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En des milieux plus respectables, la jeunesse de Voltaire connut d’autres amitiés qui l’étaient beaucoup moins… respectables.
Ce fils de robin avait dû à la finesse de son esprit et à la pétulance de sa gaîté, d’être accueilli dans les salons les plus aristocratiques et reçu dans de magnifiques propriétés suburbaines, où s’esquissait déjà la Vie de Château. C’est ainsi qu’il allait villégiaturer à Vaux dont le vieux maréchal de Villars faisait si galamment les honneurs à ses invités. Voltaire était plus particulièrement goûté du vainqueur de Denain, mais il était en relations suivies avec le fils de l’illustre guerrier. Or, le jeune marquis de Villars était d’une immoralité notoire. Il s’écartait volontiers des champs de bataille, et son unique souci était de se composer une harmonieuse toilette qu’il portait avec une grâce efféminée. Les papiers de la Bastille le signalent comme un des pires corrupteurs de la jeunesse ; et la voix publique était d’accord sur ce chapitre avec la police. On apprit un jour que le « beau Villars » était sérieusement épris de la princesse de Lixin. Le fait parut si invraisemblable qu’un mauvais plaisant osa envoyer à la grande dame le quatrain suivant :
Il est donc converti, par tes charmes vaincu !
Ne t’enorgueillis point de ce faible avantage,
C’est le magique effet des traits de ton visage
Qui forment à ses yeux l’apparence d’un c…
Jusqu’à sa dernière heure, Villars, qui, malgré sa détestable réputation, avait hérité de toutes les charges, fonctions et honneurs de son père, vit accoler à ce nom glorieux l’épithète infamante de Sodomite et, à sa mort, son épitaphe fut vite trouvée :
Ci-gît l’Ami des hommes.
L’allusion était peu flatteuse pour le marquis de Mirabeau, cet économiste à outrance, qui devait le même nom à sa publication, d’ailleurs fort peu intéressante, de l’Ami des hommes.
La liaison de Voltaire avec Villars, dont l’auteur de la Henriade devait être plus tard le collègue à l’Académie française, survécut à la mort du vieux Maréchal. Le nouveau duc de Villars avait deux autres passions, au moins plus avouables, celle du jeu et celle du théâtre. La première l’eût ruiné s’il n’avait été prodigieusement riche ; la seconde le rendit parfaitement ridicule. Ce fut à lui que Voltaire dit un jour en manière de compliment :
— Monseigneur, vous avez joué comme un duc et pair.
Il lui servit encore un plat de sa façon, quand il l’appela dans sa Pucelle :
Imitateur du premier des Césars.
Il prétendit toutefois que ce vers était une interpolation d’imprimeur insolent ; mais ne trouvons-nous pas dans son Sottisier, découvert à Saint-Pétersbourg par Léouzon-Leduc, cette épigramme suffisamment caractéristique :
Sur le duc de Villars.
La tendresse du duc me paraît un problème.
On dit qu’il aime Iris, et je ne le crois pas.
Elle a trop peu de ce qu’il aime,
Et trop de ce qu’il n’aime pas.
Si la rime n’existe pas, la raison reste immuable… comme le procédé : avec les amis, la griffe se fait à peine sentir et sous quelle patte de velours !
Il en va de même pour l’abbé d’Amfreville, si fréquemment flétri dans les papiers de la Bastille par cette note de police : « avec ses laquais ». Voltaire l’avait maintes fois rencontré chez la Présidente de Bernières, où tous deux étaient reçus et traités comme les enfants de la maison. Le premier croque en une ligne le portrait du second : « Un ventre de prélat avec une tête de chérubin. » Il le couvre de fleurs, il en admire « l’imagination vive et féconde » et s’écrie, dans un accès d’enthousiasme. « Quand on est avec M Du Deffand et l’abbé d’Amfreville, il n’y a personne qu’on ne puisse oublier. » Il est vrai que le Sottisier réserve au chérubin cet aiguillon :
« Un jeune homme disait à ce b… d’abbé d’Amfreville.
— Monsieur, j’avais des cheveux qui me tombaient sur le c…
— Ah ! Monsieur, ils étaient bien heureux ! »