vu Nicolas Souquet, le Cloqueur, entrer dans la maison du mort après notre départ ?
– Sûre comme j’existe. Le Cloqueur est entré dans la maison du mort. Nerea l’a vu.
Jean Guern se leva et prit son bâton.
– La femme, dit-il brusquement, nous nous reposerons mieux là-bas en faisant un bon souper.
Julienne était l’obéissance même. Elle se mit le plus lestement qu’elle put sur ses jambes roidies.
– Un bon souper, la Victoire ! répéta-t-elle, pourtant il faut de l’argent pour faire un bon souper.
– Les garçons nous rejoindront au cabaret du Lion belge, repartit Jean Guern ; entre quatre qu’ils sont, les garçons peuvent bien payer le souper de leur père et de leur mère.
Julienne n’était pas de cet avis.
– Les garçons payent toujours… commença-t-elle.
– Puisqu’ils hériteront de nous ! interrompit Jean Guern avec sa bonne humeur un peu cynique.
– Ah ! la Victoire, dit la vieille femme en soupirant gros, si vous aviez profité du talent que Dieu vous a donné et de votre esprit et de tout, vous n’auriez pas besoin de rire jaune en parlant de votre pauvreté. Mais c’est sauf votre respect, la Victoire. Je ne me plains pas, puisque vous avez fait comme vous avez voulu.
Le reste du voyage fut silencieux. Jean Guern avait bonne envie de dire à sa femme : « Julienne, tu vaux mieux que moi. » Mais la mauvaise honte le retenait.
Ils arrivèrent sur les dix heures au cabaret du Lion belge, tenu par Constant, tout près de la frontière.
Notre Hector était entré dans cette maison, lors de sa visite au chêne creux de Blamont, par la route de Montmédy, la nuit où il fut attaqué au gué de Saint-Ilde. Jean Guern et sa femme l’abordèrent en sens opposé. Le cabaret formait l’angle du grand chemin et de la traverse de Stenay. Il avait deux portes apparentes, plus une troisième qui donnait sur les champs. De la route de Montmédy, on ne voyait qu’un corps de bâtiment étroit et pauvre ; mais deux autres logis attenaient par derrière, et il n’était pas rare que le cabaretier Constant couchât trente ou quarante rôdeurs dans son taudis.
Ce soir, aussitôt que l’homme et la femme Guern eurent franchi le seuil, une bonne odeur de cuisine les saisit à la gorge. La belle figure du vieux soldat s’épanouit gaillardement à ces provocants parfums qui chatouillaient son grand appétit. Julienne elle-même eut un sourire de convoitise. Le bonhomme donna un coup de bâton sur la table de la pièce d’entrée.
– Holà ! Constant ! cria-t-il de sa voix mâle et retentissante.
Il était, paraîtrait-il, en pays de connaissance. Constant, pâle, maigre et froid comme le jour où nous l’avons présenté pour la première fois au lecteur, parut à une porte intérieure.
– On va fermer, dit-il, avant d’avoir vu les nouveaux arrivants. Ce n’est pas dans ces quartiers-ci qu’on peut tenir maison ouverte à dix heures du soir.
Une voix qui partait des profondeurs de la cuisine ajouta :
– C’est le cas de dire : si on n’a pas de repos ni jour ni nuit, la santé s’y perdra !
En ce premier moment, Jean Guern et sa femme ne prirent point garde à cette voix. Jean, Guern répondit :
– Tu ne me reconnais donc pas, Constant ?
Le cabaretier leva la lanterne qu’il tenait à la main. A l’aspect du digne couple qui visitait sa maison à cette heure avancée, il eut un mouvement de frayeur si visible, que le mari et la femme s’en aperçurent en même temps.
– Nous prends-tu pour des Errants de nuit, Constant, mon garçon ? demanda en riant le vieux soldat.
– Salut, salut, monsieur Guern, répliqua enfin le cabaretier, et madame et sa compagnie.
– Si vous ne venez pas, reprit la voix dans la pièce voisine, c’est le cas de dire : le rôti va brûler !
– La paix ! ordonna durement l’aubergiste en mettant la tête à la porte, derrière laquelle on n’entendit plus qu’un sourd grognement.
– A la bonne heure ! Constant, à la bonne heure, disait cependant Jean Guern ; je vois que la maison prospère, et tu as bien fait de quitter la sellerie, où tu n’aurais jamais produit rien qui vaille. Donne-nous à souper et à coucher, mon garçon, et va à tes affaires qui ne nous regardent point.
L’aubergiste répéta d’un air consterné :
– A souper, monsieur Guern ! pour vous ! et à coucher !
– Est-ce que tout est plein chez toi ?
– Il n’y a personne, monsieur Guern, je le jure bien devant Dieu. Mais…
– Tu attends quelqu’un ?
– Oui… non… c’est-à-dire… Oh ! bien sûr, monsieur Guern, j’attends quelqu’un !
Désormais, Julienne le considérait attentivement, Jean Guern, au contraire, semblait garder une parfaite insouciance.
– Une noce, peut-être ? dit-il avec un gros bon rire qui étonna sa femme.
– Oui, assurément ! s’écria Constant qui prit l’idée aux cheveux ; bien sûr que c’est une noce, monsieur Guern, nous attendons une noce. Et il n’y a pas de mal à cela, je pense ?
– Pas du tout de mal, mon garçon. Tu nous présenteras aux gens de la noce, et tu leur diras : Voilà mon ancien maître d’apprentissage, le papa Guern, sellier-carrossier au village de Bazeille, au-dessus de Sedan, faites-lui place à table.
– Bien sûr, bien sûr ! fit Constant ; rien n’empêche… Mais c’est que, vous savez, monsieur Guern, ce n’est pas possible.
– Ce ne sont donc pas de bons vivants, les gens de la noce ?
– Tout de même, si fait, monsieur Guern, seulement, non, vous savez, pas trop bons enfants.
Le vieux dragon lui mit sa large main sur l’épaule.
– Tu n’étais pas un bon sujet autrefois, Constant, lui dit-il en changeant de ton tout à coup ; sans la femme que voici, tu aurais eu plus d’une fois les os rompus dans ce temps-là. Quel métier fais-tu maintenant ? Je n’en sais rien, et je m’en lave les mains.
– Bien sûr, monsieur Guern, interrompit le cabaretier, je fais un métier honnête.
Jean Guern leva le doigt d’un air sévère.
– Nous avons causé ensemble, dit-il ; ta maison est a toi, je me contenterai du moindre coin où je puisse dormir, et quant à notre souper, il ne fera pas tort à ton repas de noce. Du pain, du fromage, deux chopines de blonde, voilà le menu : en avant marche !
Il poussa Constant, qui s’en alla du coup jusqu’à la porte de la cuisine. Puis, se tournant vers Julienne, il ajouta :
– Ca ne ruinera pas les garçons ce festin-là, pas vrai, ma femme ?
– Non, la Victoire répondit Julienne.
Jean Guern s’attendait à une plus chaude approbation, mais Julienne ajouta tout de suite :
– La Victoire, cet homme a quelque chose sur la conscience.
– Cela le regarde, ma femme. S’il nous vole un écu de cent sous, ce sera un habile larron !
Il frappa sur ses goussets vides. Pendant ce temps, on entendait parler tout bas à la cuisine. Ils semblaient être là dedans deux ou trois à se concerter. Julienne était la seule à écouter. Quand le vieux dragon jugea qu’il avait suffisamment attendu, sa grosse voix prononça ce seul mot :
– Eh bien ?
Le cabaretier reparut tout tremblant. Il apportait le pain, le fromage et la bière.
– Sauf votre respect, monsieur Guern, dit-il, je ne peux pas vous laisser ici, c’est retenu.
– Pour la danse ?
– Bien sûr, pour la danse. Il n’y a de libre que l’écurie.
– Y a-t-il de la paille fraîche dans l’écurie ?
– Tant que vous en voudrez, monsieur Guern.
– Eh bien ! mets-nous dans l’écurie.
Pour la première fois depuis l’arrivée du vieux couple, Constant témoigna du contentement. Il ouvrit une porte basse, située à gauche de la principale entrée, et descendit lestement quatre ou cinq marches, conduisant dans une petite cour intérieure. L’écurie était dans cette cour. Il n’y avait point de chevaux.
Constant mit le pain, le fromage et la bière sur un banc, et approcha deux bottes de paille pour faire des sièges. Quatre ou cinq autres bottes de paille, prestement étendues, formèrent le lit où les Guern devaient coucher.
– Bien sûr, dit Constant, quand il eut fini sa besogne, vous allez être là comme il faut.
– Tu peux t’en aller, repartit sèchement le bonhomme.
Au moment où Constant profitait de la permission, Jean Guern le rappela pour lui dire :
– Tu m’enverras les garçons dès qu’ils seront venus.
– Quels garçons ? demanda l’aubergiste, qui s’arrêta court.
– Nicolas Guern, Pierre Guern, Jean-Baptiste Guern et Denis Guern, répondit le vieux dragon en appuyant sur chacun de ces quatre noms.
Constant faillit tomber à la renverse et demanda encore :
– Est-ce qu’ils ont rendez-vous ici cette nuit ?
– Oui, mon petit, répondit Jean Guern.
Et Julienne ajouta :
– Faut être poli et honnête avec eux, monsieur Constant, savez-vous ; car ils sont devenus mauvaises têtes depuis le temps, tout plein, et si ça ne marchait pas à leur idée, ils mettraient du branle-bas dans vot’noce.
Le cabaretier poussa la porte de l’écurie. Il traversa la cour en allant de ci et de là comme un homme ivre.
– Les Guern sont durs comme du fer ! pensait-il ; le vieux m’étranglerait ; les jeunes me mettraient en morceaux. Et si les neveux Legagneur savaient qu’ils sont dans la maison !… ajouta-t-il en frissonnant de la tête aux pieds.
Il rentra à la cuisine, où une manière de marmiton, qui n’avait pas figure humaine, surveillait assidûment une pièce de bœuf à la broche. C’était un homme entre deux âges, vêtu d’une blouse en haillons. Sa tête s’enveloppait d’un vieux mouchoir de soie. Ses yeux étaient éraillés et sanglants. On voyait à son front la naissance d’une large cicatrice.
– C’est le cas de le dire, s’écria-t-il aigrement en voyant rentrer le pauvre aubergiste, je crois que tu fais d’autres affaires que les nôtres, maître Constant. D’où viens-tu ?
– Des voyageurs que j’ai remis dans leur chemin, mon bon monsieur Larchal, répliqua Constant d’un air soumis. Faut de la charité.
– Je ne suis pas manchot, quoique j’aie la tête fendue, gronda Larchal, car c’était lui, en donnant un dernier tour de broche ; on ne m’en passe pas ! Marche droit…
– Tenez ! interrompit Constant, pendant que nous avons encore le temps, allons jeter le pain au petit soldat.
– Encore une sottise ! dit l’ancien geôlier ; ça nous jouera un méchant tour ! Pourquoi garder cet oiseau-là ?
– Si vous voulez le laisser mourir de faim une bonne fois, répliqua tranquillement Constant, vous savez, ça m’est égal.
Larchal se gratta l’oreille.
– Depuis que j’ai été si près de sauter le pas, dit-il d’un ton bourru, je tâche de faire de bonnes œuvres. Ah ! mais ! si tu savais comme toutes les pécadilles vous reviennent à la mémoire, dans ces moments-là ! Coupe un morceau de pain, Constant, je vais le jeter dans le trou.
L’aubergiste tailla une bonne tranche de pain dans le chanteauet le donna à Larchal, qui dit avec triomphe :
– Ca me sera compté à ma dernière heure, c’est le cas de le dire !
Il était là depuis trois jours, ce bon Larchal. A La suite des révélations qu’il avait dû faire, le séjour de Sedan lui avait semblé dangereux. Il était là pour prendre sa part du gâteau promis à toutes les âmes damnées des Legagneur. Sa tranche de pain à la main, il passa la salle qui donnait sur la route de Montmédy, – cette même salle où Hector s’était arrêté, la nuit de l’embuscade au gué de Saint-Ilde.
Il entra dans une sorte de cabinet noir qui terminait la maison du côté de l’est, et, tâtant le carreau avec ses mains, il trouva l’anneau d’une trappe qu’il souleva. Une plainte se fit aussitôt entendre à dix ou douze pieds au-dessous du sol.
– Bien ! bien ! fit Larchal qui jeta son morceau de pain à la volée ; tu serais bien ingrat si tu ne priais pas le bon Dieu pour moi, conscrit ? Je suis ton père nourricier.
– Coquin ! scélérat ! assassin ! cria aussitôt la voix souterraine qui sembla ranimée par la colère.
Larchal laissa retomber la lourde trappe.
– Faites donc le bien ! grommela-t-il ! c’est le cas de le dire : Voilà comme on vous récompensera !
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