VI
La reine MARIE LESZCZYNSKA, femme de Louis XV (1703-1768).
Cette princesse, victime résignée, vertueuse, se réfugia dans la religion et aussi dans le culte des arts. Le roi, dans sa froideur était avec la reine «d'une régularité impitoyable. D'Argenson écrit: Il lui fit sept enfants sans lui dire un mot.[300]»
[300] MICHELET, Histoire de France, t. XVIII, chap. VII, p. 119 (Paris, Marpon et Flammarion, 1879).
Non seulement elle s'occupait de peinture, de gravure et de musique, mais elle lisait beaucoup, même des ouvrages ardus, principalement des livres pieux et des récits historiques. Sa bibliothèque, peu nombreuse, était composée de volumes traitant surtout de ces deux sujets: religion et histoire. Ses livres, reliés par Padeloup, sont conservés pour la plupart à la Bibliothèque nationale[301].
[301] Cf. Eugène ASSE, ouvrage cité, p. 118.
La reine Marie Leszczynska avait fait établir une petite imprimerie dans son cabinet, et elle se plaisait à composer et à imprimer de jolis livres de piété, dont elle faisait cadeau à son entourage. Elle avait ainsi fait de l'imprimerie un amusement, et mis cet amusement à la mode[302].
[302] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 40 et suiv. et p. 97, note 1.--Voir aussi Antony VALABRÈGUE, les Princesses artistes, p. 18 et suiv. (Paris, Dupret, 1888).
La DUCHESSE D'ORLÉANS, Auguste-Marie-Jeanne de Bade, femme de Louis, duc d'Orléans, belle-fille du Régent, bisaïeule du roi Louis-Philippe (1704-1726)[303].
[303] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 443.
La DUCHESSE DE BOUFFLERS, plus tard DUCHESSE ET MARÉCHALE DE MONTMORENCY-LUXEMBOURG, ou MARÉCHALE DE LUXEMBOURG, Madeleine-Angélique de Neufville de Villeroy (1707-1787)[304].
[304] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 187;--Correspondance de Mme du Deffand, t. III, p. 475, et passim (édition Sainte-Aulaire);--etc.
Mariée en 1721, à quatorze ans, à Joseph-Marie, duc de Boufflers, mort en 1747, Madeleine-Angélique de Neufville de Villeroy épousa en secondes noces, en 1750, Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg, maréchal de France[305]. C'est sur elle que le comte de Tressan fit la fameuse chanson:
Quand Boufflers parut à la cour, On crut voir la mère d'Amour; Chacun s'empressait à lui plaire, Et chacun l'avait à son tour[306].
[305] Sainte-Beuve, qui la qualifie d'«arbitre souverain de l'usage et de la politesse», dit qu'«elle l'avait pour amant déjà (le maréchal de Luxembourg), depuis quelques années, et n'en faisait point mystère: on a des couplets d'elle, où elle s'en vante à la face de la première duchesse de Luxembourg, laquelle avait pour ami, de son côté, Pont-de-Veyle, de même que Mme du Châtelet avait Voltaire. Toutes ces passions, toutes ces liaisons se mêlaient, s'entre-croisaient, et à ciel découvert... Les mœurs de Mme de Boufflers furent celles du grand monde de son temps, c'est-à-dire plus que légères.» (Nouveaux Lundis, t. IV, p. 7 et 8.)
[306] Pour que ce quatrain fût régulier, il faudrait une rime à plaire; aussi a-t-on proposé diverses corrections, celles-ci, par exemple:
/* On croyait voir d'Amour la mère; */
ou bien:
/* Venant de l'île de Cythère. */
(Cf. l'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 7 juillet 1899, col 2.)
«Quand Mme de Boufflers chantait plus tard ce couplet, elle s'arrêtait au dernier vers et disait: J'ai oublié le reste. Un jour, elle se mit à marmotter cette chanson devant M. de Tressan lui-même, en disant: «Connaissez-vous l'auteur? Elle est si jolie que non seulement je lui pardonnerais, mais je crois que je l'embrasserais.» Tressan y fut pris comme le corbeau de la fable, et il dit: «Eh bien, c'est moi!» Elle lui appliqua deux bons soufflets[307].»
[307] SAINTE-BEUVE, Nouveaux Lundis, t. IV, p. 11.
Il est très fréquemment question de la maréchale de Luxembourg dans les Confessions de Jean-Jacques, qui l'avait connue alors qu'elle était la duchesse de Boufflers, et à qui elle témoigna un vif intérêt.
Trois grandes dames du dix-huitième siècle, toutes trois grandes amies des galants plaisirs mais aussi des livres et des lettres, ont porté le nom de Boufflers[308].
[308] J'en trouve même une quatrième, bibliophile tout au moins celle-ci, la DUCHESSE DE BOUFFLERS, Marie-Anne-Thérèse-Philippe de Montmorency-Laval (....-....), mariée, en 1747, à Charles-Joseph de Boufflers, né en 1731, et mort en 1751, à vingt ans. Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 138.
«Il y eut trois femmes du nom de Boufflers fort célèbres et très à la mode dans le grand monde et dans le même temps, écrit Sainte-Beuve[309]: la duchesse de Boufflers... qui échangea plus tard son nom contre celui de maréchale-duchesse de Luxembourg. Ce fut la dernière figure tout à fait en vue de vieille femme et de grande dame imposante dans l'ancienne société...
[309] Nouveaux Lundis, t. IV, p. 164-165.
«Il y avait encore la marquise de Boufflers, la digne mère du léger et spirituel chevalier, l'amie du bon roi Stanislas, et qui faisait les beaux jours de la petite Cour de Lunéville à l'époque où Mme du Châtelet et Voltaire y étaient invités. C'est à elle que le bon vieux roi disait un soir en la quittant et en lui baisant plusieurs fois la main, devant son chancelier, qui passait pour en être lui-même amoureux: «Mon chancelier vous dira le reste.» On citait de sa façon maint couplet, des impromptus de société, des épigrammes, et peu de personnes, nous dit La Harpe, ont mis dans ces sortes de bagatelles une tournure plus piquante. Mais... femme aimable et qu'on aime à rencontrer dans ce monde-là, elle n'a pas, dans l'histoire de la société d'alors, le degré d'importance des deux autres.
«La comtesse de Boufflers, qu'on a souvent confondue avec la précédente, et qui, sans qu'on veuille en rien faire tort à celle-ci, lui était, au dire de bons témoins, «supérieure en figure, en agréments, en esprit et en raison»; qui avait aussi, il faut en convenir, plus de prétentions qu'elle au bel esprit et à l'influence, a pour qualité distinctive d'avoir été l'amie du prince de Conti, celle de Hume l'historien, de Jean-Jacques, du roi de Suède Gustave III; elle est perpétuellement désignée dans la Correspondance de Mme du Deffand sous le nom de l'Idole: le prince de Conti ayant dans sa juridiction le Temple en qualité de grand-prieur, la dame favorite qui y venait, qui même y logeait et y avait son jardin et son hôtel attenant, s'appelait tout naturellement l'Idole du Temple ou, par abréviation, l'Idole.»
Voici, toujours empruntées à Sainte-Beuve, quelques anecdotes sur la comtesse de Boufflers:
«Un jour, oubliant qu'elle était la maîtresse du prince de Conti, il lui échappa de dire qu'elle méprisait une femme qui avait (c'était le mot d'alors) un prince du sang. Comme on lui faisait sentir l'inconséquence: «Je veux, dit-elle, rendre à la vertu par mes paroles ce que je lui ôte par mes actions.»
«Un autre jour, elle reprochait vivement à son amie la maréchale de Mirepoix de voir Mme de Pompadour, et, se laissant emporter à la vivacité de l'altercation, elle alla jusqu'à dire: «Ce n'est, au bout du compte, que la première fille du royaume.»--«Ne me forcez pas de compter jusqu'à trois», répliqua la maréchale. La seconde, en effet, eût été Mlle Marquise, maîtresse du duc d'Orléans, et, par ordre de rang ou de préséance, Mme de Boufflers venait la troisième. La repartie était cruelle»[310].
[310] SAINTE-BEUVE, Nouveaux Lundis, t. IV, p. 178-179.
Si inconstante et légère qu'elle fût, dans sa jeunesse du moins, la comtesse de Boufflers est l'auteur d'un curieux code de morale mondaine et de sagesse virile, voire stoïque, qui ne laisse pas d'étonner sous sa plume, et dont, souvent et certainement, elle aurait dû mieux faire elle-même son profit:
«Dans la conduite, simplicité et raison.
«Dans l'extérieur, propreté et décence.
«Dans les procédés, justice et générosité.
«Dans l'usage des biens, économie et libéralité.
«Dans les discours, clarté, vérité, précision.
«Dans l'adversité, courage et fierté.
«Dans la prospérité, modestie et modération.
«Dans la société, aménité, obligeance, facilité.
«Dans la vie domestique, rectitude et bonté sans familiarité.
«S'acquitter de ses devoirs selon leur ordre et leur importance.
«Ne s'accorder à soi-même que ce qui vous serait accordé par un tiers éclairé et impartial.
«Éviter de donner des conseils; et, lorsqu'on y est obligé, s'acquitter de ce devoir avec intégrité, quelque danger qu'il puisse y avoir.
«Lorsqu'il s'agit de remplir un devoir important, ne considérer les périls et la mort même que comme des inconvénients et non comme des obstacles.
«Tout sacrifier pour la paix de l'âme.
«Combattre les malheurs et la maladie par la tempérance.
«Indifférent aux louanges, indifférent au blâme, ne se soucier que de bien faire, en respectant, autant qu'il sera possible, le public et les bienséances.
«Ne se permettre que des railleries innocentes, qui ne puissent blesser ni les principes ni le prochain.
«Mépriser le crédit, s'en servir noblement et mériter la considération[311].»
[311] Dans SAINTE-BEUVE, Nouveaux Lundis, t. IV, p. 227-228.
La DUCHESSE DE MIREPOIX, Anne-Marguerite-Gabrielle de Beauveau-Craon (1707-1791)[312].
[312] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 183;--et la Revue des livres anciens, année 1914, fascicule IV, p. 351, article de M. Maurice Tourneux sur les Bibliothèques féminines au XVIIIe siècle.
La DUCHESSE DE MONTMORENCY-BOUTEVILLE, Anne-Angélique de Harlus de Vertilly (1709?-1769)[313].
[313] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 186.
La DUCHESSE DE RUFFEC, Marie-Jeanne-Louise Bauyn d'Angervilliers, veuve en premières noces du président de Maisons, ami de Voltaire, et en second lieu d'Armand-Jean de Saint-Simon, duc de Ruffec, pair de France, maréchal de camp, grand d'Espagne de première classe (1711?-1761).
Très instruite dans l'histoire et les lettres, douée d'un esprit vif et d'un jugement sûr, la duchesse de Ruffec avait rassemblé une collection de livres qui passait, avec raison, pour l'une des plus remarquables de son temps.
La vente de cette importante bibliothèque eut lieu à Paris, le 8 mars 1762 et jours suivants, peu après le décès de la duchesse[314].
[314] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 198;--et la Revue des livres anciens, année 1914, fascicule IV, p. 349, article de M. Maurice Tourneux.
La DUCHESSE DE BRANCAS ou DE VILLARS-BRANCAS, Louise-Diane-Françoise de Clermont-Gallerande (1711-1784).
Sa bibliothèque, composée de 3000 à 4000 volumes, tous d'un très bon choix, bien conditionnés, dont beaucoup étaient reliés en maroquin, et qui contenait «quelques livres d'histoire naturelle enluminés avec soin», fut mise en vente à Paris, après le décès de la duchesse, le 28 décembre 1784 et jours suivants[315].
[315] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 140;--et la Revue des livres anciens, année 1914, fascicule IV, p. 350, article de M. Maurice Tourneux.
La DUCHESSE DE BRANCAS-LAURAGUAIS, Diane-Adélaïde de Mailly (1714-1769).
Sa bibliothèque fut mise en vente à Paris le 21 mai 1770[316].
[316] Revue des livres anciens, année 1914, fascicule IV, p. 350, article de M. Maurice Tourneux.
Mme DE WATTEVILLE (ou VATTEVILLE), Marie-Louise-Rosalie Phelypeaux de Pontchartrain, marquise de Conflans (1714-....)[317].
[317] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 205.
Mme DUREY DE NOINVILLE, Marie-Suzanne-Françoise-Pauline de Simiane (1715-....)[318].
[318] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 153.
La DUCHESSE DE BEAUVILLIERS DE SAINT-AIGNAN, Marie-Suzanne-Françoise de Creil de Bournezeau (1716-....).
«Pieuse et riche, dit le duc de Luynes, la duchesse de Beauvilliers avait réuni un grand nombre d'ouvrages, la plupart sur des matières religieuses[319].»
[319] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 136.
La PRINCESSE DE LA TOUR D'AUVERGNE, Louise-Henriette-Gabrielle de Lorraine, dite Mademoiselle de Marsan (1718-....)[320].
[320] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 443;--et Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 172.--Marsan était une branche de la maison de Lorraine: cf. Ludovic LALANNE, Dictionnaire historique de la France, article Marsan.
Mme THIROUX D'ARCONVILLE, Marie-Geneviève-Charlotte Darlus (1720-1805).
Mariée à quatorze ans à Thiroux, conseiller au Parlement, elle fut atteinte de la petite vérole à vingt-trois ans, et on la vit alors abandonner les plaisirs du monde, prendre le costume d'une vieille femme, et ne plus s'occuper que des plaisirs de l'esprit. Elle étudia l'histoire, la médecine, la physique, la chimie, etc., suivit les cours d'anatomie et de botanique du Jardin du roi, et acquit des connaissances aussi étendues que variées. Elle réunissait dans son salon les hommes les plus distingués de son temps, et elle a publié de nombreux ouvrages: romans, histoire, morale, etc.[321].
[321] Joannis GUIGARD (ouvrage cité, t. I, p. 203) donne à Mlle Marie-Geneviève-Charlotte Darlus le nom de Thiroux de Lailly et la fait mourir en 1766.--Cf. Ludovic LALANNE, Dictionnaire historique de la France:--MICHAUD, ouvrage cité;--LAROUSSE, ouvrage cité;--etc.
Comme la reine Marie Leszczynska, sa rivale auprès du roi, la MARQUISE DE POMPADOUR (1721-1764) avait le goût des arts, s'amusait à dessiner et à graver, et on avait constaté que le burin de la maîtresse triomphait de celui de l'épouse[322].
[322] Cf. Antony VALABRÈGUE, ouvrage cité, p. 25.
La marquise de Pompadour aimait aussi les livres et la lecture. Elle protégea les artistes, les philosophes, les savants, et elle a été l'inspiratrice du goût artistique de son époque.
Sa bibliothèque était considérable: «la partie du théâtre est la plus complète qui ait existé avant La Vallière»[323]. Ses livres, bien choisis, «habillés avec soin par Biziaux, qui fut plus tard le relieur de Beaumarchais, sont tous fort recherchés. Quelques-uns portent une inscription qui fait sourire quand on pense à la favorite qui les posséda la première. On lit au-dessus de ses armes: Menus plaisirs du Roi! C'est un souvenir de leur passage dans l'établissement où fut portée, après la mort de Mme de Pompadour, une partie de sa bibliothèque[324].»
[323] Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 65.
[324] Édouard FOURNIER, ouvrage cité, p. 193. Encore une remarque empruntée au grand ouvrage d'Ernest Quentin-Bauchart (Avertissement, p. 3): «Diane de Poitiers, Catherine de Médicis, au XVIe siècle,--la Grande Mademoiselle et la comtesse de Verrue, au XVIIe,--Mme de Pompadour, au XVIIIe,--sont les seules qui aient laissé de véritables bibliothèques; et si d'autres, telles que Marie de Médicis, Anne d'Autriche, la duchesse de Bourgogne, la marquise de Maintenon, etc., ont possédé des livres qui jouissent également d'une grande faveur auprès des amateurs, c'est moins à leur valeur intrinsèque que cette faveur est due qu'à la beauté de leur reliure et à leur origine.»
Mme de Pompadour s'est, tout comme Marie Leszczynska, occupée d'imprimerie. «Elle fit imprimer à Versailles, dans sa chambre, sous ses yeux, le Cantique des Cantiques et le Précis de l'Ecclésiaste paraphrasés par Voltaire; elle fit aussi imprimer Rodogune, princesse des Parthes, AU NORD, 1760, in-4, pour l'édition de laquelle M. de la Fizelière rapporte la curieuse note de M. de Marigny, qui se trouvait sur l'exemplaire du comte d'Ourche, de Nancy:
«Ma sœur eut un jour la curiosité de voir imprimer. Le Roi fit venir un petit détachement de l'Imprimerie royale, et l'on fit imprimer dans la chambre de Mme de Pompadour, à Versailles, et sous ses yeux, la présente tragédie de Rodogune. Il en a été tiré très peu d'exemplaires.»
«Comme l'appartement de ma sœur était situé au Nord, on a mis pour lieu d'impression: Au Nord.
«Elle a gravé elle-même à l'eau-forte, d'après Boucher, la planche qu'on voit en tête du volume[325].»
[325] Edmond et Jules DE GONCOURT, Mme de Pompadour, p. 255, note 1 (Paris, Firmin Didot, 1888, in-4).
La DUCHESSE DE FLEURY, Anne-Madeleine-François (sic) d'Auxy de Monceaux (1721-....)[326].
[326] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 160.
La MARQUISE DE GAMACHES, Jeanne-Gabrielle de la Mothe-Houdancourt, chanoinesse d'honneur du chapitre des dames de Neufville, diocèse de Lyon (1723?-1777)[327].
[327] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 162.
MARIE-LOUISE DE MONTMORENCY-LAVAL, dernière abbesse de l'abbaye de Montmartre (1723-1794).
Elle périt sur l'échafaud, durant la Révolution, et comme elle était d'une surdité complète, Fouquier-Tinville fit sur elle ce sinistre jeu de mots:
«Elle a dû conspirer, mais elle a conspiré sourdement[328].»
[328] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 448.
La MARQUISE DE LA CROIX DE CASTRIES, Marie-Louise-Angélique de Talaru de Chalmazel (1723-....)[329].
[329] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 166.
Mme DE CLERMONT, Alison ou Alise Tranquille (1724-1752)[330].
[330] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 147.
MARIE-AMÉLIE-CHRISTINE DE SAXE, fille de Frédéric-Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, mariée, en 1738, à Charles III, roi d'Espagne (1724-1760)[331].
[331] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 127.
La DUCHESSE DE NOAILLES, Catherine-Françoise-Charlotte Cossé-Brissac, morte sur l'échafaud (1724?-1793)[332].
[332] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 191.
Mme D'ÉPINAY, Louise-Florence-Pétronille d'Esclavelle de la Live, marquise d'Épinay (1725-1783).
Elle avait épousé un fermier général, et a été l'amie de J.-J. Rousseau, de Voltaire, de Diderot, de Duclos, de Grimm, de Saint-Lambert, de l'abbé Galiani, etc. Elle a laissé des Mémoires, qui, a-t-on dit, «sont peut-être l'ouvrage qui nous fait le mieux connaître la société polie du dix-huitième siècle[333]».
[333] Paul BOITEAU, Introduction aux Mémoires de Mme d'Épinay, t. I, p. 1 (Paris, Charpentier, s. d.).--Cf. aussi Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 449.
MARIE-THÉRÈSE-ANTOINETTE D'ESPAGNE, première femme du Dauphin, Louis de France, fils de Louis XV (1726-1746)[334].
[334] Cf. ID., ouvrage cité, t. II, p. 448.
La MARQUISE DE VASSÉ, Louise-Madeleine Courtarvel de Pezé (1727-1763)[335].
[335] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 205.
La MARQUISE DE DURFORT-CIVRAC, Marie-Françoise de Pardaillan de Gondrin d'Antin (1728-1764)[336].
[336] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 154.
La PRINCESSE DE GRIMALDI, Marie-Christine-Chrétienne de Saint-Simon de Rouvray (1728-1774)[337].
[337] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 165.
La DUCHESSE DE NOAILLES, Anne-Claude-Louise d'Arpajon, duchesse de Mouchy et de Noailles; morte, ainsi que son mari, sur l'échafaud (1728?-1794)[338].
[338] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 191;--et Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 450.
La CHEVALIÈRE ou plutôt le CHEVALIER D'ÉON, Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée de Beaumont d'Éon (1728-1810), célèbre aventurier, a laissé une bibliothèque intéressante[339].
[339] Cf. ID., ouvrage cité, t. II, p. 451-452.
En 1763, Louis XV l'autorisa ou lui ordonna, on ne sait trop pourquoi, de porter des habillements de femme, et ce costume, que le chevalier d'Éon conserva le reste de sa vie, fit naître, sur la nature de son sexe, des doutes qui ne furent levés définitivement qu'après sa mort et par le procès-verbal de son autopsie. On a de lui treize volumes d'histoire, d'économie politique, etc.[340].
[340] Cf. Ludovic LALANNE, Dictionnaire historique de la France.--Voir aussi une note de la Correspondance de la marquise du Deffand, édition M. de Lescure, t. II, p. 111, note 3. Louis Jourdan a publié, sur le chevalier d'Éon, une sorte de roman, un Hermaphrodite (Paris, Dentu, 1861), dont la paternité lui a été contestée par Frédéric Gaillardet: cf. LORENZ, Catalogue général... 1840-1865. t. III, p. 47, article Jourdan (Louis).
L'IMPÉRATRICE CATHERINE II, de Russie (1729-1796).
Elle avait orné son esprit et fortifié son caractère par les lectures les plus sérieuses: Tacite, Plutarque, Bayle, Montesquieu, Voltaire, etc. Voltaire la nommait la Sémiramis du Nord. Elle attira Diderot à sa cour, mais ne put l'y retenir que quelques mois. Elle lui vint très délicatement en aide, en lui achetant sa bibliothèque au prix de 15.000 francs, «mais à la condition qu'il la garderait sa vie durant, et consentirait à en être le bibliothécaire avec un traitement annuel de 1.000 francs». Elle poussa même la générosité jusqu'à lui payer cinquante ans d'avance,--soit 50.000 francs[341].
[341] Cf. LAROUSSE, ouvrage cité, article Diderot.
Mme D'ALIGRE, Françoise-Madeleine Talon, première femme du président d'Aligre (1730-1767)[342].
[342] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 131.
La DUCHESSE DE GRAMONT-CHOISEUL, Béatrix de Choiseul-Stainville, l'altière et impérieuse sœur du duc de Choiseul, ministre de Louis XV (1730-1794).
Elle posséda une belle bibliothèque, bien composée, et témoigna de son amour pour les arts et les lettres. Il est très fréquemment question d'elle dans la correspondance de Mme du Deffand.
Incarcérée pendant la Révolution, la duchesse de Gramont (ou Grammont) fut interrogée par Fouquier-Tinville, qui lui demanda si elle n'avait pas envoyé d'argent aux émigrés. «J'allais dire non, répondit-elle, mais ma vie ne vaut pas un mensonge.» Elle périt sur l'échafaud, fièrement, comme elle avait vécu[343].
[343] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 108;--et Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 163.
La COMTESSE D'HOUDETOT, Élisabeth-Françoise-Sophie de la Live de Bellegarde (1730-1813), qui était la belle-sœur de Mme d'Épinay, se plaisait à versifier[344], et elle est surtout connue par sa longue liaison avec le poète Saint-Lambert, et la passion qu'elle inspira à Jean-Jacques.
[344] Elle a même composé une scabreuse pièce de vers, dont Diderot parle dans une de ses lettres à Mlle Voland (Lettre XLI, 30 septembre 1760, t. I, p. 282-283; Paris, Paulin, 1830): «Mme d'Houdetot fait de très jolis vers; elle m'en a récité quelques-uns qui m'ont fait grand plaisir. Il y a tout plein de simplicité et de délicatesse. Je n'ai osé les lui demander; mais si je puis lui arracher un Hymne aux tétons qui pétille de feu, de chaleur, d'images et de volupté, je vous l'enverrai. Quoiqu'elle ait eu le courage de me le montrer, je n'ai pas eu celui de le demander.»
La bibliothèque de «Mme veuve d'Houdetot» fut vendue à Paris le 18 mai 1813 et jours suivants. Le catalogue en avait été dressé par Merlin. «Le no 596 était le manuscrit de Julie ou la Nouvelle Héloïse (6 vol. in-8) transcrit par Jean-Jacques pour Mme d'Houdetot de 1757 à 1758, c'est-à-dire deux ans avant la publication. «La grande netteté qui règne dans les six volumes, dit une note de Merlin, atteste le soin que Rousseau apporta dans ce travail. On peut juger, par une note de Mme d'Houdetot mise en tête du premier volume, du cas que cette dame faisait du livre et de l'auteur[345].»
[345] Revue des livres anciens, année 1914, fascicule IV, p. 351, article de M. Maurice Tourneux.
La comtesse d'Houdetot avait une belle-fille du même nom, la VICOMTESSE D'HOUDETOT, «femme aimable, spirituelle, morte de très bonne heure; elle laissa quelques vers que ses amis se plurent à recueillir après elle et à faire imprimer en un tout petit volume (Poésies de la vicomtesse d'Houdetot, 1782). Or, on y lit en tête une notice, qu'on sait être de la plume du cardinal Loménie de Brienne. Le prélat, le croirait-on? y loue cette jeune dame de son incrédulité:
«Jamais on n'a vu, dit-il, dans une si jeune personne autant de philosophie; et cette philosophie influait également sur ses opinions et sur sa conduite. Elle n'admettait que ce qui lui paraissait évidemment prouvé, aimait à disputer, parce qu'elle avait presque toujours une opinion à elle, et ne cédait qu'à la conviction ou enfin à la convenance.»
«Et lorsqu'il en vient à raconter la dernière maladie de cette jeune femme, le cardinal écrit:
«Elle craignait la mort parce qu'elle devait la séparer de tout ce qui lui était cher. Ma vie peut être remplie de peines, disait-elle, mais il est affreux de n'être rien; je crois la souffrance préférable au néant.»
«Le cardinal n'ajoute rien qui corrige cette opinion du néant après la mort, ni qui avertisse qu'il ne la partageait pas; c'est qu'il la partageait en effet,» conclut Sainte-Beuve[346].
[346] Causeries du lundi, t. XV, p. 229.
Mme DE SARTINE, Marie-Anne Hardy du Plessis (1730-....).
Son mari était le lieutenant général de police Sartine (1729-1801), qui, avec un zèle opiniâtre, avait rassemblé une collection considérable de documents sur l'histoire de Paris[347].
[347] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 200.
MARIE-JOSÈPHE DE SAXE, seconde femme du Dauphin, fils de Louis XV, et mère de Louis XVI, de Louis XVIII et de Charles X (1731-1767).
Elle fut mariée à quatorze ans, et son mari passa sa nuit de noces à pleurer sa première femme.
Elle vécut toujours très retirée, et possédait une réelle érudition. Elle avait le goût des livres, et elle en imprima elle-même quelques-uns, sous la direction de Ch.-J.-B. Delespine, ancien imprimeur du roi, devenu l'huissier de son cabinet[348].
[348] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 97. «En 1758, sous la direction de Delespine, paraît un livre exécuté à Versailles, dans l'imprimerie de la Dauphine, mère de Louis XVI, intitulé Élévation du cœur à Jésus-Christ, etc., imprimé de la main de madame la Dauphine, in-16.» (Ambroise FIRMIN-DIDOT. Essai sur la typographie, colonne 847; Paris, Didot, 1851.)
La PRINCESSE DE CONTI, Fortunée-Marie d'Este, fille du duc de Modène (1731-1803)[349].
[349] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 117.
La DUCHESSE DE VILLEROI ou DE NEUFVILLE DE VILLEROY ou DE NEUVILLE-VILLEROI, Jeanne-Louise-Constance d'Aumont (1731-1816), a laissé une très importante bibliothèque, composée surtout de poésies et de romans, et qui se distinguait par la beauté des exemplaires et l'élégance des reliures. «Elle eut, de son temps, une grande réputation d'indépendance et d'originalité, et fournit des articles piquants aux Actes des apôtres et au Petit-Gauthier, deux feuilles royalistes des premiers temps de la Révolution. On lui doit aussi une traduction de l'Histoire de la Grèce de Gillies, Goldsmith et Gast, revue par Leuliette (Paris, 1808, 2 vol. in-8)[350].
[350] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 454-455;--Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 189;--et LAROUSSE, ouvrage cité.
La DUCHESSE DE CRUSSOL, Madeleine-Julie-Victoire de Pardaillan-Gondrin (1731-....)[351].
[351] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 148.
MESDAMES DE FRANCE, filles de Louis XV:
MARIE-ADÉLAÏDE (1732-1800);
VICTOIRE-LOUISE-MARIE-THÉRÈSE (1733-1799);
SOPHIE-PHILIPPINE-ÉLISABETH-JUSTINE (1734-1782).
Madame Adélaïde (Marie-Adélaïde), que son père appelait familièrement Loque, apprit l'anglais, l'italien, les hautes mathématiques, etc. Au dire de Quentin-Bauchart, c'est la seule des trois qui «fut une véritable bibliophile[352]». Elle faisait relier ses livres en maroquin rouge.
[352] Ouvrage cité, t. II, p. 131.
Madame Victoire, surnommée de même Coche par Louis XV, faisait relier ses livres en maroquin vert.
Madame Sophie, Graille pour son père, les faisait relier en maroquin citron[353].
[353] Cf. Eugène ASSE, ouvrage cité, p. 123.
Tous ces volumes étaient timbrés aux armes de France dans un écu en losange[354] surmonté d'une couronne ducale.
[354] «L'écu des filles non mariées a la forme d'un losange; plus généralement elles le portent en ovale.» (H. GOURDON DE GENOUILLAC, l'Art héraldique, chap. I, p. 14; Bibliothèque de l'enseignement des beaux-arts.)
Les trois sœurs étaient de grandes liseuses: «elles faisaient, dit le duc de Luynes, des entreprises de grande lecture, dont elles venaient à bout[355].»
[355] Dans Eugène ASSE, ouvrage cité, p. 120.
Les catalogues manuscrits des livres de «Mesdames» se trouvent actuellement à la Bibliothèque de l'Arsenal. Celui de la bibliothèque de Madame Adélaïde, daté de 1786, comprend 430 pages et 5286 articles; il forme un superbe in-folio, écrit en belle bâtarde et en ronde, et est orné d'un frontispice colorié, où Madame Adélaïde est représentée en Minerve, casque en tête, devant un bureau chargé de livres, de cartes et d'instruments de physique.
Notons que Madame Victoire contractait volontiers des emprunts dans les collections publiques et ne restituait pas toujours ce qui lui avait été prêté. «Nombre d'estampes demandées par elle en communication ne sont jamais rentrées», nous apprend un ancien conservateur de la Bibliothèque nationale, Henri Bouchot[356].
[356] Les Reliures d'art à la Bibliothèque nationale, p. XXI.--Voir aussi, sur Mesdames Adélaïde, Victoire et Sophie,--«que l'on connaissait sans envie du bien, sans âme, sans caractère, sans franchise, sans amour pour leur père... Madame Sophie était une manière d'automate, aussi nulle pour l'esprit que pour le caractère...»--le DUC DE LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT, Mémoire sur la mort de Louis XV, dans SAINTE-BEUVE, Portraits littéraires, t. III, p. 533;--et Nouveaux Lundis, t. VIII, p. 326, article sur Marie-Antoinette.
Une autre fille de Louis XV, la dernière, Madame LOUISE (Louise-Marie: 1737-1787), qui fut religieuse aux Carmélites de Saint-Denis, était encore plus passionnée que ses sœurs pour la lecture. A une certaine époque, «Mme Campan la lui faisait cinq heures par jour; et comme ce n'était pas sans fatigue, la princesse lui préparait elle-même de l'eau sucrée, et s'excusait de la faire lire si longtemps, sur la nécessité d'achever un cours de lecture qu'elle s'était prescrit»[357].
[357] Eugène ASSE, ouvrage cité, p. 122.
C'est Madame Louise, qui, durant ses derniers moments, redevenue princesse dans son délire sans cesser d'être nonne, et croyant toujours commander à son cocher ou à son écuyer, lui intimait cet ordre, de sa voix défaillante: «Au paradis, vite, vite! au grand galop!»[358].
[358] Cf. SAINTE-BEUVE, Nouveaux lundis, t. VIII, p. 130, note 1.
La MARQUISE DE LAMETH, Marie-Thérèse de Broglie (1732-1819)[359].
[359] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 169.
La DUCHESSE DE ROHAN-CHABOT, Émilie de Crussol d'Uzès (1732-....)[360].
[360] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 197.
La MARQUISE DE VOYER D'ARGENSON, Jeanne-Marie-Constance de Mailly (1734-1783)[361].
[361] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 209.
La DUCHESSE DE MAZARIN, Louise-Jeanne de Durfort (1735-1781).
La vente de ses livres eut lieu à Paris, peu après sa mort, le 12 janvier 1782 et jours suivants[362].
[362] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 182;--et la Revue des livres anciens, année 1914, fascicule IV, p. 350, article de M. Maurice Tourneux.
La DUCHESSE DE CHOISEUL-STAINVILLE, Louise-Honorine Crozat du Châtel, femme du ministre de Louis XV (1735?-1802).
De même que son père, que son mari, et que sa belle-sœur, la duchesse de Gramont-Choiseul, mentionnée ci-dessus à son rang chronologique, la duchesse de Choiseul aima passionnément les livres. Elle protégea les savants et les gens de lettres et particulièrement l'abbé Barthélemy[363]. C'est elle qui, en vrai philosophe de son siècle, écrivait un jour à son amie Mme du Deffand qu'«il ne faut parler de Dieu ni en bien ni en mal»[364].
[363] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 452-453;--et Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 146.
[364] Lettre à Mme du Deffand, 23 juin 1771 (Correspondance de Mme du Deffand, t. I, p. 443; édition Sainte-Aulaire).
La DUCHESSE DE RIOCOURT ou RIOCOUR, Madeleine-Jeanne-Claire Morel, dame de Vitry-la-Ville, Vauciennes, Chappes, etc., baronne du Bois ou de Boys (1735-1812)[365].
[365] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 197;--et Ludovic LALANNE, Dictionnaire historique de la France.
La PRINCESSE DE CONDÉ, Charlotte-Godefride-Élisabeth de Rohan-Soubise, femme de Louis-Joseph, duc de Bourbon, prince de Condé (1737?-1760)[366].
[366] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 453.
Mme LE PELLETIER ou LE PELETIER, Louise-Suzanne de Beaupré (1737?-1762).
Son mari était président à mortier au Parlement de Paris[367].
[367] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 176.
Mme DE MONTESSON, Charlotte-Jeanne Béraud de la Haie de Riou, marquise de Montesson (1737-1806).
Devenue veuve, en 1769, du marquis de Montesson, elle inspira à Louis-Philippe, duc d'Orléans, petit-fils du Régent, une passion si vive qu'il l'épousa secrètement. «Le roi, écrit M. Paul Chaponnière[368], donna son consentement verbal (à ce mariage), à condition que la marquise ne prendrait jamais le nom de duchesse d'Orléans ni les armes de la famille. Elle n'en habita pas moins le Palais-Royal, mais la famille royale s'abstint d'assister aux spectacles organisés par le duc d'Orléans. Celui-ci, selon un mot de l'ambassadeur de Naples, ne pouvant faire Mme de Montesson duchesse d'Orléans, s'était fait lui-même M. de Montesson.»
[368] Madame de Montesson et ses œuvres anonymes, dans la Revue des livres anciens, année 1894, t. II, p. 111-112.
La marquise de Montesson était sœur utérine de la mère de Mme de Genlis, par conséquent tante de cette dernière.
Bien que, au dire de sa nièce, «elle fût d'une ignorance extrême et n'eût pas la moindre instruction», elle eut l'idée singulière de devenir auteur[369], et elle a composé, après avoir sommairement étudié sans doute les règles de la grammaire et de la prosodie, un grand nombre de pièces de théâtre, qu'elle faisait représenter chez elle, et où elle jouait elle-même. Elle a laissé une importante bibliothèque qui a été acquise par M. de Soleinne[370].
[369] Cf. Paul CHAPONNIÈRE, ouvrage cité, p. 112-113.
[370] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 456;--et Ludovic LALANNE, Dictionnaire historique de la France.
Alexandre Dumas, qui a eu occasion, dans son enfance, d'aller chez Mme de Montesson et de la voir de près, donne sur elle, dans ses Mémoires[371], d'intéressants renseignements:
«Le caractère excellent de Mme de Montesson fit longtemps le bonheur de ce prince (du duc d'Orléans) et son propre bonheur.
«Elle s'occupait de musique et des chasses, dont elle partageait les plaisirs avec le prince.
«Elle avait un théâtre dans l'hôtel qu'elle habitait à la Chaussée d'Antin, théâtre sur lequel elle jouait avec lui. Le duc d'Orléans, né bonhomme et naïf, réussissait dans les rôles de paysan, et Mme de Montesson dans ceux de bergère et d'amante.
«Feu Mme la duchesse d'Orléans avait prostitué cette maison au point que les dames n'y venaient qu'avec des réserves étudiées et suivies. Mme de Montesson y rétablit le bon ton, la dignité, rouvrit la porte aux plaisirs délicats, et ranima le goût des arts, du bel esprit, et y ramena souvent la gaieté et la bonhomie.»
[371] Tome I, chap. I, p. 11. Voir aussi même tome, chap. XVIII, p. 215.
En mourant, Mme de Montesson laissa toute sa fortune au comte de Valence, qui avait épousé Mlle de Genlis. Celle-ci, qui l'appelait sa tantâtre, a parlé d'elle dans ses Souvenirs, et généralement, ainsi que nous l'avons vu tout à l'heure, elle ne la juge pas très favorablement. «Mme de Montesson, dit-elle encore, jouait à mon gré fort mal la comédie, parce qu'en cela, comme en toutes choses, elle manquait de naturel.»
Entre autres ouvrages, on doit à Mme de Montesson un recueil intitulé OEuvres anonymes (Paris, 1782-1785, 8 vol. in-8), comprenant des mélanges et des pièces de théâtre, qui n'a été tiré qu'à douze exemplaires, est devenu très rare, et, à cause de cette rareté, est recherché des bibliophiles[372].
[372] Cf. LAROUSSE, ouvrage cité;--MICHAUD, ouvrage cité. M. Paul CHAPONNIÈRE (ouvrage cité, p. 114 et suiv.) donne en détail la bibliographie des œuvres de Mme de Montesson.
ANNE-THÉRÈSE-PHILIPPINE D'YVE (1738-1814), dame belge, née à Bruxelles. Elle fut «un des beaux esprits de son temps», dit Joannis Guigard[373]; ses idées démocratiques et l'amour du bien la rendirent célèbre en Belgique. Sa bibliothèque passait, à juste titre, pour l'une des plus riches de l'Europe, soit par la rareté des ouvrages, soit par l'excellence de la condition des volumes.
[373] Ouvrage cité, t. I, p. 209-210.
MADELEINE-CHARLES-ÉMILIE LE FÈVRE-CAUMARTIN DE LA COUR (1738?-1814)[374].
[374] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 166.
La MARQUISE DE PIGNATELLI D'EGMONT, Jeanne-Sophie-Élisabeth-Louise-Armande-Septimanie de Richelieu (1740-1773)[375].
[375] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 192.
La MARQUISE DE FOUQUET, Hélène-Julie-Rosalie Mancini-Mazarini, dite Mademoiselle de Nevers (1740-1780?)[376].
[376] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 161.
Mme DU BARRY, Marie-Jeanne Gomard Vaubernier, comtesse du Barry, maîtresse de Louis XV (1743-1793)[377].
[377] La date de naissance de la fameuse courtisane a été très contestée: les uns ont dit 1744, d'autres 1746. Les Goncourt, dans leur ouvrage sur La Du Barry, pages 6 et 25 (Paris, Charpentier, 1891) ont traité cette question et publié l'acte authentique.
«Jeanne, fille naturelle d'Anne Béqus dite Quantiny, est née le dix-neuvième août de l'an mil sept cent quarante-trois...»
Elle était fille naturelle d'une couturière nommée Bécu ou Béqus, dite Quantiny ou Cantigny; elle savait à peine lire, et écrivait plus mal encore qu'elle ne lisait.
«La Du Barry, quoique fort belle, n'était guère en état de former, seule, une bibliothèque, remarque Joannis Guigard[378], elle qui ne pouvait pas écrire un mot sans faire une faute d'orthographe: son libraire se chargea de la formation de cette bibliothèque. On y remarqua d'abord de bons ouvrages d'histoire, de littérature et même de morale; puis des productions plus légères, que son fournisseur y fit entrer sans doute pour distraire les instants du monarque blasé. Louis XV, dit-on, parut enchanté du goût littéraire de sa nouvelle maîtresse, et, lorsque celle-ci envoya sa collection au château de Versailles, il s'écria: «La marquise de Pompadour avait plus de livres que la comtesse, mais ils n'étaient pas si bien reliés ni si bien choisis; aussi nous la nommerons bibliothécaire de Versailles.»
[378] Ouvrage cité, t. I, p. 152.
La bibliothèque de Mme du Barry, bibliothèque sans importance,--«des livres sans intérêt bibliographique, mal reliés, et qui ne se recommandent que par la célébrité de mauvais aloi de celle qui les a possédés», déclare Ernest Quentin-Bauchart[379], a été étudiée en détail par M. Léon de Labessade[380] et par Paul Lacroix.
[379] Ouvrage cité, t. II, p. 190. «Elle se composait de 1068 volumes de toutes grandeurs», dit Paul Lacroix (bibliophile Jacob) dans une lettre adressée au Monde illustré, 31 mars 1860, p. 214-215, et citée par Édouard FOURNIER, l'Art de la reliure, p. 194, note 1.
[380] Dans les Miscellanées bibliographiques, 2e partie, p. 103-132 (Paris, Rouveyre, 1879).
La Du Barry inscrivait sur ses livres cette fière, galante et plaisante devise: Boutez en avant! Ils étaient au nombre d'un millier, et, pour la plupart, reliés en maroquin rouge[381]. Parmi ces volumes, il y en avait paraît-il, d'un genre spécial; la noble dame possédait un enfer, qui, dit-on, est devenu la propriété d'un amateur tourangeau[382].
[381] Cf. Paul LACROIX (bibliophile Jacob), lieu cité.
[382] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 190-191.
«Aimer le livre, l'acquérir, le conserver, lui procurer le vêtement et le couvert, écrit M. Léon de Labessade en terminant son étude sur la bibliothèque de la Du Barry, c'est travailler pour l'avenir, c'est faire œuvre d'artiste et de savant. Mme du Barry, elle, conserva les livres; il lui sera beaucoup pardonné, parce qu'elle prodigua avec intelligence[383] le maroquin et les petits fers. Que la terre lui soit légère: elle aima le livre!»
[383] «Avec intelligence» me semble contestable.
La PRINCESSE DE CHIMAY, Laure-Auguste Fitz-James (1744-1814)[384].
[384] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 146.
La DUCHESSE DE DURFORT-CIVRAC, Adélaïde-Philippine de Durfort de Lorges (1744-1819)[385].
[385] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 155.
La DUCHESSE DE DURFORT DE DURAS, Louise-Henriette-Charlotte-Philippine de Noailles (1745-1832)[386].»
[386] Cf. Joannis GUIGARD. ouvrage cité, t. I, p. 156.
La DUCHESSE DE LA ROCHEFOUCAULD, Félicité-Sophie de Lannion (1745-....). Le duc François-Alexandre-Frédéric de la Rochefoucauld, duc de Liancourt, qu'elle épousa en 1764, fut pair de France, membre de l'Académie des sciences, et le fondateur ou promoteur de nombre d'établissements utiles[387].
[387] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 170.
Mme DE GENLIS, marquise de Brulard ou Brulart, née Stéphanie-Félicité Ducrest de Saint-Aubin (1746-1830)[388].
[388] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 141.
Mme de Genlis a beaucoup écrit[389] et encore plus menti, dans ses Mémoires et ailleurs. On a très justement dit d'elle qu'elle était «le mensonge incarné». «Nul écrivain peut-être n'a poussé plus loin le brigandage littéraire que Mme de Genlis. Elle eut, à ce sujet, en 1830, un procès déplorable avec le libraire Roret, éditeur de la collection des Manuels. Elle s'était engagée, moyennant 400 francs, à composer pour lui un Manuel encyclopédique de l'enfance. On allait imprimer le manuscrit, qui avait été payé, lorsqu'on s'aperçut qu'il était la copie exacte d'un livre du même genre, publié, en 1820, par M. Masselin. Il fallut un jugement pour que le libraire obtint la restitution de son argent[390].»
[389] «On n'a jamais été plus décidément écriveuse que Mme de Genlis.» (SAINTE-BEUVE, Causeries du lundi, t. III, p. 25.)
[390] Ludovic LALANNE, Curiosités littéraires, p. 142.--Voir aussi Honoré BONHOMME, Mme la comtesse de Genlis, sa vie, son œuvre, sa mort (Paris, Jouaust, 1885). On trouve dans Choses vues de Victor Hugo (année 1844, le roi Louis-Philippe, p. 79-82; Paris, Charpentier, 1888), de curieux détails sur Mme de Genlis, que Victor Hugo tenait de la bouche même de Louis-Philippe, ancien élève, comme on le sait, de cette illustre dame et maîtresse femme: «C'était un rude précepteur, je vous jure. Elle nous avait élevés avec férocité, ma sœur et moi. Levés à six heures du matin, hiver comme été, nourris de lait, de viandes rôties et de pain; jamais une friandise, jamais une sucrerie, force travail, pas de plaisir. C'est elle qui m'a habitué à coucher sur des planches. Elle m'a fait apprendre une foule de choses manuelles; je sais, grâce à elle, un peu faire tous les métiers, y compris le métier de frater. Je saigne mon homme comme Figaro. Je suis menuisier, palefrenier, maçon, forgeron. Elle était systématique et sévère. Tout petit, j'en avais peur; j'étais un garçon faible, paresseux et poltron; j'avais peur des souris! elle fit de moi un homme assez hardi et qui a du cœur. En grandissant, je m'aperçus qu'elle était fort jolie. Je ne savais pas ce que j'avais près d'elle. J'étais amoureux, mais je ne m'en doutais pas. Elle, qui s'y connaissait, comprit et devina tout de suite. Elle me traita fort mal. C'était le temps où elle couchait avec Mirabeau. Elle me disait à chaque instant: «Mais, monsieur de Chartres, grand dadais que vous êtes, qu'avez-vous donc à vous fourrer toujours dans mes jupons!»--Elle avait trente-six ans, j'en avais dix-sept.»
Ce qui n'empêcha pas, comme le prouve Gaston Maugras, dans l'Idylle d'un gouverneur (la comtesse de Genlis et le duc de Chartres; Paris, Plon, 1904), ladite gouvernante ou gouverneur de parfaire l'éducation de son élève «jusqu'à et y compris la suprême éducation de l'amour».
«Les dernières années de Mme de Genlis, continue Victor Hugo, furent pauvres et presque misérables. Il est vrai qu'elle n'avait aucun ordre et semait l'argent sur les pavés. Le roi (Louis-Philippe) la venait voir souvent; il la visita jusqu'aux derniers jours de sa vie. Sa sœur, Mme Adélaïde, et lui ne cessèrent de témoigner à Mme de Genlis toute sorte de respect et de déférence. Mme de Genlis se plaignait seulement un peu de ce qu'elle appelait la ladrerie du roi. Elle disait: «Il était prince, j'en ai fait un homme; il était lourd, j'en ai fait un homme habile; il était ennuyeux, j'en ai fait un homme amusant; il était poltron, j'en ai fait un homme brave; il était ladre, je n'ai pu en faire un homme généreux. Libéral, tant qu'on voudra; généreux, non.»
La marquise THIROUX DE CROSNE, Anne-Adélaïde de la Michodière (1747-....)[391].
[391] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 203.
La PRINCESSE DE LAMBALLE, Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan (1748-1792).
La princesse de Lamballe inspira, comme on le sait, une vive tendresse à Marie-Antoinette, lui témoigna un grand dévouement, et fut massacrée à la prison de la Force le 3 septembre 1792.
Elle a laissé un petit nombre de livres, qui sont de condition médiocre[392].
[392] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 223.
La MARQUISE DE MAILLY, Marie-Anne de Talleyrand-Périgord (1748-....)[393].
[393] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 179.
La DUCHESSE DE POLIGNAC, Yolande-Martine-Gabrielle de Polastron, femme du duc de Polignac et gouvernante des enfants de France (vers 1749-1793).
Amie intime et favorite de Marie-Antoinette, qui la combla d'honneurs, elle, son mari et sa famille, ce qui n'empêcha pas le duc et la duchesse de Polignac d'être des premiers à émigrer et à abandonner leur bienfaitrice (16 juillet 1789)[394].
[394] Ludovic LALANNE, Dictionnaire historique de la France.
Elle est rangée par Quentin-Bauchart[395] et par Joannis Guigard[396] au nombre des femmes bibliophiles.
[395] Ouvrage cité, t. II, p. 457.
[396] Ouvrage cité, t. I, p. 193. Sans doute par suite d'une faute d'impression, Joannis Guigard fait naître la duchesse de Polignac en 1739.
MARIE-LOUISE-THÉRÈSE DE BOURBON, fille de Philippe, duc de Parme, femme de Charles IV, roi d'Espagne (1751-1819)[397].
[397] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 128.
Mme CARLIN LE BRET, née Hue de Miromesnil (1751-....)[398].
[398] Cf. ID., ouvrage cité, t. I, p. 142.
La COMTESSE D'ALBANY, femme du prétendant anglais Charles-Édouard Stuart, puis du poète Alfieri, et amie du peintre Xavier Fabre, de Montpellier (1752-1824).
Elle avait la passion de la lecture, et une passion qui ne fit que s'accroître avec l'âge. Dans sa retraite de Florence, après sa promenade matinale aux Cascine, elle se réfugiait au milieu de ses livres, et ne les quittait pour ainsi dire plus. «C'est un grand plaisir, écrivait-elle en décembre 1802, que de passer son temps à parcourir les différentes idées et opinions de ceux qui ont pris la peine de les mettre sur le papier. C'est le seul plaisir d'une personne raisonnable à un certain âge; car les conversations sont médiocres et bien faibles, et toujours très ignorantes... Je passe ma journée, au moins une grande partie, au milieu de mes livres... Je ne trouve pas de meilleure et plus sûre compagnie: au moins on peut penser avec eux.» «Les livres, disait-elle encore, ont toujours plus d'esprit que les hommes qu'on rencontre.» La comtesse d'Albany faisait de Montaigne sa lecture habituelle: «C'est mon bréviaire que ce Montaigne, ma consolation, et la patrie de mon âme et de mon esprit», déclarait-elle[399].
[399] Cf. SAINTE-BEUVE, Nouveaux Lundis, t. V, p. 437, 424 et 426; et t. VI, p. 55;--et Edmond et Jules DE GONCOURT, Portraits intimes du dix-huitième siècle, la comtesse d'Albany, p. 442 et 446.
La COMTESSE DE PROVENCE, Marie-Joséphine-Louise de Savoie, fille de Victor-Amédée III, roi de Sardaigne, mariée, en 1771, à Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence, plus tard Louis XVIII (1753-1810).
Comme son époux, elle eut le goût des lettres et des arts. Sa bibliothèque était composée avec beaucoup d'intelligence, et comprenait 1665 volumes, la plupart reliés en maroquin rouge, qui ont été dispersés à la Révolution[400].
[400] Cf. ERNEST QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 314.
Mlle RAUCOURT (1753-1815), la fameuse tragédienne si décriée pour ses mœurs, a donné, en certaine occasion, un témoignage de son affection pour ses livres.
Après avoir fait, à ses débuts, «les délices de tout Paris», elle s'était vue huée sur la scène, à cause de ses scandales, et peu à peu sa situation était devenue des plus obérées. «Avec mille écus de rente, elle a trouvé le moyen de faire pour cent mille écus de dettes depuis quatre ans qu'elle était à la Comédie[401].»
[401] Cf. Jean DE REUILLY, La Raucourt et ses amies, p. 63-64 (Paris, Daragon, 1909).
Dans le courant de l'année 1779, tout fut saisi chez elle; et, désireuse de sauver quelques débris de sa fortune, c'est à ses livres et à ses estampes que Mlle Raucourt donna la préférence. Elle fit transporter chez son intime amie et émule Mme de Sourques, «une grande malle renfermant quantité de livres couverts en maroquin rouge, livres de théâtre et estampes des meilleurs auteurs... Ce fut avec beaucoup de peine que le commissaire Boullanger en obtint la restitution et la réintégration au logis de la tragédienne, à la Chaussée d'Antin[402].»
[402] Jean DE REUILLY, ouvrage cité, p. 217.
Parmi les ouvrages figurant dans la bibliothèque de Mlle Raucourt,--et tous prouvent que cette bibliothèque était des mieux composées,--nous citerons: le dictionnaire de Trévoux, le dictionnaire de Moréri, le théâtre de Corneille, le théâtre de Voltaire, Molière, La Chaussée, Grécourt, Racine, Destouches, Boileau, l'Héloïse de Jean-Jacques Rousseau, Regnard, Crébillon, Virgile, Anacréon, Sapho[403], etc.
[403] «C'était fatal!» ajoute ici, en note, M. Jean DE REUILLY, ouvrage cité, p. 218, à qui j'emprunte cette nomenclature, et qui donne, en cet endroit, le catalogue détaillé de cette bibliothèque.
La DUCHESSE D'ORLÉANS, Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, femme de Louis-Philippe-Joseph, duc d'Orléans, dit Égalité (1753-1821).
Elle fut la mère du roi Louis-Philippe et de Madame Adélaïde (Eugène-Louise)[404].
[404] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, p. 458.
Dès son bas âge, Mme ROLAND, Marie ou Manon, Jeanne Phlipon (1754-1793), témoigna le goût le plus vif pour la lecture. Ainsi que son maître Rousseau, elle ne sait non plus comment elle apprit à lire:
«Vive sans être bruyante, et naturellement recueillie, je ne demandais qu'à m'occuper, écrit-elle dans ses Mémoires[405], et saisissais avec promptitude les idées qui m'étaient présentées. Cette disposition fut mise tellement à profit que je ne me suis jamais souvenue d'avoir appris à lire; j'ai ouï dire que c'était chose faite à quatre ans, et que la peine de m'enseigner s'était, pour ainsi dire, terminée à cette époque, parce que, dès lors, il n'avait plus été besoin que de ne pas me laisser manquer de livres. Quels que fussent ceux qu'on me donnait ou dont je pouvais m'emparer, ils m'absorbaient tout entière, et l'on ne pouvait plus me distraire que par des bouquets. La vue d'une fleur caresse mon imagination et flatte mes sens à un point inexprimable; elle réveille avec volupté le sentiment de l'existence. Sous le tranquille abri du toit paternel, j'étais heureuse dès l'enfance avec des fleurs et des livres: dans l'étroite enceinte d'une prison, au milieu des fers imposés par la tyrannie la plus révoltante, j'oublie l'injustice des hommes, leurs sottises et mes maux, avec des livres et des fleurs[406]...
[405] Tome III, p. 11-12 et 23-29 (Paris, Bibliothèque nationale, 1869).
[406] «Des livres et des fleurs», ce rapprochement, cette dualité, se retrouve plus d'une fois dans l'histoire littéraire, dans la vie et les goûts des bibliophiles. C'est d'abord Cicéron traçant le portrait de «l'homme heureux»: Si hortum in bibliotheca habes, deerit nihil, écrit-il (Ad familiares [Varroni], No 451; CICÉRON, OEuvres complètes, t. V, p. 411; collection Nisard; Paris, Didot, 1881). Puis Urbain Chevreau (1615-1701), qui avait été secrétaire de la reine Christine de Suède (dans Charles NODIER, l'Amateur de livres, les Français peints par eux-mêmes, t. II, p. 83; Paris, Delahays, s. d.): «Je ne m'ennuie point dans ma solitude, où j'ai une bibliothèque assez nombreuse pour un ermite, et admirable pour le choix des livres... J'y ai des tableaux, des estampes; un grand parterre tout rempli de fleurs, des arbres fruitiers;» etc. Et M. Octave Uzanne (Nos amis les livres, p. 268): «Seigneur, s'écriait un ancien, accordez-moi une maison pleine de livres, un jardin plein de fleurs!» Il semble que, dans cette prière, soit contenue toute la quintessence de la sagesse humaine: les fleurs et les livres masquent les tristesses de cette vie, et nous font aller en souriant, l'œil égayé, l'esprit bienheuré, jusqu'au jour de la grande échéance définitive, au vrai quart d'heure de Rabelais.» Cf. aussi le célèbre sonnet de l'imprimeur Plantin (1514-1589) sur «le Bonheur de ce monde»:
Avoir une maison commode, propre et belle, Un jardin tapissé d'espaliers odorants, Etc.
(Cf. mon ouvrage le Livre, t. I, p. 181, note 1.)
«Avec les livres élémentaires dont on avait soin de me fournir, j'épuisai bientôt ceux de la petite bibliothèque de la maison. Je dévorais tout, et je recommençais les mêmes lorsque j'en manquais de nouveaux. Je me souviens de deux in-folio de Vies des Saints, d'une Bible de même format en vieux langage, d'une ancienne traduction des Guerres civiles d'Appien, d'un Théâtre de la Turquie en mauvais style, que j'ai relus bien des fois. Je trouvai ainsi le Roman comique de Scarron et quelques recueils de prétendus bons mots, que je ne relus pas deux fois; les Mémoires du brave de Pontis, qui m'amusaient, et ceux de Mlle de Montpensier, dont j'aimais assez la fierté, et quelques autres vieilleries, dont je vois encore la forme, le contenu et les taches. La rage d'apprendre me possédait tellement, qu'ayant déterré un Traité de l'Art héraldique, je me mis à l'étudier; il y avait des planches coloriées qui me divertissaient, et j'aimais à savoir comme on appelait toutes ces petites figures: bientôt j'étonnai mon père de ma science en lui faisant des observations sur un cachet composé contre les règles de l'art; je devins son oracle en cette matière, et je ne le trompais point. Un petit Traité des Contrats me tomba sous la main; je tentai aussi de l'apprendre, car je ne lisais rien que je n'eusse l'ambition de le retenir; mais il m'ennuya, je ne conduisis pas le volume au quatrième chapitre.
«La Bible m'attachait, et je revenais souvent à elle. Dans nos vieilles traductions, elle s'exprime aussi crûment que les médecins; j'ai été frappée de certaines tournures naïves qui ne me sont jamais sorties de l'esprit. Cela me mettait sur la voie d'instructions que l'on ne donne guère aux petites filles; mais elles se présentaient sous un jour qui n'avait rien de séduisant, et j'avais trop à penser pour m'arrêter à une chose toute matérielle qui ne me semblait pas aimable. Seulement je me prenais à rire quand ma grand'maman me parlait de petits enfants trouvés sous des feuilles de choux, et je disais que mon Ave Maria m'apprenait qu'ils sortaient d'ailleurs, sans m'inquiéter comment ils y étaient venus.
«J'avais découvert, en furetant par la maison, une source de lectures que je ménageai assez longtemps. Mon père tenait ce qu'on appelait son atelier tout près du lieu que j'habitais durant le jour; c'était une pièce agréable, qu'on nommerait un salon, et que ma modeste mère appelait la salle, proprement meublée, ornée de glaces et de quelques tableaux, dans laquelle je recevais mes leçons. Son enfoncement, d'un côté de la cheminée, avait permis de pratiquer un retranchement qu'on avait éclairé par une petite fenêtre; là, était un lit si resserré dans l'espace que j'y montais toujours par le pied, une chaise, une petite table et quelques tablettes; c'était mon asile. Au côté opposé, une grande chambre, dans laquelle mon père avait fait placer son établi, beaucoup d'objets de sculpture et ceux de son art, formait son atelier. Je m'y glissais le soir ou bien aux heures de la journée où il n'y avait personne; j'y avais remarqué une cachette où l'un des jeunes gens (des jeunes apprentis ou ouvriers employés par son père, le maître graveur Phlipon) mettait des livres. J'en prenais un à mesure; j'allais le dévorer dans mon petit cabinet, ayant grand soin de le remettre aux heures convenables, sans en rien dire à personne. C'était, en général, de bons ouvrages. Je m'aperçus un jour que ma mère avait fait la même découverte que moi; je reconnus dans ses mains un volume qui avait passé dans les miennes; alors je ne me gênai plus, et, sans mentir, mais sans parler du passé, j'eus l'air d'avoir suivi sa trace. Le jeune homme qu'on appelait Coursou, auquel il joignit le de par la suite en se fourrant à Versailles instituteur des pages, ne ressemblait point à ses camarades; il avait de la politesse, un tact décent, et cherchait de l'instruction. Il n'avait jamais rien dit non plus de la disparition momentanée de quelques volumes; il semblait qu'il y eût entre nous trois une convention tacite.
«Je lus ainsi beaucoup de voyages que j'aimais passionnément, entre autres ceux de Renard (Regnard), qui furent les premiers; quelques théâtres des auteurs du second ordre, et le Plutarque de Dacier. Je goûtai ce dernier ouvrage plus qu'aucune chose que j'eusse encore vue, même d'histoires tendres qui me touchaient pourtant beaucoup, comme celle des époux malheureux de La Bédoyère, que j'ai présente, quoique je ne l'aie pas relue depuis cet âge. Mais Plutarque semblait être la véritable pâture qui me convînt. Je n'oublierai jamais le carême de 1763 (j'avais alors neuf ans), où je l'emportais à l'église en guise de Semaine sainte. C'est de ce moment que datent les impressions et les idées qui me rendaient républicaine, sans que je songeasse à le devenir.
«Télémaque et la Jérusalem délivrée vinrent un peu troubler ces traces majestueuses. Le tendre Fénelon émut mon cœur, et le Tasse alluma mon imagination. Quelquefois je lisais haut, à la demande de ma mère: ce que je n'aimais pas; cela me sortait du recueillement qui faisait mes délices, et m'obligeait à ne pas aller si vite; mais j'aurais plutôt avalé ma langue que de lire ainsi l'épisode de l'île de Calypso, et nombre de passages du Tasse. Ma respiration s'élevait, je sentais un feu subit couvrir mon visage, et ma voix altérée eût trahi mes agitations. J'étais Eucharis pour Télémaque, et Herminie pour Tancrède; cependant, toute transformée en elles, je ne songeais pas encore à être moi-même quelque chose pour personne; je ne faisais point de retour sur moi, je ne cherchais rien autour de moi; j'étais elles et je ne voyais que les objets qui existaient pour elles; c'était un rêve sans réveil...
«Ces ouvrages dont je viens de parler firent place à d'autres, et les impressions s'adoucirent; quelques écrits de Voltaire me servirent de distraction. Un jour que je lisais Candide, ma mère s'étant levée d'une table où elle jouait au piquet, la dame qui faisait sa partie m'appela du coin de la chambre où j'étais et me pria de lui montrer le livre que je tenais. Elle s'adresse à ma mère, qui rentrait dans l'appartement, et lui témoigne son étonnement de la lecture que je faisais; ma mère, sans lui répondre, me dit purement et simplement de reporter le livre où je l'avais pris. Je regardai de bien mauvais œil cette petite dame, à figure revêche, grosse à pleine ceinture, grimaçant avec importance, et depuis oncques je n'ai souri à Mme Charbonné. Mais ma bonne mère ne changea rien à son allure fort singulière, et me laissa lire ce que je trouvais, sans avoir l'air d'y regarder, quoiqu'en sachant fort bien ce que c'était. Au reste, jamais livre contre les mœurs ne s'est trouvé sous ma main; aujourd'hui même je ne sais que les noms de deux ou trois, et le goût que j'ai acquis ne m'a point exposée à la moindre tentation de me les procurer.
«Mon père se plaisait à me faire de temps en temps le cadeau de quelques livres, puisque je les préférais à tout; mais, comme il se piquait de seconder mes goûts sérieux, il me faisait des choix fort plaisants, quant aux convenances; par exemple, il me donna le traité de Fénelon sur l'éducation des filles, et l'ouvrage de Locke sur celle des enfants; de manière qu'on donnait à l'élève ce qui est destiné à diriger les instituteurs. Je crois pourtant que cela réussissait très bien, et que le hasard m'a servie mieux peut-être que n'auraient fait les combinaisons ordinaires.»
MARIE-PAULINE DE LÉZARDIÈRE (1754-1835) fut moins une bibliophile qu'une amie passionnée de la science historique. Elle a laissé un ouvrage considérable, originairement publié en huit volumes, la Théorie des lois politiques de la France, destiné à compléter une section de l'Esprit des lois de Montesquieu, et qui a mérité les éloges d'Augustin Thierry. Voici ce que le grand historien écrit à ce sujet:
«Il y avait, en 1771, dans un château éloigné de Paris[407], une jeune personne éprise d'un goût invincible pour les anciens monuments de notre histoire, et qui, selon le témoignage d'un contemporain[408], s'occupait avec délices des formules de Marculfe, des capitulaires et des lois des peuples barbares. Blâmée d'abord et combattue par sa famille, qui ne voyait dans cette passion qu'un travers bizarre, Mlle de Lézardière, à force de persévérance, triompha de l'opposition de ses parents, et obtint d'eux les moyens de suivre son penchant pour l'étude et les travaux historiques. Elle y consacra ses plus belles années, dans une profonde retraite, ignorée du public, mais soutenue par le suffrage de quelques hommes de science et d'esprit[409], et par l'ambition, un peu téméraire, de combler une lacune laissée par Montesquieu dans le livre de l'Esprit des lois[410].»
[407] Au château de la Verrie (ou de la Vérie, Vendée, arrondissement de la Roche-sur-Yon). C'est là que naquit Mlle de Lézardière. Elle mourut au château de la Proutière (même département, arrondissement des Sables-d'Olonne, commune de Poiroux), qui appartient encore à la famille de Lézardière.
[408] GAILLARD, dans le Journal des savants, avril 1791.
[409] Malesherbes, entre autres, qui fit envoyer à Mlle de Lézardière des livres de la bibliothèque du roi et du couvent des bénédictins de Poitiers.
[410] Augustin THIERRY, Considérations sur l'histoire de France, chap. III, p. 104 (Paris, Furne, 1868).
Bien que terminé en 1791, et tout imprimé, le grand travail de Mlle de Lézardière ne put paraître à cette époque, les magasins du libraire ayant été pillés durant une émeute et l'édition à peu près détruite. Quelques exemplaires furent recueillis, puis circulèrent en 1801; mais ce n'est que longtemps après, en 1844, qu'un frère de Mlle de Lézardière publia une nouvelle édition, en quatre volumes in-8, de l'ouvrage de sa sœur[411].
[411] Cf. ID., ouvrage cité, p. 113;--LAROUSSE, ouvrage cité;--et Ludovic LALANNE, Dictionnaire historique de la France.
La REINE MARIE-ANTOINETTE, femme de Louis XVI (1755-1793).
Elle avait rassemblé deux importantes bibliothèques, l'une au petit Trianon, l'autre au château des Tuileries. Ces volumes sont, pour la plupart, reliés en maroquin rouge aux armes de France et d'Autriche accolées.
Le catalogue de la bibliothèque de Trianon a été publié par Louis Lacour, sous le titre de: Livres du boudoir de la reine Marie-Antoinette (Paris, Gay, 1862, in-16). Un inventaire de cette même bibliothèque, dressé par ordre de la Convention, a été publié, d'après le manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal, par Paul Lacroix, sous ce titre: Bibliothèque de la reine Marie-Antoinette au petit Trianon. Ces livres furent déposés, en 1800, à la Bibliothèque publique de Versailles, et les doubles vendus, en vertu d'une délibération du Conseil municipal de cette ville.
On a prétendu que beaucoup des volumes de la bibliothèque de Trianon étaient d'un genre ultra-léger; Ernest Quentin-Bauchart conteste, avec raison, cette assertion, et estime que ces volumes ne sont pas plus «scandaleux» que ceux de tant d'autres grandes dames de cette époque. Ils n'ont même rien de scandaleux du tout[412].
[412] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 279.--Sur cette bibliothèque de Marie-Antoinette, on consultera avec intérêt un article de Jules Janin (sous le pseudonyme d'Éraste), publié dans l'Indépendance belge et reproduit dans le journal le Voleur, no du 24 octobre 1862, p. 409-411. Il en ressort que Marie-Antoinette a possédé surtout des livres futiles, légers même, Faublas, par exemple; mais pas de livres obscènes, pas de livres «scandaleux». On rencontrait, en revanche, sur ses rayons, très peu de chefs-d'œuvre, très peu de bons ouvrages: rien de Bossuet, rien de Pascal, de J.-J. Rousseau, de Buffon, etc.
Les livres de la seconde bibliothèque de Marie-Antoinette, de la Bibliothèque du château des Tuileries, «portaient presque tous, soit au dos, soit sur les plats, au bas des armes, les initiales couronnées C. T. [Château des Tuileries]. Ils furent transportés, en 1793, à la Bibliothèque nationale, où ils sont aujourd'hui[413].» Le catalogue de cette bibliothèque a été dressé, et forme un volume manuscrit, conservé à la Bibliothèque nationale; il comprend 146 pages in-4. Dans l'avertissement placé au début de ce catalogue, on trouve d'intéressants détails sur le classement et le rangement des livres de la reine:
«Son cabinet de livres est composé de dix armoires séparées chacune par une cloison, et chaque armoire contient huit tablettes ou rayons. Chaque armoire est marquée par une lettre de l'alphabet, à commencer par celle que Sa Majesté a à sa main gauche en passant la porte par laquelle elle va de sa chambre dans sa bibliothèque. Cette armoire est désignée par la lettre A. Celle qui se trouve à droite de la même porte est l'armoire B, et ainsi de suite en faisant le tour jusqu'à la lettre K[414].»
[413] Eugène ASSE, ouvrage cité, p. 126.
[414] Cf. ID., ouvrage cité, p. 127.
Ce catalogue est divisé en deux parties; dans la première les livres sont inscrits par ordre de matière, dans la seconde ils sont rangés par ordre alphabétique. Les divisions par ordre de matière avaient été faites par le roi lui-même: «Pour ces divisions, on a suivi celles que le roi a indiquées lui-même, en faisant le premier arrangement des livres, qui a épargné au bibliothécaire plus de la moitié de son travail[415].»
[415] Cf. Eugène ASSE, ouvrage cité, p. 127-128.
Les divisions sont au nombre de quatre: Religion, Histoire, Arts (Sciences et Arts), Belles-Lettres.
La division de la Religion comprenait d'abord 53 articles, qui, plus tard, ont été portés à 69; l'Histoire, 140; les Sciences et Arts, 60; les Belles-Lettres, 93. On remarque, dans cette dernière division: les Femmes illustres, de Scudéry; la Princesse de Clèves et Zaïde, de Mme de la Fayette; les Aventures de Télémaque; les Mémoires du Chevalier de Grammont, par Hamilton; Gil-Blas; les Contes moraux, de Marmontel; presque tous les romans de Mme Riccoboni; Robinson Crusoé, Gulliver, Tom Jones, de Fielding; Clarisse Harlowe et Grandisson, de Richardson; les Contes de fées, de Mme d'Aulnoy; la traduction de Shakespeare, par Letourneur; etc.
La COMTESSE D'ARTOIS, Marie-Thérèse de Savoie, seconde fille du duc Victor-Amédée III, mariée en 1773 au comte d'Artois, futur Charles X, sœur de la comtesse de Provence (1756-1805).
Sa bibliothèque, une des plus importantes de l'époque, fut formée par les soins du littérateur François-Félix Nogaret, l'auteur du Fond du sac. Ses livres étaient reliés en maroquin rouge, avec un simple «trois filets», comme ceux de sa sœur, avec lesquels on les confond souvent[416].
[416] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, ouvrage cité, t. II, p. 335.
Le duc de DEVONSHIRE, William (1748-1811), épousa en premières noces la fille du comte Spencer, GEORGINA (1757-1806), et en secondes noces la fille de lord Hervey, ÉLISABETH (1759-1824), qui, toutes les deux, montrèrent un vif penchant pour les lettres et les livres[417].
[417] Cf. LAROUSSE, ouvrage cité, article Devonshire.
LOUISE-ADÉLAÏDE DE BOURBON-CONDÉ, tante du duc d'Enghien (1757-1824).
Elle témoigna toute sa vie d'une austère piété, fut abbesse de Remiremont, et vécut pour ainsi dire dans les couvents,--ce qui ne l'empêcha pas d'entretenir, en 1786 et 1787, avec un jeune officier, M. de la Gervaisais, une correspondance galante, qui a été publiée, en 1834, par Ballanche[418].
[418] Cf. Ludovic LALANNE, Dictionnaire historique de la France, article Condé.
On l'a dite aussi amie des livres.
MADAME ÉLISABETH, Philippine-Marie-Hélène de France, sœur de Louis