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M. de Cléran se levait à cinq heures du matin ; il travaillait ses dossiers, donnait ses consultations. À onze heures, il déjeunait. Il partait à midi pour le Palais, rentrait à six heures, dînait, se remettait au travail.

Àminuit, il faisait ses prières et se couchait.

Sa femme l’occupait une demi-heure par jour, pour régler ses dépenses et lui faire quelque exhortation pieuse.

Madeleine aurait vécu seule, sans la présence d’une vieille fille, sa tante, qui l’avait mariée, par religion, toute jeune, aimante et pleine de vie, à ce personnage hargneux, qui ne vivait qu’en Dieu, méprisant et maudissant tous les charmes, toutes les joies et toutes les voluptés de la terre.

La vieille fille n’était point blâmable ; elle avait cru faire son devoir, au point de vue du ciel, en confiant sa nièce à un serviteur dévoué de l’Église.

Depuis longtemps elle ne connaissait d’autre bonheur que celui que donnent aux femmes, privées des joies naturelles de l’amour et de la maternité, les pratiques religieuses dont la poésie ardente et passionnée console et remplit le cœur.

Naïvement, elle s’imagina que Madeleine était la plus heureuse des créatures de Dieu, puisque son mari s’agenouillait près d’elle, communiait près d’elle, comme les époux mystiques de la vie des saints, et que le ciel l’avait préservée d’une union avec un de ces libres penseurs, de ces athées qui sont l’éternelle affliction de l’Église et du cœur sacré de Jésus.

Aussi, débarrassée de sa responsabilité matérielle et morale vis-à-vis de sa nièce, la vieille et pieuse personne se plongea jusqu’au cou, avec frénésie, avec délices, dans les pratiques les plus exagérées de la passion religieuse. Elle ne priait pas seulement, elle agissait. Et sa fortune qui coulait peu à peu dans les mains des fondateurs d’œuvres pieuses, témoignait sensiblement de sa ferveur et de son détachement des biens de ce monde.

Madeleine trouvait cependant une distraction à partager les saintes occupations de sa tante. Elle oubliait parfois les ardeurs maladives de ces rêves de maternité, en confectionnant les layettes des enfants pauvres, en courant les réunions de charité, en distribuant les médailles, chapelets, images et autres bimbeloteries pieuses dans les asiles et les ouvroirs, en travaillant à la chape en drap d’or de M. le curé, ou à la nappe en dentelles de l’autel consacré aux Enfants de Marie.

Il lui prenait aussi des extases d’amour divin, des accès d’hystérie religieuse. Elle arrivait à se pâmer dans ses contemplations mystiques. Puis, brusquement, une révolte la prenait, les frissons de sa chair la rejetaient dans le monde vivant avec une intensité de désirs, de besoins qui amenait une crise nerveuse horrible. Elle criait, l’écume aux lèvres, et se roulait à terre. On la relevait brisée. Ses yeux se creusaient.

Elle ne mangeait plus. Les médecins soignaient ses nerfs ; son mari faisait dire des messes, et Jules Lenormand la consolait. Maintenant, elle s’était fait une habitude de se plaindre à lui. Il lui aurait manqué si elle ne l’avait pas vu ; elle était devenue familière sans y songer. Elle ne l’aimait point ; du reste, il n’était jamais question de cela entre eux ; mais un vague instinct la rapprochait de lui sans effroi.

Peut-être son désir de maternité s’élargissait, et devenait aussi un besoin de femme et d’épouse. Chacune de ses crises hystériques augmentait en elle cet affolement des sens, d’autant plus dangereux qu’elle n’y voyait qu’un seul remède : l’enfant.

Jules Lenormand l’entretenait dans cette pensée. Il aidait à son exaltation. Quand son cerveau fut suffisamment détraqué et sa volonté affaiblie, il lui proposa de tenter une démarche dans des conditions qu’il n’eût point osé lui dire plus tôt.

Un jour, il lui conta à l’oreille le cas de la présidente du tribunal de X…, qui venait de mettre au monde un fils après vingt ans de stérilité.

Elle le regarda ardemment. Il reprit, très grave :

— Elle est allée à Lourdes.

— Moi aussi, répondit Madeleine, et cependant…

Jules Lenormand remuait la tête. Il prit un ton confidentiel :

— Vous me connaissez ? Je ne suis pas, malheureusement, de ces chrétiens convaincus qui s’imaginent que le ciel bouleverse pour eux toutes les lois naturelles. Non, je crois à l’aide de Dieu, voilà tout. Lorsque vous êtes allée à Lourdes, vous veniez de vous marier ; vous n’éprouviez point les ardeurs de désir qui vous martyrisent aujourd’hui. Avez-vous prié seulement ? Oh ! permettez-moi d’en douter. Si… ascète que soit de Cléran, il n’a pu échapper aux premières fièvres de la lune de miel, et votre pèlerinage s’est passé en promenades amoureuses, buvant à la source afin de tremper vos lèvres dans le même verre, et priant la madone en vous serrant la main. Ce ne sont pas là les conditions indispensables pour attirer ce coup de foudre de la Providence que l’on qualifie du nom de miracle.

» Il faut s’absorber dans la pensée de son vœu, préparer son être à tous les tressaillements féconds de la passion religieuse, affaiblir ses sens par le jeûne, les veilles, la solitude, l’extase ; dans cet état alors, s’aller prosterner au pied des autels miraculeux, tout vibrant de foi, et attendre que la main de Dieu, se posant sur vous, achève l’œuvre de transformation, de guérison que vous avez vous-même préparée.

» Remarquez bien que les miracles ne tombent jamais que sur les sujets prédisposés à subir les influences magnétiques. Cela ne veut pas dire que quelque chose soit impossible à Dieu, mais que sa divinité même l’oblige à n’accomplir aucun acte qui soit absolument en dehors des lois naturelles. Si l’Église daignait accepter cette définition scientifique du miracle, la religion serait sauvée.

— Et moi ? murmura Madeleine.

— Et vous, prononça solennellement Jules Lenormand, et vous, j’en ai la conviction profonde, vous seriez mère, Madeleine, si vous le vouliez.

— Oh ! si j’osais l’espérer !…

— Voulez-vous vous abandonner à ma direction toute fraternelle ? reprit l’avocat de sa voix émue et tremblotante des jours de plaidoirie sentimentale. Voulez-vous me croire ? Voulez-vous me laisser vous conduire dans cette dernière et suprême tentative ?… Nous prierons ensemble, au pied de la grotte sacrée…

— Ensemble ? s’écria Madeleine.

Il parut surpris.

— Sans doute. Pouvez-vous partir seule dans l’état où vous êtes, d’abord ? N’avez-vous pas besoin de moi pour vous délivrer des soucis du voyage, afin que rien ne trouble votre recueillement ? Et qui veillerait sur vous avec plus de sollicitude si quelque crise terrible, quoique salutaire, vous surprenait pendant vos pieux exercices ?

Elle dit doucement :

— Mon mari.

— Lui ? Essayez de l’emmener. Il refusera. Sa piété même s’offense de votre manque de résignation. Il ne vous laissera partir que sur l’ordonnance du docteur qui vous enverra dans les Pyrénées. Il faudra même lui cacher que je vous accompagne, cela nous brouillerait.

— Mais ma tante ?… dit encore Madeleine.

Cette proposition de l’avocat la troublait et l’inquiétait, bien que les termes dans lesquels elle était faite ne lui permissent pas de s’en formaliser.

— Ah bien, dit-il en riant, si vous parvenez à arracher mademoiselle de Livry à ses œuvres, à ses crèches, et aux messes matinales de M. l’abbé Lamazou, vous aurez fait là, et à vous toute seule, un joli miracle. N’y comptez pas. Je ne vous comprends pas, d’ailleurs. Que signifie l’inquiétude que vous manifestez ? Me jugez-vous indigne de vous servir de guide ? Est-ce que mon honorabilité ?…

— Oh ! mon ami !…

— Alors, expliquez-moi…

Elle baissa les yeux.

— C’est le monde, dit-elle.

— Bah ! avec des précautions. Pensez-vous que je tienne à faire suspecter votre conduite et la mienne ? Si je m’y expose, néanmoins, c’est par pitié, par tendresse respectueuse pour vous. N’aurez-vous pas le même courage en songeant au bonheur que Dieu nous réserve, peut-être ?

Ce n’était pas le courage qui manquait à Madeleine ; mais ce voyage mystérieux, en compagnie de l’avocat, inquiétait sa conscience et éveillait en elle comme l’appréhension d’une faute.

En même temps, un désir plus vif la fouettait : quelque chose l’entraînait à s’abandonner aux surprises de cette aventure. Elle ressentait des frissons de peur qui lui semblaient délicieux, parce qu’elle était convaincue que son honneur ne courait aucun risque : elle n’aimait point Jules Lenormand, et celui-ci ne lui avait jamais témoigné qu’un attachement respectueux.

Le mois d’octobre commençait ; encore quelques semaines et ce voyage à Lourdes devenait impossible : la saison aux Pyrénées était finie. Jules Lenormand feignait une grande pitié pour cacher sa violente déception. Il parlait à Madeleine comme à une enfant malade et condamnée, la voix étouffée, et détournant les yeux.

Un jour qu’ils étaient seuls au salon, l’avocat plus triste que jamais, Madeleine plus pâle au sortir d’une nouvelle crise, on vint lui dire qu’Évah demandait à lui parler, mais en particulier. Elle courut et trouva la jeune femme qui l’attendait dans sa chambre, accoudée sur la cheminée, le front dans ses mains, tout en larmes.

Elle semblait vêtue de deuil tant sa mise était sombre et simple ; un voile épais cachait ses beaux traits fiers qui la faisait paraître comme déguisée sous ce costume humble.

— Qu’as-tu ? s’écria Madeleine.

— J’ai… la misère, répondit Évah lui laissant voir ses joues pâles, ses yeux agrandis et remplis d’effroi. Tu ne sais pas ce que c’est, toi. C’est horrible ! Hector n’arrive à rien. Nous avons tout vendu et tout est parti. Il n’y a plus un sou à la maison ni un bijou à vendre. Tiens, vois, je n’ai plus mon anneau de mariage.

» Hector est convaincu qu’il finira par trouver à exploiter quelqu’une de ses inventions et il ne veut pas entendre parler de prendre un emploi quelconque. Il s’acharne à son œuvre avec l’entêtement du génie, mais, hélas ! aussi avec un égoïsme qui l’empêche de voir que nous sommes sans pain.

» Ce n’est pas l’avenir qui m’effraye ; j’ai confiance en mon mari, je crois en lui ; mais c’est le présent : c’est aujourd’hui qu’il faut sauver. Sais-tu pourquoi je suis venue ?

— Oh ! dis vite, tu me brises le cœur, je n’en puis plus… Ma belle et chère Évah, souffrir de misère, toi, toi… C’est bien la peine d’être faite comme une déesse, d’être noble et fière comme une reine pour que la Providence te laisse promener ces trésors de par le monde sous un manteau troué. Non, vois-tu, je blasphémerais. Mais à quoi Dieu pense-t-il donc ?

— Chut ! Je suis venue te dire que mon père, mon pauvre infirme qui ne mange pas et qu’on fait vivre avec quelques cuillerées de vin et de bouillon… eh bien, il n’a pas fait son repas aujourd’hui : il n’y en avait plus…

Madeleine éclata en sanglots. Elle criait :

— Tu ne pouvais pas m’appeler plus tôt… C’est horrible !

— Pourquoi ? pour te faire souffrir aussi ? ce n’était pas la peine. J’ai attendu. Aujourd’hui, je viens te demander si tu peux nous prêter une somme d’argent assez ronde qui nous permette de patienter et que nous te rendrons.

— Combien ? interrogea Madeleine devenue anxieuse.

— Mille francs.

— Hélas ! C’est mon mari qui règle toutes les dépenses ; je n’ai pas cent francs à moi !

Évah avait fait un mouvement d’inexprimable désespoir ; malgré ses efforts, elle devint tremblante et s’adossa à sa chaise comme si elle défaillait.

— Attends ! s’écria Madeleine. Je pense que ma tante a de l’argent ; si elle voulait !…

Elle courut à l’appartement de mademoiselle de Livry et, sans frapper, se jeta comme une folle à travers la chambre.

— Ma tante, ma tante !…

La vieille fille lui tournait le dos, penchée sur une table, sa plume dans les doigts ; elle mettait son paraphe au bas d’une lettre où l’on ne voyait que trois lignes, écrites respectueusement au milieu d’une feuille armoriée.

« Monsieur le curé, j’ai bien l’honneur de vous prier de recevoir ci-incluse une somme de trois mille francs, destinée à votre œuvre si intéressante de l’orphelinat d’Auteuil. Recevez, monsieur le curé…

» marie-antoinette de livry. »

Elle se retourna en tressautant :

— Bon Dieu ! qu’arrive-t-il ?

— Oh ma tante, si vous saviez !…

Madeleine était haletante, elle dit :

— Prêtez-moi mille francs.

— Pourquoi faire ?

— Pour une amie, pour une famille qui est dans une détresse affreuse…

— Que cette famille s’adresse au curé de sa paroisse, au bureau de charité…

— Mais vous ne me comprenez pas. C’est une amie ; ce ne sont pas des mendiants.

» D’ailleurs, c’est un prêt que je vous demande. Je vous le rendrai, ma tante, moi-même, peu à peu. Donnez vite, oh ! vite… elle attend…

— Je n’ai pas d’argent à prêter. Je ne prête jamais. Je donne quand je puis. Je ne le puis pas aujourd’hui.

— Ma tante, il y a un infirme qui manque de tout, quatre personnes sans ressource aucune, des gens de notre monde, ma tante…

Tout à coup la jeune femme aperçut la lettre ouverte, se pencha, lut, et fit un cri de colère.

— Vous ne pouvez pas ! vous ne pouvez pas, et vous envoyez encore trois mille francs à M. Lamazou ! Mais c’est horrible, cela ! Ce n’est pas de la charité, puisque vous refusez de venir en aide à ceux qui souffrent. Mais la comtesse de Bréhant a donné hier deux mille francs devant vous, et vous en envoyez trois mille aujourd’hui. C’est de l’orgueil cela, ou pis encore…

— Madeleine !

— Oui ! s’écria la jeune femme exaspérée, vous vous disputez l’amitié de ce prêtre à coups de générosité. Ses bonnes œuvres en profitent, c’est vrai ; mais il ne vous reste que de l’indifférence et de la cruauté pour toutes les infortunes qui ne sont pas secourues par lui.

» Encore une fois, voulez-vous me prêter à moi, tout de suite, ces mille francs dont j’ai besoin ? À moi, entendez-vous ? Mon mari vous les rendra quand je devrais me traîner à ses genoux.

— Non, non, répéta furieusement la vieille fille vexée et rouge d’une intime confusion.

— Oh ! vous n’avez pas de cœur, exclama avec indignation Madeleine.

Et elle quitta la chambre.

Puis elle s’arrêta, n’osant retourner près d’Évah les mains vides. Tout à coup elle pensa à Jules Lenormand, et elle eut une secousse de joie : certainement il ne le refuserait pas, lui !

Elle revint au salon et trouva l’avocat debout prêt à partir et froissé d’avoir été laissé seul si longtemps. Elle balbutia une excuse, puis tout brusquement, avec son émotion qui la rendait haletante, elle supplia Jules Lenormand de venir en aide à sa malheureuse Évah.

Il la regardait sans répondre, le sourcil froncé.

Alors Madeleine raconta avec une vivacité désespérée que sa tante avait eu la dureté de l’éconduire et elle s’emporta contre les dévots égoïstes, maudissant sa situation, qui la faisait dépendre de deux êtres sans cœur et n’ayant rien à sa disposition pour faire la charité en dehors des quêtes et des souscriptions religieuses.

Le visage de l’avocat s’éclairait en l’écoutant. Il prit un air attendri, ses paupières feignaient de battre sur des larmes près de jaillir. À ces témoignages de sensibilité, Madeleine eut un élan de franche sympathie ; elle tendit les mains à l’avocat en s’écriant :

— Ah ! vous êtes bon, vous ! merci : vous m’aiderez à sauver mon Évah.

Il lui serra les mains paternellement ; puis, sans rien dire, il tira son portefeuille, compta des billets de banque et fit le geste de les remettre à Madeleine. Tout à coup il se ravisa.

— Eh bien, non, dit-il, je ne lutterai pas contre la pensée qui me vient ; car c’est Dieu qui me l’envoie.

Elle le regarda avec angoisse ; maintenant les billets roulés disparaissaient dans sa large main fermée. Il reprit :

— Pourquoi faites-vous la charité aux autres et vous la refusez-vous à vous-même ?

Elle ne comprenait pas, ses yeux agrandis l’interrogeaient.

— Mais je vous sauverai, malgré vous, dit-il en baissant la voix. Oui, ces mille francs-là, je ne vous les donnerai pour votre amie que si vous consentez enfin à faire ce voyage…

Elle devint très rouge et comme honteuse de cette condition qu’il lui faisait. Puis le cœur lui battit plus vite. Elle se sentait poussée maintenant vers cette épreuve mystérieuse comme par une fatalité.

Lui la regardait ardemment, mais les traits rigides : il se contenait. Elle murmura :

— Donnez vite, nous reparlerons du reste ; et, peut-être…

— Non, dit-il, je veux votre parole, votre promesse. Si vous ne partez pas tout de suite, votre guérison sera retardée d’un an, et qui sait si elle deviendra possible alors ! Mais je vous sauverai. Si ce n’est pour vous, ni par respect pour mon amitié dévouée, ce sera pour Évah que vous accepterez, je le sens : c’est pour cela que j’insiste… Allons, un mot et vous allez courir sécher les pleurs de votre amie.

Elle balbutia, malgré elle :

— J’ai peur.

Il feignit de ne pas comprendre et répondit naïvement :

— Puisque je serai là. Avez-vous donc renoncé à vos doux rêves ? Le sacrifice est-il fait dans votre cœur ? Quoi ! plus de bébé blanc et rose, couché sur vos bras ? Bercerez-vous éternellement vos genoux vides dans les crises de folie nerveuse qui vous tuent ?… Madeleine, mon amie, mon enfant, confiez-vous à moi, partons…

— Eh bien, soit, dit-elle toute frissonnante, nous partirons. Donnez.

Elle tendait la main.

La voix de l’avocat, troublée par une émotion violente, reprit encore :

— Nous partirons… bientôt ?

— Bientôt.

— Cette semaine ?

— Oui.

— Je puis tout préparer, vous tiendrez votre promesse ?

— Oui.

— Tenez, Madeleine, faites la charité, Dieu vous le rendra.

Il lui jeta dans les mains les billets qui tremblaient dans ses doigts et il partit affectant un pas grave ; mais il vacillait.

Madeleine courut près d’Évah, l’embrassa d’une étreinte passionnée et ne lui dit rien de l’étrange pèlerinage qu’elle allait faire que ces mots tout bas :

— Tu prieras pour moi.

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