‹ Les Geôles de dentellesChapitre 3 sur 6 · 03

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Il m’arriva, pour rendre encore plus infamant le supplice du fouet à certains de mes amants, de faire appel à des mains de personnes beaucoup plus serviles que Marceline. Ce fut vous qui en fîtes le premier l’expérience, Rodrigue, qu’une discrétion me livra pour une semaine… semaine qui eut des répétitions comme les grandes passions ont des reprises.

Il avait été décidé, à la redoute masquée de Mme de Klug que quiconque percerait l’incognito d’un masque serait en droit d’exiger de lui… ce que bon lui semblerait. Votre travesti de femme grecque vous donnait trop d’assurance, mon pauvre Rodrigue, vous avez perdu avec moi ; perdu huit jours de votre liberté !

J’étais si certaine de ramener une proie de cette redoute, que Marceline, partageant ma confiance, avait préféré ne pas se coucher. Votre croupe qu’elle fessa fut le dédommagement de sa nuit blanche. Cette espérance que j’aurais recours à sa main châtieuse avait été d’un gros appoint pour l’empêcher de succomber au sommeil. Aussi son sourire fût-il rose lorsque, en entrant, et vous désignant à elle, enveloppé de vos tuniques, je lui dis :

— Je t’amène une petite amie, Marceline.

Elle comprit à ces mots immédiatement ce qu’elle avait à faire. Comme une vierge antique, mon cher, vous fûtes troussé ; une à une vos tuniques (vous en aviez trois superposées), furent levées sur vos reins, et si le cache-sexe que ma domestique, de main hardie, rabattit sur vos cuisses n’avait rien d’époque, par contre la poignée de verges dont elle se servit nous restitua un peu de la couleur ancienne.

N’est-ce pas, Rodrigue, que ce fut un stimulant excellent pour un retour de bal ? Maniée, et combien intelligemment, par Marceline, la verge de bouleau vous redonna des forces nouvelles, en vous fournissant un avant-goût de ce que vous alliez subir chez moi.

Je sais bien qu’après quelques heures de sommeil réparateur vous voulûtes d’abord me quitter sur-le-champ en apprenant que « tout cela » continuerait pendant la semaine qui faisait de moi votre maîtresse ; mais comment repartir, en plein jour, en tunique grecque ? Vous n’y gagnâtes qu’une bonne flagellation à la corde, de ma main, moi dans vos tuniques que je trouvai, ma foi, fort seyantes, et vous, dame ! dans la tenue d’un esclave que l’on fouette.

Huit jours, Rodrigue, vous fûtes « ma » petite esclave grecque. Puis la liberté vous fut rendue. Mais ce que vous aviez voluptueusement souffert vous empêchait d’oublier… Et je vous revis en habit. Oui, vous revîntes me voir. Je chargeai Marceline de vous recevoir. Elle vous reçut assez hautainement, et (bien qu’elle eût assisté à tout) comme étrangère à tout ce qui s’était passé : « Madame n’est pas là ! » Je jouissais de votre peine d’être éconduit comme un inconnu. Je suivais votre silhouette dans la rue, avec cette pensée : il est inutile de le faire rappeler : il reviendra, il reviendra !

Et le lendemain, en effet, vous revîntes.

J’allai jusqu’au bout de votre endurance. Un jour, ma domestique vous fit entrer dans le salon mauve :

— Madame a dit que vous remettiez vos tuniques.

Vous le fîtes, montrant une joie suprême en les voyant sur un fauteuil. Puis Marceline, qui vous avait laissé vous transformer, revint et vous attacha, étendu sur un divan. Vous m’espériez en fermant les yeux… mais ce fut la domestique qui vous fouetta avec un martinet, le sien, celui au manche rouge et qui vous détacha ensuite en se moquant :

— Madame n’était pas là, mais j’ai voulu m’amuser un peu !

J’étais là. Vite chapeautée et couverte d’un manteau, je m’arrangeai pour vous croiser dans l’escalier, faisant semblant de monter chez moi comme vous en sortiez.

— Oh ! quelle heureuse surprise ! Vous veniez de chez moi, je suis sûre ?

Et nous remontâmes ensemble.

Peu de temps après cette scène domestique, la générale d’une revue à grand spectacle nous réunit. Votre insistance à regarder les artistes assez dévêtues — nous étions si près qu’il n’était point besoin de lorgnettes — ne me rendit point jalouse. On n’est pas jalouse d’un homme que l’on fouette ! Cependant je vous en fis la remarque :

— Vous aimez à ce point les femmes maquillées ?

— Pourquoi ? m’interrogeâtes-vous, surpris.

— Parce que nous pourrions en inviter une.

— Pour quoi faire ?

— Pour m’amuser, vous dis-je.

Et rêveusement :

— Oui, cela m’amuserait étrangement que nous ramenions une femme très maquillée avec nous ce soir.

Nous soupâmes à Montmartre. Je n’avais pas à insister : j’avais décidé que ce serait dans une brasserie modeste, où tout de suite mes yeux découvrirent ce qu’ils cherchaient. Une fille nostalgique derrière un demi à moitié vide. Des perles fausses, une robe voyante et laissant voir surtout, sous la table, des jambes fortes et sur le marbre du guéridon des bras bien en chair. Un visage sans beauté et que le fard seul sauvait de l’insignifiance.

Je la désignai à Rodrigue :

— Nous allons lui dire de rentrer avec nous.

Il répéta encore :

— Pourquoi faire ?

Je le renseignai d’un coup :

— Pour vous fouetter.

Il eut un haut-le-corps :

— C’est ridicule !

— Rien de ce que je fais n’est ridicule. Je veux vous faire fouetter par cette fille. Faites-lui dire par le garçon que je veux lui parler.

La fille, voyant qu’elle était le sujet de notre discussion, se faisait un raccord.

— Elle est splendide de force, dis-je, vous n’allez pas peser lourd dans ses bras, une magnifique fin de soirée, mon cher.

— C’est absurde…

La fille déjà entrait dans le jeu. Se levant pour un simulacre de sortie, elle me lança un coup d’œil qui demandait une même réponse muette. Mes yeux s’abaissèrent et se relevèrent.

Dans la rue, elle nous attendait.

— Veux-tu venir avec nous ?

— Avec vous deux ?

— Bien entendu.

— Oui. Mais…

Je lui glissai le prix à l’oreille. Ses cils frémirent. Dans le taxi que je hélai, elle hasarda seulement un timide :

— Pas de blague, hein ? Ce n’est pas dangereux ?

Je ris :

— Aucun danger !

— Dans ces conditions…

Et elle commença à agacer Rodrigue.

C’était son adresse que j’avais donnée au chauffeur. Il régla la course. Lui marchant en tête, la fille entre nous deux, nous gagnâmes son appartement.

Il ne donna qu’un éclairage tamisé dans la pièce qui était son studio. La fille déjà avait quitté son manteau et son chapeau, attendant avec une déconcertante passivité ce que l’on allait exiger d’elle.

Rodrigue me regarda encore, mais d’un regard moins apeuré :

— Je pense que vous n’allez pas donner suite à cette idée stupide ?

Je m’installai, en me débarrassant à mon tour de mes fourrures et de mon chapeau. Mes bras nus mirent l’éclair de leur blancheur dans la pièce. Rodrigue, bien que chez lui, perdait contenance. D’un revers de main, je lui fis tomber la cigarette qu’il tentait d’allumer :

— Préparez-vous plutôt.

— Et si je refuse ?

Je le toisai.

— Si vous refusez ? Vous n’avez pas cette intention ; mais si vous l’aviez, je téléphonerais à Marceline de venir nous joindre. Elle a un martinet à manche rouge qui cingle bien : et je lui dirais d’en apporter trois pareils.

— Laissez-moi au moins… un instant.

— Pour aller dans votre chambre ?

— Pour aller dans ma chambre.

Je regardai l’heure au bracelet-montre de la fille en lui prenant le poignet :

— Vous avez dix minutes. Confectionnez-nous deux cocktails à votre bar pour nous faire prendre patience.

Il agita convulsivement les mélanges alcoolisés.

Dix minutes plus tard, nous étions dans sa chambre.

La lampe de chevet y mettait seule une lueur violette. Rodrigue, agenouillé devant un lit-divan très bas, enfouit encore davantage sa tête dans les coussins à notre venue. Une robe de chambre ponceau tombait sur ses mollets. J’en pris la cordelière pour lui attacher les jarrets au bas du lit-divan. De sa cravate je lui liai les mains sur le dos. Il ne restait plus qu’à armer la fille de quelque chose d’assez violemment fouetteur et non baroquement improvisé.

Mais quoi ?

Que trouver chez lui, et en fouillant où ?

« Aide-moi, voyons ! » allais-je dire à Rodrigue, lorsque la fille alla à son sac à main et en sortit un fouet de quatre fortes lanières de cuir clouées au bout d’un court manche de bois :

— Cela ne pourrait-il pas servir ?

— À merveille ! lui dis-je, sans chercher encore à comprendre pourquoi elle avait l’air si heureuse de l’extirper.

— Est-ce qu’il faut que je me déshabille ?

— Oui, si vos mouvement peuvent en être plus libres.

En un tournemain elle eut fait tomber sa robe et se trouva en chemise-culotte, les cuisses pour ainsi dire nues, la croupe bridée dans tout juste ce qu’il fallait de tissu, la poitrine bondissante, libre, au-dessus d’une dentelle crème. Autour du bracelet élastique des jarretières, elle roula ses bas jusqu’au-dessous de ses genoux, et brandit le fouet singulier, tout à coup vulgaire :

— Alors c’était pour une petite danse, la partie ? Ça me va !

Mêlant ses coups d’observations triviales, elle fouetta Rodrigue avec tant de cœur que l’on eût dit qu’elle assouvissait une vengeance, qu’elle faisait payer à cette chair d’homme des rancœurs trop longtemps contenues. Les quatre lanières frappaient avec un bruit sec, rougissant la peau, abattues sans répit par une sorte de démon de formes potelées, au parfum violent, et qui, vraiment, ne volait pas son cachet de fouetteuse.

— Vous êtes contente ? me dit sarcastiquement Rodrigue, lorsque la fille fut renvoyée.

— Plus que vous ne le pensez, mon cher.

Je connaissais le pourquoi du fouet dans le sac à main et j’étais « contente » qu’il ait servi à ce qu’il avait servi : fouetter un homme, car ce n’était pas à cela qu’il était destiné.

La fille, comme beaucoup de ses semblables, était en puissance de mâle. Pour quelques lignes je vais sans doute emprunter son vocabulaire. La poisse, depuis plusieurs nuits, s’acharnait sur elle. Pour la stimuler, son protecteur lui avait mis dans son sac ce fouet avec lequel il lui faisait de temps à autre de cinglantes observations, quand les finances n’étaient pas en rapport avec ses besoins personnels. L’instrument devait lui faire penser à la réception qu’elle aurait si les clients l’avaient boudée. Aussi, ce fouet, avec quelle joie elle l’avait retourné contre un du sexe de celui qui le maniait d’ordinaire ! Avec Rodrigue, le visage dissimulé par les pans de sa robe de chambre, ce n’était peut-être pas le corps de celui-ci qui, dans l’esprit de la fille, subissait une ardente flagellation. Sa fureur était semblable à une fureur populaire à qui il faut une victime expiatoire et qui, lorsqu’elle l’a trouvée, s’acharne sur elle avec la plus intense des satisfactions.

Parmi ces victimes masculines, une récente révolution nous permet de rapporter la mésaventure d’un haut fonctionnaire dans une des colonies de son pays. En disgrâce à la suite de la révolution, il eut la mauvaise idée de faire une promenade solitaire. Je copie à peu près l’information des journaux de l’époque : reconnu par des passants, il fut en un tournemain attrapé, terrassé, déshabillé et fessé de la plus magistrale façon. Femmes et hommes, poursuit le reporter, s’en donnaient tellement à cœur-joie que le pauvre fessé en serait mort si quelques fouetteurs plus sensibles ne se fussent aperçus qu’il était évanoui.

En faisant fesser Rodrigue par une main mercenaire, j’avais sauvé du fouet la croupe d’une femme.

La fille nous reconnut un autre soir et nous fit son plus commercial sourire en même temps que ses plus engageantes propositions :

— Vous ne voulez pas m’emmener ce soir, avec mon amie ? Elle a une bonne poigne aussi, vous savez. Et puis l’habitude.

Je regardai l’amie : une femme longue et nerveuse aux yeux pers, qui me serra virilement le poignet pour me montrer sa force.

— Tu as ton fouet dans ton sac ? demandai-je à la première.

— Je crois bien ! il m’a assez porté bonheur l’autre nuit : maintenant, c’est mon fétiche.

— Et ta camarade brune ?

— Elle en a un aussi. Mais elle, ce n’est pas la même chose, avec son genre, c’est parce qu’elle a des amis qui aiment ça. Alors vous nous emmenez ?

— Je vous emmène.

Mais cette fois ce fut chez moi.

Les filles sortirent les fouets de leur sac. Celui de la grande était un faisceau de six longues lanières de cuir pliées en deux qu’une septième, roulée, réunissait en formant poignée ; l’ensemble avait ainsi une grande souplesse et pouvait être mis dans n’importe quel sac. Un vrai fouet de voyage en quelque sorte, par la facilité de son transport.

— Eh bien, Rodrigue ? préparez-vous, mon cher.

Plus rapide que lui, les deux filles s’étaient déjà dévêtues. Leur métier les obligeait à des dessous peu compliqués mais coquets, la chemise-culotte très fine et composée davantage encore de dentelle transparente que de tissu, réalisait cela à merveille. Elles roulèrent leurs bas de soie au-dessous des genoux pour n’en point faire partir des mailles en leurs mouvements et eurent la même exclamation d’ironie en voyant que sous l’habit masculin, Rodrigue portait des bas aussi. Des longs bas de soie blanche serrés à la cuisse par une jarretière de ruban mauve. Elles arrachèrent la chemise empesée, mais en place de la nudité qu’elles attendaient brutalement à la lumière, sous le linge d’homme, ce fut une légère chemise de femme, diaphane, qu’elles trouvèrent, s’enfermant dans une étroite culotte à broderie et jours échelles.

— Il faut lui mettre une robe que nous trousserons, ça sera plus drôle ! s’écria la grande brune à cette découverte inattendue.

Pour compléter entièrement la transformation de Rodrigue en femme, selon le désir qu’elle en exprimait, je lui donnai un des corsages noirs de Marceline et une de ses jupettes si courtes. Sa transformation terminée, mon amant semblait une grande fillette, si indécemment écourtée que l’idée de la fessée enfantine venait immédiatement vous chatouiller la paume des mains.

— Oh ! vous permettez que je commence, demanda la fille brune, sans d’ailleurs attendre mon consentement, ça me fait trop envie !

Et troussant Rodrigue, baissant la frêle culotte, levant la mince chemise, elle fessa d’une main agile la croupe nerveuse, lui faisant danser la plus trémoussante des biguines en un avivement continuel de teintes chaudes.

— Au mur, maintenant, mademoiselle ! C’est comme ça qu’on nous mettait au piquet, à la petite école de mon pays. Et ne bougez pas jusqu’à ce que je vous administre le martinet, sinon je vous tire les oreilles, comme ça, voyez-vous ? comme ça !

Et, bien que Rodrigue se fût enfantinement agenouillé, et qu’immobile il ne faisait rien pour nous cacher sa croupe, qui n’avait pas été si puérilement fessée, ainsi que l’attestaient les marbrures briques et rouges débordant sur les hanches et les cuisses, sa fouetteuse mercenaire lui frottait, lui pinçait, lui tirait les oreilles dont les lobes devenaient comme des gros rubis.

— À moi maintenant ! dit sa compagne en s’avançant.

Puisqu’on avait parlé de martinet, son fouet de quatre bandes de cuir clouées au bout d’un manche de bois n’en était-il pas un ?

La brune lui tint Rodrigue dans la posture la plus favorable au plein épanouissement des deux globes jumeaux rouges, entre les deux blancheurs de la petite culotte abaissée et de la chemise retournée sur la jupette troussée. La fille aussi montrait sa croupe, demi-voilée de la chemise-culotte mais dont bientôt la bride de l’entre-jambe lâcha, sous la position tendue. Et les deux rondeurs callipyges de celle qui allait fouetter étaient non moins visibles à mes regards, penchée comme elle l’était pour bien atteindre en plein les fesses de Rodrigue, féminisées par leur exhibition au-dessus d’une culotte brodée.

Tout à coup la brune remonta cette culotte à la taille, un bâillement de la lingerie lui avait suggéré ce geste :

— Puisque c’est une culotte ouverte, autant la faire servir à ce qu’elle doit servir.

J’ignore si le but véritable des fentes pratiquées au fond des culottes dites ouvertes fut d’offrir plus de commodité pour la correction des postérieurs de celles qui les portaient… Il est un fait indéniable qu’elles présentent en tout cas les joufflus à fustiger avec des attraits plaisants, gamins et pervers.

Les hanches et les cuisses encadrées de blanc, sa croupe en ronde cible toute sortie comme si elle avait crevé une lingerie trop fragile, Rodrigue goûta les morsures du fouet du souteneur en une humiliante position alliée à l’impertinence d’une retroussage et d’un écartement en grand d’une fente de culotte ouverte d’allure petite fille.

Comme il avait déjà été corrigé une fois avec ce martinet, de quatre bonnes lanières qui claquaient avec un bruit franc sur les chairs, la sensation cuisante ne fut pas nouvelle pour lui.

L’inédit vint avec le fouet de la grande aux yeux pers. Elle lui fit d’abord savourer sa flagellation seule, après qu’elle l’eut attaché debout contre une tenture murale, dont les deux cordelières ne tombaient pas du haut que dans un sentiment de vague décoration, et déculotté comme débarrassé de sa jupette, tout cela descendu sur ses chevilles, tandis que l’autre fille roulait et épinglait la chemise.

Puis les coups du martinet à quatre lanières s’allièrent à ceux des douze courroies de la discipline de cuir qui traçait des zébrures plus fines mais brûlantes comme des coupures.

Rodrigue, dont on n’avait pas entravé les jambes, piétinait sur place, foulant sa culotte blanche et la jupette de Marceline. Sa croupe saillante, puis s’effaçant, mordue par les cinglades arrivant toujours en double, manifestait mobilement sa souffrance.

Je lui fis fouetter les cuisses par la brune seule.

Ensuite sa compagne cingla les mollets. Ses jambes se tordaient l’une sur l’autre.

Enfin j’ordonnai qu’on lui remit la culotte et la jupette, et le détachai moi-même pendant que les filles se rhabillaient.

— Remerciez ces dames, Rodrigue.

Il me regarda, hébété.

— Vous ne m’avez pas compris ? Tenez-le-moi, vous autres !

Àelles deux, elles eurent tôt fait de me l’immobiliser. Je relevai la jupette, j’écartai la fente de la culotte, repoussai un minuscule bout de chemise et répétai en scandant mes paroles de claques sur ses fesses lacérées par les fouets :

— Re-mer-ciez-ces-dames ! Avez-vous-com-pris ?

Il faut croire que la fessée ouvre merveilleusement l’esprit, et c’est pour cela que les pédagogues l’employaient tant jadis, car il s’exécuta immédiatement, leur embrassa la main et sembla encore demander si c’était bien tout ce que je désirais.

Seule Marceline fut déçue que je ne l’eus pas fait descendre de sa chambre pour assister à la scène et se mêler aussi aux actrices. Elle bougonna contre sa jupette fripée, puis se calma, sachant bien qu’elle aurait sa compensation.

J’avais mené une fille chez Rodrigue.

J’avais mené des filles chez moi.

Cinq heures de l’après-midi marquèrent un jour l’entrée de deux femmes élégantes, le visage dissimulé par leurs fourrures, dans une maison… très particulière : je menais mon amant en travesti chez les filles, toujours aux mêmes fins de flagellation : l’immeuble discret était réputé pour cela.

Les dames qui en composaient le personnel ne se présentaient point en intégrale et décevante nudité pour les raffinés, mais au contraire en costume de ville, chacune selon son genre et son goût particuliers. La seule chose qui pour toutes était d’uniforme, était de hautes chaussettes blanches qui leur donnaient un certain piment de grandes fillettes n’ayant pas encore tout adopté du costume de la femme.

Rodrigue installé dans une chambre, il me fut dit par une soubrette qu’une cliente désirait me parler. La chose me surprit fort, car je ne voyais personne, sauf peut-être Lucile, parmi mes relations, qui pouvait fréquenter la maison. Ainsi que je le vis en entrant dans la chambre où était la cliente, ce n’était pas Lucile, mais une jeune personne distinguée aussi inconnue de moi que je l’étais d’elle. Me présentant le dos, dans un coin de la pièce était, en pénitence, une belle et forte paysanne aux mollets dodus, vêtue d’une robe de drap vert à bandes de velours noir ; costume de bonne plus coquet que vraiment couleur locale, d’un tablier blanc et d’une coiffe à ailes rabattues. Une très mince chaînette d’or brillait à son cou.

L’inconnue en me souriant me fit signe de prendre place dans un fauteuil face au sien :

— Que je suis heureuse de votre venue, ma chère amie…

De qui se jouait-elle ? De moi ? Non, de la pseudo paysanne.

— On a un mal inouï à être bien servi… aussi ai-je décidé de faire châtier cette sotte qui ne me donne que du mécontentement. Vraiment votre arrivée tombe on ne peut mieux à propos. Devant vous je vais lui faire cingler les fesses de façon à ce qu’elle s’en souvienne. Vous avez entendu, n’est-ce pas, Mathurine ? (Que ce nom allait donc décidément bien avec le costume.) Alors préparez-vous, ce n’est pas la première fois que ça vous arrive.

Toujours sans me montrer son visage, la paysanne s’agenouilla, ses vêtements levés par devant, sur un gros pouf, troussa, par derrière cette fois, sa robe verte, un jupon court, de lainage, fort rustique, montrant des bas de cotonnade attachés juste au-dessus du genou par une épaisse et voyante jarretière de caoutchouc, des cuisses pleines sur lesquelles tombaient, après une large bande nue, les festons à pois d’un pantalon de tennis rayé rose. De la fente de ce pantalon, un bout de chemise en grossière toile bise passait. Les deux mains de Mathurine, très blanches, tirèrent sur le dos ce pan de chemise en le déployant, ce qui fit s’écarter les deux bords du pantalon, pas suffisamment cependant, car la chemise hautement levée, les deux mains s’employèrent encore à bien ouvrir le pantalon, tirant soigneusement l’étoffe à rayures sur les hanches et sous les fesses.

Ces préparatifs se terminaient lorsqu’une dame de l’établissement entra, une verge toute fraîche à la main. Sans un mot, elle se plaça à côté de Mathurine, maintint l’écartement de la fente du pantalon à l’aide de sa main gauche posée sur les reins par-dessous la chemise, et à cinglées répétées se mit à fustiger le derrière qui se mit, lui, à se trémousser en même temps qu’à rougir.

— Bien, très bien, approuvait la maîtresse, en suivant la correction à travers un face-à-main qui lui donnait grande majesté.

Souplement, la verge fessait la croupe de plus en plus écarlate. Les mains blanches se crispaient sur le bord du pouf. Les deux pieds chaussés de souliers bas à boucle se serraient avec force l’un contre l’autre. Un certain chiffre atteint, l’inconnue qui comptait à voix basse, abaissa son face-à-main :

— Assez ! ces filles de ferme ont l’habitude qu’on leur caresse l’épiderme avec moins de ménagement pour les émouvoir. Si je veux faire pleurer celle-ci, c’est avec une bonne corde rugueuse qu’il me faut la faire corriger.

La dame jeta sa verge sur le tapis et sortit.

Immédiatement une autre dame entra avec une corde pliée en deux.

Elle vérifia le retroussage, attacha les mains aux pieds du pouf, invisibles sous la tapisserie, ligota étroitement les chevilles, tout cela avec d’étroites courroies qu’elle tirait de sous le pouf lui-même, élargit la fente du pantalon dont les bords s’étaient un peu rapprochés et abattit les coups de corde. La victime geignit à partir du sixième, sans troubler la dame qui lui octroya la douzaine et demie.

Je n’ai pas à préciser que, sous des atours de paysanne, c’était son amant que l’inconnue avait fait fustiger et flageller devant moi. Non contente d’employer aussi pour les corrections les mains étrangères elle y ajoutait encore les regards étrangers, chaque fois que cela se pouvait dans l’établissement.

Comme nous ne connaissions aucune dame à demander plus particulièrement, elles vinrent toutes se présenter.

Je forçai Rodrigue à choisir les deux qui allaient avoir le soin de le fouetter sous mes yeux. Sous la robe, je lui avais fait revêtir, par-dessus une très courte chemise de voile, une combinaison-pantalon aux volants moussant autour de ses genoux, infiniment commode par son boutonnage dans le dos permettant d’agrandir la fente au fur et à mesure qu’on voulait l’écarter plus largement. Elles lui servirent d’abord de soubrettes douces et expertes pour lui enlever son chapeau, ses fourrures et son manteau. Puis, sans transition, elles le fessèrent à peau rouge, lui donnèrent de la verge, les mains liées dans le dos aux lacets de son corset, et le cravachèrent pour finir, des mollets aux reins, attaché sur un chevalet, en combinaison-pantalon toujours, mais déboutonnée jusqu’au milieu du dos et ne gênant en rien l’œuvre des cravaches mordantes. La dentelle des volants fut comme hachée par les coups pleuvant sur les cuisses. Quant aux mailles des bas, après la cravachée des mollets, il valait mieux dénombrer celles qui étaient restées plutôt que celles qui étaient parties.

En différentes visites, Rodrigue expérimenta le talent flagellant de toutes les dames, et épuisa la liste des nombreux instruments à leur disposition : fouets, verges, cravaches de toutes sortes, martinets de toutes longueurs comme de toutes formes de lanières : plates, rondes, carrées ; garcette, discipline, baguettes, cordes, ceintures, brosses de crin ou d’acier, tawse…

Pour la tawse surtout on me composa une mise en scène qui m’enchanta positivement. L’établissement avait une sorte de petite scène théâtrale sur laquelle se donnait parfois une présentation originale de ces dames en une courte comédie. On aménagea le minuscule plateau en salle de classe avec pupitres à droite et à gauche, tandis que le centre était, en son fond, réservé à la chaire de l’institutrice… sévère et à lunettes bien entendu. Ces dames, pour la circonstance, avaient troqué leurs hautes chaussettes blanches pour des chaussettes noires plus courtes et endossé le tablier d’écolière à large ceinture de cuir et col blanc rabattu. Je vois encore l’une d’elle venant annoncer comme une commère de revue devant le rideau fermé :

— La tawse au pays écossais.

Et tout aussitôt le rideau s’ouvrit sur la scène encore vide. À droite, à gauche, sur deux files, les élèves entrèrent, tête baissée, silencieuses, mains dans le rang. Poussant devant elle mon Rodrigue en chaussettes et tablier noirs lui aussi, l’institutrice fit la dernière son apparition. Elle monta à sa chaire en ordonnant à mon amant de lui tendre les bras et très solidement elle les lui attacha à son pupitre. Descendant ensuite à lui, elle lui ôta sa ceinture et écarta les deux pans du tablier d’écolier qu’elle fixa au bois de la chaire à l’aide de punaises solidement enfoncées. Sur ce fond noir se découpèrent ainsi nettement les cuisses de Rodrigue nues jusqu’au volant d’un jupon de dentelle très court et blanc. Deux épingles maintinrent sur le dos le jupon lentement troussé. À deux mains, l’institutrice écarta la fente du pantalon de lingerie, repoussa sous le corset qui ne quittait guère mes élus, une frêle chemise bordée d’étroite dentelle, et tapa dans ses mains.

Àce signal, une des dames-élèves se leva, sortit de scène et y revint en portant la tawse avec cérémonie. L’institutrice s’en saisit… et fit se tordre croupe et reins sous une application claquante et ininterrompue de la fameuse bande de cuir à fouetter les écoliers écossais. La pourpre apparaissait sur les fesses par larges plaques. Tout ce que la lingerie écartée exhibait de chair fut cramoisi en un instant. Bientôt les fesses se violacèrent…

— Assez !…, râla Rodrigue.

Une dernière fois la bande de cuir, comme une large main dont l’extrémité coupée simulait les doigts, claqua sur la peau, et…

…Et un écolier, garçonnet par le costume, fut introduit dans la classe. Abandonnant mon amant, la dame-institutrice jeta l’arrivant à genoux sur le sol, le chevaucha, en un tournemain rabattit sur ses mollets une courte culotte de velours qu’il portait pour plus d’adhérence à même la peau, sans caleçon ni chemise, et avec la même force qu’elle avait fouetté le derrière de Rodrigue, mais donnant cette fois les claquades de haut en bas, elle leva et abattit plus de trente fois la tawse sur chacune des joues du postérieur en pomme, qui bleuit sur toutes ses courbes.

Lucile, qui connaissait l’établissement, venait d’y amener un de ses amants-écoliers.

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