‹ Les Geôles de dentellesChapitre 4 sur 6 · 04

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Je n’aurais point cru cela de ce gentil ménage…

Une poupée vaporeuse, espièglement puérile, au visage uniquement tourmenté, lorsqu’il se tourmentait, de moues enfantines. Des mains de petite pensionnaire si fragilement blanches, que rien, non vraiment rien, ne pouvait laisser songer que c’étaient elles qui tenaient la baguette de l’autorité conjugale.

Gentil ménage mondain, très moderne, et pour cela épris de curiosités. Ils m’avaient tous deux invitée pour faire se dérouler sous mes yeux et dans leur home élégant, leur collection de films légers, badins, dont ils étaient friands et fiers, car ils en avaient de rares, aux déshabillés féminins positivement gracieux.

L’appareil de projection branché sur le courant fonctionnait seul, ce qui leur permettait d’être côte à côte. Elle, ne se levait que pour changer les bobines.

Soudain, sur l’écran, une clairière apparaissant, Gérard, le jeune mari, eut un léger tressaillement de protestation :

— Non, non, chérie ! pas celui-ci…

Je le retins sur son fauteuil :

— Et pourquoi donc, pas celui-ci ? J’insiste au contraire pour le voir, puisqu’il vous cause tant d’émoi. Ce doit être une petite merveille… suggestive, et je ne supporterais pas d’en être privée…

Il y eut un léger conciliabule entre les deux époux ; la poupée blonde rit :

— Bah ! tant pis, Gérard… Dans le noir, on ne remarquera pas si vous en rougissez !…

Et la clairière revint sur l’écran.

Une élégante silhouette, qui était celle de ma blonde vaporeuse, entra dans le champ. En toilette printanière, elle fit quelques pas, arrangea ses cheveux au soleil pour faire valoir la grâce de ses bras et l’harmonie de son corps onduleux, puis s’assit sur le rebord du talus. La robe fragile découvrait ses genoux et plus bas, dans une pénombre capiteuse, l’arc dodu des cuisses fragmenté par une fin de bas de soie et l’arrivée d’une jambe de culotte à dentelles. Étendant les bras, à droite, à gauche, souriante, elle cueillait des branchages ; avec soin elle les dépouillait de leurs feuilles, les réunissait en un faisceau dont de temps à autre elle éprouvait la souplesse et aussi la force de cinglage en se fouettant la paume de la main, et quand elle parut satisfaite de la confection de son instrument, de l’index elle fit un signe impérieux : « Venez ! venez ! »

Qui vint ?

L’homme qui protestait contre la projection de ce film privé.

Gérard !

Les films tournés par des particuliers sont encore malheureusement des films muets. La blonde, s’agitant, spécifiait ses exigences. Le jeune homme semblait implorer, mais sa partenaire imposait sa volonté en maniant son faisceau. Jusque-là, c’était charmant, parce qu’on en attendait davantage. L’homme suppliait, gauche, gêné ; la femme s’impatientait : on voyait sa colère grandissante aux mouvements de ses lèvres. Et l’homme pliait. Servilement il avançait vers elle mais sans cesser d’implorer sa clémence.

— Mais c’est très amusant ! dis-je à la jeune mariée. Et très instructif aussi ! ajoutai-je en m’adressant à son époux.

— Je vous prie, encore une fois…, tenta vainement ce dernier…

— Chut ! l’interrompis-je.

Sur l’écran, la femme avait, en même temps qu’arrêté les jérémiades, allongé le suppliant en travers d’elle. Sur le dos elle retournait le veston noir, déboutonnait les pattes des bretelles, les boutons de ceinture et autres, et comme s’il se fut agi exactement d’un tout petit garçon, faisait glisser le pantalon pour l’enlever complètement. Et au fur et à mesure que le pantalon descendait, apparaissaient, non point un caleçon, mais une moulante petite culotte de lingerie, lilialement blanche, des jarretelles sortant des volants de dentelle et amenant sur très peu de cuisse nue des bas de soie d’un tirage impeccable, enfin des souliers à lacets très montants : presque à demi-mollet.

Le pantalon, roulé, fut jeté au loin comme une boule. Et à son tour le veston fut ôté. Dessous Gérard portait un pull-over blanc à grands dessins géométriques tombant juste à la ceinture de la culotte féminine. Sa partenaire en ôta les bretelles qu’avec le veston elle envoya rejoindre le pantalon, supprimant et jetant par conséquent tout ce qu’il pouvait y avoir de masculin dans l’habillement. Gérard eut ainsi l’air d’une grande fillette encore en chaussures à talons plats, couchée en travers des cuisses d’une amie jouant au jeu sévère de la gouvernante rigide.

Et le jeu allait devenir de plus en plus passionnant !

La jeune femme prit entre les jambes de la culotte un petit bout de chemise et le tira en l’élevant sur les reins, lui faisant, dans son ascension, écarter la lingerie, faiblement, c’est tout juste si un double croissant de chair se profila à peine. Seulement, la chemise complètement retirée de la culotte et glissée sous le pull-over, à deux mains elle écarta largement la fente, autant sur une hanche que sur l’autre, dénudant copieusement le séant joufflu en toutes ses belles rondeurs, et sans vain discours appliqua la verge sur les rotondités qui se cabrèrent sous les piquantes caresses sans cesse renouvelées de main preste, et jaillirent bientôt littéralement de la culotte ouverte en grand, comme hors d’une coque. La vision de cette fessée muette était enchanteresse ; et je ne trouvai pas que la mignonne fouetteuse la prolongeait trop. Elle fustigeait divinement. Les jambes mêlant leur jeu à celui du séant, il y avait parfois des dérobades de la chair sous un mollet ganté de noir, puis un allongement si brusque de tout le corps que la lingerie menaçait de ramener l’un contre l’autre les deux bords de la fente. Merveille du domptage, c’étaient alors les mains de Gérard qui se crispaient sur la culotte et la rouvraient en grand. Le méchant qui voulait me priver de ce film ! Non, je ne trouvai pas que la fessée fût trop longue.

Il obtint facilement son pardon d’une fouetteuse riante, qui lui referma la culotte sur des fesses bien rougies et qu’elle tapota encore quelque peu de sa menotte avant le rapprochement définitif des deux bords de la fente et la remise en place de la chemise troussée.

Puis Gérard une fois debout devant elle, elle lui drapa de son écharpe autour des hanches une légère jupe de voile arrivant juste à ses genoux et le prit par la main pour l’emmener en femme après l’avoir fait venir à elle homme. Clac ! La bobine était finie.

— Mais c’est tout bonnement délicieux ! m’écriai-je enthousiasmée, en embrassant la vedette flagellante. Et comment ce film que l’on ne voulait pas me montrer s’appelle-t-il ?

Gérard, la lumière revenue, se tenait coi. Mais mon entrain donnait de la volubilité à la petite épouse :

— Je l’ai intitulé d’après le geste qui a succédé par deux fois au déshabillage de Gérard : L’habit aux orties. Je le pense suffisamment explicite ?

— Suffisamment, chérie. On ne pouvait même mieux trouver. À présent je réclame…

— Un autre film ? Hélas ! c’est le seul. Gérard ignorait qu’une petite caméra dissimulée face à nous dans les arbres tournait mécaniquement notre petit duo…

— D’amour fouetté ! complétai-je. Non, ce n’est pas un second film que je réclame, mais la punition du protagoniste qui voulait me priver de ce régal. Pour avoir tenté de me léser de cette façon, il faut un châtiment…

J’appuyai sur le mot : « Exemplaire. »

— Ah, bien sûr, acquiesça avec empressement la petite épouse ; et devant toi, ça sera vraiment un châtiment exemplaire. Vous avez entendu, Gérard ? préparez-vous.

— Je vous en prie… Ce ne sont pas…

La jeune femme tapa du pied :

— J’exige, n’est-ce pas ? Vous aurez la cravache, et ça sera mon amie qui vous tiendra pour le supplément de votre peine.

— Et de mains qui serreront aussi fort que des chaînes, précisai-je.

Subjugué, tandis que la vaporeuse blonde tirait une mince et courte cravache d’un tiroir, en un tournemain il fut tel qu’en un instant il l’avait été sur l’écran d’appartement, en veston noir, en bas de soie… et en culotte de lingerie blanche. S’agenouillant à mes pieds, il m’entoura la taille de ses bras, je relevai son veston, et la cravache de sa jeune femme lui fouailla la croupe de coupantes cinglées. La culotte féminine n’avait été ni ouverte ni abaissée ; mais elle était d’une batiste si frêle qu’il ne fallait point lui supposer le moindre effet protecteur. La croupe bien tendue la gonflait toute sans un pli, les volants balayant les cuisses frémissantes à tel point qu’elles faisaient s’agiter les dentelles. Imperceptiblement, tenant Gérard par les hanches, je tirai sur la batiste, pensant petit à petit la faire s’écarter. Je ne fis qu’augmenter progressivement l’adhérence d’un fond chastement fermé. Pour me venger de mon dépit, je poussai un cri violent qui arrêta le jeu de la cravache et à très fortes claques je me mis à fesser vigoureusement la croupe trop secrètement empantalonnée.

La blonde, qui crut que mon cri subit avait pour cause une audace de son mari, et ancrée dans cette idée par la fessée furieuse que je lui administrais, le poussa à coups de cravache dans une chambre voisine, où je l’entendis poursuivre la correction sur les fesses nues à grands bruits entremêlés des protestations de Gérard :

— Je te jure !… Ma chérie !… Je te jure !…

— Je te jure que tu en saigneras ! fut la seule réponse qu’elle daigna lui donner.

Et de nouveau les coups de cravache à nu se mirent à pleuvoir, peut-être bien jusqu’à ce que cette promesse féroce fût tenue.

Une fois Gérard cloîtré dans la chambre où sa correction s’était si sévèrement continuée, la conversation qui suivit entre nous, seule à seule, fut pour moi aussi voluptueusement agréable que la vision de « L’habit aux orties ».

— J’ai tourné ce film alors que nous n’étions encore que fiancés…

Tel fut le début prometteur de ce qu’elle avait à me dire.

— Et à présent ?

— À présent ? Tu as vu !

« Pas assez ! » avais-je bien envie de lui reprocher. Mais elle continuait :

— Imagine-toi que je lui fais porter mon dernier trousseau de pension ? Et pas toujours sous ses complets, tu sais ; je lui mets la robe d’uniforme, le jupon aussi, et les bas de fil — ni soie, ni dentelle, c’était la règle austère de la maison —, les petites chemises de madapolam à modestes épaulettes festonnées, les culottes assorties…

— Et fermées ?

Elle rit :

— Bien sûr. C’est tellement plus amusant à les lui faire déboutonner sur les côtés, tout à fait comme une fillette convenable. Ces jours-là il est ma petite soubrette, m’aide à mon bain, m’aide à prendre l’hygiénique clystère, m’aide à me vêtir, m’aide en tout ce qu’une femme devrait m’aider. Je l’en récompense et l’en punit.

— En proportions égales ?

— Oh, les punitions sont plus nombreuses que les récompenses ! Il est rare qu’il échappe à la fessée mouillée pour commencer.

— Qu’est-ce que c’est que ça, la fessée mouillée ?

— Une excellente petite façon de m’occuper dans le bain. Ma baignoire est traversée par une planche qui fait pont de bois. Gérard s’étend, à mon ordre, sur cette planche, troussé et sa culotte rabattue par derrière, les fesses bien à ma portée. Je le corrige à main nue, claque par claque, remouillant après chaque ma main dans le bain. Cela cingle excessivement mieux qu’une fessée à sec, et la main ne s’échauffe pas, si par contre le derrière ne tarde pas à piquer. Pour la seconde correction, car je t’ai dit que les punitions étaient plus nombreuses que les récompenses, c’est une verge que je trempe après chaque cinglée dans la baignoire, cela allonge tellement le châtiment qu’il me faut bien un bon quart d’heure pour fouetter à point le derrière de Gérard. Bien qu’il soit pour moi plus plaisant de lui faire déboutonner sa culotte de pensionnaire, s’il commet trop de petites maladresses, je la lui fais ôter et l’en prive pour tout le restant de la journée. (À cette confession, Carlo, mon cher, c’est à vous que je pensais !) S’il a encouru cette mesure, dame, le martinet marche d’entrain. À tout propos je lève robe, jupon, chemise et clic ! clac ! clac ! je fais se cabrer et bondir son gros joufflu, toujours rouge comme une pivoine lorsque je laisse retomber les vêtements. Si tu veux voir combien son éducation féminine est parfaite, accepte une tasse de thé pour jeudi. C’est lui qui nous le servira « en jeune fille de la maison ».

— Avec le plaisir le plus extrême, chérie.

Et je pris congé en me félicitant à l’avance du plaisir que ce five o’clock allait encore me procurer.

⁂

Le lendemain, Marceline venait me demander, dans la bibliothèque où je classais quelques notes, si je voulais recevoir.

— Qui ?

— C’est un monsieur qui vient pour la première fois.

Je me le fis dépeindre. Au signalement, je m’étonnai : ce n’est pas possible !

Et cependant si, c’était possible. C’était bien Gérard. Que me voulait-il ? Venait-il de lui-même, ou bien au contraire était-ce mon amie qui me l’envoyait ?

Introduit, il fut très bref sur le sujet de sa visite. Il désirait que je fisse lever par une explication franche, la suspicion qu’avait sur lui sa femme au sujet de mon cri.

Je le regardai en riant :

— Je ne suis pas, mon cher, de ces genres de femmes à qui l’on commande quelque chose. Je vais téléphoner à votre femme qu’elle vienne ici voir quelle singulière visite je reçois ; et nul doute qu’en vous reconnaissant elle ne vous fasse goûter de la cravache.

— Je vous en supplie !…

— Mais si ! Je désire qu’elle vienne. Vous lui expliquerez quelles étaient la pureté de vos intentions en montant chez moi…

— Elle ne me croira pas… Elle s’imaginera des choses…

— Qui vous vaudront le fouet, c’est bien ce que j’espère. — Allo, s’il vous plaît…

Il saisit mon bras pour éloigner le téléphone de ma bouche :

— Je vous en conjure, une dernière fois, ne faites pas cela !

Je l’avais suffisamment mis dans la gueule du loup pour le mener à présent à ma guise. Je renonçai à demander leur numéro.

— Soit. Mais il ne sera pas dit que je tromperai la confiance de votre gentille petite femme en vous évitant la correction que vous méritez. Vous allez donc vous soumettre, ou sinon : c’est elle qui viendra.

Il devint très rouge.

— Allons ! pas d’enfantillage d’écolière qui ne veut pas recevoir la fessée, n’est-ce pas ? Vous savez ce que c’est que le fouet, pour le recevoir assez souvent. Une fois de plus ne compte pas pour vous, mais comptera pour moi en libérant ma conscience vis-à-vis de mon amie. Mettez-vous dans la tenue et la position que votre jolie blonde vous fait prendre pour recevoir les verges, tandis que je vais les chercher.

Je fus longtemps partie pour lui laisser tout son temps ; quand je revins, avec une verge vinaigrée que Marceline m’avait particulièrement recommandée, il avait quitté avec obéissance tout ce que son habillement comportait de masculin. Le buste couché sur une table, il m’offrait sa croupe pantalonnée de blanc et ses cuisses nues de la dentelle des volants à la terminaison des bas de soie.

La verge sous le bras, je m’approchai :

— Préférez-vous que je vous attache… ou que je vous fasse tenir par ma domestique ?

— Je vous promets de ne pas bouger.

— On dit toujours ça ! Et je suis bien bonne de vous donner à choisir, alors qu’il m’est si simple d’appeler Marceline qui vous attachera et vous tiendra ensuite.

Vite il fixa son choix en suppliant :

— Pas la domestique…

Je tirai sur ses bras pour lui lier les poignets aux pieds de la table, lui entravai les chevilles, mon faisceau de bouleau qui me gênait en cette opération glissé sous une de ses jarretelles, les pointes des brindilles menaçantes en l’air. Puis je m’excusai comme si j’avais entendu venir Marceline :

— Une légère seconde, mon cher, je crois que voici une nouvelle visite.

De derrière une tenture, j’assistai à sa torture morale dans l’attente de la correction. Les cordes l’empêchaient de bouger. Il se morfondait de terreur d’être surpris en un aussi humiliant ligotage. Ses cuisses avaient des contractions nerveuses. Marceline, qui le regardait avec moi, semblait tellement la plus impatiente de nous trois que je lui montrai la verge glissée entre la chair de la cuisse et la jarretelle :

— Va satisfaire ta gourmandise flagellante, et ne le ménage pas !

C’était un conseil qu’il était superflu de lui donner ! Toujours la vigueur animait son bras. Dédaignant la verge, elle prit sa cravache rouge et bondissant dans la pièce, flagella jusqu’à bout de souffle la croupe pantalonnée. Le buste de Gérard se tordait encore sur la table lorsqu’elle me revint, les yeux brillants de bonheur, les lèvres humides, mi-ouvertes, et la poitrine haletante.

— C’est… infâme ! hoqueta le fouetté tandis que je le délivrais de sa table de supplice.

— Non, mon cher : leçon de femme, simplement. Lorsqu’un homme a l’impudence de venir me voir sans y être invité, je le fais fouetter par ma domestique. Marceline vous a cravaché fort, c’est entendu, mais avec elle vous avez eu l’avantage d’être fouetté sur votre culotte de dame ; tandis que moi, c’est sur les fesses nues que je vous aurais donné les verges. Maintenant, si c’est de ça que vous vous plaigniez, elle peut recommencer sans la culotte, cette fois ?

Il n’en avait aucun désir, et me pria de le laisser se rhabiller, vaincu.

⁂

Je repoussai par pneumatique la date du thé d’une semaine ; mon amie n’étant pas libre le jour que je lui donnais, m’en proposa un autre, si bien que le five o’clock fut fixé à une quinzaine de là.

La croupe de Gérard avait eu le temps de se remettre de ses deux cravachées, la conjugale et la domestique.

Je le trouvai bien, comme sa femme me l’avait annoncé, en pensionnaire à sévère robe mi-longue et à manches boutonnées aux poignets. Et traité par elle absolument comme une fillette puisqu’elle l’envoya au jardin dès mon arrivée pour y jouer sous les fenêtres du salon :

— Nous avons à parler, va t’amuser. Aujourd’hui, comme tu as des culottes, je te permets de sauter à la corde.

C’était plus un ordre qu’une permission ; mais, sans murmurer, Gérard alla sauter à la corde sous les fenêtres. Il sautait assez souplement, les mollets réunis et en d’assez beaux arrondis de bras. Sa robe était trop longue, même aux plus endiablés tourbillons, pour montrer, tel que l’avait révélé sa jeune femme, qu’il avait des culottes. À peine sous le retroussé des sautillements le jupon mettait-il sa note blanche ; mais on ne voyait pas la fin des bas de fil noirs.

Rappelé pour servir le thé, sans que son éloignement n’eût d’autre cause que de me le montrer sautant à la corde ainsi que dans une cour de pension à l’heure de la récréation, Gérard s’en tira à merveille et nous exécuta ensuite au piano un langoureux morceau de jeune fille que je trouvai bien, mais que sa femme jugea détestable. L’entraînant hors du salon, elle lui donna une bonne fessée à nu dont je perçus tous les bruits et le ramena pour le forcer à se rasseoir devant le clavier. Son mécontentement, le morceau terminé pour la seconde fois, fut le même qu’après la première exécution. Elle le fit s’étendre à cheval sur la banquette du piano et le condamna à rester ainsi jusqu’à ce qu’il se sente lui-même capable de faire de la bonne musique.

Timidement, au bout d’un instant, il se leva et joua… Mais sa jeune épouse l’arrêta dès les premières mesures :

— Tu interromps la conversation ? c’est un comble ! Chérie, ça va être la seconde fois qu’il va être châtié devant toi !

« La troisième ! » aurait pu comme moi rectifier Gérard ; mais il s’en garda bien, se remettant à cheval sur la banquette, corps allongé, docile au retroussage effectué par la blonde impérieuse.

Elle leva la robe, elle leva le jupon, et laissa ainsi Gérard, qui n’osait bouger, pour aller chercher, ainsi qu’elle l’en prévint, un martinet pour le faire danser. Tout à l’heure, pour la fessée manuelle, elle avait abaissé la culotte, le ferait-elle à son retour ? Il me semblait que cette culotte close et modeste de pensionnaire me narguait. Je dus me faire violence pour m’empêcher de l’aller tirer sur les cuisses et lever la chemise qui était dessous…

La femme de Gérard fit ça pour moi, d’une seule main : de la gauche, ne quittant pas de la droite le martinet qu’elle avait apporté : un martinet fait spécialement de courtes lanières pour frapper de très près, sans craindre d’atteindre autre chose que les globes jumeaux. Et vertement, sur la croupe bien étalée entre la chemise troussée et la culotte déboutonnée, elle commença la correction. Furieusement mobile, le séant rougissait à vue d’œil, serrant ses joues, les relâchant, mordu à vif sans répit par les lanières tombant toujours en un seul paquet lourd et cinglant. La petite femme de Gérard, tout comme elle mouillait sa main ou ses verges, mettait aussi ses martinets à tremper dans l’eau. La correction qu’elle donnait la rendait suprêmement belle, le regard avivé, la figure plus sérieuse. Et sa victime elle non plus, en tenue de pensionnaire troussée, ne manquait pas de charme. Mes yeux allaient de l’une à l’autre, mais plus souvent se fixaient sur la double mappemonde écarlate et houlant dans l’encadrement blanc du trousseau de grande élève, qui jamais, sans doute, à la pension, ne fut ainsi mis au service du fouet sur les fesses nues.

Et le martinet, en un doublé qui arracha une plainte vive au patient, claqua sur la chair pour la dernière fois. Gérard se rajusta lui-même sur la banquette.

— À genoux ! lui commanda sa femme, et demande-moi pardon.

Elle avait toujours le martinet en main, impérieusement jolie, il s’exécuta avec flamme. Elle lui tapota la figure, souriante :

— C’est bien, mon grand chéri. Maintenant allez vous habiller : vous savez que nous dînons en ville, ce soir.

Dans ce gentil ménage, quel joli mélange de tendresse et de sévérité dont la femme savait faire alterner les doses, restant la seule maîtresse des sens et des pensées.

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