‹ Les femmes et les livresChapitre 12 sur 15 · XVI (1764-1794).

XVI (1764-1794).

Sa bibliothèque était «la plus considérable après celle de la reine» (Marie-Antoinette).

Madame Élisabeth, qui périt sur l'échafaud, après son frère, «vécut retirée, fuyant les plaisirs, s'appliquant avec ardeur à l'étude des mathématiques»: elle composa même une table de logarithmes très ingénieuse, admirée par le savant Lalande[419].

[419] Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 298, note 1.

«Madame Élisabeth, écrit de son côté Eugène Asse[420], avait reçu une éducation sévère, sous la surveillance de la comtesse de Marsan, gouvernante des Enfants de France, et surtout de la baronne de Mackau, sous-gouvernante. C'est à leurs soins patients que fut due la transformation qui eut lieu dans le caractère de la jeune princesse, née emportée et violente: ce fut une répétition de ce qu'autrefois Fénelon avait fait pour le duc de Bourgogne... Toutefois il est juste de dire, en ce qui concerne Madame Élisabeth, que si l'éducation en fit la plus vertueuse des princesses, elle laissa subsister en elle une énergie qu'on aurait souhaitée à son frère.

[420] _Ouvrage cité_, p. 129 et suiv.

«Elle reçut de Guillaume Le Blond des leçons d'histoire et de géographie, suivit même assidûment les cours de physique de l'abbé Nollet. Le docteur Le Monnier, médecin des Enfants de France, et le docteur Dassy lui apprirent la botanique, dans les longues excursions qu'ils faisaient avec elle dans la forêt de Fontainebleau, pendant les séjours de la cour dans cette résidence royale. La fille de la célèbre Mme Geoffrin, la marquise de la Ferté-Imbault, lui avait donné un goût très vif pour Plutarque, en composant pour elle une analyse des _Vies des hommes illustres_.

«Devenue, à quatorze ans (1778), maîtresse de ses actions, elle s'était arrangé dans sa maison de Montreuil, près de Versailles, une vie toute d'étude et de charité pratique.

«Elle a, pour secrétaire ordinaire et de cabinet, Chamfort l'académicien; pour page, ce jeune Adalbert de Chamisso de Boncourt, que l'émigration jettera en Allemagne, et qui écrira plus tard le roman de _Pierre Schlemihl_ (1814).

«Madame Élisabeth aima les livres. Ceux de sa bibliothèque étaient élégamment reliés, timbrés d'un écusson en losange[421] aux armes de France, surmonté d'une couronne ducale. La Bibliothèque de l'Arsenal en possède un, l'_Office de Saint-Symphorien_, qui rappelle les habitudes pieuses de la jeune princesse, et qui a dû l'accompagner bien souvent dans ses visites à sa paroisse. Cette église de Saint-Symphorien était celle de Montreuil: église très simple, assez laide, au style de temple grec, surmontée d'une sorte de pigeonnier carré, où sonnait une unique cloche, dont Madame Élisabeth avait été la marraine. Comme la maison de Montreuil n'avait pas de chapelle, la princesse s'y rendait à pied par les ruelles, souvent «par une crotte indigne», car l'accès en était difficile aux carrosses.»

[421] Voir ci-dessus, p. 180, note 3.

C'est à propos de cette église que Madame Élisabeth écrivait à Mme de Raigecourt, un lundi de Pâques:

«J'ai l'air d'une vraie campagnarde: c'est que je suis à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse. Elles sont aussi longues que l'année dernière, et ton cher vicaire chante _O Filii_ d'une manière aussi agréable. Des Essarts a pensé éclater [de rire], et moi de même.»

Les vraies fêtes, les seules fêtes même de l'humble château de Montreuil étaient celles de l'étude et de l'amitié. Entre Mme de Mackau et son vieux maître Le Monnier, qui tous deux habitaient dans le voisinage, «la princesse passait des heures délicieuses». «Le Monnier, raconte Mme d'Armaillé, associait Madame Élisabeth à ses recherches de botanique dans son jardin, à ses expériences de physique dans son cabinet. Le jeune Chamisso y assistait souvent à la suite de la princesse, et il en acquit des connaissances qui, plus tard, ne furent pas inutiles à sa carrière et à sa réputation.

«Chez elle, nous voyons souvent Madame Élisabeth adonnée à de vrais plaisirs de bibliophile. Plus d'une de ses matinées est occupée par le rangement de ses livres.

«Ma bibliothèque est presque finie, écrit-elle à Mme de Raigecourt; les tablettes se placent; tu n'imagines pas quel joli effet font les livres[422].»

[422] Cf. Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 133.

La DUCHESSE DE MONTESQUIOU-FEZENSAC, Louise-Joséphine de la Live (1764-1832)[423].

[423] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 185.

CHARLOTTE CORDAY, Marianne-Charlotte de Corday d'Armans ou d'Armont, qui assassina Marat (1768-1793).

Elle était arrière-petite-nièce de Corneille et fut élevée à Caen, à l'abbaye des Dames.

«Ses vrais amis étaient ses livres, écrit d'elle Michelet[424]. La philosophie du siècle envahissait les couvents. Lectures fortuites et peu choisies. Raynal pêle-mêle avec Rousseau. «Sa tête, dit un journaliste, était une furie de lectures de toutes sortes.»

[424] _Histoire de la Révolution française_, livre XII, chap. IV, t. VII, p. 321 et suiv. (Paris, Marpon et Flammarion, 1879).

En quittant le domicile de sa tante, à Caen, pour se rendre à Paris et y exécuter son sinistre dessein, «elle distribua ses livres, sauf un volume de Plutarque, qu'elle emporta avec elle», ajoute Michelet, et, la veille du 13 juillet, où elle assassina Marat, «elle passa le jour à lire tranquillement les _Vies_ de Plutarque, la bible des forts».

On a trouvé un volume ayant appartenu à Charlotte Corday: _Typus mundi..._, dont le feuillet de garde porte son nom: C. CORDAY DARMONT[425].

[425] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 462.

MADAME ROYALE, Marie-Thérèse-Charlotte de France, dite Madame Royale, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, mariée en 1799 à son cousin le duc d'Angoulême (1778-1851).

Elle est mise aussi au rang des bibliophiles par Quentin-Bauchart[426].

[426] Cf. _ouvrage cité_, t. II, p. 459.

Dans ses _Mémoires d'outre-tombe_, particulièrement dans le tome VI, pages 139 et suivantes (édition Edmond Biré), Chateaubriand donne d'abondants et curieux détails sur la duchesse d'Angoulême.

Mme SWETCHINE, née Anne-Sophie Soymonoff (1782-1857). «C'était une grande liseuse, et qui (chose rare chez son sexe) savait lire, ne perdant rien de ses lectures, crayonnant, écrivant à la marge du livre, prenant des notes, copiant des extraits, rédigeant des résumés, tenant des journaux intimes, se formant des recueils de renseignements et d'arguments», dit le critique Jules Levallois[427].

[427] _La Piété au dix-neuvième siècle_, p. 21 (Paris, Michel Lévy, 1864). On possède trente-cinq de ces cahiers d'extraits de lectures, nous apprend Sainte-Beuve qui a consacré à Mme Swetchine deux importants articles (_Nouveaux Lundis_, t. I, p. 209-254).

M. de Falloux a raconté la vie et publié la correspondance et diverses œuvres de Mme Swetchine, qui, de son vivant, a joui d'une grande réputation dans le monde religieux: il a même été question de la canoniser. Elle poussait la piété jusqu'au plus singulier mysticisme, à l'hallucination ou à l'enfantillage, et nombre d'anecdotes ont couru à ce sujet. Elle obligea un jour son mari, de vingt-cinq ans plus âgé qu'elle, à se priver d'une montre à laquelle il tenait beaucoup: «Il faut vous mortifier!» lui déclara-t-elle. Une mouche tombait-elle dans sa baignoire, elle la retirait de l'eau, la mettait au soleil, lui faisait reprendre vie: «N'est-ce pas une petite créature du bon Dieu?[428]»

[428] Cf. Jules LEVALLOIS, _ouvrage cité_, p. 31-32;--et SAINTE-BEUVE, _ouvrage cité_, t. I, p. 254.

MARIE-AMÉLIE DE BOURBON, femme de Louis-Philippe Ier, roi des Français (1782-1866), est aussi classée au nombre des bibliophiles[429].

[429] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 100.

De même, HORTENSE DE BEAUHARNAIS, mariée, en 1802, à Louis Bonaparte, roi de Hollande (1783-1837)[430].

[430] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 123.

Mme DE TRACY, Sarah ou Sara Newton (1789-1850), femme en premières noces du colonel puis général Le Tort, et en secondes noces du marquis Alexandre-César-Victor-Charles Destutt de Tracy, qui fut ministre de la marine en 1848-1849 et protesta contre le coup d'État de Napoléon