05
Il n’y avait qu’un seul homme que je n’avais pas fouetté, dompté, humilié. C’était vous, Maxime. Dans vos bras, je goûtais le bonheur intermittent pour moi d’être uniquement femme, sans complication.
Vous étiez ma liaison cachée.
Je n’ai jamais joué, au cours de ces lignes, de ma beauté ; cependant, je ne dois pas la nier ; et ce fut moi qui fut mortifiée pour ne pas vous avoir, comme les autres, conduit à la cravache, votre corps enfermé dans les geôles de lingerie, ce corps sans défaut qui vous avait fait obtenir un premier prix de maillots de bains à un concours de plage.
Mon instinct me le soufflait bien : « Mais fouette-le donc ! sinon c’est sa fatuité qui te fustigera. » Et c’est bien ce qui fut.
J’ai vu ce qu’une simple femme aimante pouvait souffrir de la trahison d’un amant. Et je résolus de les venger toutes en me vengeant personnellement.
J’avais déjà Marceline qui m’était dévouée. Mais il me fallait d’autres complices. La jeune femme de Gérard et mon amie Lucile furent pressenties. Vous savez, Maxime, par la fin de l’aventure, avec quel enthousiasme elles participèrent au complot.
Une nuit, un rendez-vous féminin vous fut donné. Une voiture avec chauffeur en livrée vous attendait à votre porte. Fièrement vous vous êtes laissé emmener. Vous aviez la clef de la maison dans laquelle vous deviez pénétrer. N’étant jamais venu chez moi, vous ne connaissiez pas ma domestique.
Dans le vestibule, l’électricité s’éteignant tout à coup, vous fûtes terrassé, ligoté. Nous étions quatre, Maxime, à exécuter ce petit travail, et quand vous commençâtes à crier à l’aide, huit bras vous descendaient dans une cave obscure.
Vous y entendîtes des bruits vagues, des chuchotements. Des flambeaux de cire éclairèrent bientôt une table, derrière laquelle siégeaient trois formes en cagoules vertes. À gauche, un bourreau rouge était immobile. Sur un geste, il vous fit mettre à genoux. La sueur perlait à votre front et collait vos cheveux à vos tempes.
Vous auriez reconnu ma voix ; aussi fût-ce Lucile qui prit la parole. Elle vous déclina vos noms et qualités et vous annonça que vous alliez être jugé. À ces mots, le bourreau rouge vous fit vous relever et asseoir sur un tabouret.
Àla lueur des flambeaux, ce fut une véritable scène d’inquisition. Malgré vous, vos yeux cherchaient aux murs des instruments de supplice. Il n’y en avait qu’un, que vous ne pouviez pas voir : derrière votre dos, contre la muraille, une croix de Saint-André avec des boucles et des courroies.
Lucile vous lut un acte d’accusation de vos fautes masculines, et comme vous sembliez étonné que ce soit ces choses que l’on vous reproche, écartant sa cagoule, elle fit jaillir sa poitrine, instantanément imitée par ses deux assistantes, pour vous montrer que c’étaient des femmes qui vous jugeaient et — le bourreau rouge sortant aussi ses seins de son pourpoint — une femme qui serait chargée de l’application de la sentence.
La peine vous surprit autant que l’étrangeté du jugement : car le tribunal féminin, seins dehors, vous condamna à l’unanimité à la peine du fouet sur le corps nu jusqu’à ce qu’amende honorable sorte de votre bouche. Et les lueurs des flambeaux dansèrent bientôt sur vos épaules, vos reins, vos cuisses, bras et jambes tirés sur les branches de la croix. Le bourreau rouge prit livraison sataniquement de sa victime.
D’une forte verge il vous fessa ; commençant la fustigation lentement, puis l’amplifiant, l’accélérant… mais créant tout autre chose que de la douleur. Infligé de cette manière, le supplice était un supplice voluptueux. Il changea lorsque le bourreau rouge, votre croupe rivalisant en plus pâle avec la teinte de son pourpoint et de ses chausses, changea d’instrument. Les claquantes lanières d’un martinet firent vibrer vos reins, vos fesses sous leurs morsures. Le tribunal en cagoule, et cela se voyait à la palpitation des seins nus, appréciait votre douleur en un silence que troublaient seuls les heurts du martinet sur vos chairs écarlates. Lorsque le durcissement compact de votre croupe céda la place à une sorte de tremblement révélateur de la fin de votre endurance, la cravache, en coups mats, se ploya sur vos globes jumeaux qui se mirent à bondir, coupés au vif, et les premiers gémissements vous furent enfin arrachés. Marceline vous donna de la voix en continuant sa cravachée de plus en plus serrée et m’étant approchée de vous, le capuchon de ma cagoule rejeté sur mes épaules, je bus littéralement sur vos lèvres l’amertume de votre repentir.
⁂
Plus de cagoules, plus de bourreau rouge. Les flambeaux vont s’éteindre. Je vous ai décrucifié, Maxime.
— Fuyons cette maison ! frémissez-vous.
— Inutile : c’est la mienne.
Àprésent, je vous ai corps et âme. N’est-ce point une belle proie qu’une proie reconquise à la cravache ! Jugé par des femmes, fouetté par une femme, ce n’est pas suffisant encore : je veux faire de vous l’égal d’une de celles que vous avez trahies.
Femme, Maxime ! femme, vous allez être femme par les bas de soie dont dès demain je ganterai vos jambes jusqu’à mi-cuisse, la ceinture jarretelles ceignant vos reins nus ; une délicieuse chemise de batiste bordée de dentelle tombe de vos épaules aux boucles des jarretelles. Vous n’aurez que plus tard le pantalon assorti à la chemise — ouvert, bien entendu — votre croupe gonflée et douloureuse encore pouvant supporter sur elle le moins d’étoffe possible. Tout de suite donc, par-dessus la chemise, je vous passerai une vaporeuse combinaison blanche et la robe.
Je vous ai servi de femme de chambre, de petite camériste attentivement adroite, pour la métamorphose vestimentaire de votre sexe. Je vous fais à présent marcher, soulever gracieusement votre robe et même polissonnement la retrousser. Il est un geste, dans mes moments de bonne humeur, que j’ai toujours aimé chez les mâles esclaves de mes lingeries, c’est celui de l’espiègle chanteuse de café-concert ou de la petite danseuse de music-hall qui, son numéro terminé, fait prestement voler sa jupette, le dos tourné au public, tandis qu’un creusement des reins arrondit au-dessus de ses cuisses nues son derrière emprisonné de blanche lingerie à barbe de dentelle.
Tous mes amants, sans exception, ont dû apprendre ce geste, et y devenir habiles, la cravache aidant. Je ne châtiais les premières maladresses inévitables que de cinglées sur les cuisses et les mollets, assez pinçantes pour faire grimacer le maladroit ; mais s’il m’obligeait à prolonger plus longuement la leçon, je fouettais plus haut. Il en était prévenu ; et chaque fois que je déclarais : « manqué, encore », tout en empêchant la robe de retomber, il devait se tenir immobile, les reins cambrés et la croupe offerte à une flagellation rapide de dix bons coups consécutifs, puis recommencer. Pour certains, les leçons furent fort cuisantes avant d’arriver à un résultat satisfaisant.
Vous donc aussi, Maxime, qui avez tant à vous faire pardonner, vous devez vous y mettre ; et moins qu’aux autres je ne vous ménagerai la cravache.
Dès votre métamorphose, votre terreur fut d’être vu en femme par la domesticité. Immédiatement, j’appelai Marceline pour vous exhiber à elle :
— Voici ta victime de la cave. Je pense qu’elle n’aura plus besoin de tes offices fouetteurs, du moins d’ici longtemps…
— Ce n’est pas possible ! m’interrompîtes-vous ; ce n’était pas cette domestique…
Marceline rit de tout l’éclat de ses dents blanches, s’esquiva et revint bientôt revêtue de ses chausses et de son pourpoint rouges ; ayant tout remis du costume de bourreau, jusqu’au bonnet.
Cette preuve vestimentaire vous anéantit.
— Et les deux autres aux cagoules ? balbutiâtes-vous.
— Des amies personnelles dont je vous ferai faire sous peu la connaissance, mais cette fois le visage découvert. Maintenant, puisque vous avez obligé Marceline à remettre son uniforme de punisseuse, je ne puis, moi, que vous remettre une seconde fois entre ses mains. Toi, ma belle, lève-lui un petit peu la robe et…
Ma main termina la phrase du geste approprié.
Marceline, toujours aux anges lorsqu’elle avait à fouetter, ne se fit pas deux fois répéter l’ordre. Une claquante fessée vous arriva de ses mains, tandis que les deux miennes vous immobilisaient, serré contre moi, ainsi qu’un danseur emprisonne sa cavalière pour une danse acrobatique. Et c’était bon de vous sentir souffrir ainsi.
Mon aide en flagellation battait à présent vos fesses à rythme lent, et tout votre corps s’arquait sous la pâmante et honteuse douleur. Faisant alors signe à mon bourreau rouge de se retirer, je consentis à vous donner magnanimement ma main à baiser, alors que jadis c’étaient mes lèvres que vous saviez si bien prendre de vous-même.
Comme l’on change, Maxime ?
Comme une femme surtout vous change !
Sous mes fourches caudines, il faut plier ou être fouetté ; ou même plier et être fouetté quand même. Il vous faut être « coquette », « élégante », « gracieuse » et… « soumise ».
La soie vous gante, la lingerie vous pare, la robe vous vêt. Le fouet vous guide, vous punit, vous harcèle. Vous aimez vos dessous fragiles si doux à la chair, vos chemises caressantes à la peau, vos pantalons aux floconneux volants de dentelles, vos robes courtes ou collantes selon qu’il me plaît de vous voir grande dame ou mutine jeune fille.
Préférant souvent aller au-devant de mes désirs, non moins souvent ils vous font aller au-devant du fouet.
Vous êtes tout tremblant de m’avoir déplu en croyant me satisfaire par trop d’empressement.
Mais mon bras inexorablement sonne Marceline :
— Les verges !
Et lorsqu’elle les a apportées, vous venez à mes genoux tout à fait petite fille, pour vous faire châtier. C’est le lent retroussage de la robe, plus lent encore si elle est longue et collante avec la résistance à la montée au passage des hanches, l’agaçante exploration des dessous pour leur écartement, et les mille piqûres vives du bouleau mordant, réparties d’une main aussi ferme qu’attentive à fesser solidement.
Je ne vois que d’en haut l’élégant retroussage, vos chairs rougissant entre deux blancheurs de pantalon, et au-dessous de votre croupe superbement offerte, à peine un soupçon de dentelle, peu de chose de la nudité des cuisses, mais vos mollets finement gaînés de soie et les hauts talons de vos chaussures.
La personnalité des deux cagoules vertes vous inquiète toujours. Pour le chauffeur, vous avez su que c’était le mari de l’une d’elles, — c’était en effet Gérard — mais les deux femmes, qui sont-elles ?
Aujourd’hui, Maxime, vous connaîtrez la principale, celle qui parla toujours lors de votre jugement : Lucile. Je l’ai invitée à dîner. Et la robe de soirée sera votre tenue comme la mienne.
Vos dessous sont réduits à l’unique pantalon de dentelles, car la robe sans manches, dont le devant s’attache autour du cou par un ruban, ne comporte pour ainsi dire pas de dos, tant son décolleté est grand, le tissu ne commence qu’aux reins, impossible de mettre dessous une chemise et une combinaison. C’est le dos entièrement nu qu’une robe de soirée doit montrer et non du voile ou du linon.
C’est moi-même qui vous ai paré, et Marceline qui vous a chaussé. Prêt, et vraiment « délicieuse » en femme du monde avec de longs gants blancs, comme j’ai une ou deux visites à rendre (il n’est encore que cinq heures), je ne veux pas que vous bougiez, et pour vous y contraindre, quel meilleur moyen que vous attacher ?
Il y a dans l’antichambre une banquette de repos qui a déjà servi pour d’autres que vous. Vous vous couchez de tout votre long sur son velours vert sombre, et la domestique m’aide à vous y fixer à l’aide de courroies aux poignets et aux chevilles. Connaissant mon intention de vous ligoter là, cette bonne Marceline, qui a vraiment le sens du décor piquant, suggestif et révélateur, n’a pas manqué de pendre une cravache au mur, juste au-dessus du milieu du meuble.
Comment résister à son invitation ?
Je ne vous fouetterai pas sur les fesses devant mon invitée. La robe de soirée m’a donné l’idée d’une autre sorte de châtiment. Il faut cependant qu’elles aient leur ration de cinglantes caresses. Après m’être emparé de l’instrument, je relève votre riche robe, faisant apparaître vos mollets, vos cuisses, le pantalon, dans lequel je fouille pour faire sortir votre croupe de sa blancheur, et je vous donne la correction en manteau, gantée et chapeautée.
Aussi mordante qu’elle soit, elle ne vous afflige quand même pas autant que votre condamnation à rester lié jusqu’à mon retour, sur la banquette de l’antichambre, les bras nus ainsi que le dos jusqu’aux reins, le peu de la robe de soirée abaissé seulement jusqu’aux dentelles de votre pantalon et de façon encore à les laisser visibles, vos cuisses ainsi bien découvertes dans leur transparente gaine de soie.
Non sans raison plausible, ainsi réduit à l’impuissance, vous craignez Marceline, ma domestique, votre bourreau rouge. Certes, au cours de ses allées et venues, elle ne se privera pas de vous tourmenter, et puisque vous faites ainsi corps avec la banquette, de s’asseoir sur votre dos nu pour rattacher ses jarretelles, enlever ses souliers ou tout bonnement même se reposer un instant. Elle vous traitera ainsi qu’un meuble. Et encore de s’amuser à vous épousseter avec tous les soins qu’on apporte à un objet précieux. D’un plumeau léger passant et repassant sur votre nuque, vos bras, vos reins, elle vous fera vous tordre en un supplice infernal digne des supplices chinois les plus lentement raffinés.
Et puis il y avait encore cette chose, que vous étiez ligoté dans une antichambre, plus dévêtu qu’habillé par une robe de soirée, et avec une cravache significative pendue au mur au-dessus de votre croupe.
Ce fut ainsi que Lucile vous aperçut dès son entrée avec moi. Vous tournâtes votre tête du côté du mur, pour tenter de dissimuler votre visage. Précaution bien inutile ; ne deviez-vous pas le montrer toute la soirée, rayonnant par commandement ?
Le couvert étant dressé, Marceline vous détacha, et vous mîtes vos longs gants blancs qu’avec autant d’amabilité que de petits pinçons, elle vous aida à boutonner, pour venir nous rejoindre.
Présentation troublante :
— Votre condamné, ma chère Lucile.
« Votre juge en cagoule verte, Maxime. »
Et pour rappeler l’aventure de la cave, qui ne cessera de faire les frais de la conversation durant tout le dîner, il a été décidé que Marceline servirait en bourreau rouge, un martinet aux lanières peu nombreuses et plates pendu à sa ceinture.
Vos yeux, Maxime, à ses entrées comme à ses sorties, ne quittaient pas le martinet étendant ses lanières le long de la cuisse moulée de jersey de la domestique. Vous prévoyiez qu’il était pour vous, ce martinet. En effet.
Lorsque nous passons au salon, Marceline nous y suit, des cordes de moyenne grosseur en mains.
Ces cordes sont pour vous également, comme le martinet, mon cher ! Je vous agenouille sur le tapis central, la croupe reposant sur vos talons, et tandis que je vous maintiens d’une main impérieuse que vous connaissez, le bourreau, en chausses suggestivement collantes, vous attache le poignet gauche à la cheville gauche et le poignet droit à la droite.
Un ligotage simple qui vous tient le dos droit et vous immobilise on ne peut mieux.
Marceline, dont la besogne s’arrête là, après m’avoir donné son martinet, s’en va se fixer à quelques pas, les bras majestueusement croisés, la mine superbe.
Votre dos complètement dénudé par la robe de soirée, vos bras sans gants, c’est cela que je vais fouetter.
Les lanières plates s’élèvent et claquent sur vos épaules qu’elles barrent de rouge vif et étalent sans arrêt leurs multiples meurtrissures les unes au-dessous des autres, jusqu’à ce que les reins soient atteints. Votre dos tout entier est strié de rouge, arrondi, et offert aux coups par votre tête qui se penche. Les lanières n’oublient pas non plus de mordre le gras de vos bras. Malgré la chaleur prodiguée par les cinglées, votre peau frissonne lorsque le martinet se relève. Je vous veux cuit, bras compris, comme après le plus ardent des coups de soleil, et je prodigue les coups sans ménagement. Votre dos, de plus en plus écarlate, forme le dôme, il vous semble qu’en le tendant ainsi, vous résistez mieux à la souffrance ; d’une volée de lanières qui vous coupe les reins, je vous fais alors vous redresser en criant. Et méthodiquement je recommence à vous fouetter le dos de haut en bas.
Malgré la présence de Lucile, vos supplications montent sans fierté. Imperturbable, Marceline demeure les bras croisés et mon invitée joue avec la pointe de sa chaussure. Le dos vous brûle, vous criez, vous râlez, et vous tombez enfin le front sur le tapis.
Le bourreau rouge sort de son immobilité pour venir vous détacher, tandis que j’emmène Lucile dans ma chambre.
Elle est nerveuse, pétrit ses mains, semble une tigresse :
— Écoute, chérie, cela ne va pas t’être désagréable ? mais j’avais demandé à Norbert de venir me chercher ici avec la voiture…
— Pas le moins du monde. C’est ton chauffeur ?
— Mon chauffeur, tout ! Il tarde… me permets-tu de lui téléphoner de se hâter ?
Elle n’a nullement dit à Norbert de venir la prendre. Elle va le faire tout simplement maintenant : car elle a hâte d’être avec lui pour jouer à son tour du fouet. Il ne faut pas longtemps réfléchir pour le deviner !
— Mais comment donc, chérie. Téléphone-lui.
Elle bondit à l’appareil.
Par discrétion je me retire dans la pièce voisine… où j’entends d’ailleurs ce qu’elle dit.
Lucile n’est plus maîtresse de ses nerfs vers le milieu de la communication, elle frappe du talon comme du bout de ses chaussures ; dommage que je ne puisse percevoir les protestations dudit Norbert, car vraiment sa maîtresse a perdu son calme :
— Parfaitement ! Comme ça !
— …
— Ça m’est égal !
— Je le veux ! Je le veux !! Je le veux !!!
— …
— Et dans un quart d’heure, n’est-ce pas ?
C’est un ordre plus qu’une interrogation, car sans se soucier de la réponse, elle raccroche d’un coup sec le récepteur.
J’interprète ce bruit comme une invitation à revenir et j’esquisse une moue :
— Pas très bien dressé, ton Norbert.
Elle voudrait sourire, mais tout encore à sa fureur de l’opposition téléphonique qu’elle a dû vaincre, c’est un rictus qui tord ses lèvres :
— Il lui en cuira !
Marceline, qui a passé sa robe de soubrette en ne quittant de son costume de bourreau que le pourpoint, ce qui lui fait d’étranges jambes rouge sang avec des souliers à la poulaine, traverse à point l’appartement pour être investie d’une consigne.
— Vous débarrasserez le monsieur qui viendra, de son chapeau et de son pardessus, même s’il s’y oppose.
Trop stylée pour cela, ma domestique ne cligna pas de l’œil d’un air entendu, à sa mine cependant je pouvais lire en ses pensées : « et si même vous le désirez, je le débarrasserai de tout ce qui gêne pour recevoir une fessée !… »
Il ne s’écoula pas un quart d’heure avant que Marceline ne fut appelée par le timbre à la porte d’entrée.
Il se passa bien vingt-cinq, trente minutes.
Lucile bouillait.
Placidement je regardais des magazines, m’abstenant de toute réflexion.
Enfin ma domestique vint :
— C’est le chauffeur d’une voiture de louage : il est envoyé par M. Norbert pour ramener madame.
Mon invitée en brisa de rage le collier qu’elle tourmentait dans ses doigts.
— Viens avec moi ! me dit-elle.
Rien n’aurait pu apaiser sa colère d’avoir été, surtout chez moi, bafouée par son… tout ! ainsi qu’elle le disait. Aussi le trajet fut-il exempt de paroles.
Norbert s’attendait certes au retour brutal de Lucile… mais sans compagnie.
Il s’était déjà préparé pour le fouet, et mon apparition derrière sa maîtresse le fit blêmir. Aux chaussettes tenues à ses mollets par un élastique cousu à l’intérieur, on devinait qu’il portait des culottes courtes d’écolier. C’était en ce costume de garçonnet que Lucile avait voulu qu’il vînt chez moi. Il avait trouvé un biais pour s’y soustraire : il allait lui en coûter cher ! Traîné au chevalet en X fixé le long du mur, il y fut attaché et fessé de verges jusqu’à ce que sa croupe ne puisse plus réagir. Cette conclusion donne à penser quelle longue et effrénée fustigation ce fut. Puis Lucile elle-même alla chercher l’une des culottes de Norbert, et lui détachant les jambes lui monta le vêtement sur ses fesses à vif où il adhéra comme un maillot de drap fin.
Ce fut à mon tour d’être gagnée par la hâte de rejoindre mon enchaîné. Je téléphonai à Marceline pour lui demander ce qu’il faisait. Le dos et les bras enduits de crème, il s’était retiré dans sa chambre.
Ce fut là que je le trouvai, en effet, couché, en longue et coquette chemise de nuit que je lui fis trousser jusqu’aux reins. Je m’étais réservé sa croupe intacte. À petites claques, je la fis d’abord tressaillir, puis rosir, rougir, s’empourprer toute sous mes gifles de plus en plus sonores et violentes.
Le postérieur ardent vibre et se contorsionne entre les dentelles des draps et de la chemise, écrin de blancheur rehaussant un bondissant rubis.
Maxime mord l’oreiller pour étouffer ses plaintes. Ma fessée continuant à marbrer la peau, si l’écrin reste blanc, la croupe congestionnée de rubis devient améthyste, et ne pouvant plus se contracter, grelotte.
⁂
— Vraiment, dit en riant la petite épouse de Gérard, vous avez fait dîner, il y a huit jours, le condamné avec son juge, et vous désirez aujourd’hui lui dévoiler l’incognito de la troisième cagoule ? Quel satanisme, madame ! Eh bien ! c’est entendu, chérie, dois-je pour cette cérémonie de révélation remettre la longue blouse verte au capuchon percé de deux trous ?
— C’est inutile ! Maxime me croira sur parole.
— Ce sera un vrai déjeuner d’humiliation ! car c’est à déjeuner que tu m’invites ?
— À moins que tu ne préfères…
— Aucunement ! Ainsi je pourrai amener ma petite « pensionnaire » ; tu sais qu’on ne sort pas les enfants, le soir.
— Ça, c’est une idée excellente.
— Je n’ai justement pas encore fouetté Gérard, aujourd’hui.
— Pour cela, tu me surprends.
Elle rosit en souriant :
— Enfin, si peu que cela ne compte pas. Une petite fessée de rien du tout sous la robe… À propos, comment Maxime sera-t-il habillé ?
— Pour Lucile, il était en robe de soirée.
Et je lui fais de la toilette décolletée une description qu’elle savoure.
— Le trousseau de Gérard est plus simple. Tout de même je lui mettrai des bas de soie…
— Et sa robe de pensionnaire : j’y tiens !
— Tu seras satisfaite.
— Alors mes petits enfants, préparez-vous vite !
— Oh ! Gérard est déjà prêt depuis son lever.
… Mais sa vaporeuse épouse blonde ne l’était pas ! Et je ne les vis guère apparaître chez moi que trois heures après cette visite matinale.
Nos deux places, à table, étaient marquées par deux courtes cravaches posées à côté de notre couvert. Et pour le service, Marceline s’était revêtue de son costume, rouge autant qu’indiscret pour le galbe de ses cuisses, de bourreau.
Notre cinglante école a réellement efféminé nos amant et mari. Gérard surtout paraît une vraie demoiselle en sa tenue sévère de pensionnaire. Maxime lui donne la réplique des gestes en jeune femme plus émancipée. Mon invitée et moi nous ne faisons que causer de la fameuse soirée de la condamnation à la lueur des flambeaux. La blonde s’étendit avec perversion sadique sur la bonne correction que ce fut vraiment, et combien il était regrettable de ne pouvoir en infliger plus souvent de semblables.
Il faut, après le café, descendre à la cave pour montrer à Gérard le théâtre de l’exploit. Bien que l’électricité existe, pour impressionner davantage le mari, Marceline nous éclaire d’un flambeau.
— J’étais là, explique la blonde avec volubilité, le coupable ici, sur un méchant escabeau de bois, au fond se trouvait le chevalet…
Elle ne fait grâce d’aucun détail. Maxime ne peut pas douter que ce soit elle la troisième cagoule verte. Soudain, sa voix à une intonation de désir :
— Ah, c’est dans une cave comme celle-là qu’on peut en donner des bonnes corrections…
— S’il te plaît d’en user.
Elle se presse contre moi :
— Oui ! J’ai une envie. Une envie folle ! Depuis longtemps je voudrais fesser Gérard avec un battoir, à grands coups. Il y a longtemps que j’ai cette idée. Par des lavandières, un été, j’ai vu une fois donner une fessée de cette sorte. La victime criait tellement que j’en avais la respiration coupée. Pourtant elle était forte, et sur chaque joue que l’on fessait il y avait de la place pour le battoir. Ce sont ces mêmes cris que pousserait Gérard qui m’ont toujours empêché de satisfaire mon désir. Ici il pourrait crier.
Je dis à Maxime de prendre le flambeau des mains de Marceline et j’ordonnai à cette dernière d’aller chercher deux battoirs. En l’attendant, nous fîmes enlever à nos victimes amoureuses leur pantalon de lingerie. Gérard le fit avec des gestes tout à fait coquets et pudibonds de jeune fille noble, en ne soulevant sa robe que sur les côtés pour atteindre les boutons de l’inexpressible fermé, qui chut en blanche couronne autour de ses chevilles. Maxime fut plus long, car il n’avait qu’une main à son service, devant tenir le flambeau. Et sa robe était collante. Il dut la remonter toute pour attraper la ceinture élastique et la tirer en faisant mille contorsions de tout le corps. Son pantalon était tombé lorsque Marceline revint, mais sa robe était encore retroussée et plaquée aux rondeurs de ses hanches. Il n’avait pas besoin d’ailleurs de la baisser ; elle était très bien ainsi pour mettre à ma disposition ce dont j’avais besoin. Je le ployai, l’agenouillai jusqu’à ce qu’il fut en bonne position pour être chevauché, sans que je sois assise sur lui, mais mes cuisses serrant fortement ses flancs. La jeune femme m’avait imitée et son battoir sous le bras gauche troussait à deux mains la robe de Gérard, son jupon et sa chemise blanche de pensionnaire : n’ayant changé du trousseau que les bas de fil pour des bas de soie, ainsi qu’elle m’en avait manifesté l’intention.
Pour Maxime, la besogne s’était terminée d’elle-même lorsque je l’avais agenouillé, sa croupe sortie proéminente de la robe retroussée, je n’avais qu’à tenir la chemise sur ses reins, par sa bordure de dentelle.
Sur les deux derrières tendus, on devine quelle pétarade ce fut de coups de battoirs. D’un seul coup de la palette de bois, la fesse frappée se colorait d’une large plaque rouge. J’allais assez vite dans l’application de mes coups pour que les deux joues de mon fessé présentassent sensiblement la même teinte. Un plaquage du battoir à droite, un plaquage à gauche, à rythme assez vif mais sans être trop précipité ; et de temps à autre un coup au beau milieu de la mappemonde, que je semblais façonner d’un gigantesque ébauchoir.
Cette double fessée déjà bruyante par l’instrument employé, le devint encore davantage lorsque Gérard, ainsi que son épouse s’y attendait, se mit à crier. Je redoublai alors d’entrain sur la croupe de mon amant qui cria lui aussi.
Et bientôt chacune de nous ne sut plus reconnaître la voix de son fessé au milieu des hurlements et du claquement des battoirs allant crescendo.
Maxime ne put, de huit jours, mettre un pantalon de lingerie, sous sa robe, aussi fin qu’il fût. La petite épouse de Gérard était dans le ravissement ; elle avait fessé son mari au battoir à lui peler la peau, elle l’obligea cependant à remettre sa culotte fermée de pensionnaire, et comme il ne pouvait réprimer des grimaces douloureuses, rien qu’au seul contact du madapolam, elle s’assit sur ses genoux, se trémoussant, se faisant lourde au possible pour lui meurtrir encore davantage la croupe en l’écrasant contre la chaise.