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Chapitre 17 Vassilissa ne témoigne pas de dispositions marquées pour le mariage.

Le lundi suivant, comme les jeunes filles rentraient de la promenade, la comtesse les rencontra sur l’escalier.
— Nous avons du monde à dîner, Vassilissa. Mettez votre robe de soie bleu pâle, et tâchez d’être bien coiffée.

— Et moi, maman ? dit Zina.

— Vous ?… une robe blanche et un velours noir, comme toujours. Quand perdrez-vous l’habitude de vouloir être en tout semblable à votre cousine ?

En disant ces mots, la comtesse s’éloignait… Lorsqu’elle fut trop loin pour entendre :

— Quand vous voudrez aussi me marier, maman ! répondit la jeune indisciplinée.

Il restait à peine une heure pour se préparer. Les femmes de chambre furent convoquées en hâte, et le joli va-et-vient de mousselines et de rubans qui préside à la toilette des jeunes filles remplit toute la vaste chambre en un moment. Lissa, indifférente, se laissait parer.

— Quelle coiffure désirez-vous, mademoiselle ? demanda la coiffeuse.

— Celle que tu voudras… Non !… celle que ma tante préfère.

— Oh ! mademoiselle, pour un dîner prié ! une coiffure si simple !

— Fais-moi celle-là, te dis-je ! Ma tante désire que je sois bien coiffée.

À son grand regret, la soubrette commença la coiffure modeste, plate, qui donnait à Vassilissa l’air d’une petite religieuse manquée.

— Vos boucles vous vont bien mieux, disait la bonne fille en s’arrêtant à tout moment ; nous avons encore une demi-heure ; si vous me permettiez de recommencer ?

— Non, fais des tresses et mets-les en paquet tant que tu pourras. Tire bien, serre bien ; tâche qu’il y en ait le moins possible.

— Oh ! mademoiselle, vous avez l’air d’une femme de chambre ! s’écria la soubrette scandalisée en voyant Vassilissa piquer délibérément les épingles dans sa magnifique chevelure dont elle réduisait les nattes de moitié.

— C’est bien comme ça. Maintenant, donne le nœud bleu.

Elle le planta juste au milieu de sa tête, et se regarda dans la glace en souriant.

— Oh ! Lissa, qui a l’air d’un bonbon ! s’écria Dmitri faisant une apparition incongrue parmi les jupons.

On le chassa à coups de mouchoir, comme une mouche importune, et il disparut. Zénaïde, attirée par l’exclamation de son frère, échappa à sa femme de chambre et, à moitié coiffée, courut à sa cousine.

— Horrible ! dit-elle ; il a raison. Mets le nœud de côté, ou maman sera furieuse.

— Laisse donc ! dit Vassilissa tout bas, j’ai une coiffure de demoiselle pauvre et modeste. Elle ne dira rien. Et puis ça me va mal ; je suis enchantée.

— Eh bien ! non, dit mélancoliquement Zina en la regardant d’un œil investigateur, si c’est ça que tu veux, tu n’as pas réussi à être laide.

Écoutant, à la fin, les doléances de sa femme de chambre, elle retourna à son miroir, pendant que Lissa, droite au milieu de la grande pièce, se laissait mettre sa robe de soie bleue décolletée, garnie de moelleuses dentelles, d’où ses épaules charmantes semblaient vouloir se dérober.

— Mon Dieu, que tu es jolie ! s’écria Zina en se retournant brusquement, ce qui lui mit son velours noir sur l’œil gauche.

— Mademoiselle, fit la soubrette éplorée, nous ne serons jamais prêtes, si vous remuez toujours !

La comtesse entra. Il était bien rare qu’elle vint à ce moment solennel de la toilette. Elle jeta un coup d’œil sur sa fille et la gronda de son retard ; puis, s’approchant de Vassilissa, elle mit un peu sur le côté le fameux nœud de ruban bleu, baisa l’orpheline au front et l’emmena, victime parée – mais non résignée – pour le sacrifice.

Le boudoir était plein de monde : le chef du bureau de Tchoudessof, que la comtesse connaissait de longue date, deux employés supérieurs au ministère de la justice, une ou deux parentes éloignées, pas riches, enfin tout le personnel des dîners des parents pauvres, mais nobles, comme disait Zina, qui ne manquait pas d’esprit d’investigation. Lissa reçut un coup de plus à son pauvre orgueil, déjà endolori, en voyant ceux qu’on invitait pour tenir compagnie à l’homme qui lui était destiné. D’un geste rapide, elle remit le nœud au milieu de son front.

Tchoudessof fit son entrée un moment après, ganté, rasé, parfumé – des odeurs anglaises ! irréprochable, ses cheveux noirs séparés au milieu de la tête. À son entrée, un murmure flatteur courut parmi les protégées.

On s’assit à table, Tchoudessof auprès de Vassilissa ; les rangs étaient rompus pour ce jour-là ; Dmitri était à côté de sa sœur et ne tarissait pas en remarques sarcastiques sur le compte du prétendant.

Le menu même du dîner mortifia la pauvre Lissa. C’était un dîner substantiel, de gens qu’on veut nourrir pour toute une semaine : de grosses pièces de viande, des rôtis solides, des légumes vulgaires ; pour plat doux, un gâteau feuilleté ; pas de poisson, pas de volailles, pas de mets fins, pas de glaces, rien de ce qui rend un dîner délicat, élégant… La comtesse faisait bien ce qu’elle faisait, et ce menu était commandé par elle. Le maître d’hôtel n’eût pas pris soin d’éliminer ainsi toutes les friandises.

— Un dîner de parents pauvres ! répétaient les yeux moqueurs de Zina, en allant des invités aux plats qui faisaient le tour de la table.

Vassilissa finit par trouver la chose si drôle, qu’une pointe de sarcasme vint se mêler à sa vexation. Tchoudessof ne ralentissant pas ses amabilités, et l’orpheline se donna pour la première fois le plaisir d’une coquetterie en règle. Il lui semblait amusant de bafouer cet homme qu’elle devinait lâche et qui se permettait de la courtiser.

— Il sera bien vexé lorsque je le refuserai ! se dit-elle triomphante.

Et elle causa sans contrainte, montrant tout son esprit, toute sa malice. Le nœud bleu se remit sur le côté comme par miracle, et elle devint si adorablement jolie, que Zina en resta éblouie.

Après le dîner, ce fut bien autre chose. La comtesse avait fait éclairer les salons.

— Dis, Lissa, est-ce pour la cousine Barbe que maman a fait mettre des lampes partout ? murmura Dmitri en se glissant le long de la robe de la jeune fille.

— Non, petit, répondit sa cousine, c’est pour miss Junior, parce qu’elle a un orgelet.

Les yeux brillants, les joues teintées d’un rose vif, elle continua à causer avec Tchoudessof.

— Ah ! vous voulez m’épouser, pensait-elle, parce que j’ai dix mille roubles et un trousseau… Plus vous vous croirez près du but, mon beau monsieur, plus fort vous vous casserez le nez quand le moment sera venu.

Sa tante ne la reconnaissait pas. Avec la perspicacité des tantes et des mères mondaines qui ne voient leurs enfants qu’aux heures des repas, elle crut que Vassilissa était ravie de cette fête donnée pour elle, et aussi du prétendant qu’on lui proposait.

— Ce n’est pas, pensait la comtesse, qu’elle puisse en être éprise en si peu de temps, mais l’amour-propre d’une jeune fille qu’on demande en mariage est bien naturel, et puis la passion n’a rien à voir là-dedans.

Sollicitée, Vassilissa se mit au piano avec sa cousine. On demanda des valses, et Zina choisit, sans y penser, celles que le prince avait fait jouer chez lui – simplement parce que Lissa les jouait bien. La petite main de Lissa attaqua les notes sans hésitation ; mais que de regrets dans le cœur de la jeune fille pendant qu’elle pressait ou ralentissait, au gré de la mélodie, le mouvement rapide et entraînant de la valse aimée ! Elle songeait au pauvre Chourof, triste et seul dans la neige, au milieu du luxe de sa maison déserte ; elle revit la chambre bleue – la chambre de blonde – qu’elle avait entrevue comme dans un rêve…

— Princesse ! pensa-t-elle. Riche à millions ! aimée d’un honnête homme délicat jusqu’au scrupule ! J’aurais pu être tout cela. Et aujourd’hui je serais la femme de ce plat personnage qui empeste les odeurs et qui en veut à mes dix mille roubles !… Jamais !

Cette idée lui donna tant d’ardeur qu’elle enleva le reste de la valse comme dans un tourbillon. Zina, malgré toute son habitude et son aplomb, avait quelque peine à la suivre.

— Brava ! brava ! dit Tchoudessof, applaudissant du bout de ses doigts gantés ! vous avez un beau talent, mademoiselle.

Lui aussi, pendant cette valse, avait fait un retour sur lui-même. La fête se donnait pour lui, pour lui pauvre grippe-sou, possesseur de quelques masures et d’une petite maison de briques toute décrépite ! Il était invité à dîner chez la comtesse Koumiassine ; il était le prétendant officiel à la main de sa nièce. La noce se ferait dans cette maison luxueuse ; la comtesse l’appellerait « mon neveu » et lui meublerait un gentil petit appartement ; sa femme élégante, jolie, spirituelle, bonne musicienne, ferait les honneurs de sa maison. – Mes chefs viendront chez moi, se dit-il, et, grâce à ma femme, mon avancement sera rapide…

Dans le fin fond de sa pensée, il se vit décoré de l’ordre de Sainte-Anne, première classe, chef de bureau, honoré, cossu… – Quand j’en serai là, pensa-t-il, je me paierai une petite cocotte…

Une petite cocotte… c’était son idéal. Mais tant qu’il ne serait pas marié, la chose n’était pas possible ; et puis, cela compromet les gens qui veulent de l’avancement…

Tchoudessof vint encore dîner deux fois ; mais la réception fut moins brillante. Il vint sans cérémonie, et le repas fut bien meilleur que le dîner des parents pauvres. Lissa, plus réservée, parce qu’il y avait moins de monde, ne laissait pas cependant de surprendre sa tante par l’aisance de ses manières.

— C’est qu’elle fera une très bonne maîtresse de maison, se disait la tante en se félicitant de la belle éducation qu’elle lui avait donnée.

Un dimanche de février, la comtesse fit prier madame Gorof de passer chez elle. Elle la reçut fort amicalement, l’embrassa, l’appela « ma chère cousine » et lui dit sans ambages :

— J’ai trouvé un mari pour Lissa. C’est un excellent homme ; des principes, une jolie position, cinq à six mille roubles de revenu. Votre fille aura six cents roubles par an pour sa toilette ; c’est l’intérêt du capital que je lui donne en dot, et je lui ferai un joli trousseau ; de plus, je meuble l’appartement et je paie la première année de loyer. Cela vous convient-il ?

Madame Gorof, prise au dépourvu, ne pouvait que remercier. Elle exprima donc toute sa reconnaissance à la comtesse ; mais, comme elle avait du sens, malgré ses défauts un peu vulgaires, elle se hasarda à demander :

— Le caractère de ce monsieur convient-il à celui de ma fille ? A-t-elle du goût pour lui ?

— Vous comprenez, ma chère cousine, dit la comtesse avec un sourire légèrement dédaigneux, que ce n’est pas au caractère de ce monsieur de s’accorder avec celui de votre fille. Une femme doit modeler son caractère sur celui de son mari, et c’est pour cela qu’il n’est pas mal de se marier jeune, pendant que le caractère est malléable.

Le comte Koumiassine était bien loin en ce moment-là ; sans quoi, malgré son excellente éducation, il eût peut-être levé les bras au ciel, dans l’excès de son étonnement, à l’énoncé de cette maxime.

— Soit, dit madame Gorof encore indécise ; mais Vassilissa a-t-elle du goût pour lui ?

— Elle le reçoit fort bien, répondit la comtesse ; que voulez-vous de plus ? Vous ne voudriez pas, je suppose, qu’elle lui fit la proposition de l’enlever pour se marier un mois plus tôt.

— Vous me permettrez d’interroger ma fille ? dit la mère, sentant pour la première fois de sa vie que sa parente l’avait de fait dépossédée de ses droits.

— Je vous prierai, au contraire, de ne pas lui parler de ce que je viens de vous communiquer. Je me suis abstenue de l’influencer, et, pour faire les choses en conscience, il faut la laisser libre de son choix.

Madame Gorof respira. Puisque la comtesse elle-même n’avait rien dit, elle n’avait pas à redouter de pression morale. Du moins, elle le croyait.

Le soir du même jour, mademoiselle Bochet fut priée de passer dans le boudoir où se réglaient ainsi les destins de toute la maison.

— Chère mademoiselle Bochet, lui dit la comtesse, j’ai l’intention de marier ma nièce d’ici peu. Votre tâche est achevée. Comme Vassilissa ira beaucoup plus dans le monde que sa cousine, votre présence auprès d’elle n’est plus indispensable ; vous pouvez donc, à partir d’aujourd’hui, vous considérer comme absolument libre de tout engagement. Je crois inutile d’ajouter que, tant qu’il vous plaira de rester chez nous, vous serez la bienvenue.

— Pourrai-je accompagner mademoiselle Vassilissa dans ses sorties ? demanda l’honnête fille.

— Non, chère mademoiselle Bochet, vous êtes absolument libre. Jusqu’au jour du mariage, Vassilissa sera accompagnée dans ses sorties par Justine Adamovna, qui a beaucoup de temps à elle.

— Alors, si Votre Excellence n’y voit pas d’obstacle, dit la Suissesse, je me retirerai après-demain chez une de mes parentes qui habite cette ville.

— Quoi ! si tôt ? fit la comtesse, qui aurait bien voulu faire un peu de générosité.

— Du moment que je ne suis plus utile à madame la comtesse, dit la gouvernante, je ne dois pas abuser de son hospitalité.

— Comme il vous plaira, mademoiselle, répondit la comtesse blessée.

Elle prit une enveloppe sur la table :

— Voici ce que je vous dois : il y a trois mois en surplus. J’aurais dû vous prévenir plus longtemps d’avance. Il est possible que vous ne trouverez pas à vous placer immédiatement… Vous voudrez bien ne pas m’offenser par un refus.

Mademoiselle Bochet s’inclina en silence. Au moment de quitter le boudoir, son pauvre cœur se serra si fort qu’elle fut obligée de s’arrêter. La comtesse se tourna à demi vers elle, croyant qu’elle voulait parler.

— Pourrai-je venir de temps en temps voir ces demoiselles et M. Dmitri ?

Ce dernier nom réveilla la mauvaise humeur de la grande dame.

— Mais certainement, mademoiselle. Vous avez l’air de croire que je vous renvoie ; vous serez toujours la bienvenue chez nous, ajouta-t-elle en lui tendant la main, car elle n’était pas méchante.

Mademoiselle Bochet serra cette main et sortit la mort dans l’âme. C’était l’exil.

Était-ce donc pour cela qu’elle avait tant aimé ces trois enfants ? Bien que Lissa fut plus spécialement sous sa direction, celui qu’elle préférait était Dmitri, si bon petit garçon, si tendre et si spirituel, cette nature fine, exquise, nerveuse à l’excès et qui lui paraissait si frêle qu’elle craignait à tout moment de voir rompre le fil qui retenait à la terre cet ange moqueur.

Miss Junior était sortie ; c’était son jour. Mademoiselle Bochet rentra dans la grande pièce maussade, où elle avait passé deux années de son existence, et ces murs inhospitaliers, ces meubles désobligeants lui parurent un palais à travers les larmes qui remplissaient ses yeux et qu’elle ne voulait pas laisser tomber.

En la voyant rentrer si pâle, presque défaillante, les deux jeunes filles se précipitèrent au-devant d’elle et la firent asseoir sur un fauteuil. À leurs questions inquiètes, mademoiselle Bochet sentit qu’elle allait faiblir et laisser couler ses pleurs. Le visage effrayé de Dmitri, qui la regardait de ses grands yeux noirs, lui fit comprendre la nécessité d’éviter une scène.

— Ce n’est rien, dit-elle, je me suis tourné le pied en marchant.

Elle refusa tous les soins, toutes les compresses, et tâcha de retrouver un peu de gaieté, mais en vain. Lorsque Dmitri fut parti, elle prétexta une migraine et courut se jeter sur son lit. Les deux cousines appelèrent les femmes de service presque aussitôt, et lorsque tout fut tranquille, en attendant l’arrivée de miss Junior, qui ne devait rentrer qu’à onze heures, elles se glissèrent auprès de mademoiselle Bochet.

— Qu’est-il arrivé ? dit Zina tout effrayée à la vue du visage décomposé qui se leva sur l’oreiller à leur approche.

— Je m’en vais, mes enfants chéries… je m’en vais demain. On va vous marier, Lissa, vous le savez sans doute : on n’a plus besoin de moi… je m’en vais. Et je vous aime tant ! Ô mes filles ! murmura la Suissesse, qui fondit en larmes.

Les deux fillettes se mirent à pleurer avec elle. Tout à coup Zina leva la tête :

— Dmitri va tomber malade, dit-elle, il vous aime à la folie !

— C’est pour cela que je n’ai pas voulu en parler devant lui tout à l’heure. Si la comtesse voulait bien ne pas lui annoncer que je m’en vais tout à fait… On lui dirait que je vais faire un voyage, et que je reviendrai…

— Ma mère ne voudra pas de ce petit mensonge, dit Zina en secouant tristement la tête.

Lissa ne pleurait plus. Après le premier échec, elle était devenue calme et restait assise sur le lit, une main de sa gouvernante dans la sienne.

— Nous nous faisons peut-être de fausses inquiétudes, reprit mademoiselle Bochet. Les enfants sont oublieux ; dans huit jours, Dmitri ne se souviendra sans doute plus de moi…

À cette pensée, ses larmes coulèrent avec plus d’amertume.

— Mais vous viendrez nous voir ?

L’institutrice, justement froissée, ne voulait pas le promettre ; à force d’instances, cependant, elle finit par céder.

— Donnez-moi votre adresse, mademoiselle, dit Vassilissa qui, jusque-là, n’avait pas dit grand-chose.

— Je veux bien. Pourquoi ?

— Pour que je puisse vous trouver si j’ai besoin de vous.

— Besoin de moi ! ma chère enfant. En quoi une pauvre fille comme moi pourrait-elle vous être utile ?

— On ne sait pas… Faites-moi ce plaisir.

— De grand cœur, mon enfant. La voici… Et vous m’écrirez ?

Un léger bruit dans la pièce voisine annonça le retour de miss Junior. Les deux cousines se sauvèrent dans leur lit sur la pointe du pied.

Pendant que l’Anglaise, étonnée de les trouver endormies de si bonne heure, se déshabillait avec précaution, Zina dit tout bas à sa compagne :

— C’est bien étrange, tout cela ! Qu’est-ce que cela signifie ?

— C’est le commencement… répondit Vassilissa.

— Le commencement ! Que veux-tu dire ?

— Oui, on veut me faire plier… Mais je résisterai, quand je devrais rester brisée sur le carreau.

Zina lui pressa chaleureusement la main. En ce moment, elle avait complètement oublié que l’ennemi était sa mère. D’ailleurs, cette mère à peine entrevue, qui la grondait souvent, qui ne la caressait jamais, car ce n’étaient pas des caresses que les baisers distraits accordés le matin et le soir, cette mère représentait l’autorité dans la maison, et l’autorité n’est guère aimée lorsqu’elle ne joint pas un peu de tendresse à sa majesté redoutable.

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